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Un joli fantôme du passé (Chapitre 12 - 1ère partie)



Mardi 4 février 2020.

Aujourd'hui, c'est le jour J. Le jour de mon conseil de discipline. Je ne suis absolument pas sereine à l'idée d'y aller, mais je n'ai absolument pas le choix. Seul papa sera présent, j'ai donc de la chance que mon frère et ma sœur se tiennent à l'écart de tout ça. Ils m'avaient déjà assez punie comme ça !

Je me lève difficilement, la fatigue m'encombrant l'esprit. Je n'avais que peu dormi, pensant à la sauce à laquelle j'allais être mangée. Il était compliqué pour moi de penser à autre chose qu'à ce conseil de discipline.

Je descendis dans la cuisine et vis papa en train de consulter les actualités sur sa tablette. Je m'aperçus vite que nous allions prendre ce petit déjeuner en tête à tête, le reste de la maison étant plutôt calme. Je m'avançai et embrassai mon père sur le front. Après avoir bu une gorgée de café au lait, il me dit :
- Bonjour mon bébé. Tu as bien dormi ?
- Tu me poses réellement la question, papa ?!
- Par politesse. Je me doute que la nuit n'a pas dû être douce. Tu te coucheras plus tôt ce soir.
Je me découpai une tranche de brioche et la nappai de confiture.
- Papa, j'ai besoin que tu sois honnête avec moi.
- Ne l'ai-je pas toujours été ?
- Si.
Le PDG verrouilla sa tablette et la posa sur la table.
- Je t'écoute.
- Tu as dit que tu attendrais le conseil de discipline pour me punir. Tu as établi un barème dans ta tête ?
- J'ai effectivement évalué quelques possibilités et prévu les punitions adéquates.
- Je peux en prendre connaissance ?
- Bien sûr.
Je pris une grande respiration et dis :
- Si, à l'issue du conseil de discipline, j'écope d'un simple avertissement verbal...
- Tu seras privée de sortie jusqu'à la fin de l'année.
ça commençait bien. Ma curiosité m'étonna lorsque je m'efforçai de demander la suite :
- Si j'ai un avertissement dans mon dossier...
- Tu auras une bonne fessée  ET tu seras privée de sortie jusqu'à la fin de l'année.
- Si j'ai des jours d'inclusion...
- Tu auras une TRES bonne fessée ET tu seras privée de sortie jusqu'à la fin de l'année.
- Si j'ai des jours d'exclusion...
- Je pense que tu ne pourras plus t'asseoir pour le temps qu'il te reste en France. Et évidemment, tu seras privée de sortie jusqu'à la fin de l'année.
Je pris mon courage à deux mains pour évoquer le pire des cas :
- Et si… Je suis exclue définitivement du lycée...
Papa ne répondit pas tout de suite. Après les quelques secondes les plus longues de ma vie, il avoua :
- Je ne l'espère pas pour toi. Je te démonterai, Zoé. Vraiment. Car si tu es exclue définitivement du lycée, c'est que tu as fait beaucoup plus que te défendre contre Nicolas Jabelski et que donc, tu m'as caché des choses. Donc non seulement je te démonterai, mais en plus tu seras privée de sortie jusqu'à la fin de l'année. Et je t'inscrirai en pension dès notre arrivée aux Etats-Unis. 
- Donc dans tous les cas, je serai privée de sortie jusqu'à la fin de l'année ? me renseignai-je non sans espoir.
- Tu as tout compris, répondit mon père cassant aussi sec ma rêverie.
- Tu te souviens quand même que ce conseil a lieu parce que je me suis défendue ?!
- Zoé, tu avais d'autres moyens de te défendre que d'en venir aux mains avec Nicolas ! Même si ce n'est pas ce que tu penses, c'est la stricte vérité. De plus, c'est à ton tour de te souvenir que j'ai versé 10 000€ aux parents Jabelski pour qu'ils retirent leur plainte au commissariat. Rien que pour ça, j'aurais dû te coller une fessée sur mes genoux et je ne l'ai pas fait ! Alors tout ce que tu as à faire pour le moment, c'est de réfléchir aux arguments que tu avanceras pour ta défense, et à prier pour que l'issue du conseil soit en ta faveur. Parce que je ne te louperai pas, Zoé !

Bon, les choses étaient dites. Je voulais en avoir le cœur net et c'était le cas. Je finis mon petit déjeuner en pensant à ce que j'allais bien pouvoir dire à part : "Je suis désolée".

