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Journal d'une étudiante accueillie. - Chapitre 102 (2ème partie)

     


    Seule dans ma chambre, je mallongeai sur le lit King Size qui métait attribué et fondis en larmes. Comment mes parents avaient-ils pu me laisser là ?! Comment avaient-ils pu mabandonner avec ce psychopathe ?

Alors que je pleurais abondamment, on frappa à la porte. Sans que je réponde, la porte s’ouvrit. J’entendis alors :

    – Je t’entends pleurer depuis le couloir, Marie. Quelque chose ne va pas ?

Je n’avais pas envie de parler, surtout pas à ce malade mental. Il s’approcha néanmoins et s’assit à côté de moi sur mon lit.

    – Marie, dis-moi ce qui ne va pas, insista-t-il.

    – Je veux mes parents ! gémis-je à l’instar d’une enfant de cinq ans.

    – Tu sais bien que tes parents doivent aller dire au revoir à ton grand-père. Mais je t’assure que ça ira, ici. Je vais bien m’occuper de toi ; et Magda est très contente que tu passes toute la semaine à la maison !

    - Arrêtez votre baratin ! M’exclamai-je. Je sais très bien que vous la battez ! Vous allez me battre, moi aussi ?!

Devant un silence pesant, je ne pus résister à l’envie de regarder monsieur Duchemin. Il donna l’impression d’avoir reçu une balle en plein cœur. 

    - Tu... Tu crois que je bats ma fille ? articula-t-il, incrédule.

    – Bien sûr que oui ! C’est Magda qui me l’a dit !

   – Je suis un père sévère, je le concède. Certains diraient même très sévère. Mais je ne sanctionne Magdalena que lorsqu’elle me désobéit ! 

   – N’importe quoi ! Vous la frappez avec le martinet pour tout et rien ! éructai-je. Lorsqu’on s’est retrouvées dans le bureau de la Mère Supérieure, j’ai vu les traces de martinet sur ses fesses ! Elle dit que vous la frappez avec pour tout et rien, et que cet instrument est même le prolongement de votre bras !

    - Marie, je suis désolé de te dire cela mais ma fille t’a menti. Le jour où tu as vu les traces de martinet sur ses fesses, c’est parce que la veille, elle m’avait insulté de connard après que je lui ai demandé de ranger sa chambre. Je pense que devant ce comportement irrespectueux, tes parents auraient également sévi. Je me trompe ?

    – Non.

   – Cette fois-là, ce n’était que la quatrième fois qu’elle recevait le martinet. La quatrième fois en cinq mois. Et pourtant, tu me peux me croire, Magdalena passe son temps à me faire les quatre cents coups – comme toi avec tes parents, si j’ai bien compris ce qu’ils m’ont raconté. Alors oui, je suis très sévère, je sanctionne le moindre écart parce que ma fille n’est pas une enfant de chœur ; mais il n’y a jamais eu aucun abus de ma part. Je ne sais pas pourquoi Magda t’a raconté cela mais c’est totalement faux. J’aimerais que tu me fasses confiance Marie, et que tu comprennes d’avance pourquoi je serai aussi sévère avec toi cette semaine qu’avec ma fille.

Je restai sans voix. C’était la parole de Magda contre celle de son père. Il ne me restait qu’une solution : me faire ma propre opinion. Dans un premier temps, je décidai de ne pas parler à mon amie de cette discussion avec son père : j’attendrais de voir qui avait raison et qui avait tort.

    - Est-ce que tu as besoin d’un câlin, Marie ? Comme tu l’as constaté, je suis plutôt grand : j’ai donc de grands bras réconfortants, si ça te tente.

    - Je suis pleine de morve, prévins-je.

    - Ne t’en fais pas, j’ai des chemises de rechange.

J’acceptai le câlin réconfortant de monsieur Duchemin qui me berça tendrement le temps que je me calme. Lorsque ce fut fait, il me demanda d’une voix posée :

    - Aller Marie, va te débarbouiller le visage et on va jeter un œil à tes devoirs.

    - Je les ai déjà faits, répondis-je.

    - Très bien, dit-il. Je vais tout de même vérifier. 


