Jeudi 30 janvier 2020
- Merci beaucoup monsieur
Duchemin de m’avoir hébergée ! dis-je alors que celui-ci nous déposait à
l’école sa fille et moi.
- C’était un plaisir,
Marie ! répondit-il. A demain !
- Demain ?
interrogeai-je.
- Tes parents nous ont
invités à manger Magdalena et moi, m’informa le père de famille.
- Ah, super !
dis-je. A demain, alors !
« Si je suis encore en vie »
voulus-je ajouter.
La
boule de stress dans mon ventre ne me quittait pas. J’étais de plus en plus angoissée
à l’idée de revoir mes parents. D’ailleurs, cette inquiétude fut au centre de
la conversation avec mes amies durant la récré. Alors que je m’étais isolée
dans un coin de la cour et m’étais appuyée contre le mur, mes copines et ma
sœur étaient venues me rejoindre, formant un cercle autour de moi.
- Oh aller, Marie, me dit
Marylou. Tu ne vas pas gâcher toute ta journée pour ça !
- Et puis si ça se
trouve, tes parents seront tellement contents de te revoir qu’ils ne te diront
rien ! tenta Rose.
- C’est très mal les
connaître, répondis-je. Je vais sûrement avoir droit à un gros câlin, mais
après…
- Tu t’en fais toute une
montagne alors que ça se trouve, ils vont juste te filer une fessée ordinaire,
dit Paloma.
- Ma mère m’a dit
textuellement qu’elle allait me tuer et me donner la fessée de ma vie,
rappelai-je ; et que si j’avais été devant elle lorsqu’elle a appris ma note,
j’aurais reçu la ceinture…
- Ce n’est qu’un mauvais
moment à passer, me rassura Magda. Je t’assure que la ceinture ne fait pas si
mal que ça… Enfin, ça fait mal, oui, mais en général ça ne dure pas longtemps…
- Pour l’avoir reçue dans
mon ancienne famille d’accueil, je me souviens que c’est quand même très
douloureux ! insistai-je.
- Maman t’a dit que tu
« aurais reçu » la ceinture « si tu avais été devant
elle », précisa Louise. Ça se trouve, tu ne la recevras pas du tout !
- C’est quoi ton point
faible ? me demanda Clara. Genre les punitions que tu ne peux vraiment pas
supporter et qui te font froid dans le dos ? Moi, c’est la fessée manuelle
sur les genoux qui me fait baliser…
- Si tu ne supportes déjà
pas la base, normal que tu sois une enfant modèle ! dit Magda avec une
once de dédain. Moi, c’est la brosse de bain. Mon père m’en a filé une seule
avec cet objet mais j’ai bien compris ma douleur ! Je crois qu’il ne sait
pas que ça m’a vraiment marquée dans tous les sens du terme… Il vaut mieux
qu’il ne l’apprenne jamais sinon il va m’en menacer tous les jours !
- La canne, sans
hésitation ! intervint Marylou. C’est la pire torture du monde…
- Pire que la brosse à
cheveux ? s’enquit Angélique. Parce que la brosse à cheveux, c’est un
calvaire aussi !
- Le paddle en bois n’est
pas mal non plus… dit timidement ma sœur.
- Regardez-nous,
sérieusement ! se lamenta Alice. On est là, dans une école privée gérée
par des bonnes sœurs à parler des pires façons qu’ont nos familles d’accueil de
nous punir ! Je vous jure, on vit vraiment une sale époque…
- Il faut se tenir à
carreaux, c’est tout ! dit Paloma. Madeleine Montagne de la classe jaune,
il paraît qu’elle n’a reçu que quelques claques sur la jupe depuis le début de
la réforme !
- Ça, c’est parce que ses
parents sont laxistes ! ronchonna Alice.
- Non, intervins-je.
Mayeul est ami avec les frères Montagne et il les a vus se prendre une rouste
par leur mère à quatre heures et demie, pas plus tard que la semaine dernière…
- C’est bien ce que je
dis, il faut se tenir à carreaux, insista Paloma. Et il faut aussi que nous
fassions définitivement le deuil de notre vie d’avant…
- Jamais de la vie !
s’exclama Magda avec véhémence.
