Mercredi 29 janvier 2020
Après
une bonne grasse matinée – il faut dire que je m’étais couchée bien plus tard
que chez mes parents ! – je m’éveillai sous une bonne douche chaude et
puis pris dans ma valise les seuls vêtements que j’avais emportés en dehors de
mon uniforme en quatre répliques identiques.
Après m’être habillée, je me baladai dans la
maison à la recherche de quelqu’un : je trouvai Magdalena assise devant la
télé en train de croquer dans une énorme tartine de Nutella. Elle n’avait plus
l’air fâché du tout et d’ailleurs, elle s’exclama en me voyant :
- Salut Marie ! Bien
dormi ?
- Euh… Oui, et toi ?
répondis-je, décontenancée.
- Oui, nickel ! Et
figure-toi que j’ai une super nouvelle : mon père nous autorise à aller
manger au restaurant avec les potes ce midi ! Nous avons même le droit de
sortir jusqu’à dix-neuf heures !
- Mais… et tes
devoirs ? me renseignai-je. Les miens sont faits mais pas les tiens…
- T’occupe, je
gère ! me rassura-t-elle. Avec la bande, on s’est donnés rendez-vous à
midi au Buffalo. Ça te convient ?
Je ne pouvais pas donner de réponse
négative : je n’attendais que ça de sortir avec mes amis, surtout depuis
que mes parents m’avaient privée de sortie jusqu’à cet été !
- Génial ! répondis-je,
enjouée. Y’aura qui ?
- Ceux de
d’habitude : les Guillaume – donc ta sœur sera là ! –, les Kernec, toute
la fratrie Chapeau, et Angélique. Y’aura même ton frère avec Oscar !
J’étais aux anges ! Un déjeuner et une
après-midi avec nos amis : ça n’était pas arrivé depuis si longtemps que j’en
étais tout excitée !
Nicolas
nous déposa au Buffalo pour midi. Nous étions les dernières à arriver. Dans un
premier temps, je fis mine d’ignorer les autres pour serrer Louise puis Mayeul
dans mes bras.
- C’est trop génial de se
retrouver là ! dis-je.
- Oui… hésita Louise.
- Qu’est-ce qu’il y a ?
- Papa et maman nous ont
privés de sortie, rappela-t-elle. S’ils apprennent qu’on a passé l’après-midi
dehors…
- On est sous la
responsabilité des parents de nos amis ! précisa Mayeul. Papa et maman ne vont
pas se fâcher alors que les parents de nos amis ont dit oui !
- Je suis d’accord avec
Mayeul, dis-je. Nous n’avons qu’à profiter de l’après-midi !
Nous nous installâmes tous les quatorze à la
table que le père de Magda avait réservée pour nous. Naturellement, je m’assis
en bout de table avec Mayeul à ma droite et Louise à ma gauche. A la gauche de Louise
se trouvaient Angélique, puis Magdalena, puis Paloma, puis Alice, puis Clara. A
la droite de Mayeul se trouvaient Oscar, puis Axel, puis Jordan, puis Antonin,
puis Marylou. Rose se trouvait à l’autre bout de la table, pile en face de moi.
Nous aurions dit que nous présidions un grand dîner d’affaires !
Nous
mangeâmes tous beaucoup trop : nous commandâmes une énorme quantité d’amuses-bouches
à partager et lorsque nos plats de résistance arrivèrent, la moitié d’entre
nous était déjà repue. Cela ne nous empêcha quand même pas de commander des
desserts puis des boissons chaudes, tout cela payé avec nos cartes bleues alimentées
par nos parents pétés de thune.
- Punaise, je vais rouler
au lieu de marcher ! s’exclama Marylou en sortant du restaurant.
- Bon, qu’est-ce qu’on
fait ? demanda Oscar. Quel est le programme de l’après-midi ?
- On est tout près du
centre commercial, dit Magda. Et si on se faisait une petite session de laser
Game pour éliminer tout ce qu’on a mangé ? Ou un bowling ?
