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Années 1950 : le guide de survie d'Alice (Chapitre 1)

 Ce récit a été créé à partir d'une réécriture du journal de ma grand-tante par alliance. 

    Même si Alice est toute petite au moment du démarrage de ce récit, j'ai néanmoins pris la liberté d'améliorer la richesse de ses pensées d'après mes déductions personnelles, suite à la lecture du journal. Bien évidemment, ces pensées ne correspondent pas toujours à celles d'une petite fille de l'âge d'Alice ! Il m'a fallu adapter le récit afin qu'il ne soit pas trop ennuyeux pour moi à écrire et pour vous à lire, d'où ces prises de liberté.
    De plus, le nom de famille des personnages ainsi que certains prénoms ont été volontairement modifiés.



Samedi 14 octobre 1950


    Sept heures et demie : maman vient me réveiller. Comme tous les matins d’école, maman réveille ses enfants par ordre de naissance : je suis donc la dernière à ouvrir les yeux.

-     Bonjour ma Lili, me dit-elle. Il est l’heure de se lever, ma puce ! Une jolie journée t’attend !

Pourtant, lorsque maman ouvre les volets, il y a de gros nuages gris dehors et il a l’air d’y avoir beaucoup de vent. L’automne est bel et bien là ! Je ne sais pas si ce sera une jolie journée mais j’espère qu’elle sera bonne !

 

Je descends dans la salle à manger, où tout le monde est réuni pour le petit déjeuner. Je fais le tour de la table pour dire bonjour à chaque membre de la famille, puis m’assois à ma place. C’est alors que nous joignons tous les mains et que nous chantons :

-     Gloire à Dieu pour le pain qu’il nous donne,

Gloire à Dieu pour la joie d’être unis !

Gloire à Dieu pour la vie, pour le jour et la nuit,

Pour le vent, le soleil et la pluie !

Gloire à Dieu pour le pain qu’il nous donne,

Gloire à Dieu pour la joie d’être unis !

Seigneur, merci, Amen !

Après mon signe de croix, j’attaquai ma première tartine de beurre et de confiture.

 

Une fois nourrie, toilettée, habillée et coiffée, il fut temps de partir pour l’école. Nous y allons tous les jours à pied, maman nous accompagnant puisqu’elle y trouve son lieu de travail. Notre école est à huit cents mètres de chez nous mais puisque nous chantons sur le chemin, le trajet passe vite !

 

    Arrivés à l'école des garçons, maman y déposa Gus, Jacques et Clément. Puis, nous continuâmes à marcher le long de la rue pour rejoindre l'entrée de l'école des filles.

Une fois dans la cour, mes sœurs et moi nous éparpillâmes pour rejoindre nos amies. Je rejoignis alors ma cousine, Lucie, qui était accompagnée de Jeannette et Thérèse, deux copines que nous apprécions beaucoup.

-     Bonjour Lili ! me lança Thérèse. On t’attendait pour commencer à jouer, justement !

-     Vous voulez jouer à quoi ? demandai-je.

-     On pensait à la marelle, dit Lucie. Cécile est en train de la surveiller pour éviter que quelqu’un ne nous la pique !

Cécile vient compléter notre bande de copines inséparables.

-     Allons-y vite, dis-je.

Mes copines et moi nous précipitâmes sur la marelle mais mes sœurs et leur bande arrivèrent plus vite que nous.

-     Partez les petites, dit Léo. Elle est pour nous, la marelle !

-     Non c’est faux, protestai-je. Cécile la surveillait exprès pour nous !

-     Eh bien plus maintenant, renchérit Gaby.

-     Je vous dis que si ! tins-je.

-     Je te dis que non ! insista Léo.

-     Que si !

-     Que non !

-     Que si !

Enervée, Léonie me poussa violemment. Je tombai au sol et m’égratignai le genou.

-     Alors ça, tu vas me le payer ! lançai-je à ma sœur en me relevant. Attends un peu que je le dise à maman !

-     Tu ne vas rien lui dire du tout ! me gronda Léo. Sinon, je te jure que tu auras à faire à moi !

-     C’est ce qu’on verra !

Léonie a beau faire deux têtes de plus que moi et être de trois ans mon aînée, je ne me suis jamais dégonflée devant elle ! Je me relevai et courus au bureau des institutrices, le genou plein de sang.

-     Maman ! Maman !