- Tu ne nous as toujours
dit quel était ton point faible, Marie, rappela Clara.
- La fessée debout, à la
main, répondis-je honteusement.
- Ah ouais ?
s’étonna Magda. Pourtant, ça aussi c’est un classique ! J’aurais cru que
tu dirais la ceinture ou un truc du genre… Une fessée manuelle debout, c’est
soft !
- T’as vu son
père ?! demanda Rose. T’as les mains de son père ?! T’as vu les
biceps de son père ?! A sa place, même une seule claque sur la jupe
deviendrait mon point faible !
- Pas faux, avoua Magda.
- Y’a vraiment pas à
comparer entre nos parents et les parents Webber, dit Alice. C’est clair qu’une
toute petite fessée chez nous doit se transformer en véritable tannée chez
eux !
- Euh… Je te rappelle que
ça fait quand même bien mal chez nous aussi ! poursuivit Clara.
- On peut se concentrer
un peu sur Marie, là ?! gronda Marylou.
J’esquissai un léger sourire en coin.
- Est-ce que tes parents
savent que la fessée debout est ton point faible ? questionna Rose.
- Bien sûr qu’ils le savent,
me lamentai-je. Dès que je suis dans une période où je fais trop de bêtises,
mon père me punit uniquement de cette façon… Punaise, je balise tellement que
je serais capable de me faire pipi dessus tout de suite !
Les larmes me montèrent instantanément aux
yeux.
- Je préfère quand même
que tu pleures plutôt que tu pisses, fit remarquer Magda, ce qui déclencha un
discret rire collectif auquel je me joignis.
- Ça va aller, Manou, me
dit Louise en mettant sa main sur mon épaule. Ça va juste être un très, très,
très mauvais moment à passer mais ensuite, ça ira mieux !
- Pense à demain soir,
dit Magda. Je débarque chez toi !
- Nous aussi, dirent Rose
et Paloma.
- Je crois qu’on est tous
invités, dit Marylou.
- Je confirme !
poursuivit Clara.
- Ça va faire beaucoup de
monde à manger, tout ça ! s’exclama Alice. Heureusement que votre maison
est grande !
- Je crois qu’en réalité,
nos parents veulent parler entre eux, tilta Louise. C’est tout le but de cette
soirée…
Soudain, la sonnerie
retentit, signe que nous devions entrer en classe.
Lors du déjeuner, je
n’avalai presque rien malgré les réprimandes de Louise et de Mayeul. J’avais
l’estomac complètement noué : il m’était impossible de le remplir.
Les cours de
l’après-midi passaient trop vite à mon goût : j’avais les yeux rivés sur
l’horloge que je surveillais comme le lait sur le feu. Pourquoi fallait-il que
l’aiguille des secondes aille si vite ?!
Je tentai de me
concentrer autant que je le pouvais : je notais mon cours, je participais
à l’oral et effectuais mes exercices ; mais il était vraiment compliqué de
ne pas penser que mes parents allaient venir me chercher et me fracasser.
La sonnerie de seize
heures trente retentit et la boule d’angoisse que j’avais dans le ventre
grandit au point d’emplir tout mon abdomen. Je rangeai mes affaires dans mon
cartable en fournissant des efforts considérables pour ne pas pleurer.
Heureusement que j’avais été dans le vert toute la semaine, sinon je n’ose
imaginer ce qui me serait arrivé. Michael et Scarlett avaient-ils la capacité
de me tuer, de me ressusciter, et de me re-tuer ensuite ?
Mes amies furent
récupérées une à une par leurs parents, tout comme nos autres camarades de
classe. Nous n’étions plus que quatre – les sœurs Dumain, Louise et moi –
lorsque les silhouettes de mes parents se dessinèrent dans l’encadrement de la
porte. Malgré la fatigue, Scarlett était encore plus belle que
d’habitude : habillée d’un jean baskets avec une veste en cuir noir, ses
cheveux étaient noués en une longue tresse légèrement décoiffée qui tombait
entre son cou et son épaule gauche. On aurait dit que ses cheveux avaient
encore poussé : ils ne tarderaient pas à lui arriver au nombril !
