Accéder au contenu principal

Journal d'un étudiante accueillie (Chapitre 25)

 


 

Mardi.

Aujourd’hui, nous n’étions pas censées avoir cours, mais Dana nous réveilla toutes les quatre à huit heures du matin, complétement catastrophée.

-          Les filles ! Votre père et moi avons eu un mail de votre fac ! Vous avez un cours d’histoire qui débute dans une heure !

Ce satané prof d’histoire que je méprise d’une force incommensurable, avait choisi CE matin pour rattraper un de ses cours, et nous prévenait une heure avant. Comme s’il n’avait pas pu prévoir et s’organiser AVANT ce matin… ! Bref.

-          Ne traînez pas, mes princesses !  Ajouta Dana depuis le couloir. Je file, je vais être en retard au travail. Soyez à l’heure en cours ! À ce soir les filles, maman vous aime !

 

Dana partie, je sortis de mon lit en râlant et me traînai jusqu’à la salle à manger.

-          Bonjour Marie, tu as bien dormi ?

Héloïse m’avait fait sursauter, sortant de je ne sais où.

-          Euh…oui. Répondis-je encore un peu dans les vapes. Salut.

-          Ta mère a préparé le petit déjeuner. Tu peux prendre place et commencer à manger.

-          Euh…ouais, d’accord.

Ce réveil avait été beaucoup trop brutal pour moi : j’étais dans un merveilleux rêve, en train de faire du rafting avec un troll des montagnes super sympa (ne me demandez pas pourquoi… !). J’avais été réveillée en plein milieu d’une superbe descente ! Ensuite, Dana qui s’agite dès le matin, Héloïse qui me fait sursauter… Je n’avais qu’une envie : me recoucher !

 

                Mes sœurs me rejoignirent à table dans un état sensiblement identique au mien. Le petit déjeuner se déroula d’ailleurs en silence ; nous étions toutes en train d’émerger doucement.

 

 

-          Excusez ce remaniement de dernière minute, j’ai un cours qui a été annulé tard hier soir, je me suis dit que ce serait l’occasion de rattraper nos heures ! expliqua Pascal Montaire.

-          Evidemment… commentai-je un peu trop fort.

-          Oui, Marie ? Quelque chose à ajouter ?

-          J’aurais juste aimé que vous nous préveniez un peu plus à l’avance ! Histoire d’avoir un réveil moins…Speed !

-          Oh, pardon ! La prochaine fois, je viendrai vous réveiller en vous apportant le petit déjeuner au lit ! Cela vous va ?! ironisa le prof.

-          Oui, merci. Je prends un bol de chocolat et deux tartines de pain grillé nappées de Nutella.

-          Vous vous fichez de moi ?!

-          Absolument !

-          Eh bien je vais une fois de plus en référer à vos parents !

-          Evidemment, puisque vous n’avez aucune autorité à vous seul ! provoquai-je.

Le prof me fonça dessus et me décolla une bonne gifle.

-          Répétez ce que vous venez de dire, pour voir ?!

J’accusai la gifle, me levai lentement et regardai le prof dans les yeux. Je le menaçai en criant :

-          Vous n’avez absolument AUCUNE idée de ce que vous venez de faire ! Vous venez de signer l’arrêt pur et simple de votre amitié avec mes parents !

Je vis que le prof était déstabilisé par ma réplique. Enervée, je remballai mes affaires et rentrai à la maison.

 

Héloïse était posée dans le canapé en train de regarder la télé. En me voyant rentrer, elle me demanda :

-          Marie ? Que fais-tu là ? Ton cours ne se termine que dans une heure et quart…

-          Ne me parle pas, toi ! aboyai-je, furax.

-          Eh ! gronda Héloïse. Tu vas me parler autrement, Marie !

-          Sinon quoi ?! rétorquai-je.

Cette gifle m’avait mise dans une colère noire, telle que je ne faisais même plus attention à qui je m’adressais.

Sans me répondre, Héloïse éteignit la télé, se leva, et m’attrapa les cheveux. Malgré sa petite taille, elle avait réussi à empoigner une bonne touffe de ma chevelure, et me tira jusqu’au canapé. Elle s’y assit, me bascula en travers de ses genoux et fit en sorte de m’entraver pour que je ne puisse plus bouger. Une fois ceci fait, elle me répondit :

-          Sinon, je te donne une fessée.

