Samedi 1er
février 2020
Je
me réveillai aux alentours de huit heures après une nuit agitée. M’étant
couchée beaucoup plus tôt qu’à la normale, j’avais eu un premier réveil
nocturne aux alentours de deux heures du matin (j’avais d’ailleurs entendu mes
parents en train de ranger et nettoyer la maison) puis un autre réveil aux
alentours de six heures. J’avais réussi à me recoucher mais cette fois-ci, à
huit heures, j’avais terriblement envie de me lever.
Seule
Assa se trouvait dans la cuisine : elle préparait des pancakes.
- Salut ! lui
lançai-je.
- Salut, me
répondit-elle. Tu veux des pancakes ?
- Avec plaisir !
m’exclamai-je en m’asseyant à table.
Outch ! J’avais oublié le temps d’un
instant que papa s’était fâché contre moi la veille. Ça faisait encore
terriblement mal !
- Je suis la première
levée ? me renseignai-je.
- Non, tes parents sont allés
courir, me répondit Assa.
Non mais, ce n’était pas possible ! En
général, quand on a trente-cinq et trente-huit ans, on met quelques jours à
récupérer d’une bonne soirée arrosée, non ? Néanmoins, il était vrai que Michael
et Scarlett faisaient tellement attention à leur santé et à leur hygiène de vie
que je savais qu’ils n’avaient pas abusé de l’alcool avec les parents de mes
amis. Mes parents ne fument pas, ne boivent qu’un verre ou deux en soirée, et
ne se droguent pas. En revanche, le frigo est rempli de barres protéinées et
autres produits du même genre. J’étais bien contente qu’ils ne m’imposent pas
tous ces trucs-là : ça n’avait pas l’air très ragoutant !
- Hey, salut ma
princesse ! me lança Michael lorsque sa femme et lui rentrèrent une
demi-heure plus tard, dégoulinants de sueur.
- Marie chérie, je t’ai
déjà dit que je ne voulais pas que tu manges devant la télé ! râla
Scarlett en me trouvant assise sur le canapé à manger mes pancakes devant une
série.
- J’étais toute
seule ! me plaignis-je. C’est compliqué d’avoir une conversation avec la
table…
- Et Assa ? se
renseigna ma mère.
- Elle a fini de faire
les pancakes et ensuite elle est partie, l’informai-je. Je ne sais pas où elle
est passée.
- Quoiqu’il en soit, je
ne veux pas que tu manges devant la télé ! répéta maman. Tu ne fais pas
attention à ce que tu mets dans ta bouche ni à ta sensation de satiété.
- Oui ben…
- Ne réponds pas à ta
mère ! me gronda Michael.
Je levai les yeux au ciel en soupirant
d’agacement. Je n’étais pourtant pas fatiguée mais j’allais peut-être retourner
me coucher, finalement.
- Je vais me doucher, me
dit papa. Ensuite, on parlera de ton nouvel emploi du temps.
Michael s’éclipsa et maman vint s’asseoir à
côté de moi sur le canapé. Elle attrapa la télécommande et éteignit la télé.
- Maman ! râlai-je.
J’étais en train de regarder !
- Je viens de te dire que
je ne voulais pas que tu manges devant la télé ! réitéra-t-elle. Et puis,
j’ai à te parler. Je ne sais pas si tu t’en souviens mais samedi, ton père aura
trente-neuf ans.
- On sera déjà le 8
février ?! m’exclamai-je. Le temps passe trop vite !
- Oui, effectivement, dit
ma mère. Puisque ce sera son premier anniversaire en tant que père, j’aimerais
faire quelque chose de spécial. Tu penses que Louise, Mayeul et Anaïs seraient
partants pour qu’on aille faire un jeu de cohésion en famille ? Ton père
est très friand de ces choses-là. Ensuite, on pourrait se faire un bon
restaurant à Paris et aller voir l’illumination de la tour Eiffel. Qu’en
penses-tu ?
- Tu sais mieux que moi
ce qui conviendrait à papa, répondis-je. En tout cas moi, je suis
partante ! C’est un super programme !
- Parfait ! Bon, je
vais aller rejoindre ton père sous la douche.
- Je ne veux pas le
savoir ! dis-je en me bouchant les oreilles. Vous faîtes ce que vous
voulez, ce ne sont pas mes affaires !
Scarlett partit en direction de la suite
parentale en riant.
De
mon côté, ayant fini mes pancakes, j’allai m’habiller. Puisqu’il faisait froid
dehors et que nous allions beaucoup marcher, j’enfilai un jogging épais et un
sweat-shirt. Puis, après m’être coiffée, je rejoignis mon père dans le salon.
Il avait l’air guilleret de l’homme satisfait. Il s’était sans aucun doute passé
des choses, dans cette cabine de douche…
Michael tenait une feuille à la main : mon
pire cauchemar. Je m’attendais à être soumise 24 heures sur 24 à la contrainte ;
mais c’était ma faute, après tout. J’avais menti à mes parents, je n’avais cessé
de leur désobéir, jusqu’à perdre totalement leur confiance. Mon père était
obligé de restreindre son activité professionnelle pour pouvoir s’occuper de
moi. Logique que Michael et Scarlett aient décidé de ne plus me laisser la
moindre marge de manœuvre…
- Viens t’asseoir avec
moi sur le canapé, m’ordonna doucement papa.