Papa lui, était à peine coiffé et ne s’était de toute évidence pas rasé depuis
quelques jours. Il portait également un jean et des baskets, alliés avec un
sweat à capuche floqué du logo des Yankees.
- Louise ! appela
Sœur Marthe. Marie ! C’est pour vous !
Je fixai attentivement le visage de mon père
puis celui de ma mère : ils étaient souriants, contents de nous retrouver.
Je le pris comme un feu vert et courus dans leurs bras pour un câlin
réconfortant, ce qui me permit de décharger une part infime de mon stress.
- Bonjour mes princesses,
dit tendrement papa en nous tenant contre lui Louise et moi. Vous m’avez
sacrément manqué !
Maman nous embrassa tour à tour sur le front,
puis après avoir vérifié que nous étions bien toutes les deux dans le vert,
nous sortîmes de la classe pour aller chercher Mayeul.
- Ça s’est bien passé
l’enterrement ? demandai-je.
Je mettais un peu les pieds dans le plat mais
je voulais avant tout faire diversion pour que l’attention de mes parents ne se
concentre pas sur mes bêtises.
- Oui, c’était une belle
cérémonie, répondit Michael d’un ton triste. Qu’il repose en paix.
- Et vous, votre journée,
les filles ? demanda maman.
- Ça a été !
répondit Louise, enjouée.
Je m’abstins de répondre verbalement et me
contentai d’un léger sourire.
Nous
récupérâmes Mayeul – qui était tout aussi anxieux que moi ! – et
entreprîmes de sortir du bâtiment. Néanmoins, avant de franchir la grille de
l’école, une religieuse arrêta mes parents :
- N’oubliez pas de passer
au secrétariat demain soir pour récupérer les bulletins scolaires du mois de
janvier, dit-elle.
- Très bien, nous le
ferons, annonça papa.
- Nous vous informons
également que la réunion avec les professeurs du second semestre aura lieu ce
mardi, de dix-sept heures à vingt-et-une heures. Les créneaux pour prendre
rendez-vous seront ouverts sur le site intranet dès ce soir, vingt heures.
- Nous vous remercions,
dit maman. Bonne soirée, ma Sœur.
En marchant jusqu’à la voiture, je tempêtai
contre moi-même. Les bulletins ! J’avais complètement oublié les
bulletins ! Avec mon 1/20, ma moyenne allait en prendre un sacré coup…
Pourtant, je savais que mes parents n’attendaient pas tant les notes – qui
étaient présentes sur le site intranet – que les appréciations des
professeurs ; appréciations qui seraient développées et étoffées lors de
la réunion de mardi. Comment était-il possible que la journée tourne encore
plus mal qu’à son début ?!
- Vous allez y aller à la
réunion de mardi ? se renseigna Mayeul une fois que papa eut démarré la
voiture.
- Bien sûr que nous
allons y aller ! répondit maman sur le ton de l’évidence. Et nous voulons
voir l’intégralité de vos professeurs. Hors de question d’en louper un
seul !
- Je demande, c’est tout…
dit mon frère. Y’a plein de parents qui s’en fichent royalement…
- Ce n’est pas notre cas,
enchaîna papa. Nous voulons tout savoir de votre travail et votre comportement
à l’école.
Evidemment. Pourquoi fallait-il qu’ils soient
aussi consciencieux ?
Nous
arrivâmes à la maison, et à peine eus-je le temps de retirer mes chaussures que
Berlioz vint se frotter à moi : je le pris immédiatement dans mes bras et
restai avec lui dans l’entrée pour le câliner longuement.
- Marie, viens prendre
ton goûter ! m’appela maman depuis la cuisine.
A contrecœur, je reposai Berlioz et allai me
laver les mains. Puis, je rejoignis le reste de ma famille à table : ils
étaient en train de manger une salade de fruits.
Je m’assis devant mon bol de salade et
commençai à manger malgré mon estomac plus noué que jamais.
- Alors, comment s’est
passé votre voyage à Atlanta ? demanda Louise qui souhaitait meubler pour
Mayeul et moi, je la remerciai intérieurement pour cela.
- C’était… spécial,
répondit papa. Caleb et moi étions heureux de revoir notre mère mais la
situation était quand même plutôt tendue. Nous avons également revu nos oncles
et tantes, et nos cousins-cousines… Caleb et moi sommes très attachés l’un à
l’autre mais le reste de la famille nous est indifférent. Nos véritables
familles sont nos femmes et nos enfants.