La colère faisant toujours corps en moi, je protestai et tentai de me débattre, pestant contre Héloïse. Je lui ordonnai de me lâcher et de me laisser tranquille, mais ma baby-sitter n’avait pas l’intention de laisser passer mon excès d’insolence.

Après plusieurs bonnes claques, Héloïse attrapa mon jeans et le baissa d’un coup sec. La fessée reprit et mon endurance diminua. La colère n’était plus l’émotion star en moi : elle venait d’être balayée par la douleur. Ça y est, mes fesses commençaient à bien chauffer et je prenais conscience que je m’étais mise dans de sales draps. Non seulement Héloïse ne me lâcherait pas de sitôt, mais en plus je devrais en rendre compte à mes parents ce soir. Depuis mon réveil ce matin, j’avais gagné une gifle et deux fessées. Le gros lot. J’espérais bien que tout cela s’arrête là…

J’encaissai les claques sans rien dire, lâchant tout de même quelques gémissements par-ci par-là ; mais lorsqu’Héloïse s’arrêta pour attraper l’élastique de ma culotte dans l’intention de la baisser, je la priai :

-          Non, pardon ! Je suis calmée ! Je suis calmée et je suis désolée ! Ce n’était pas contre toi, c’était le prof qui m’avait fichue en rogne et j’étais très en colère contre lui… Je n’aurais pas dû te parler comme ça, je suis vraiment désolée !

-          Ce sont des excuses sincères, Marie ? Ou ce sont des excuses pour éviter une fessée déculottée ?

-          C’est sincère, je suis vraiment désolée ! Pardon, pardon !

-          Très bien, je t’accorde le bénéfice du doute. Cependant, je souhaite que tu saches que si jamais tu me reparles comme ça ne serait-ce qu’une seule fois, je te déculotterai sur le champ. C’est compris, Marie ?

-          Oui.

-          Oui qui ?

-          Oui Héloïse.

Héloïse me lâcha et me laissa me relever. J’entrepris de remonter mon jeans lorsque ma baby-sitter me stoppa :

-          Non ! Tu le laisses à tes chevilles. 

-          Pourquoi ?! demandai-je pleine de détresse à l’idée que mes ennuis ne soient pas terminés.

-          Parce que tu vas me raconter ce qu’il s’est passé à la fac pour que tu sois rentrée d’aussi bonne heure et que tu loupes la fin du cours d’histoire. À la suite de ton récit, je verrai si tu mérites une bonne fessée ou pas.

-          Oh mais tu ne vas quand même pas me faire ça ?!

-          Je t’écoute, Marie. Et j’espère pour toi que tu n’as rien à te reprocher.

Je soupirai bruyamment puis commençai à raconter toute mon histoire à Héloïse : mon altercation avec mon prof, la gifle qui s’en est suivie, ma menace et mon départ.

-          … Voilà ce qui s’est passé, terminai-je.

-          Si tu as pris cette gifle méritée, c’est parce que tu as été insolente, Marie.

-          Ou parce que ce prof est totalement cinglé !

-          Ton prof n’est pas cinglé et à sa place, j’aurais fait exactement la même chose. Depuis le temps que tu le titilles…

-          Que JE le titille ?! C’est LUI qui me fait la misère depuis la rentrée, il y a à peine quelques semaines !

-          Ce que je retiens, Marie, c’est que tu as été insolente envers ton professeur et que cette gifle était méritée. De plus, tu n’avais pas à quitter ton cours de la sorte. Nous allons donc reprendre là où on en était.

Héloïse tenta de m’attraper le poignet mais je l’esquivai, ne souhaitant pas retourner sur ses genoux. J’entrepris de fuir, mais avec mon jeans aux chevilles la fuite ne dura pas : je failli trébucher et Héloïse en profita pour attraper une poignée de mes cheveux. Elle me tira de nouveau jusqu’au canapé et un affrontement physique s’en suivit puisque je me débattais tant que je pouvais. Cependant, Héloïse n’eut vraiment pas de mal à me maîtriser, ce qui me conforta dans le fait de ne jamais juger les gens sur leur apparence physique. Héloïse paressait minuscule, mais c’était en fait un ninja !