- On fait tout ce que
vous voulez du moment qu’on a fini à dix-huit heures ! annonça Jordan. J’ai
un rendez-vous.
- Avec une meuf ? le
taquina son frère.
- Nan, rétorqua Jordan en
levant les yeux au ciel. Mais vous pourrez m’accompagner si vous le voulez comme
ça, y’aura pas de mystère…
- On fait comme ça !
déclarai-je. Allez, venez, on bouge au centre commercial !
Nous enchaînâmes trois
parties de laser Game. A la fin de celles-ci, nous nous posâmes pour prendre un
goûter bien sucré. Une heure et demie à courir, ça nous avait épuisés !
Néanmoins, l’équipe Webber avait gagné une partie sur les trois, ce dont je n’étais
pas peu fière.
Alors que nous avalions
nos gaufres respectives, le téléphone de Magda se mit à sonner. Elle ne
répondit pas. Son téléphone se remit à sonner. Elle ignora de nouveau l’appel.
Il sonna une troisième fois…
- Hey, tu ne veux pas
répondre, là ?! s’énerva Oscar. Elle est relou ta sonnerie !
- Nan, c’est de la pub,
répondit notre amie. Ils vont encore essayer de me vendre je ne sais quoi alors
que je ne suis même pas propriétaire !
Néanmoins, la personne qui essayait de la
joindre insistait fortement.
- Décroche, putain !
la somma Marylou. C’est lourd, à la fin !
- Nan, c’est d’la pub, j’vous
dis ! insista Magda.
Paloma profita d’un moment d’inattention de ma
coloc’ de la semaine pour lui subtiliser son téléphone. Après avoir regardé l’écran,
Paloma demanda :
- Euh… Depuis quand c’est
marqué « Papa » quand les pubs t’appellent ?
Un « Oh ! » horrifié et collectif
s’éleva immédiatement.
- Quoi ?! C’est bon,
j’ai le droit de ghoster mon père, quand même ! se défendit Magda sur la
défensive.
- Ton père d’accueil ?!
s’exclama Marylou. Tu vas te faire déchirer !!
- Elle se fait déchirer tous
les jours, ça ne changera pas de d’habitude… commentai-je sans retenue.
- Ta gueule, Marie !
me lança Magda, agressive. J’t’ai pas sonnée, ok ?!
- Tu ne parles pas comme
ça à ma sœur, d’accord ?! intervint Mayeul devant mon étonnement le plus
total.
Pendant ce temps-là, le téléphone continuait de
sonner.
- Pourquoi il insiste comme
ça ? se renseigna Rose.
- C’est juste qu’il
voulait que je rentre à seize heures pour faire mes devoirs et il a dû voir sur
les caméras que je n’étais pas rentrée, expliqua Magda.
- Mais tu m’avais dit que
tu gérais ! m’exclamai-je.
- Toi t’as le droit de rentrer
à dix-neuf heures parce que tes devoirs sont faits, précisa Magda. Mais je ne
vais pas rentrer toute seule comme une pauvre malheureuse alors que vous êtes
tous là !
- Punaise, tu vas vraiment
te faire démonter ! s’inquiéta Angélique.
- De toute façon, mon
père me frappe tout le temps…
- Il te frappe quand tu
fais des bêtises, rectifiai-je devant tout le monde. Il n’est pas plus sévère
que nos parents ! Mais comme c’est ta passion de le provoquer…
- Ferme-la, Marie !
Vraiment !
C’est alors que Louise intervint et bouscula
Magdalena.
- Mayeul t’a déjà dit de
ne pas parler comme ça à notre sœur ! gronda-t-elle. T’es sourde ou tu
fais exprès ?!
Dans ma fratrie, si j’avais imaginé quelqu’un
me défendre un jour, ça aurait été Anaïs, sans aucun doute ; mais voilà que
les discrets Louise et Mayeul montraient les crocs pour intervenir en ma
faveur. J’étais en même temps surprise et très touchée.