- Et vous, les
enfants ? s’enquit maman en changeant de sujet, voyant son mari mal à
l’aise. Comment ça s’est passé ?
- Bien, répondit Mayeul.
- Oui bien, enchaînai-je.
- C’était cool, continua
Louise.
- C’est parce que vous
avez tous les trois des choses à vous reprocher que vous êtes aussi peu
bavards ? questionna maman sans équivoque.
Tous les trois ?! Qu’avait donc fait
Louise ?! Oh mais c’est pour cela qu’elle essayait de meubler ! Ce
n’était pas par gentillesse envers nous mais uniquement pour éviter de parler
de sujets fâcheux pour elle ! La chipie !
La question de Scarlett jeta un froid. Pour ma
part, je rivai les yeux vers mon bol et n’osai plus les lever.
- Votre mère vous a posé
une question, il me semble, dit fermement papa. Elle attend une réponse, et moi
aussi !
- Je suis vraiment
désolée, avouai-je étant la plus courageuse des trois.
- Oui, comme d’habitude
Marie ! dit Scarlett. Tu es on ne peut plus désolée. Seulement, cela ne
t’empêche pas d’être insolente, de nous mentir, de ne pas faire tes devoirs et
de ne pas rentrer à l’heure alors que cette sortie était déjà exceptionnelle
étant donné que tu en étais privée !
- Votre mère et moi avons
exceptionnellement donné notre accord aux parents de vos amis pour que vous
sortiez hier ; vous êtes tous les trois rentrés en retard. Mayeul, tu es
rentré avec trois minutes de retard, Marie huit minutes, et Louise tu as battu
le record avec douze minutes ! Autant de temps que vous allez passer sur
nos genoux dans un instant !
- Pitié, papa ! pria
Louise dont les yeux se remplirent de larmes.
- On n’a pas vu l’heure,
se défendit timidement mon frère.
- C’est bien ce qu’on
vous reproche, gronda papa. Vous nous avez une fois de plus montré qu’on ne
pouvait pas vous faire confiance ! Nous pensions à éventuellement lever la
punition mais après votre attitude d’hier, ce n’est plus au goût du jour !
- Ne me donnez pas la
fessée, s’il vous plaît ! pleura Louise. Je ne serai plus jamais en retard !
« Ne ME donnez pas la
fessée ?! » « JE ne serai plus jamais en
retard ?! » ?! Ça lui aurait arraché la gueule de dire
« NOUS » ?!
- Il y a intérêt à ce que
tu ne sois plus jamais en retard, Louise Webber ! gronda maman. Estime-toi
heureuse qu’il n’y ait que cette bêtise à régler ; ce n’est pas le cas de
ton frère et ta sœur !
Je déglutis bruyamment.
- Bon, par lequel d’entre
vous je commence ? demanda papa après avoir terminé sa salade de fruits.
Mayeul ? Marie ? Louise ? C’est moi qui choisis ou… ?
Pétrifiés de peur, aucun de nous n’osa
répondre. Papa se leva, fit le tour de la table et attrapa le poignet de
Louise.
- Aller, viens ici !
Malgré les supplications de ma sœur, papa la
traîna jusqu’au canapé où il la bascula en travers de ses genoux. Il sortit son
téléphone pour mettre un minuteur qu’il régla sur douze minutes et commença à
corriger ma sœur sur sa jupe.
A peine Louise recevait-elle sa première claque
que maman m’attrapa et me traîna également jusqu’au canapé. Sur l’énorme canapé
en forme de U de mes parents, il y avait largement assez de place pour nous
corriger toutes les deux. Scarlett s’assit en face de mon père et me bascula
sur ses cuisses. Le minuteur de son téléphone fut réglé sur huit minutes et ce
fut à mon tour de recevoir une fessée sur ma jupe.
Même
à travers le tissu de ma jupe et celui de ma culotte, mes fesses commençaient
sérieusement à chauffer ; au bout d’une ou deux minutes, ne tenant plus,
je tentai de mettre une main protectrice que maman neutralisa immédiatement.