-     Qu’est-ce qui se passe, ma Lili ? demanda ma mère en me voyant arriver totalement paniquée. Mais, tu saignes ! Que s’est-il passé ? Et ton collant qui est troué !

-     Ce n’est pas ma faute, maman ! Léo m’a poussée par terre parce qu’elle ne voulait pas qu’on joue à la marelle ! Pourtant, on est arrivées en premières !

-     Comment ça Léo t’a poussée par terre ?! se fâcha ma mère.

-     Oui, maman ! C’est elle qui m’a fait saigner le genou ! Elle m’a poussée pour que l’on ne joue pas à la marelle ! Gaby et toutes leurs copines sont de son côté !

-     Viens avec moi.

Maman me prit par la main et nous fonçâmes droit sur la marelle. Mes sœurs et leur bande y étaient encore, en train d’effrayer mes amies ; mais lorsqu’elles virent maman arriver, tout le monde se tut.

-     Est-il vrai que tu as poussé ta sœur par terre ?! gronda maman à Léo.

-     Non maman ! répondit ma sœur, apeurée.

-     Si ! Elle l’a fait ! soutinrent mes amies.

-     Tu me mens, en plus ! se fâcha notre mère. Veux-tu une fessée, Léonie ?!

-     Non maman, répondit ma sœur en se protégeant le derrière avec ses mains.

-     Tu as vu le genou de ta sœur ?! Elle a une sacrée égratignure ! Tu as bien de la chance qu’elle ne soit blessée qu’à cet endroit !

-     Mais elle ne voulait pas qu’on joue à la marelle ! protesta Gaby.

-     On était là en premières ! dis-je.

-     Oui, ça c’est bien vrai ! renchérit Thérèse.

-     Absolument ! soutint Lucie.

-     Même si ce n’était pas le cas, c’était une raison pour bousculer Lili ?! gronda maman.

-    

-     Réponds-moi, Léonie Marie Letilleul !!

-     Non maman, dit ma sœur, penaude.

-     Elle a dit que si je vous le disais, j’aurais à faire à elle, renchéris-je à ma mère.

-     Oui, on l’a toutes entendu dire, tante Ariane ! ajouta ma cousine Lucie.

Maman s’abaissa à la hauteur de ma sœur, la regarda droit dans les yeux et la gronda :

-     Je te préviens Léonie : s’il arrive quoique ce soit à Alice par ta faute, tu auras droit à une bonne fessée ! Tu entends ?!

-     Oui maman, dit ma sœur, rouge de honte.

-     Bien ! Maintenant, je vais aller soigner Lili et sonner la cloche. Il est grand temps que vous cessiez vos bêtises et que tout le monde entre en classe !

Me tenant toujours la main, maman me ramena au bureau des institutrices où elle me désinfecta le genou avant de me mettre un pansement.

-     Bonne-maman raccommodera ton collant à la maison, me dit-elle. Va te ranger devant ta classe, ma Lili.

J’obéis.

 

    En classe, Lucie et moi sommes voisines. Il nous arrive d’être un peu bavardes, ce que maman ne tolère pas : nous devons rester sagement assises sans bouger et faire les exercices demandés.

-     Lucie ! Alice ! Si je vous entends encore une fois papoter, vous finirez toutes les deux au piquet ! C’est assez clair ?!

-     Oui maman. Pardon, dis-je.

-     Excusez-nous tante Ariane, dit Lucie.

Dans la classe, on peut entendre une mouche voler. Seule la voix de ma mère en train de faire la classe brise le silence.

 

    Lorsque la cloche sonna la fin de la matinée, c’est la libération. Malgré la récréation de dix heures à dix heures et quart, je trouve cela vraiment dur de rester assise pendant une heure à une heure et demie, sans faire autre chose que de travailler !

 

    Nous étions sur le point de sortir de l’école pour rentrer manger à la maison lorsque Sœur Adèle, l’institutrice de Gaby, courut vers nous.

-     Ariane ! interpella Sœur Adèle.

-     Que se passe-t-il ma Sœur ? demanda maman.

-     Gabrielle a été exécrable ce matin ! Elle a refusé de travailler !

-     Ça ne se reproduira pas, ma Sœur. N’est-ce pas Gaby ?!

Ma sœur baissa les yeux sans répondre.

-     Je t’ai posé une question, Gabrielle Marie Letilleul !