-          Bien, à nous deux, Marie !

Ma baby-sitter baissa ma culotte et me colla une bonne déculottée ; pas aussi bonne que celles de mes parents, mais assez bonne pour calmer quand même !

 

En remontant dans ma chambre – où Héloïse m’avait envoyée afin de faire mes devoirs – je me tournai dos à mon miroir et baissai à nouveau mes vêtements pour ausculter mon derrière. J’avais eu l’impression d’avoir moins morflé qu’avec mes parents et ce fût le cas : mis à part quelques rougeurs par-ci par-là, mes fesses étaient très loin d’arborer la couleur écarlate que je leur connais quand Tom ou Dana me punit !

Vexée et ne souhaitant pas faire mes devoirs, je m’allongeais sur mon lit pour bouder et m’endormis à ma grande surprise.

 

-          Marie, réveille-toi on va manger.

Louise me caressait la joue pour me sortir de mon sommeil en douceur.

-          Il est quelle heure ? demandai-je.

-          Midi et quart, me répondit ma sœur.

Waouh, j’avais dormi presque toute la matinée ! J’avais vraiment besoin de récupérer !

-          Tu viens manger ? insista Louise.

-          Oui, oui, j’arrive.

Arrivée à table, j’appréciai la délicatesse qu’avait eu Héloïse de ne pas révéler à mes sœurs ce qui s’était passé pour moi ce matin.

 

                L’après-midi, m’étant bien reposée toute la matinée, je fis mes devoirs consciencieusement, puis Héloïse nous emmena prendre un bon goûter dans un salon de thé non loin de chez nous. Cela nous permit d’apprendre à la connaître, et elle apprit également beaucoup de choses sur nous et sur le fonctionnement de notre famille.

-          Ça a dû vous faire bizarre de passer de la famille biologique que vous avez toujours connue, à une nouvelle famille adoptive, imagina Héloïse.

-          Ben puisque nous passons le week-end avec nos « vraies » familles, dit Louise, je le vis bien. Je me suis bien adaptée à Tom et Dana !

Louise vient d’une famille on ne peut plus normale : un père commercial et une mère assistante maternelle. La famille de Louise n’a que de lointaines origines belges côté maternel, mais vit en France depuis plusieurs générations. Après avoir perdu un petit garçon à la naissance, les parents de Louise ont eu une première petite fille, Mathilde, qui a leur a fait les quatre cents coups. Avec la naissance de Louise et son caractère de petite fille docile, affectueuse et toujours de bonne humeur, la famille s’était soudée et avait maintenant un lien indestructible, cher au cœur de ma sœur adoptive.

-          Moi j’ai eu énormément de mal, avoua Anaïs. Il y a même eu des moments durant la première semaine où je voulais renoncer à mes études pour pouvoir rentrer chez moi ! Mais il est vrai qu’au final, on s’est vite attachées à Tom et Dana…

Anaïs vient d’une vieille famille ch’ti, plutôt compliquée. Troisième d’une fratrie de six enfants (quatre garçons et deux filles), Anaïs ne s’entend pas du tout avec plusieurs de ses frères, ni avec sa sœur qui a complètement coupé les ponts avec la famille. Anaïs ne possède pas non plus une relation au beau fixe avec sa mère, avec laquelle elle se dispute très souvent ! Seul son père reste son confident lorsqu’Anaïs a besoin de parler. Chez Anaïs, ça se dispute tout le temps et pourtant, elle aime beaucoup sa famille !

-          Oui ! affirmai-je. Même si on ne rigole pas tous les jours avec Tom et Dana, ils nous aiment vraiment beaucoup et je sais qu’ils feront toujours partie de ma vie, c’est certain !

Quant à moi, je suis née d’un père africain et d’une mère française. Mes parents, de vrais hippies, se sont mariés sur un coup de tête, m’ont eue par surprise, puis ont divorcé aussitôt, voyant qu’ils n’étaient finalement pas faits pour être ensemble. Ma mère m’éleva seule et je grandis dans une magnifique bulle mère-fille dans laquelle personne ne pouvait entrer. Puis quelques années plus tard, ma mère se remaria avec un autre africain, mon beau-père, qui entra dans notre bulle. Arriva mon petit frère, le meilleur du monde.