J’obéis, fébrile. Michael posa alors la feuille
qu’il avait dans la main sur la table basse et je retins un cri horrifié :
selon le planning qu’il avait établi, chaque minute de ma vie était planifiée !
Je n’avais plus aucune liberté !
- Bien, dit mon père en
ignorant ma réaction. Voici l’emploi du temps que tu devras respecter sans
aucune exception ; et j’y veillerai ! Il devrait te permettre de rentrer
dans le rang.
Après une consultation
approfondie, je restai bouche bée.
- Comme tu as pu le
constater, ta mère et moi t’avons inscrite au badminton et au théâtre, dans des
clubs universitaires. C’est bien ce que tu désirais faire, non ?
- Oui, oui… répondis-je,
hébétée.
- Tes activités extra-scolaires
commencent la semaine prochaine, annonça Michael. Evidemment, ton emploi du
temps du week-end pourra changer en fonction des activités familiales ;
mais celui de la semaine ne bougera pas. J’ai déjà entré tous les horaires sur
ma montre connectée.
- Mais papa, le lundi et
le jeudi, je n’ai aucun créneau de détente ! me plaignis-je.
- Eh oui, Marie. Il y a
des jours comme ça où il nous est impossible de nous détendre. C’est pour cela
que les week-ends et les vacances sont si précieux ! Et encore : tu n’as
pas à gérer les tâches ménagères comme c’est le cas pour la majorité de la
population. Nous avons la chance d’avoir Assa ! Grâce à cet emploi du
temps, tu vas apprendre à devenir plus travailleuse et persévérante. C’est grâce
à ces qualités que tu te créeras une bonne place dans la société. L’avenir
appartient à ceux qui se lèvent tôt !
Je ne savais pas si je devais être plus impressionnée
par l’intransigeance de ce nouvel emploi ou par le fait que mon père ait enfin
prononcé un proverbe français correctement.
- J’ai imprimé ce
planning en trois exemplaires : l’un sera affiché dans ta chambre, l’autre
dans la pièce à vivre ; et le dernier sera affiché dans la cuisine. As-tu
des questions ?
Je secouai la tête, dépitée.
- Parfait. Dans ce cas,
je souhaite que tu ailles faire tes devoirs.
- Mais… Sur le planning,
c’est marqué « Grasse matinée et détente » ! protestai-je.
- Certes, mais tes
devoirs n’ont pas été terminés hier.
- Mais c’est injuste !
m’exclamai-je. Tu veux le respecter ce foutu planning, ou pas ?!
- Je te conseille
vivement de baisser d’un ton, Marie ! Je ne pense pas que tu sois en état
de recevoir une fessée pour insolence !
- Pardon, papa… grommelai-je
en baissant les yeux.
- Monte dans ta chambre
et va faire tes devoirs. Je suis certain qu’il ne te reste pas grand-chose à
faire.
N’ayant d’autre choix, je m’exécutai.
En
début d’après-midi, nous allâmes rendre visite à Ana (qui se portait d’ailleurs
bien mieux que la dernière fois, ce qui me fit suspecter quelque chose !),
puis nous nous rendîmes à Disneyland pour y passer le reste du week-end. Nous passâmes
vraiment un super moment en famille !
Dimanche 2 février 2020
Nous
rentrâmes à la maison pour l’heure du dîner, exténués. Assa nous avait préparé
un plat typique de son pays qui nous régala. Puis, après avoir bien dîné, j’eus
envie de m’installer devant la télé pour digérer un peu.
- Marie, va prendre ta
douche et te mettre en pyjama.
- Oh mais papa… Laisse-moi
respirer ! Je suis crevée !
- Moi aussi, figure-toi,
ce qui fait que j’ai beaucoup moins de patience qu’habituellement. Ne m’oblige
pas à me répéter.
- Mais papa…
Michael attrapa mon bras et me flanqua une
bonne claque sur les fesses.
- A la douche !
gronda-t-il. File !
Je m’y rendis en tapant des pieds de mécontentement.
J’avais
le temps de me détendre un peu avant le coucher mais mon père me força à lire mon
livre pour l’école.
- Mais papa…
- On vient de passer
vingt-quatre heures à Disneyland ! rappela-t-il. Je pense que niveau détente,
on n’est pas mal ! Donc tu me lis ton livre avant de dormir. Au moins une
demi-heure, ma puce. Ensuite, je te laisserai tranquille.
Je fus obligée de me plier aux exigences du
père de famille, non sans pester abondamment.
Lorsque
l’heure du coucher arriva, je l’accueillis avec contentement : au moins,
tant que je dormais, tout le monde me foutait la paix !
A suivre…


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