-     Non maman, murmura ma sœur.

Maman, qui me tenait par la main, ajouta à ma sœur :

-     Ton père va être mis au courant ! Il va vite te remettre les idées en place !

-     Non maman ! Ne lui dites pas ! Je serai sage !

-     Veux-tu te taire ?! Tu n’es pas en position de réclamer quoique ce soit ! Sur ce, nous allons récupérer les garçons et rentrer à la maison !

Sur le chemin du retour, maman se mit à chanter « La Bergère » et nous suivîmes tous en chœur. Seule Gaby ne chantait pas : elle appréhendait trop de se retrouver en face de papa !

 

-     Enlevez vos manteaux, vos chaussures, mettez vos chaussons et allez vous laver les mains ! nous ordonna maman.

Nous nous exécutâmes, comme tous les midis. Victor et Aliénor étaient rentrés du Pensionnat où Bon-papa était allé les chercher et comme à mon habitude, je leur sautai dans les bras, trop heureuse de les revoir chaque week-end.

         Le dernier patient de papa s’en alla et celui-ci descendit au rez-de-chaussée avec nous pour sa pause déjeuner. Il partit tout de suite embrasser maman dans la cuisine puis ordonna :

-     Clément, Alice, venez mettre le couvert !

Nous avons un tableau des tâches domestiques à la maison que nous n’avons pas du tout le droit de transgresser sauf si nous sommes malades.

Ayant vérifié que ses deux derniers exécutaient bien la tâche qui leur était confiée, papa vint ensuite à la rencontre de Gaby, qui s’apprêtait à jouer avec Jacques, prenant notre relais à Clément et moi.

-     Tu n’as pas quelque chose à me dire, Gabrielle ? demanda papa à ma sœur.

Il avait les bras croisés et les sourcils froncés, preuve qu’il n’était pas content du tout. De plus, il venait d’appeler ma sœur par son prénom et non son surnom, ce qui ne lui arrive que quand il est énervé. Mon frère et moi arrêtâmes de mettre la table pour regarder la scène qui se déroulait sous nos yeux.

-     Si, papa, j’ai quelque chose à vous dire, répondit timidement Gaby.

-     Je t’écoute, donc ! gronda mon père.

-     Je… je n’ai pas été sage à l’école, avoua Gaby.

-     Pas sage ou exécrable ?! reprit papa. Car dans ce que Sœur Adèle a rapporté à ta mère, c’était plutôt le deuxième mot qui était employé !

Les yeux rivés au sol, Gaby ne dit mot. C’est alors que papa la coinça sous son bras.

-     Non ! Pitié, papa ! Pitié ! priait ma sœur. Je serai sage ! Je vous le jure !

-     Tu as fait des bêtises, tu as droit à une fessée, Gabrielle ! C’est comme cela que ça fonctionne dans cette maison ! Depuis le temps, tu devrais en être grandement informée !

Le médecin se fichait pas mal qu’il y ait du monde dans le salon : quand papa est en colère, il donne la fessée immédiatement, qu’il y ait du public ou non !

 

    Toujours en colère contre Léonie, une fois que papa eut fini de corriger Gaby et la laissa partir, je demandai :

-     Papa ?

-     Oui, ma Lili ?

-     J’espère que vous avez aussi puni Léo !

-     Pourquoi aurais-je fait cela ? me demanda mon père.

-     Maman ne vous a pas raconté qu’elle m’a poussée par terre à l’école ? Mes copines et moi avions réservé la marelle et Léo a voulu nous la piquer ! Et comme je lui ai tenu tête, elle s’est mise en colère et m’a poussée par terre ! Regardez, dis-je en montrant mon genou à papa.

J’adore user de mon pouvoir de chouchoute de papa. C’est tellement facile de faire punir mes frères et sœurs ! Je suis parfois très cruelle mais je m’en fiche complètement !

-     Léonie, viens ici ! ordonna mon père.

-     Maman m’a déjà grondée ! se défendit ma sœur.

-     Je n’en ai strictement rien à faire, répondit papa. Obéis !

-     Mais papa, je me suis excusée…

-     Faux ! protestai-je. Tu m’as dit que si je rapportais, j’aurais à faire à toi !

-     Ça suffit, Lili ! me gronda maman en arrivant dans la pièce, comprenant mon petit manège. Tu te tais, maintenant !