    Monsieur Duchemin valida le travail effectué hier par mes soins, puis m’autorisa à vaquer à mes occupations : j’en profitai pour faire un tour du propriétaire : la demeure ne comportait pas moins de sept chambres, cinq salles de bain, un bureau, une bibliothèque, un billard, une piscine couverte et un sauna, en plus de l’immense cuisine, de la salle à manger d’au moins cinquante mètres carrés, et des deux salons. 

Je découvris également l’existence de madame Duchemin, la grand-mère de Magdalena, qui avait ses propres appartements au sein du manoir, auxquels elle accédait par une porte donnant sur le salon d’hiver.

Au sous-sol, je fus impressionnée par l’immense cave à vin possédée par monsieur Duchemin : il devait y en avoir pour plusieurs millions d’euros là-dedans !


      – Papa, je suis rentrée ! entendis-je depuis la bibliothèque alors que je m’occupais à y choisir un livre.

Laissant tomber ma recherche d’un bon roman, je sortis en direction de la voix entendue et tombai sur mon amie.

    - Marie ! me dit-elle en me courant dans les bras.

    - Salut, lui dis-je en la serrant. C’était bien l’équitation ?

   - Oui ! La jument que je monte s’appelle Prestance, je l’adore ! Et toi, comment vas-tu ? Tu es bien installée ?

    - Oui, je suis dans la chambre verte, répondis-je.

    – J’ai demandé à mon père si tu pouvais dormir dans ma chambre mais il a refusé : il dit que nous discuterions jusqu’à pas d’heure. Néanmoins, rien ne nous empêche de nous rejoindre discrétos lorsqu’il sera endormi !

    – Euh... Je ne sais pas trop...

    – Aller, ne fais pas ta trouillarde ! Ce sera marrant, tu verras. Bon, je vais aller me doucher : je pue le cheval ! Il faudrait que tu te changes toi aussi.

Regardant mon jean et mon pull rouge en cachemire, je demandai :

    – Pourquoi ça ?

    – Mon père ne t’a pas dit qu’il y avait un dîner d’affaires ce soir ? Il y a quelques ministres qui viennent manger avec leurs femmes, et le Président aussi, avec la Première Dame. Il faut te mettre en tenue de soirée !

Je découvrais enfin la raison pour laquelle Scarlett avait mis une magnifique robe rose pastel dans ma valise.

    - Mais tu as encore le temps : les invités n’arrivent qu’à dix-huit heures, m’informa Magda.

Soudain, monsieur Duchemin entra dans la pièce à grands pas.

    - Magdalena, gronda-t-il, tu peux m’expliquer pourquoi je ne retrouve pas le billet de cinquante euros que j’avais dans mon portefeuille jusqu’alors ?!

    - Pourquoi en as-tu besoin ? demanda mon amie avec l’aplomb d’une fille qui ne craint pas franchement son père.

 - Ne réponds pas à ma question par une autre question ! ordonna monsieur Duchemin. Alors ?! Où est-il ?!

L’étudiante plongea alors une main dans son soutien-gorge et en sortit le billet qu’elle tendit à son père. 

    – Je peux savoir ce que tu souhaitais en faire ?! demanda le père de famille, rouge de colère.

    – Cela ne te regarde pas ! rétorqua Magda sous mon regard ahuri.

Si j’avais répondu ainsi à mes parents, je n’ose même pas imaginer ce que j’aurais reçu !!

    – Etant donné que c’est mon argent, si, ça me regarde ! gronda le père. Et ça va regarder tes fesses aussi ! Viens ici ! Je vais te mettre une sacrée déculottée pour avoir fouillé dans mon portefeuille ! Tu vas voir !

    – Nan, papa, arrête ! pria mon amie. Marie est là !

Elle se mettait enfin à paniquer ! Il était temps !

    – Ah mais tu crois que parce qu’elle est là, je ne vais pas oser te punir ?! Décidément, même après une demi-année à mes côtés, tu ne me connais toujours pas !

