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Un joli fantôme du passé (Chapitre 10)


Lundi 20 janvier 2020.

 

Le réveil est dur… Et douloureux pour mes fesses. Pourquoi a-t-il fallu que je sorte en douce ? Cette soirée était vraiment le summum du génialissime, mais le retour à la maison et la punition de papa l’était beaucoup moins…

 

Je descendis dans la cuisine pour le petit déjeuner. Mon père était attablé en train de prendre son café et de lire le journal.

-          Bonjour ma chérie. Comment ça va aujourd’hui ?

-          J’ai mal aux fesses, grognai-je.

-          Très bien ! ça t’évitera de faire des bêtises en cette belle journée !

-          Pas si sûr… marmonnai-je.

-          Pardon ?!

-          Rien, papa !

-          Je préfère ça, dit le PD-G. Si tu fais des bêtises aujourd’hui, Zoé, je sortirai le paddle ! Gare à toi !

Je préférai ne pas répondre pour ne pas aggraver mon cas. Il allait vraiment falloir que je sois sage aujourd’hui !

 

                En arrivant au lycée, je retrouvai Oriane.

-          Ça a été avec ton père ? me demanda-t-elle.

-          Douloureux. Mais je préfère ne plus en parler.

N’empêche, en m’asseyant en cours d’Enseignement Scientifique, je me remémorai immédiatement ce moment passé sur les genoux de mon père hier.

 

                Le cours d’anglais, cependant, annonça de mauvaises nouvelles. Jabelski (qui ne m’embêtait plus depuis que je l’avais calmé au début de l’année mais qui me vouait néanmoins une haine longue et profonde !) prit le pli de tenter de m’embêter.

Alors que la prof faisait tranquillement son cours ayant pour thème le développement durable, nous expliquant la prononciation du mot « environment », elle nous demanda de répéter avec elle ce mot. Mais au lieu de répéter « environment », Jabelski dit : « Zoé is a bitch ». Ses amis rirent à l’entendre. Je me tournai vers lui, sentant la colère monter en moi.

-          Qu’est-ce que tu viens de dire ?!

-          Moi ? Mais je n’ai rien dit du tout ! feint-il.

-          Tu m’as traitée de « bitch », c’est bien ça ?! insistai-je en commençant à me lever.

-          Je n’ai jamais dit ça, mentit-il.

En colère, je m’approchai de lui et l’attrapai par le tee-shirt, déformant son col V bien repassé sans doute par sa gentille maman.

-          Tu vas voir ce qu’elle va te faire, la bitch !

-          Stop it ! Now ! criait la prof d’anglais, qui accourut alors que je mettais une patate à cette tapette de Jabelski.

Evidemment, la prof d’anglais, Mme Lefevre, m’envoya illico presto chez le principal, alors que Jabelski était envoyé à l’infirmerie, saignant abondamment du nez.

 

-           Il m’a traitée de bitch ! protestai-je devant le principal. Demandez à Oriane, elle l’a également entendu !

-          Ce n’est pas une raison pour frapper un élève, Zoé.

-          Alors je me laisse insulter sans rien faire ?!

-          Non, tu attends que ta professeure sanctionne Nicolas Jabelski.

-          Cette pimbêche n’aurait rien fait du tout, elle a peur de lui !

-          N’insultez pas votre professeure, Zoé ! Vous êtes déjà dans de sales draps…

-          Mais…

-          Ecoutez, je n’ai pas le choix, je vais devoir convoquer un conseil de discipline.

-          Quoi ?!

-          Avec votre excellente moyenne, je pense que vous ne craignez pas grand-chose, mais j’applique le protocole… Sans compter que les parents de Jabelski vont sûrement demander réclamation…

-          Monsieur écoutez, si vous convoquez un conseil de discipline, vous signez mon arrêt de mort ! Mon père va me trucider !

-          Êtes-vous enfant battue, Zoé ? Non parce que si c’est le cas…

Ce nouveau proviseur, en poste depuis 1 mois, ne comprenait vraiment rien.

-          Non, pas du tout ! Mon père ne me bat pas ! Mais annoncez à n’importe quel père que leur enfant passe en conseil de discipline, aucun ne réagira avec calme !

-          Effectivement… Mais je dois appliquer la procédure, Zoé. C’est ainsi.

-          Il me reste combien de temps avant que mon père soit au courant ?

-          Quelques secondes. Je vais dès maintenant prendre le téléphone pour l’en informer.

-          Monsieur, s’il vous plaît…

-          Navré, Zoé.

Le principal décrocha le combiné et composa le numéro de mon père après l’avoir trouvé dans mon dossier numérique. Je commençai à trembler de partout. Le haut-parleur fut mis en marche. J’entendais les « bip…bip…bip… » et soudain :

-          Valentin Duhamel, MRZ corporation, j’écoute ?

-          Bonjour monsieur Duhamel, ici monsieur Delba, le proviseur du lycée de Zoé.

-          Bonjour, il y a un problème avec ma fille ?

-          Zoé a frappé un élève en classe, qui se trouve actuellement à l’infirmerie. Je crains que les parents de l’élève concerné ne déposent plainte…

-         

-          Quoiqu’il en soit, je suis obligé de convoquer un conseil de discipline.