De toute façon, papa était déjà bien énervé. Il ordonna une seconde fois à ma sœur de venir auprès de lui.

-     Papa, je vous jure que je n’embêterai plus Lili, pria Léo. Je vous le promets !

-     Bien sûr que si tu vas recommencer, ajoutai-je, jubilant de voir ma sœur se faire réprimander.

Maman fonça sur moi, m’attrapa par le bras et m’emmena dans le couloir. Puis, elle me gronda :

-     Je n’aime pas du tout les petites rapporteuses ! J’ai déjà puni ta sœur pour t’avoir fait mal ce matin, tu n’avais nullement besoin d’en rajouter ! Maintenant, je ne veux plus t’entendre dire un seul mot sur cette histoire, sinon toi aussi tu auras droit à une fessée ! Tu as compris ?!

-     Oui maman.

Mon pouvoir de petite dernière ne marche pas du tout avec maman. Ma mère sait exactement comment je fonctionne et ne se laisse jamais embobiner. Néanmoins, j’avais eu ce que je voulais : Léo avait pris une bonne claque sur le derrière de la part du chef de famille, et Dieu sait ô combien elles sont redoutables !

 

Après le déjeuner, papa retourna au travail et tout le monde vaqua à ses occupations. Maman m’aida à me déshabiller pour la sieste et me lut une histoire avant que je ne m’endorme.

 

Au réveil de ma sieste, il était quinze heures. Je me préparai pour ma leçon de piano débutant une demi-heure plus tard et Bonne-maman m’emmena en voiture à l’école de musique.

Ma professeure de piano s’appelle Elisabeth et elle est géniale. Victor, Léonie et moi sommes les trois pianistes de la famille et nous aimons beaucoup Elisabeth !

Puisque j’aime jouer du piano, mon heure de musique passa à une vitesse folle ! Lorsque je rentrais, Bonne-maman se chargea de nous faire goûter ma fratrie et moi.

 

    Après le goûter, c’est toujours l’heure des devoirs, sauf pour l’un d’entre nous qui a son cours de musique. Le samedi, Victor a également cours de piano, et Aliénor a cours de violon.

 

    Les devoirs, c’est toujours Bonne-maman qui surveille. Nous les faisons tous ensemble dans la salle des devoirs, où nous avons un bureau chacun. Aujourd’hui, j’avais deux exercices d’écriture et l’apprentissage d’un poème.

-     Maman m’a donné trop de devoirs ! me plaignis-je.

-     Tu pourrais en récolter d’autres, me répondit Bonne-maman. Alors cesse de te plaindre. C’est avec le travail que l’on réussit !

-     Eh bien le travail, c’est fatiguant ! dis-je, faisant rire Clément et Camille.

-     Comme cela, tu as une bonne raison d’aller te coucher le soir ! dit Bonne-maman.

-     Je n’ai pas très envie de faire tout ça, me plaignis-je. Il y a beaucoup trop de devoirs ! Je suis déjà trop fatiguée !

-     Alice, cesse te plaindre, me gronda ma grand-mère. Ça m’agace !

Je boudai mais fis quand même tous mes devoirs.

 

    Le soir, c’est toujours une course contre-la-montre : nous avons une demi-heure pour goûter, puis nous faisons les devoirs et ensuite, nous prenons notre douche par ordre croissant de naissance. A dix-neuf heures, tout le monde doit être lavé et en pyjama, prêt à se mettre à table ! Naturellement, il n’y a pas le temps pour les caprices et les plaintes, surtout pour moi qui suis la première à aller me doucher. Je n’ai jamais le droit de traîner jusqu’à ce que je sois en pyjama et que je puisse me relaxer jusqu’à dix-neuf heures.

 

    Dix-sept heures trente, je fais toujours ma tête de cochon. Maman rentre et n’a pas le temps de souffler puisqu’elle doit me surveiller pendant la douche. Je suis encore petite et maman vérifie toujours que je me lave bien partout !

-     A la douche, ma Lili ! dit ma mère après s’être lavé les mains.

-     Non !

-     Comment ça, non ?! me gronda maman.

-     Bonne-maman m’a forcée à faire mes devoirs, je ne suis pas contente alors je ne vais pas à la douche ! protestai-je.

-     Parce que tu crois que c’est toi qui décides, peut-être ?!