- Maman, arrête ! la
priai-je. Pitié, arrête !
- C’est long, huit
minutes, n’est-ce pas Marie ? me questionna-t-elle en continuant de faire
pleuvoir les claques. Cela fait une éternité pour des parents qui s'inquiètent !
Mon derrière commençait
à me brûler ; j’étais persuadée que j’avais les fesses toutes rouges.
Au bout de cinq
minutes, nos parents firent le même geste pour Louise et moi, à savoir relever
nos jupes. La fessée reprit donc avec une pénibilité accrue. Même si ce devrait
être pire pour Louise qui, non seulement n’avait pas l’habitude d’être punie, mais
en plus l’était par papa, maman n’y allait pas non plus de main morte et je
sentais parfaitement sa main tomber sur ma culotte bleu ciel.
La sonnerie du minuteur
du téléphone de Scarlett retentit, me libérant du calvaire. Ma mère m’envoya au
coin, j’obéis en me massant les fesses. Puis, notre mère attrapa Mayeul.
Au bout de dix minutes,
j’entendis Louise supplier papa qui s’affairait à baisser sa culotte. Les
claques se firent alors plus cinglantes et je ne pus m’empêcher d’avoir de la
compassion pour ma sœur.
La sonnerie de maman
retentit, libérant Mayeul ; et quelques secondes plus tard, Louise fut à
son tour délivrée et envoyée dans sa chambre pour faire ses devoirs. J’entendis
ensuite mon frère se faire réprimander :
- Mayeul, tu nous
expliques ce misérable 3/20 ?! gronda maman. Ça concernait une
interrogation de cours, en plus ! Un cours de grammaire, Mayeul !
- Je n’avais pas compris
la consigne, se défendit mon frère.
- Tu n’avais pas compris
la consigne de quel exercice, au juste ?! tempêta Scarlett. Des
sept ?! Tu te fiches de nous, là ?!
J’entendis papa s’avancer vers mon frère et lui
baisser son pantalon.
- Mens-nous encore une
fois et c’est ton slip qui va descendre ! le prévint Michael.
- Je… je n’avais pas
appris ! avoua mon frère en fondant en larmes. Je suis désolé !
- C’était pourtant noté
dans tes devoirs d’apprendre ton cours, Mayeul ! gronda papa sans
compassion.
- Par…don, bégaya mon
frère au point de me serrer le cœur.
- Tu n’as pas fait tes
devoirs et la conséquence a été une note exécrable qui plombe ta moyenne !
réprimanda maman. Tu peux dire pardon, oui ! Mais tu ne vas pas t’en tirer
comme ça !
J’entendis papa attraper Mayeul avec ardeur et
le basculer sur ses cuisses sur le canapé. Les claques qui tombèrent alors
n’avaient rien à voir avec celles que maman lui avait données pour le
retard ; elles étaient bien plus appuyées et costaudes. Michael le
punissait sévèrement ! J’entendais mon frère pleurer et se débattre ;
et il cria des prières lorsque notre père baissa son dernier rempart. J’étais
en train de compatir pleinement pour lui lorsque l’on m’attrapa fermement par
l’oreille. J’entendis ma mère me gronder :
- Pendant que papa
s’occupe de ton frère, on va parler de ton 1/20, toutes les deux !
En tournant légèrement la tête, je découvris
une terrible brosse à cheveux dans la main de ma mère.
- Oh non… me lamentai-je,
bien que je me sois attendue à ce genre de scénario.
Scarlett s’assit sur le canapé, me bascula à
nouveau en travers de ses genoux et me déculotta. Voyant que je me débattais
vivement – en toute logique ! –, elle décida de m’immobiliser complètement
afin que je ne puisse pas échapper à la sanction qui m’attendait.
Et cette sanction fut lourde.
Le cruel dos en bois de la brosse martelait mes
fesses sans pitié ; ma mère ne retenait pas ses coups.
- Tu nous as menti !
me grondait-elle en tapant. Tu nous as menti, Marie Webber ! Tu nous as
dit que tu lisais ton livre ! Nous t’avons crue sans rechigner ! Tu
pensais que ça allait durer combien de temps, hein ?! Comment de temps
pensais-tu nous enfumer avec tes mensonges, Marie ?!