Neuf heures, papa et moi entrâmes dans la salle de réunion où se tenait le conseil. J'y aperçus tous mes professeurs, y compris Jeanne qui avait annulé son cours avec ma classe exprès pour présider mon conseil. Il y avait également Monsieur Delba le principal, et les deux élèves délégués de ma classe. Je ne voulais même pas savoir le degré de honte que devait ressentir papa. Je m'en voulus de lui faire cela.

- Asseyez-vous, je vous prie. nous dit Jeanne.
Nous nous exécutâmes. 
- Bien, puisque tout le monde est là, nous allons pouvoir commencer.
Jeanne se mit à énumérer les noms et fonctions de toutes les personnes présentes, ainsi que la date du jour et l'objet du conseil.

Il y eu beaucoup de délibérations autour de mon comportement depuis mon arrivée au lycée et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'était évidemment pas glorieux. Plus ça allait, et plus je sentais papa monter en pression à mes côtés. S'il avait pu me punir sur le champ, je pense qu'il l'aurait fait.
- Attendez ! intervint Gaëlle, la déléguée de ma classe. Oui, Zoé est souvent insolente avec les profs, mais c'est compliqué pour elle ! Elle est nouvelle cette année, elle a dû s'habituer à un nouveau lycée, de nouveaux profs, de nouveaux camarades… En plus, elle a également dû s'habituer à une nouvelle famille ! Et puis, c'est difficile pour elle d'avoir sa belle-soeur en prof principale ! Il y a de quoi avoir des excès de comportement !
Ce que Gaëlle venait de dire était vrai : ça avait fait beaucoup d'un coup. Tout le monde l'admit, mais cela n'empêcha pas les délibérations de reprendre de plus belle.

A la fin du conseil de discipline, Jeanne fit un résumé :
- Bien. Concernant mademoiselle Duhamel Zoé, voici ce qui a été retenu :
Plusieurs insolences envers les professeurs, y compris moi-même,
Plusieurs absences non justifiées,
Plusieurs agressions verbales et physiques envers monsieur Nicolas Jabelski, agressions verbales réciproques, précisons-le,
Son travail reste néanmoins irréprochable et mademoiselle Duhamel conserve sa place de première de la classe.
Compte-tenu de sa situation personnelle quelque peu chamboulée, mademoiselle Duhamel a des circonstances atténuantes que l'on ne peut nier. Si quelqu'un veut ajouter quelque chose avant que l'on commence le processus de délibération, qu'il le fasse maintenant.

Personne ne moufta, même pas papa ou moi. Je n'avais rien trouvé à dire.
- Bien, reprit Jeanne. Monsieur Duhamel, mademoiselle Duhamel, veuillez vous retirer dans le couloir en attendant que nous délibérions. Nous en avons pour quelques minutes.
 
Papa et moi sortîmes dans le couloir et celui-ci me gronda :
- PLUSIEURS absences non justifiées ?! Tu comptais me le dire quand, Zoé ?!
- Mais papa, j'ai juste séché une ou deux fois...
- Ce n'est pas ce que Jeanne a dit ! Tu n'as pas assisté ne serait-ce qu'une seule fois à la vie de classe !
- Mais ça ne sert à rien ! C'est une perte de temps !
- Qui es-tu pour juger de ça, hein ?! Toi, Zoé Duhamel, du haut de tes 17 ans, tu te permets de dire que c'est une perte de temps ?!
- Oriane me racontait comment ça se passait et...
- Tu as vraiment de la chance d'être première de ta classe, Zoé ! ça te sauve de beaucoup de choses, crois-moi ! Si j'entends que tu as encore séché n'importe quoi que ce soit l'histoire, la vie de classe ou même la cantine, je te promets que tu vas le regretter amèrement ! Tu as compris ?!
- La cantine ? m'étonnai-je, me retenant de rire.
Papa fit un effort considérable pour ne pas rire à son tour.
- Tais-toi ! reprit-il en tâchant de conserver son sérieux. Attends qu'on soit à la maison, Zoé, je n'aimerais pas être à ta place ! Je t'avais dit que ça irait mal si tu me cachais des choses !
Soudain, la porte de la salle s'ouvrit et Gaëlle apparut.
- Vous pouvez entrer à nouveau, nous dit-elle. Nous avons fini de délibérer.

Papa et moi nous exécutâmes. J'étais plus anxieuse que jamais.

A suivre... 

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