Je ne répondis pas mais campai sur mes positions.

-     Lili, vas-tu obéir ou va-t-il falloir que je me fâche ?! gronda maman. Je n’ai vraiment pas le temps pour ton caprice ! Je te prie d’aller dans la salle de bains immédiatement !

-     Non ! insistai-je.

Sans attendre une seconde de plus, ma mère m’attrapa par l’oreille et me gronda :

-     File à la douche immédiatement ou tu vas très vite te retrouver avec les fesses toutes rouges, Alice ! Obéis !

Je me déshabillai, me mis dans la baignoire et y restai assise sans bouger. Malgré le froid, j’avais décidé d’être une tête de mule et je ne changerai pas d’avis !

Seulement, lorsque maman vint me rejoindre cinq minutes plus tard et qu’elle vit que je n’avais toujours pas allumé l’eau, elle sortit de ses gonds : elle me souleva d’un bras et j’eus le droit à une claque sur les fesses, tellement cinglante qu’elle me fit couler les larmes.

-     Dépêche-toi de te laver, et vite ! gronda maman. Tu devrais déjà être en train de te mettre en pyjama !

A contrecœur, je cédai, ayant compris ma douleur !

 

    Toujours en larmes en sortant de la douche, je réclamai activement mon père. Celui-ci venant de raccompagner son dernier patient de la journée arriva dans la salle de bains.

-     Cesse tes jérémiades ! me grondait maman en pliant ma serviette de toilette.

-     Je veux papa ! pleurai-je.

-     Qu’est-ce qui se passe ma Lili ? demanda mon père.

Je courus dans ses bras dès que je le vis.

-     Papa ! sanglotai-je, blottie contre lui.

-     Pourquoi pleures-tu autant ? me demanda le médecin.

-     Parce qu’elle n’a pas voulu m’obéir et qu’elle a pris une claque sur les fesses, narra maman. Voilà pourquoi elle pleure !

Papa me décolla de lui pour mieux me regarder :

-     Tu viens te faire consoler alors que tu n’écoutes pas ta mère ?! me gronda-t-il.

Mes larmes doublèrent, mécontentes de la réaction de mon père.

-     Je n’ai vraiment pas le temps pour tes caprices, Alice ! continua ma mère. Pour la peine, tu iras me faire des lignes d'écriture en sortant de la salle de bains ! Jusqu’au dîner !

-     Non ! Je ne veux pas ! protestai-je en continuant de pleurer.

-     Oh mais tu vas y aller quand même ! me gronda maman. Même si je dois t’y envoyer à coups de pied aux fesses !

-     Ariane, temporisa papa, ce n’est peut-être pas nécessaire. Tu lui as déjà donné une fessée…

-     Et ?! s'étonna maman.

-     Papa, je veux aller jouer… sanglotai-je en me collant contre mon père.

-     Tu es fatiguée et fatigante, Alice ! me gronda maman. Obéis !

-     Papa… pleurai-je.

-     Obéis à ta mère, Lili, trancha mon père après un soupir.

Je pris cette décision comme un abandon et criai :

-     Nan ! Nan ! Je ne veux pas ! Papa ! Je ne veux pas !

Je sentais bien que papa était à deux doigts de craquer, mais maman reprit :

-     Je compte jusqu’à trois, Alice ! Si tu n’es pas en route pour la salle des devoirs, ça va barder ! Un !

-     Papa ! criai-je.

-     Deux !

-     Ariane… tenta papa.

-     Trois !

C’est en prenant de nouveau la main de ma mère aux fesses, trois fois d’affilées, que je compris que je n’avais plus le choix et surtout que je n’avais pas fini de pleurer. Maman m’emmena elle-même en salle des devoirs. Elle sortit trois feuilles de papier, un stylo plume et un pot d’encre, et me gronda :

-     Je repasse te voir tout à l’heure : tâche de t’appliquer !

Je ne savais pas quoi faire : d’un côté, je n’avais pas du tout envie d’obéir mais d’un autre côté, je n’avais pas du tout envie que ça barde encore une fois…

 

    Après un quart d’heure de réflexion devant la feuille blanche, je me décidai à prendre la plume et à commencer à écrire trois lignes de "a", puis trois lignes de "b"... Je ne suis pas douée du tout pour l'écriture mais j'essayai de me débrouiller un minimum pour ne pas m'attirer de nouveaux ennuis.