-         

-          Je…je pense qu’avec ses excellents résultats, Zoé ne risque qu’un avertissement mais j’applique la procédure et…

-         

-          Monsieur Duhamel ?

-         

-          Allô ?

-          Pardonnez-moi, j’étais perdu dans mes pensées. J’ai bien entendu tout ce que vous m’avez dit… Quel est l’élève qui a été violenté par ma fille ?

-          Nicolas Jabelski.

-          Je vois. Pouvez-vous communiquer mon numéro de téléphone à ses parents, afin qu’ils puissent me contacter ?

-          Ce sera fait, Monsieur.

-          Merci. Qu’en est-il de ma fille ?

-          Je vais la renvoyer en cours, monsieur. Elle poursuivra sa journée habituelle.

-          Bien, merci de m’avoir prévenu monsieur Delba.

-          Vous recevrez une convocation officielle au conseil de discipline par courrier, mais je devais tout de même vous en informer.

-          Oui, oui, je vous remercie à nouveau.

-          Bien, bonne journée, monsieur Duhamel.

-          Bonne journée à vous également !

Monsieur Delba raccrocha : j’étais fichue. Sans dire un mot, j’attrapai son sac à dos, me levai, l’enfilai sur mon dos et sortis du bureau.

-          Zoé, où allez-vous ?! Zoé !

Cependant, le principal ne me suivit pas. Je marchai jusqu’au mur d’enceinte, jetai mon sac à dos par-dessus, puis l’escaladai et le descendis de l’autre côté. Je mis mes écouteurs et marchai jusqu’au lac, au bord duquel je m'assis, ayant trouvé un banc vaquant.

 

 

Ecoutant ma musique, je réfléchis à tout ce qui s’était passé ces derniers mois.

Ma mère qui me fiche dehors, mon père qui me récupère… Un père riche, posé et bien dans sa tête… C’était presque trop beau pour être vrai… Et en même temps, il était impossible qu’il soit autre que mon père. Je lui ressemble comme deux gouttes d’eau, sans la barbe bien sûr…

La découverte de ma nouvelle famille m’avait chamboulée, comme ce nouveau cadre dans lequel je devais entrer, avec ces nouvelles règles en pratique et surtout, la peur de la fessée.

Il y a un an, j’étais totalement déscolarisée et ces problèmes de discipline à l’école me paraissaient bien loin…  Et voilà qu’aujourd’hui, j’étais à deux doigts de fondre en larmes, sachant très bien que le paddle m’attendait à la maison.

Mon téléphone vibra. C’était mon père :

« Zoé, tu es où ?! Monsieur Delba m’a rappelé pour me dire que tu étais partie du lycée ! Rentre tout de suite à la maison ! ».

Je ne répondis pas à son texto, ni à ses trois appels. Je continuais d’écouter un vieil album d’Evanescence, assise sur mon banc, le regard dans le vide. Quelques canards se sont approchés sûrement pour quémander du pain ; mais voyant que je n’avais rien, ils repartirent à l’eau. Une maman canne passa avec ses quatre cannetons : je me demandais ce que ça faisait de grandir avec une mère digne de ce nom, d’avoir des frères et sœurs avec lesquels jouer, de pouvoir faire confiance à quelqu’un d’autre qu’à soi…

« Bring me to life » commença dans mes oreilles. Morceau approprié à ma présente gamberge…

 

21h. Mon téléphone vibre, peut-être pour la 40ème fois. Je décide de regarder. J’ai plusieurs messages de Manon, Romain, papa… Même d’Oriane. Le dernier message de mon père, reçut il y a quelques secondes disait : « Zo, ma chérie, rentre à la maison, je suis mort d’inquiétude. J’ai appelé la police, ils arrivent. ». Je soupirai et me résignai à prendre le chemin de la maison. Même s’il allait me défoncer, je ne pouvais pas laisser mon père dans cet état-là.

 

Trois quarts d’heure plus tard, j’arrivai devant la maison. Papa était en train de faire une description physique de moi à un policier qui notait tout. Lorsqu’il m’aperçut, il fondit en larmes et courut vers moi. Il me prit dans ses bras et me serra très fort :

-          Mon bébé ! Mais où est-ce tu étais ?! Qu’est-ce qui t’es arrivé ?! Tu vas bien ?!

-          Oui, je vais bien papa.

-          Vous avez encore besoin de nous, monsieur Duhamel ? demanda le policier.

-          Non, merci ! Maintenant que ma fille est rentrée… Je suis désolé pour le dérangement… Vous… vous voulez un café ?

-          Non merci monsieur, nous avons du travail. Ravis que votre fille soit rentrée. Bonne soirée à vous.

Papa entoura mon épaule de son bras et me ramena dans la maison. Il essuya ses joues et me dit :

-          Raconte-moi mon cœur, qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi tu t’es enfuie du lycée ?!

-          Je n’ai pas envie de parler. Je vais me coucher, ça ira mieux demain.

-          Mais Zo, il faut que tu manges ! Et comment puis-je être sûr que tu ne me referas pas un coup comme ça demain ?!

-          Tu ne peux pas en être sûr. Je n’ai pas faim. On parlera demain. Bonne nuit.

-          Je t’aime, Zo.

Je ne répondis pas et montai dans ma chambre. Après un bon bain chaud, je sombrai dans les bras de Morphée.


A suivre...

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