Dans ma famille, nous vivons ma mère, mon beau-père, mon petit frère et moi, dans une parfaite harmonie. Mes parents donnent une éducation très babacool, à laquelle j’étais habituée et qui me manque terriblement lorsque je suis allongée sur les genoux de mes parents adoptifs !

-          Pour moi, Tom et Dana sont devenus ma véritable famille, déclara Jeanne.

Née au Togo, Jeanne est arrivée en France lorsqu’elle avait deux ans. Douzième d’une fratrie de treize enfants, les parents de Jeanne n’avaient pas les moyens de l’élever et l’ont donc envoyée en France chez sa tante. Seulement, la tante de Jeanne possédant déjà ses propres enfants, ne s’est occupée d’elle que pour le strict minimum : la nourrir, l’habiller, la laver et la faire dormir. Tout le reste est passé à la trappe. J’oublie de préciser que Jeanne n’a plus jamais revu ses parents depuis son départ du Togo. Avoir des parents aimants, attentionnés et affectueux était donc une première pour Jeanne, et elle n’échangerait cela pour rien au monde. Lorsqu’Anaïs, Louise et moi sommes extrêmement heureuses le vendredi de retrouver nos proches, Jeanne, elle, attend le dimanche soir avec impatience.

 

                Dana rentra alors que nous étions en train de débarrasser la table, mes sœurs et moi. Héloïse remplissait le lave-vaisselle.

-          Bonsoir les filles !

-          Coucou maman ! dîmes-nous en chœur.

-          Bonsoir Dana, ajouta Héloïse. Comment s’est passée votre journée ?

-          C’était la folie, aujourd’hui ! raconta Dana en enlevant ses chaussures, son manteau et son écharpe. Je n’ai pas eu une minute à moi ! J’espère que ce sera plus calme demain !

Dana nous embrassa sur le front mes sœurs et moi, puis nous précisa à Anaïs et moi :

-          Vous deux, il faut qu’on parle ! Vous allez voir vos fesses !

J’eus l’impression qu’on me versait un seau d’eau glacée sur la tête. En même temps, je m’y attendais un peu : Monsieur Montaire avait dû appeler mes parents pour leur raconter sa version avant que je ne puisse expliquer la mienne ! En revanche, je n’avais absolument aucune idée de ce qu’avait fait Anaïs !

-          La journée s’est bien passée, Héloïse ? demanda Dana. Les filles ont été sages ?

-          Rien de plus que ce que je vous ai raconté par texto, répondit Héloïse.

-          Très bien. Je ne vous retiens pas plus longtemps, dans ce cas !

Héloïse nous dit au revoir et s’en alla. Maman attendit que la porte se referme pour se tourner vers Anaïs et gronder :

-          Anaïs Morgane Johnson ! Tu vas tout de suite m’expliquer POURQUOI tu n’avais pas fait tes devoirs d’histoire !

-          Parce qu’on était censés avoir cours d’histoire demain seulement ! C’était un cours surprise…

-          Lis-moi le programme de devoirs qui est accroché sur le mur derrière toi ! ordonna Dana. Lis-moi ce que vous êtes censées faire le mercredi soir !

Anaïs se retourna et lut :

-          On est censées faire les devoirs d’histoire le mercredi après la fac…

Ma sœur se reçut une claque sur les fesses de la part de notre mère. Outch, celle-là, elle n’était pas petite !

-          Et donc, qu’as-tu fait mercredi soir ?! Tu as profité du fait que nous étions à l’autre bout du monde pour te relâcher et ne rien faire, c’est ça ?!

-          Non, dit Anaïs en se frottant les fesses. Je m’étais disputée avec Kyle et il m’avait donné une fessée au paddle… Donc je n’avais pas pu faire mes devoirs…

-          Tu te fiches de moi, là ?! Tu vas me dire que ton cousin t’a donné une fessée au paddle qui a duré deux heures et demie ?!

-          Non pas deux heures et demie mais…

-          Louise, te souviens-tu de combien de temps a duré la fessée de ta sœur ? demanda la juge.

-          Dix ou quinze minutes, je dirais… avoua Louise, incapable de mentir.

-          Tu avais donc largement le temps de faire tes devoirs d’histoire, Anaïs ! Viens ici !

-          Maman, non… S’il te plaît !