- Tu m’touches pas !
rétorqua Magda qui montait en pression.
- Sérieux les filles, on
s’calme ! intervint Marylou. Magda, tu ferais mieux de rentrer chez toi.
- Ah d’accord, vous ne voulez
plus de moi, c’est ça ?!
- N’importe quoi !
dit Alice. Mais tu vas te faire déchirer, là ! Si on ghostait nos parents
comme ça et qu’en plus on n’était pas rentrées à l’heure Clara et moi, j’te
garantis que nos parents nous auraient tuées ! Ton père a l’air strict
donc déconne pas…
- C’est bon, j’fais c’que
j’veux ! s’entêta Magda.
- A ton avis, il va
mettre combien de temps à localiser ton téléphone et à venir te chercher ?
demanda Angélique. Il a un taf hyper important, en plus ! S’il est obligé de
quitter le boulot pour venir te chercher…
- C’est bon, j’vous dis !
insista notre amie.
- Comme tu veux, dit
Jordan. Si tu veux te mettre toute seule dans la merde, c’est toi qui vois.
- En fait, j’suis la
seule à avoir des couilles, ici ! pesta Magdalena.
- C’est clair qu’avec mes
parents, je n’aurais même pas testé ! dit Antonin. J’aurais pas pu m’asseoir
pendant une semaine…
- La même ! dit
Clara.
- Je confirme, enchaîna Rose.
- Grave ! fis-je.
- Et vous les Webber,
avec Ken et Barbie version bodybuildés ! ria Axel. Votre père vous met une
tarte et vous vous éclatez contre le mur d’en face !
Il est vrai que monsieur et madame Chapeau, les
parents d’Axel, Antonin, Jordan et Marylou étaient moins impressionnants que
Michael et Scarlett. Monsieur Chapeau mesurait un petit mètre soixante-dix, n’était
pas franchement baraqué ou musclé. C’était somme toute un homme ordinaire qui
au premier abord paraissait gentil et bienveillant. Sa femme qui atteignait le
mètre soixante était très ronde – autant qu’Anaïs – et passait facilement pour la
mère poule par excellence. Si les Chapeau ne nous avaient pas dit que leur père
leur filait parfois de très longues et sévères déculottées et que leur mère avait
pour instruments de prédilection la cuillère en bois et la planche à pain, nous
ne l’aurions pas imaginé !
Cependant, il était sûr que les physiques de
Michael et Scarlett dénotaient des autres parents : on ne pouvait pas
qualifier le couple Webber de « lambda » comme on le ferait pour les
autres. A côté d’eux, même Tom et Dana paraissaient ordinaires. Nos amis
entretenaient donc le mythe du « Il ne faut pas faire chier les parents
Webber ! », et ceux qui avaient assisté à une de nos punitions
défendaient cette idée avec encore plus de ferveur.
- D’ailleurs, ils
rentrent quand vos parents ? se renseigna Rose.
- Demain, dis-je après
avoir soupiré. C’est mon dernier jour sur Terre, les amis !
Après qu’ils aient posé la question, je leur racontai
mes exploits de dimanche soir et lundi.
- Si ça peut te rassurer
pour la note, dit Marylou, j’ai eu deux sur vingt et mon père m’a filé quinze
coups de canne. J’ai encore les marques…
- Mon père m’a filé la
ceinture, intervint Magda qui s’était radoucie et avait mis son téléphone en
silencieux.
- Chez moi c’était la
brosse, se lamenta Angélique.
- Moi, j’ai passé quinze
minutes sur les genoux de ma mère, narra Alice. C’était la première fois que ça
durait aussi longtemps !
Rose, Clara, Paloma et Louise avaient toutes
les quatre eu de très bonnes notes et ne pipèrent mot.
- N’empêche, comment t’as
clashé le Président ! se rappela Magda. C’était vraiment trop jouissif !