Je ne pouvais répondre, occupée que j’étais à
pleurer et à encaisser les coups de brosse.
- 1/20 ! continuait Scarlett.
1/20, Marie ! Tu sais combien de bonnes notes il faut par la suite pour
rattraper un 1/20 ?! C’est la dernière fois que tu me ramènes une note
pareille, ma fille ! Je croyais que nous avions resserré la vis mais ce
n’est encore pas assez ! Nous allons être derrière tes fesses, Marie
Webber, je t’assure que ton père et moi allons être derrière tes fesses jusqu’à
ce que tu en aies marre et que tu fasses enfin ce qu’on te demande ! Jusqu’à
ce que tu te com-portes cor-rec-te-ment et que tu o-bé-i-sses !
Chaque syllabe détachée m’avait valu un coup de
brosse particulièrement appuyé, ce qui fit doubler mes larmes.
Après
plusieurs minutes, ma mère me lâcha enfin. J’étais trempée de sueur, tout comme
Scarlett ; et j’avais le visage inondé de larmes. Je sentais que des bleus
étaient en train de se former sur mon derrière, conséquences du passage de la
brosse.
Je me relevai des cuisses de ma mère et vis mon
père debout, les bras croisés, me regardant d’un air mécontent. Mon frère avait
été envoyé dans sa chambre pendant que j’étais en train de me faire
punir ; et je trouvai que comparé à moi, il avait quand même eu une
sanction beaucoup plus soft. Une fessée manuelle, certes paternelle, valait
quand même mieux qu’une longue et douloureuse fessée à la brosse, même
maternelle !
- Tu as retenu la leçon,
Marie ? me demanda mon père.
J’hochai la tête pour acquiescer.
- Ou en es-tu de la
lecture de ton livre ? questionna Michael. Tu as avancé cette
semaine ?
- A l…a pa…ge… tr…ois
c…ent quin…ze, répondis-je en sanglotant.
- Eh bien tu vois quand
tu veux ! commenta ma mère.
Elle se leva du canapé et s’adressa à son mari
en disant :
- Je vais aller prendre
une douche et défaire les valises, je te laisse gérer le reste ?
Papa approuva d’un signe de tête, embrassa le
front en sueur de sa femme et la regarda se diriger vers la suite parentale.
Me retrouvant seule avec mon père, je me mis à
le prier :
- Pitié papa… S’il te
plaît…
- Le Président de la
République, Marie ! me dit-il en gardant les bras croisés. Tu te rends
compte de ta bêtise ou pas ?!
- Je suis désolée…
- Tu es désolée parce que
tu viens de prendre une très bonne fessée et que tu sais que je vais t’en
donner une autre ! Mais je veux que tu prennes vraiment conscience des
conséquences de tes paroles, Marie ! Combien de fessées as-tu prises à
cause de ton insolence ? Pas assez pour rattraper toutes celles de ton enfance, je te l'accorde ; mais je pensais qu’après cinq mois en famille d’accueil, dont quatre
chez nous, tu apprendrais à tenir ta langue !
- C’est sorti tout seul,
plaidai-je.
- Ma main aussi va tomber
toute seule sur tes fesses !
- Non, pitié papa ! adjurai-je
en reculant.
- Tu dois absolument
tourner neuf fois ta langue dans ta bouche avant de parler !
- Sept, chuchotai-je.
- C’est tout à fait
légitime que monsieur Duchemin t’ait donné la fessée ! Et je suis encore
plus fâché qu’il ait eu à le faire ; car en-dehors de la vexation que j’ai
ressentie en sachant MA fille corrigée par un autre, j’ai eu honte,
Marie !
- De moi ?
demandai-je, les yeux écarquillés, venant de recevoir un poignard dans le cœur.
- Non, pas de toi !
De ton attitude ! Lorsque maman et moi t’avons déposée chez monsieur
Duchemin, nous nous attendions à ce que tu sois réellement irréprochable !
Au lieu de ça, il a été obligé de te donner trois fessées, Marie ! De surcroît,
tu savais très bien que tu allais recevoir un doublon dès que nous
rentrerions ; ça ne t’a pas empêché de faire des tiennes !