Dana avait dégagé une chaise de la table, et s’était assise dessus. Elle baissa le pantalon d’Ana et la renversa sur ses genoux, commençant la fessée directement sur la culotte. Elle ne mit pas longtemps à la déculotter entièrement.

Anaïs se faisait punir devant nous et Jeanne, Louise et moi ne connaissions que trop bien la douleur que procure la main sévère de notre mère quand elle s’abat sur nos fesses. Nous avions beaucoup de compassion pour Anaïs, moi en particulier qui étais la prochaine sur la liste.

Au bout de quelques minutes, alors qu’Anaïs pleurait à chaudes larmes, Dana gronda sans cesser les claques :

-          Jeanne ! Va me chercher la brosse et donne-la-moi !

-          Noooon ! pria Anaïs alors que Jeanne s’exécutait. Non maman, s’il te plaît ! Je te jure que je ferai mes devoirs !

-          Tu jures beaucoup mais tu n’agis pas, Anaïs ! Il est absolument hors de question que tu ne fasses pas tes devoirs dans le temps imparti !

-          J’ai compris maman… J’ai compris !

-          Je veux m’en assurer ! Tes paroles sont plus fournies que tes actes, je veux que ça change !

Jeanne donna (sûrement à contrecœur) la brosse à Dana ; notre mère en fit l’usage, ce qui augmenta les cris, les larmes et les gestes de défense d’Anaïs.

 

                Lorsque la punition de notre sœur fut finie, je savais que ça allait être à mon tour. Je n’avais qu’un espoir : que Tom rentre et qu’il allège un peu la fessée que Dana avait prévu pour moi. Je ne voulais pas avoir à faire à Tom et son impitoyable main, mais lorsque papa voit sa femme me punir, il arrive parfois qu’il intervienne pour qu’elle soit plus clémente. Il serait vraiment temps qu’il rentre. Là, maintenant. Tout de suite. Avant que…

-          Marie, viens ici !

Toujours pas de papa en vue. Oh non…

Je m’avançai et ma mère me gifla, exactement de la même façon que le prof ce matin. J’espérais que cela s’arrêterait là. Je préférais mille fois une gifle dont la douleur passerait en quelques minutes, qu’une fessée qui me ferait mal aux fesses pendant plusieurs jours…

Dana me gronda :

-          Alors ?! Tu ne protestes pas, Marie ?! Tu n’ouvres pas ta bouche avec moi ?! Pourtant, tu t’es permise de l’ouvrir avec Pascal, non ?! Alors pourquoi tu te tais avec moi ?!

-          Ce n’est pas ce que tu crois…

-          Tu te tais ! Tout de suite ! Je me fiche de ce que tu pourras m’expliquer ! Je me fiche d’avoir ta version ! Je me fiche royalement de tes explications ! Je ne veux pas t’entendre ! Quoique tu dises, cela ne changera absolument pas le fait que MA fille a été insolente envers un de ses professeurs, qui plus est un ami ! Alors oui, Pascal t’a collé une gifle, oui ! Il a eu raison ! Il t’aurait d’ailleurs donné une bonne déculottée devant toute ta classe que je n’aurais pas levé le petit doigt, car cela aurait été amplement justifié ! Alors non seulement je vais tout de suite te donner la fessée que tu aurais dû prendre ce matin en classe, mais en plus je te préviens Marie : si tu es encore insolente avec un de tes professeurs, que ce soit Pascal ou un autre, je te traîne dans le hall de ta fac à l’heure de pointe, et je te colle une fessée déculottée mémorable ! Tu as compris ?!

Ce savon eut pour effet de me faire pleurer. Ma mère me hurlait dessus, et elle était dans une colère tellement noire que je ne l’avais presque jamais vue comme cela.

-          Tu as compris, Marie Johnson ?!

J’hochai la tête.

-          Je veux une réponse !

-          Oui.

-          Oui, qui ?!

-          Oui maman.

-          Je l’espère ! Car si tu n’as pas compris, tu sentiras passer ta douleur, ma fille ! Je te le garantis ! Baisse ton jean et ta culotte, tout de suite !

Appréhendant la suite, j’obéis néanmoins, ne voulant pas empirer les choses.