Nous nous trouvions dans le couloir du rez-de-chaussée, et malgré l’absence de canapé ou autre assise dans la pièce, monsieur Duchemin déculotta sur le champ sa fille, la pencha sous son bras et lui flanqua une fessée tellement carabinée que j’eus horriblement mal pour Magda. Lorsqu’il stoppa les claques après plusieurs minutes, le derrière auparavant immaculé de mon amie était cramoisi ; et je m’étais, sans m’en rendre compte, plaquée contre le mur devant la sévérité de la scène. Mes parents m’avaient déjà donné une telle volée (pas plus tard qu’avant-hier pour mon père !), mais voir quelqu’un d’autre la recevoir était encore plus impressionnant que de la vivre !

Alors que Magda pleurait toutes les larmes de son corps – ce qui était parfaitement normal vu la rouste qu’elle venait de prendre ! – son père poursuivit en l’attrapant par l’oreille et en l’emmenant dans le hall pour la mettre au coin. Je compris pourquoi il souhaitait la punir spécifiquement à cet endroit : le hall était très passant et la plupart des domestiques pouvaient donc admirer les fesses écarlates de Magda, ajoutant à son humiliation. 

    – Tu connais les règles, rappela monsieur Duchemin, tu te tiens droite, les mains sur la tête ! Si je vois bouger d’un iota, je vais chercher le martinet ! C’est compris ?!

Puisque Madgda ne répondit pas, son père lui asséna de nouvelles claques puissantes jusqu’à ce qu’elle daigne bégayer entre deux larmes :

    – C’est...est c...com...om...pris, pa...pap...pa !

    – Parfait !

Monsieur Duchemin se tourna vers moi et j’eus malgré moi un mouvement de recul. Il me dit alors que je pouvais retourner vaquer à mes occupations car Magda ne sortirait pas du coin avant un moment ; et ensuite, il faudrait se préparer pour le dîner. En effet, le traiteur et les serveurs s’activaient déjà dans la grande cuisine. 

Avant que je ne quitte le hall, la grand-mère de Magda passa par là et ne put s’empêcher de glisser un commentaire acerbe sur le caractère amplement mérité de la punition de sa petite-fille.


        Je retrouvai dans la bibliothèque et m’assis dans un fauteuil pour réfléchir. Jusque là, c’était plutôt monsieur Duchemin qui avait raison : Magdalena lui avait volé de l’argent, c’était normal qu’il la sanctionne. Mes parents auraient réagi tout aussi sévèrement si j’avais commis le même délit. Pour le moment, l’avantage était donc à monsieur Duchemin.



        Habillée, coiffée et apprêtée, j’allai frapper à la porte de la chambre de mon amie pour vérifier si elle n’avait pas besoin d’aide. Après qu’elle m’ait autorisée à entrer, je l’aidai à accrocher son collier de perles.

    – Tu vas bien ? m’inquiétai-je.

    – Je t’avais dit que mon père me frappait pour un oui ou pour un non !

    - Magda, tu lui as volé de l’argent ! Si j’avais fait ça à mes parents, je n’aurais pas pris moins cher que toi !

    – Alors tes parents aussi sont sadiques ! déclara-t-elle.

   – Non, ils sont justes ! défendis-je. En plus, tu as provoqué ton père ! Tu lui as répondu comme si tu n’avais pas peur de lui ! Si j’avais parlé comme ça à mes parents, j’aurais pris une gifle, tout au moins !

   - Sur le coup, expliqua Magda, je me dis que ce n’est rien, ce n’est qu’une fessée. Une fessée de plus ou de moins, ça ne changera pas grand chose... Et puis quand je suis sur le point de la recevoir, je me rappelle ce que ça fait... Et lorsque c’est passé, je me redis que ce n’est rien qu’une fessée...

    – T’es en train de me dire que tu as une mémoire de poisson rouge ? Je vais t’appeler Dory. 

    – Dory ? s’étonna-t-elle.

    – Oui, le poisson dans Némo, qui oublie toutes les cinq secondes ce qu’elle a dans la tête...

Magda se mit à rire.

    – Ma mission cette semaine sera de te rappeler de ne pas faire de bêtises afin de ne pas provoquer ton père, annonçai-je en bombant le torse. Mais essaie de te tenir tranquille. Ton père t’aime beaucoup.