- La fessée que m’a filé
ton père l’était beaucoup moins…, précisai-je.
- Mais quand même, Marie !
s’émerveilla Antonin. Le Président, quoi ! Je n’aurais jamais osé !
Franchement, je t’admire !
- Si t’as envie de me remettre
un prix fais-le avant demain après-midi, dis-je. Sinon tu devras le faire à
titre posthume…
- Oh arrête un peu, Marie !
finit par dire ma sœur. Oui, tu vas prendre une sacrée volée, mais papa et maman
ne vont pas vraiment te tuer !
- Insolence et mauvaise
note, c’est tout ce qu’ils détestent ! rappela Mayeul. Si elle ne meurt
pas demain, je serai étonné ! D’ailleurs, je veux bien que tu rédiges un
testament, Marie. J’aimerais récupérer ta collection de livres Harry Potter.
- Espèce d’enfoiré !
ris-je. J’te signale que toi aussi t’as eu une mauvaise note ! Tu vas
aussi te faire démonter !
- Certes mais je n’ai pas
été insolent, moi ! précisa mon frère. Donc je vais sûrement rester en vie…
- Franchement, je me répète
mais je n’aimerais vraiment pas avoir à faire à vos parents ! dit Axel en
réprimant un frisson.
- Euh… Magda ? demanda
soudain Jordan. Le grand type brun qui arrive vers nous, ce ne serait pas ton
père par hasard ?!
Prise de panique, Magdalena entreprit de se mettre
à courir ; mais ralentie par les tables et les chaises placées sur sa
trajectoire, elle ne put aller bien loin avant que monsieur Duchemin ne l’attrape
par le bras.
- J’étais certain que tu
allais me désobéir et que tu ne rentrerais pas à l’heure, Magdalena Duchemin !
Alors tu vois, j’ai fait exprès de finir le travail plus tôt pour pouvoir venir
te chercher ! Comme quoi, je commence à te connaître comme si je t’avais
moi-même fait !
- Papa, lâche-moi !
pria Magda en tentant de se dégager.
- Oh non, crois-moi, je
ne vais pas te lâcher avant de t’avoir filé une bonne fessée déculottée !
- On est au centre
commercial et il y a mes amis ! implora mon amie.
- Tu as voulu jouer, tu
as perdu ! Maintenant, tu vas en assumer pleinement les conséquences !
Monsieur Duchemin prit une chaise d’une main
tout en continuant de tenir fermement le bras de Magda de son autre main. Puis,
il alla placer la chaise dans la galerie marchande, en plein milieu de l’allée,
non loin du kiosque où nous mangions nos gaufres. De là, nous treize pouvions
assister à la sanction de Magda, ainsi que les employés du kiosque à gaufres,
ceux des boutiques alentours et bien évidemment, les passants venus faire des
achats.
- Papa, j’t’en supplie !
pleura Magdalena en voyant que son père allait vraiment l’humilier devant tout
le monde. Je te promets que je ne recommencerai plus ! Pitié ! Je
vais rentrer faire mes devoirs ! Je vais rentrer à la maison, papa !
Pitié !
- Oh que oui tu vas
rentrer à la maison, ma fille ! Mais tu vas y rentrer avec les fesses
toutes rouges !
En deux temps trois mouvements, Magdalena fut déculottée
et allongée sur les cuisses de son père. Elle se prit alors une déculottée
magistrale, à l’instar de celles que mon père me donne parfois. Nous étions
tous les treize très gênés ; mais il n’était bien
évidemment pas question d’intervenir.
- Je vais faire un
signalement pour maltraitance ! dit une passante.
- Allez-y, je vous en
prie ! répondit monsieur Duchemin en continuant de corriger sa fille. Non seulement
je respecte entièrement la loi, mais en plus je suis le porte-parole du
Gouvernement ! Si vous voulez faire un signalement, je peux vous passer le
Président directement au téléphone une fois que j’en aurai fini avec ma fille !