                Ma mère m’allongea sur ses genoux et me colla des claques d’un calibre qu’elle n’avait jamais encore utilisé. Jamais je n’aurais cru qu’elle avait toute cette force en elle et je peinais à rester en place. Chaque fois que sa main tombait, un cri s’échappait de ma bouche et les larmes coulaient. La douleur était trop grande pour moi : je cherchai un moyen de lui échapper.

Je réussis à me libérer de son étreinte et à glisser de ses genoux, j’atterris par terre.

-          Reviens t’allonger ici, Marie ! Je n’en ai pas fini avec toi ! Les petites insolentes ont ce qu’elles méritent avec moi, je te le garantis !

Dana m’avait attrapé le bras et me donnait des claques à la volée dès qu’elle avait mes fesses à proximité. Je me tortillais tant que je pouvais pour qu’elle me lâche, mais elle ne me lâchait pas. J’avais l’impression qu’elle s’acharnait sur moi, qu’elle me punissait pour avoir braqué une banque ou commis un attentat.

-          Aïe, maman, stop ! Arrête, lâche-moi, je t’en supplie… Lâche-moi !

-          Qu’est-ce qui se passe, ici ?

Sauvée ! Tom rentrait. Dana n’arrêtait pas d’essayer de me claquer pour autant mais mon calvaire allait certainement bientôt prendre fin.

-          Papa, aide-moi ! Maman veut me tuer !

Oui, bon ok. J’exagérais un tout petit peu. Mais il le fallait si je voulais que Dana me laisse tranquille.

-          Ta fille est insolente en cours mais elle n’assume pas la fessée qui tombe derrière ! C’est facile de manquer de respect à ton prof, hein, Marie ?! C’est beaucoup moins facile d’avoir les fesses toutes rouges !

Je continuais de me tortiller et de me débattre pour éviter que Dana ne puisse me claquer le derrière ; Tom ordonna :

-          Stop, Dana.

Mais elle ne s’arrêta pas.

-          Dana, j’ai dit « stop ! » !

-          Il est hors de question que Marie ne soit pas punie pour ce qu’elle a fait ! répondit ma mère.

-          Je sais, je vais prendre le relais ! Tu ne la maîtrises plus et la situation en devient ridicule. Lâche-la.

Maman me lâcha enfin, et je frottai mon bras qui avait la marque de la main de ma mère. Elle l’avait serré tellement fort qu’elle m’avait sûrement froissé un muscle.

-          Marie, lève-toi.

Je m’exécutai et entrepris de me rhabiller.

-          Non, stop ! Tu enlèves complètement ton pantalon et ta culotte et tu vas dans ta chambre. Tu te mets debout face au mur, les mains dans le dos et tu m’attends. Tu as intérêt à m’obéir, Marie ! Vu la façon dont tu t’es comportée en cours ce matin, ce n’est pas le moment de faire des tiennes !

J’enlevai mes vêtements, les ramassai et obéis.

 

                J’attendis plusieurs longues minutes face au mur de ma chambre, à me demander ce que mon père allait bien faire de moi. Au bout d’un quart d’heure à renifler la morve que j’avais sécrété à force de pleurer sous les claques de ma mère, j’allai me chercher un mouchoir sur ma table de nuit. C’est évidemment à ce moment-là que Tom entra.

-          Papa ! Je te jure que je me tenais comme tu me l’avais demandé ! Je te le jure ! C’est juste que je voulais me moucher et que…

-          Mouche-toi, jette ton mouchoir à la poubelle et remets-toi comme j’ai dit.

J’obéis aussi rapidement que je pus.

-          Papa, ne me punis pas, s’il te plaît… Maman m’a déjà punie, Héloïse aussi, et j’en ai marre de prendre la fessée…

J’étais totalement débile de parler avec le nez au mur, mais je savais que mon père m’entendait et je voulais par-dessus tout éviter une nouvelle punition.

-          Je sais exactement tout ce qui s’est passé aujourd’hui, de A à Z. J’ai eu ton prof d’histoire au téléphone, puis j’ai eu Héloïse, puis je viens tout juste de parler en tête à tête avec chacune de tes sœurs.

-          Et… tu es très fâché ? demandai-je avec appréhension.