Je copiais une dizaine de lignes et lorsque papa vint me chercher pour le repas, nous allâmes ensemble rendre ma punition à maman.

-     Merci, ma Lili, dit maman. Tu t’es bien appliquée.

-     Tu n’as pas quelque chose à dire à ta mère, Lili ? me demanda papa.

Je restai muette.

-     Alice…me gronda le médecin.

-     Pardon pour mon mauvais comportement, finis-je par lâcher à contrecœur.

Moi qui déteste faire des excuses, je n’avais guère eu le choix. Je ne voulais pas qu'à son tour papa se mette en colère contre moi.

-     Je te pardonne, dit maman. File te laver les mains et te mettre à table.

 

    Après le repas, j’allai me brosser les dents et écoutai l’histoire du soir racontée par maman dans le salon. Ensuite, nous récitâmes la Prière du Soir, puis, j’embrassai mes parents et grands-parents et partis me coucher sans faire d’histoire !


A suivre...

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Journal d'une étudiante accueillie (Chapitre 30 - 2ème partie)

                  Nous passâmes la fin de la journée dans nos chambres à bosser sur nos devoirs en retard. Héloïse nous surveillait de près, prête à intervenir à la moindre incartade.                   Lorsque 18h sonnèrent, papa rentra du travail. Il appela de suite : -           Anaïs ! Louise ! Marie ! Jeanne ! J’attendis Louise sur le palier et nous descendîmes ensemble dans le salon à la suite d’Anaïs et Jeanne. Mes sœurs et moi étions très anxieuses : nous avions très peur de régler nos comptes avec notre père !   Lorsque nous arrivâmes dans la pièce à vivre, à notre grande surprise, Tom n’était pas seul : Calix, Rachel, Nancy et Cassandra étaient également là, accompagnées de leur père. Monsieur Dubois croisait les bras et fronçait les sourcils. En nous voyant arriver toutes les quatre, monsieur Dubois dit à mon père : -           Bien, je pense que je peux vous laisser, maintenant. -           Comment ça ? demanda Anaïs qui souhaitait avoir des explications, en

Années 1950 : Le guide de survie d'Alice (Chapitre 3)

  Lundi 16 octobre 1950 Nous sommes autour de la table pour le petit déjeuner en famille, comme tous les matins. Seuls Victor, Aliénor et papa manquent à l’appel, étant déjà sur la route du Pensionnat. Il est déjà huit heures moins le quart et, selon l’horloge de Bonne-maman, les aînés de la famille devraient arriver dans un petit quart d’heure à leur école, s’il n’y a eu aucun problème sur la route.   Ce matin, je suis de mauvaise humeur. Le fait d’avoir été punie hier soir ne m’a guère plu et je suis très grognon. Je mets plus de temps que d’habitude à déjeuner et à une demi-heure du départ pour l’école, je n’ai pas entamé ma deuxième tartine. -           Lili, dépêche-toi de finir de déjeuner ! me gronda maman. Il est hors de question d’arriver en retard à l’école ! -           Je ferai comme j’en ai envie, répondis-je. -           Plaît-il ?! s’exclama maman en s’arrêtant net. Que viens-tu de dire ?! -           J’ai dit que je ferai comme j’en ai envie ! répétai-je

Un joli fantôme du passé (Chapitre 18 - 3ème partie)

  Vendredi 26 février                         Je me réveille un peu dans les choux aux alentours de 11h. Je remarque instantanément que ma sœur n’est plus dans mon lit. Cependant, une merveilleuse odeur entre dans ma chambre : je décide de sortir de mon lit et de la suivre. -           Salut Honey, me lança Trent depuis la cuisine. Manon et lui apparaissaient complices depuis les fourneaux, où ils avaient préparé un copieux et délicieux brunch. Cela me mit du baume au cœur de voir les pancakes, les œufs, le bacon et les mini-crêpes et gaufres préparées rien que pour moi. -           Trent s’est dit que tu aurais besoin de réconfort, dit ma sœur. J’ai décidé de l’aider. J’ai vraiment la meilleure famille du monde.               Je profitai à fond du brunch et mangeai à n’en plus pouvoir. J’ignorais si j’allais pouvoir manger quoique ce soit au dîner de ce soir mais je devrais sûrement me forcer : papa serait rentré et il déteste que je saute un repas.               C