- Mais… J’ai été dans le
vert toute la semaine à l’école ! me défendis-je.
- Et pour cela, je te
félicite et je suis on ne peut plus fier de toi, ma princesse. Cependant, je ne
peux pas ignorer le fait que tu aies été insolente dans une maison où tu étais
invitée et auprès d’inconnus ! C’était la première fois qu’ils te
rencontraient, Marie ! A ton avis, quelle image vont-ils garder de
toi ?! Ils ne t’ont pas vue comme moi je te vois : ma merveilleuse
fille lumineuse, chaleureuse, souriante, bienveillante, aimante et
affectueuse ! Ils ont vu ton côté sombre : la Marie insolente qui a
clairement dépassé les limites ! C’est de cette Marie-là dont j’ai eu
honte, et c’est à celle-là que je vais donner une bonne fessée !
Il avait dit « bonne ». Il avait dit
« bonne fessée ». J’allais mourir.
Michael m’attrapa par le bras et dégrafa ma
jupe qui tomba au sol. Je pestai contre moi-même de ne pas avoir pensé à
remettre ma culotte en place, même si mon père l’aurait sûrement de nouveau
baissée. Papa entrava ensuite mes mains et commença à me claquer le
derrière avec virulence. Je recevais des claques aussi costaudes que celles de
Mayeul ; mais j’étais debout et ça faisait dix fois plus mal.
C’était
la première fois qu’une fessée debout donnée par mon père durait aussi
longtemps. D’habitude, Michael s’arrêtait au bout de quelques dizaines de
claques : mais aujourd’hui, il ne s’arrêtait pas. J’avais beau pleurer,
supplier, adjurer, faire toutes les promesses du monde ; il ne s’arrêta
que lorsqu’il fut certain que j’avais retenu la leçon.
Machinalement, je me frottai les fesses dès que
mon père me lâcha. Il resta là à me regarder pleurer : il n’était même pas
essoufflé et transpirait à peine, comme si punir ses trois enfants à la chaîne
ne lui avait demandé qu’un infime effort. Poussée par un besoin viscéral, je me
blottis contre lui et il m’entoura de ses bras puissants et réconfortants en
disant :
- Tu vas vraiment finir
par nous rendre fous, Marie Webber ! S’il faut te punir tous les jours, on
le fera ; mais ça nous brise le cœur à chaque fois ! Bon sang, il
serait vraiment temps que tu apprennes à te tenir tranquille !
Au contact de mon père, mes pleurs se calmèrent
peu à peu. Nous restâmes enlacés un bon moment, puis j’osai déclarer :
- Maman m’a dit au
téléphone que j’aurais reçu la ceinture si vous aviez été là quand j’ai eu ma
mauvaise note.
- C’est fort probable,
répondit Michael. Tu ne peux pas imaginer la colère dans laquelle nous étions
en nous apercevant que tu nous avais baratiné !
- Je suis désolée…
- Nous voulons des actes,
Marie. Nous voulons pouvoir te faire aveuglément confiance ; mais en
attendant que cette confiance revienne – car il est clair que tu l’as
totalement perdue ! – nous allons te fliquer. Maman te l’a dit et je suis
entièrement d’accord avec elle. On va être derrière toi, Marie Webber ! A
la moindre incartade, tu prendras des claques aux fesses ! On ne va rien
te laisser passer ! Il est hors de question que tu nous baratines à
nouveau ou que tu te mettes en danger, ou quoique ce soit d’autre ! Tu as
intérêt à te transformer en fille modèle si tu ne veux pas que la fessée debout
devienne ton quotidien !
Je tentai d’enfouir ma tête encore un peu plus
profondément dans le sternum de mon père comme pour oublier le calvaire qu’il allait
m’infliger.
Lorsque
je relâchai enfin mon étreinte, papa m’ordonna :
- Va prendre ta douche et
te mettre en pyjama. Et ensuite, tu vas faire tes devoirs. Je passerai voir
dans une heure où tu en es !
- Oui papa, répondis-je
en me dirigeant vers les escaliers.
Si mes parents avaient décidé de me fliquer, je
ne savais pas comment j’allais faire pour enquêter sur l’espèce de tatouage
d’Ana, et pour effectuer mon propre tatouage. Il allait falloir que je trouve
des solutions ingénieuses !