La passante s’en alla, visiblement outrée.
- Bravo, monsieur !
dit une autre passante dont le mari était visiblement d’accord avec elle.
Il y avait dans l’ensemble beaucoup d’approbations ;
il y avait également quelques rares personnes qui détournaient le regard. Les
employés, eux, s’étaient arrêtés de travailler pour regarder la correction de
Magdalena. C’était vraiment la honte suprême. A force de chercher son père
depuis plusieurs semaines, Magdalena venait de le trouver, et elle l’avait
vraiment bien trouvé !
En
voyant les passants et les employés cautionnant la rouste de mon amie, je pris
conscience que la dictature n’était pas uniquement instaurée dans la loi et
dans les familles d’accueil : elle l’était dans les mentalités. Tous les Français
qui prônaient depuis longtemps un « retour aux méthodes anciennes »
étaient comblés qu’enfin, la jeune génération soit reprise en mains. Nous
étions décollés des réseaux sociaux et nous apprenions « la vraie vie »
et les « vraies valeurs » : le respect, la discipline et le
travail. Qu’en était-il de notre bonheur ? Nous étions les premiers d’une
génération sacrifiée.
Monsieur Duchemin releva de ses genoux sa fille
en larmes. Magdalena pleurait tellement qu’elle en avait le hoquet.
- Tu as retenu la leçon
où il faut que je reprenne les claques ?! tonna le père de famille.
- J’a…i… Com…pris,
bégaya-t-elle.
- Dans ce cas,
rhabille-toi ! ordonna-t-il. On rentre à la maison ! Et dépêche-toi
Magdalena car je suis toujours fâché contre toi et ma main me démange encore !!!
- Une bonne fessée, il n’y
a que ça de vrai ! dit une mémé qui était restée plantée là à regarder Magda
se faire punir, et qui regardait maintenant la jeune fille se rhabiller.
C’était la honte ultime. Alors que je me
demandais si mes parents auraient osé me faire ça, Rose me lança :
- Ça va être sympa l’ambiance
chez les Duchemin, ce soir !
- J’te l’fais pas dire,
répondis-je.
- Et demain, ce sera chez
les Webber qu’il y aura de l’orage ! ria Axel avant de prendre une tape
derrière la tête par sa sœur.
- La ferme ! dit-elle.
Tu ne vois pas qu’ils sont déjà en stress, les pauvres ?!
Sans nous adresser un regard, Magdalena marcha
en direction de la sortie. Avant de la suivre, monsieur Duchemin me dit :
- Tu rentres à dix-neuf
pétantes, Marie ! On est d’accords ?
- Oui monsieur, répondis-je
sagement en rivant les yeux au sol.
- Dans ce cas, à tout à l’heure,
ma grande.
Et il partit avec sa fille.
- Ça va être l’heure de
mon rendez-vous, annonça Jordan. Il faut que je bouge. Qui m’aime me suive !
Puisque nous n’avions que ça à faire, nous
suivîmes Jordan pour l’accompagner à son rendez-vous. Néanmoins, plus nous avancions,
moins nous étions sereins : Jordan nous emmena dans un quartier constitué
de barres d’immeubles avec des guetteurs travaillant pour les gangs de drogue postés dans chaque cage d’escalier.
- On va où là ?! s’inquiéta
Marylou. C’est quoi ton rendez-vous ?
- T’inquiète !
répondit-il.
Il finit par entrer dans l’un des immeubles et
descendre à la cave. Nous le suivîmes, non sans poser des questions auxquelles
Jordan ne répondit pas.
- Eh moi les gars, j’me
tire ! annonça Rose. Si mes parents géolocalisent mon téléphone et qu’ils
me retrouvent ici…
- Oui tu as raison, dit
Paloma. J’te suis. On se voit demain à l’école !