    – Comment tu le sais ? Il te l’a dit ?

    – Euh... Non mais euh... ça se voit, quoi ! brodai-je pour ne pas dévoiler ma conversation avec le père de famille.

    Soudain, la sonnerie retentit.

    - Les filles ! entendîmes-nous.

Nous descendîmes dans le hall en même temps que monsieur Duchemin pour accueillir la douzaine de personnes invitée. 

    - Je vous présente Magdalena, ma fille. Et voici Marie, son amie. Je la garde cette semaine car ses parents sont en voyage.

Magda et moi saluâmes tout le monde puis nous installâmes à table avec les adultes.

    - C’est parti pour une soirée ultra-ennuyeuse ! me chuchota Magda. Heureusement qu’elle sera écourtée !

    – Pourquoi écourtée ? me renseignai-je.

    – Mon gros lourd de père m’envoie toujours me coucher pour vingt-et-une heures.

    – Les filles, cessez vos messes basses ! ordonna monsieur Duchemin. C’est très malpoli !


        Autour de la table se trouvaient donc le Président de la République et la Première Dame, puis cinq ministres : celui des familles d’accueil, celui de la justice, celui des armées, celui du travail et celui de l’agriculture ; tous accompagnés de leurs épouses.

Le dîner s’annonçait effectivement long et ennuyeux ; heureusement que mon amie avait décidé de pimenter un peu le repas !


        A la fin de l’apéritif, elle me glissa un papier sous la table. Je le dépliai et lus : 

Défi n°1 : clasher le Président

Défi n°2 : verser du piment en cachette dans l’assiette d'un ministre

Défi n°3 : faire sonner non-stop le téléphone de mon père

Défi n°4 : faire un concours de toux

Lequel choisis-tu ? Moi, je vais faire le n°3 !


    – Ton père va nous tuer ! chuchotai-je.

   – Tu n’as vraiment rien dans le ventre ! me répondit Magda. Bon, on n'a qu'à dire que si tu réussis l’un des défis, je ferai tes devoirs à ta place cette semaine.

L’idée était très tentante mais j’avais encore mal aux fesses à cause de la fessée reçue vendredi. Mais l’idée était vraiment très tentante...

    – N°1, répondis-je à Magda.

   - Les filles ! Deuxième fois que je vous reprends ! Pas de messes basses !

    - Oui papa, répondit Madga.

    - Oui monsieur, enchaînai-je.

Nous attaquions l’entrée lorsque le téléphone de monsieur Duchemin se mit à sonner incessamment, affichant à chaque fois “numéro masqué”. Lorsqu’il remarqua que sa fille avait une main sous la table, le père de famille se leva brusquement et tira la chaise de sa fille, découvrant le téléphone caché entre ses cuisses. Cela sembla d’ailleurs ravir tout le monde : ils allaient assister aux conséquences de la réforme qu’ils avaient eux-mêmes créée.

    – Je t’ai déjà donné une fessée il y a quelques heures ; à croire que cela n’était pas suffisant ! gronda monsieur Duchemin. Je vais donc tâcher d’être plus clair !

Le porte-parole du Gouvernement se tourna vers Nicolas, qui attendait dans un coin de la pièce qu’un des convives réclame son aide, et lui demanda de lui apporter le martinet.

    – Non, papa, s’il te plaît ! pria Magda. Pas le martinet, ça fait trop mal !

   – Avec la déculottée de tout à l’heure, tu n’as pas eu l’air de comprendre ! Donc je vais passer à l’étape supérieure ! Deux bêtises en une journée, ça suffit !

Mon amie se prit une volée au martinet devant tout le monde, ce qui me dissuada pleinement d’effectuer le défi qu’elle m’avait lancé. 

    – Voilà une affaire rondement menée ! se satisfit le Président lorsque monsieur Duchemin se rassit après avoir mis Magda au coin une nouvelle fois. Cette réforme est vraiment la meilleure chose que nous ayons faite ! Il y avait tellement de jeunes en perdition ! Les écrans et la flemme ! Voilà tout ce qu’ils connaissaient ! La discipline et le travail, voilà ce qu’il leur faut !