Comme
je peinais à m’asseoir à mon bureau pour faire mes devoirs ! Comme ce fut
douloureux de m’asseoir pour dîner sur la chaise de la salle à manger !
C’était un véritable calvaire. J’ignorais complètement comment j’allais pouvoir
gérer la journée du lendemain.
Juste
avant le coucher, maman vint m’interroger sur la lecture de mon livre :
elle m’informa qu’elle le lisait en même temps que moi pour pouvoir me poser
les bonnes questions. Je répondis correctement aux dix questions qu’elle me
posa. Puis, elle me demanda de lui montrer mon cahier de devoirs.
- Papa a déjà vérifié mes
devoirs tout à l’heure, dis-je.
- Certes, mais tu n’avais
pas terminé au moment où il a vérifié, rétorqua ma mère. Alors montre-moi.
Il se trouve que j’avais légèrement bâclé mon
exercice de grammaire avancée car j’arrivais sur la fin de mes devoirs et que
je commençais à en avoir assez.
- Qu’est-ce que c’est que
cette écriture de malpropre ?! me gronda ma mère lorsqu’elle vit mon
cahier.
- J’ai écrit rapidement…
- Tu avais un train à
prendre ?!
- Non maman, répondis-je.
Trois bonnes claques tombèrent sur mon fin bas
de pyjama, mon derrière meurtri les accusa lourdement.
- Tu as dix phrases à
réécrire, tu me les réécris correctement ! gronda ma mère.
- Mais maman…
- Tu veux une
déculottée ?! Tu n’en as pas eu assez aujourd’hui ?!
Pour toute réponse, je m’assis douloureusement
à mon bureau et réécrivis l’exercice.
Un
quart d’heure plus tard, ma mère le valida et me souhaita bonne nuit.
J’allais
m’endormir lorsque l’on frappa à ma porte : c’était Louise. Elle tenait à
la main un tube de crème.
- Magda m’a donné ça pour
toi, elle savait que tu en aurais besoin ce soir, me dit ma sœur. Elle dit que
c’est super efficace et que tu ne sentiras presque plus rien d’ici deux jours.
Tu veux que je t’en mette ?
Ayant tellement mal aux fesses que je ne
supportais même pas de mettre une culotte – j’avais directement mis mon bas de
pyjama – j’acceptai. Louise réprima un cri en voyant mes fesses en
partie bleuies. Elle s’appliqua délicatement à me mettre la crème de Magda.
- Ça pique ! me
plaignis-je.
- Oui, il paraît que
c’est normal, c’est parce que ça agit, m’expliqua ma sœur. T’inquiète, d’ici
quelques minutes ça ne te piquera plus et ça te fera même du bien ! Il
faut que tu te remettes : entre les bulletins demain soir et la réunion
parents-profs de mardi, ce n’est pas le moment d’avoir des fesses hors
service !
J’acquiesçai, puis proposai :
- Tu veux que je t’en
mette aussi ? Papa n’a pas été tendre non plus avec toi…
- Ça va, me répondit ma
sœur. J’ai mal mais je n’ai pas autant de difficulté que toi à rester assise…
Bon, je vais me coucher : si papa et maman apprennent qu’on est en train
de se parler plutôt que de dormir… !
- Oui, tu as raison.
Bonne nuit Loulou !
- Bonne nuit Manou !
Je m’endormis en quelques minutes, épuisée par
toutes les émotions de la journée.
A suivre…

Voilà ... c'est fait ! C'était un très mauvais moment à passer, surtout pour Marie qui s'est pris 3 fessées carabinées 😪😪😪
RépondreSupprimerLes parents n'ont pas perdu de temps pour entrer dans le vif du sujet ...
Gros suspens pour les jours à venir ???
Que mijote Marie ? Elle ne va quand-même pas se faire tatouer en cachette ? Pas par cet amateur, déserteur, dans une cave d'un quartier douteux ??? Oh la la !!! ça risque de tourner mal !!! Elle cherche vraiment les ennuis 😒
Et surtout, comment va se passer la réception du lendemain ?
Avec des enfants qui ne reculent devant aucune bêtise, ca promet ...
Gros gros suspens !!!