-          Je suis fâché contre Pascal, car même si tu as été insolente, il n’avait pas le droit de te gifler. De plus, il aurait pu te perforer le tympan avec cette gifle et il est hors de question que la santé de ma fille soit endommagée. J’aurais préféré qu’il tape là où il n’y a aucun risque pour ta santé ; même si encore une fois il n’en avait pas le droit.

Ensuite, je suis fâché contre ta mère, car elle n’avait clairement pas besoin de te gifler une nouvelle fois. Comme je viens de te le dire, je considère que la gifle est dangereuse et elle le sait.

Enfin, je suis effectivement fâché contre toi. Je peux comprendre que tu aies été déstabilisée par le fait que le cours soit décalé à ce matin, mais tu n’avais aucunement le droit de provoquer ton professeur, ni de te montrer insolente avec lui. Pour cela, Héloïse a eu raison de te donner une fessée, et ta mère aussi, même si elle s’y est mal prise. Je vais donc te donner cinquante claques supplémentaires pour compléter la punition de ta mère et te faire comprendre qu’il est hors de question que tu recommences.

Ces cinquante claques, que je fus obligée de compter, firent vraiment très mal avec tout ce que j’avais dû encaisser aujourd’hui, plus les séquelles d’avant-hier qui n’avaient pas totalement cicatrisées. Néanmoins, lorsque la dernière fut tombée, je me relevais des genoux de mon père et me jetai dans ses bras, cédant à mon besoin irrépressible de lui faire un énorme câlin.

Alors que je pleurais dans ses bras, mon père me caressait les cheveux et me consolait :

-          C’est bon, c’est fini ma puce. C’est fini. Et ce sera définitivement fini si tu ne recommences jamais !

Je ne répondis pas et profitai des bras de mon père. Puis, une question me taraudant, je demandai :

-          Papa, je peux te poser une question ?

-          Bien sûr, mon cœur !

-          Pourquoi maman ne m’aime pas ?

Tom fut surpris, puis me répondit par une question :

-          Pourquoi dis-tu cela ?

-          J’ai l’impression de ne jamais rien faire de bien, avec elle. J’ai l’impression qu’elle ne me valorise jamais, que je fais tout de travers… Et lorsque je fais une bêtise, elle est tellement en colère que j’ai l’impression d’avoir volé la Tour Eiffel ! Plus elle me donne la fessée, plus elle est satisfaite et elle est de plus en plus sévère avec moi… Je crois que si vous n’étiez pas là, Louise, Jeanne, Anaïs et toi, ma vie ici serait comparable à celle d’une enfant battue mal aimée.

-          Une enfant battue mal aimée, ria Tom. Rien que ça ?

-          Ne te moque pas de moi, papa !

-          D’accord, excuse-moi. Marie, ta mère t’aime. Je t’assure qu’elle t’aime vraiment beaucoup. Cela l’agace juste que tu fasses bêtise sur bêtise, et elle a l’impression de son côté que tu t’en fiches totalement de prendre une fessée.

-          C’est faux ! J’essaie toujours de l’éviter mais vous êtes tellement doués pour tout découvrir…

Tom ria une nouvelle fois.

-          C’est notre rôle de parent de surveiller vos moindres faits et gestes pour que vos études se passent au mieux. On a été engagés pour cela en tant que famille d’accueil : pour limiter l’échec scolaire à la faculté. Ta mère serre donc encore plus la vis avec toi car cela la fait enrager de te voir continuer les bêtises même avec des fesses toutes rouges !

-          Elle ne voit pas comme je suis sage après que vous m’ayez punie ?!

-          Moi, je le vois. Mais ta mère le voit moins car il est vrai que cette période d’accalmie ne dure jamais longtemps chez toi !

-          Je vois.

-          Ta mère t’aime beaucoup, Marie. Elle veut ton bonheur et ta réussite. Il faut juste que tu l’aides à mieux te comprendre, d’accord ?

-          D’accord.

-          Bon. Va te doucher, te mettre en pyjama et te brosser les dents, ma puce. Il est bientôt l’heure de dormir.

 

Cette discussion avec mon père m’avait apaisée. J’étais contente qu’elle ait eue lieu. J’espère néanmoins que papa colle une bonne fessée à maman pour m’avoir giflée ! J’eus envie de me lever après extinction des feux pour vérifier, mais la fatigue me prenant, je m’endormis.

 

A suivre…

Commentaires