Je dus me mordre la langue pour ne pas répliquer, surtout lorsque la réplique du Président reçut une approbation générale. Cela allait être plus dur que prévu de ne pas réaliser le défi... Mais contrairement à mon amie, je pensais aux conséquences : je les avais parfaitement en tête ! Non seulement monsieur Duchemin me flanquerait une volée monumentale, mais en plus mes parents me tomberaient dessus à coup sûr à la fin de la semaine, surtout si je leur faisais honte devant les membres du Gouvernement ! Je devais continuer de me mordre la langue, quitte à la sectionner.

    – Et toi Marie ? me demanda la Première Dame. Parle-nous un peu de toi. Qu’étudies-tu ?

    - La littérature, madame, répondis-je. 

   – Oh, c’est chouette ! s’exclama-t-elle. Quel métier souhaites-tu exercer ?

    – Je n’en suis plus très sûre alors... J’espère obtenir mon doctorat, et ensuite on verra ! répondis-je.

    – Ton doctorat ? demanda la femme du ministre du travail. Tu es bien ambitieuse ! En quelle classe es-tu ?

    – En première année de licence, madame. Je viens seulement d’avoir dix-neuf ans.

    – Oh, tu es encore un bébé ! s’exclama la Première Dame sur un ton qui faillit me faire gerber. Que tu es mignonne !

    – Dans quelle famille es-tu placée ? me demanda le Garde des Sceaux.

    - Mes parents sont Michael et Scarlett Webber, monsieur.

    – Bien ! Très bien ! s’​​​​​​​exclama le ministre des familles d’accueil. J’ai entendu parler d’eux : ils font partie des meilleures familles d’accueil du pays ! Je déplore ce qui est arrivé à l’une de leurs filles récemment...

    – Ah, ce sont les parents de la petite Anaïs Webber ? demanda le garde des Sceaux. J’ai vu son dossier passer sur mon bureau... Elle est actuellement en centre de redressement.

    – Oui ! confirma le ministre des familles d’accueil. Monsieur et madame Webber ont beau faire de leur mieux, ils ne peuvent pas tout contrôler...

    - Mes parents sont formidables, monsieur, précisai-je. Et ma sœur reviendra bientôt à la maison.

    – A condition qu’elle se tienne tranquille ! commenta le ministre de la Justice.

    – Il est vrai que tes parents se débrouillent très bien, poursuivit le ministre des familles d’accueil. Je n’entends que des éloges sur eux !

    – Oui, Michael et Scarlett sont des amis, et ils aiment profondément leurs enfants, ajouta monsieur Duchemin. Je garde Marie cette semaine car Michael vient de perdre son père. Lui et sa femme ont dû partir aux Etats-Unis pour les obsèques.

    – Vous me ferez penser à lui adresser mes condoléances, ma chère ? demanda le ministre des familles d’accueil à sa femme.

    – Assurément, répondit-elle. Et toi Marie, es-tu davantage sage que Magdalena, avec tes parents ?

        – Je fais quelques bêtises, comme tout le monde, répondis-je, gênée.

    – Je suppose que tes parents doivent te tanner le cuir ! Dit le Président. Du moins, je l’espère !

        – Oui monsieur, répondis-je en m’écorchant vivement la bouche.

    – En tout cas, on peut dire que vous savez y faire avec votre fille, Tristan ! ria le ministre de l’agriculture en jetant un coup d’œil à Magda qui était tournée vers le coin, les mains sur la tête et les fesses exposées à tout le monde. Elle a le derrière bien marqué ! C’est une bonne leçon pour elle !

    – Elle m’a volé de l’argent cet après-midi donc elle avait déjà reçu une bonne déculottée, narra monsieur Duchemin. Je me dois d’être très strict, sinon c’est la porte ouverte à tout !

    – Et c’est exactement ce que la République attend de vous, mon cher ami ! se satisfit le Président.

Ne tenant plus, j’agitai vivement la tête dans tous les sens, faisant mine de chercher quelque chose. Forcément, la femme du ministre de l’agriculture me tendit une perche que je ne pus que saisir :

    – Tu cherches quelque chose, mon enfant ?