Nous ne fûmes plus que onze. J’étais beaucoup
trop curieuse pour rebrousser chemin et par solidarité, Louise et Mayeul
restèrent avec moi. Les frères et sœur de Jordan restèrent également au nom de
la loyauté familiale. Angélique était, comme moi, animée par la curiosité ;
et Clara et Alice hésitaient encore à partir.
Jordan
frappa à la porte de la cave, un homme noir taillé exactement comme Michael
ouvrit la porte.
- C’est pour ?
demanda-t-il froidement.
- J’ai rendez-vous avec celui
qu’on appelle « L’artiste ».
L’homme noir nous laissa tous entrer, nous faisant
découvrir un salon de tatouage clandestin.
- Tu vas te faire tatouer ?!
s’exclama Marylou. C’est interdit aux mineurs !
- Voilà pourquoi je suis obligé
de venir ici, banane ! rétorqua Jordan.
L’idée me séduisit. Quelle
audace il avait, ce Jordan !
L’homme appelé « l’artiste »
arriva et serra la main de Jordan. C’était un tatoueur professionnel, redevenu
comme nous mineur après la réforme. Il avait alors décidé d’ouvrir son salon en
cachette. C’était un déserteur : il n’avait ni famille d’accueil, ni camp
militaire. L’artiste refusait donc de communiquer son identité et faisait
promettre à quiconque venait dans ce local de ne rien dire. Nous nous mîmes
tous d’accords pour ne rien dire non plus à Magdalena, son père travaillant
pour le Gouvernement.
Jordan se fit tatouer
une tête de tigre sur l’épaule, ce qui rendit vraiment bien.
- Est-ce que… vous auriez
du temps ? me renseignai-je. Je voudrais faire un tatouage, moi aussi.
- Marie, il est dix-huit
heures cinquante ! s’exclama Louise. On doit tous rentrer !
- Repasse prendre
rendez-vous un de ces quatre, me dit l’artiste.
J’acquiesçai et nous sortîmes de l’immeuble.
Ayant
refusé que Nicolas vienne me chercher – je ne voulais pas qu’il dise à monsieur
Duchemin où j’avais été traîner ! –, il était dix-neuf heures huit lorsque
je passai la porte du manoir : cela me valut huit bonnes
claques sur le pantalon de la part du chef de famille, ainsi qu’un texto à mes
parents. La deuxième conséquence de mon retard était beaucoup plus difficile à
digérer que les huit claques, qui me picotèrent les fesses pendant une dizaine
de minutes. Michael et Scarlett, qui devaient être en train de se préparer pour
la sépulture (il était treize heures à Atlanta) n’allaient pas être
contents d’apprendre qu’en plus de toutes mes frasques, j’étais rentrée avec
huit minutes de retard.
Je
dînai seule avec monsieur Duchemin et sa mère, Magda ayant été consignée pour la soirée. La
discussion avec le porte-parole du Gouvernement ne tourna qu’autour de l’école
et je fus bien contente de terminer mon repas pour pouvoir m’extirper de cette
conversation.
Je pris
une douche rapide, me mis en pyjama et tentai de poursuivre la lecture de mon
livre ; mais j’avais bien du mal à me concentrer. Demain, mes parents
rentraient. Si j’étais très heureuse de les revoir et de rentrer chez moi, de retrouver
mon cocon, ma chambre, mon Berlioz…, je savais aussi que, comme le disaient mes
amis, « il y allait avoir de l’orage chez les Webber ».
A suivre…

Quelle chance cet après-midi de liberté !!!
RépondreSupprimerFinalement, il n'est pas si mal ce Mr Duchemin ! Magdalena aurait tout à gagner si elle se montrait plus obéissante ...
Ce ne sont pas Michael et Scarlett qui auraient autorisé cela ?!
Dommage que Marie n'ait pas réussi à être irréprochable et rentrer à l'heure ! C'était une occasion de regagner la confiance de ses parents 😏
Et Mr Duchemin aurait pu se dispenser de ''moucharder'' ... pour 8 petites minutes 😒
Vivement la suite 😚