    – Oui, je cherche la République ; car jusqu’à présent, je n’ai trouvé que la dictature. Donc je continue de chercher...

    – Quelle insolence ! s’​​​​​​​exclama le Président.

    – Elle a du répondant, cette petite ! s’​​​amusa le ministre des Armées tandis que monsieur Duchemin m’attrapait par l’oreille.

    – Pas la fessée, pitié, monsieur ! priai-je en mettant de côté mon égo. Pitié, monsieur ! Mon père m’en a déjà donné une grosse vendredi et j’ai encore mal !

    – Donc parce que ton père t’a punie vendredi – et je suppose que c’était amplement justifié ! – je dois laisser passer ton accès d’insolence ?! me gronda monsieur Duchemin, incrédule. C’est hors de question, Marie ! Non seulement tu vas être punie, mais quand tes parents apprendront ça, je ne donne pas cher de ta peau !

Me tenant toujours le poignet, monsieur Duchemin se tourna vers le Président de la République et lui demanda :

    – Puisque c’est à vous et à votre femme qu’elle a manqué de respect, voulez-vous vous charger de sa punition, monsieur le Président ?

    – J’en donne déjà assez à mes enfants d’accueil, répondit ce dernier. Et puis, cette petite est sous votre responsabilité, je vous fais pleinement confiance pour la sanctionner comme elle le mérite ! 

En deux temps, trois mouvements, je fus basculée sur les cuisses de monsieur Duchemin (qui avait bien reculé sa chaise pour que tout le monde profite du spectacle), ma robe de soirée fut troussée et les premières claques (costaudes évidemment, puisqu’il y avait un public de marque !) qui tombèrent sur ma culotte me firent déjà monter les larmes aux yeux. Lorsque ma culotte fut baissée, je mis mes mains en bouclier, ce qui m’attira quelques moqueries humiliantes de la part des invités. Mes mains furent vite neutralisées et je reçus une déculottée aussi costaude que si c’était mon père qui me l’avait donnée ; et à cause des stigmates de la volée de vendredi, j’eus beaucoup plus de mal à l’encaisser que d’habitude.

Je pleurai, priai, criai... mais monsieur Duchemin ne se stoppa que lorsqu’il fut certain que j’avais retenu la leçon.

    – Présente immédiatement tes excuses à monsieur le Président et à madame la Première Dame.

J’obéis sans délai, mes fesses me brûlant fortement. J’aurais voulu aller me cacher dans un trou de souris pour y pleurer !

Sans nous laisser finir le repas, monsieur Duchemin nous envoya au lit toutes les deux, Magda et moi. Je ne me fis pas prier pour aller dans ma chambre, honteuse que j'étais. Je crois que cette soirée entrait dans mon top 3 des soirées les plus humiliantes de ma vie !


    Après m’avoir raccompagnée à ma porte, Magda me dit :

    – Au moins, tu n’auras pas de devoirs à faire cette semaine ! Tu veux que je te mette de la crème sur tes fesses ? J’en ai une super efficace que la pharmacienne du coin m’a conseillée !

    – Non ! aboyai-je. Tu nous laisses tranquille mes fesses et moi pour ce soir ! Je vais me coucher !


    Je pris ma douche. L’eau chaude apaisa quelque peu mon fessier très douloureux. Puis, je me mis en pyjama, me couchai et pleurai.

    J’aurais voulu appeler mes parents mais je ne le pouvais pas : ils étaient dans l’avion donc ils ne répondraient certainement pas. Et de toute façon, si je leur racontais ce qui s’était passé ce soir, ils m’auraient grondée et dit que je n’avais pas fini de pleurer...

    Je pris ma pilule du soir et un médicament pour éviter une crise intestinale : sous le coup de la colère, monsieur Duchemin n’avait sans doute pas tilté que je devais rester assise à table tout le temps du repas et ne pas en bouger.

    Une terrible nuit m’attendait, une nuit durant laquelle je ne pourrais pas dormir sur le dos. Heureusement, demain serait un autre jour !


A suivre...

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