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Le suivi de Little Princess - "Tu dors !!!"

 


               J’allai chercher Gabriel jeudi après-midi à la gare pour mon plus grand bonheur. Nous discutâmes sur toute la route menant à la maison et je fis bien attention à respecter les limitations de vitesse !

 

       Une fois rentrés, nous nous posâmes à la maison et bûmes une boisson chaude devant une vidéo YouTube. Nous passâmes un bon moment de complicité jusqu’à la fin du dîner, où je demandai à mon frère :

-    Tu vas me laisser me coucher à l’heure que je veux ?

-    Non, répondit-il. Minuit dernier carat.

-    Mais je suis en vacances ! râlai-je.

Il est vrai, j’étais en vacances depuis l’après-midi même et j’avais bien l’intention de profiter de cette première soirée de liberté.

-    Laisse-moi me coucher à une heure, tentai-je.

-    Non, ça fait trop tard. C’est minuit, un point c’est tout.

-    Mais…

-    J’ai dit non, Lucie !

Son « J’ai dit non » réveilla mon esprit de rébellion. Je pensai immédiatement : « On verra si ce sera non ! ».

 

       Au moment de se coucher, Gabriel accéda finalement à ma requête en me prévenant :

-    Une heure, pas une minute de plus !

Puisque j’avais complètement oublié de prendre mon médicament du soir et que j’avais donc quelque chose à me reprocher, je consentis à lui obéir et m’endormis finalement aux alentours de minuit quinze.

 

       Le lendemain, je ne respectai cependant pas mes dix heures d’alitement obligatoires par nuit et me levai sur les coups de neuf heures. J’en profitai pour vaquer à mes occupations, laissant mon frère faire la grasse matinée.

       Gabriel se leva aux alentours de onze heures et m’annonça qu’il avait mis un réveil à une heure du matin pour se relever et vérifier que je dormais bien !

-    Tu es sérieux ? lui demandai-je en riant.

-    Tu me l’as fait à l’envers tellement de fois que j’étais obligé de vérifier !

Bon, il n’avait pas totalement tort…

       Cependant, la bonne nouvelle du jour était que puisque j’avais joué le jeu en me couchant à l’heure, Gabriel me passa mon médicament oublié de la veille au soir. Ouf !

 

       Le midi, Gabriel et moi allâmes manger chez ma grand-mère : nous y rejoignîmes mon petit frère, et ma mère dont c’était l’anniversaire. Nous passâmes un très bon moment familial.

 

       En rentrant à la maison, comme je le voyais venir, je pris les devants et demandai à mon frère :

-    Tu ne vas pas m’obliger à faire une sieste, quand même ?

-    Bien sûr que si.

-    Mais c’est bon, là ! Je me suis couchée tôt cette nuit et j’ai assez dormi !

-    Va te coucher, Lucie.

-    Je n’ai pas envie !

-    Je m’en fiche totalement. Va à la sieste !

Devant le regard ferme de Gabriel, je me rendis dans ma chambre en bougonnant. Pour être plus à l’aise, je me déshabillai pour ne garder que mon débardeur et ma culotte, puis je me mis dans le lit et attrapai discrètement un livre. Mais mon frère me grilla.

-    Qu’est-ce que c’est que ce livre, là ? me demanda-t-il en s’approchant de ma table de nuit.

-    Oh mais s’il te plaît…

-    Non, non, non. Tu dors !

Il récupéra les deux livres présents sur ma table de nuit et ajouta avant de sortir de la pièce :

-    Il est 14h15, tu dors jusqu’à 15h30.

-    Quoi ?! Mais ça fait une heure quinze, ça !

-    A tout à l’heure !

Je râlai. Je commençais à être très irritée. Mécontente, j’attrapai un livre sur la table de nuit d’Hugo et commençai à le lire. Quelques minutes plus tard, je vis mon frère se tenir dans l’encadrement de la porte, les bras croisés sur la poitrine. Il était 14h21.

-    Oh mais Gab’, s’il te plaît ! Laisse-moi neuf minutes. Je n’arrive pas à dormir lorsque je ne lis pas un peu avant !

-    D’accord, dit-il. Neuf minutes.

Forcément, il revint au bout de neuf minutes…

-    Laisse-moi encore un quart d’heure ! demandai-je.

-    Non, ça suffit ! Je t’ai laissée lire un peu, tu dors maintenant !

Il me prit le livre des mains et je restai assise dans le lit à bouder.

-    Lucie, tu dors !

-    Oui, c’est bon, je vais dormir ! rétorquai-je, agacée.

-    Alors allonge-toi.

-    Oui… dis-je sans m’exécuter.

-    Tu en veux une ?!

-    Non ! répondis-je vivement.

-    Alors allonge-toi.

-    Mais…

-    Allonge-toi ou je te mets une fessée !

-   

-    Lucie… !

-    C’est bon ! soufflai-je en m’allongeant dans mon lit.

-    Tu as intérêt à dormir, je te préviens !

Mon frère parti, j’attrapai un nouveau livre sur la table de nuit d’Hugo et me tournai dos à la porte de sorte que Gabriel ne me voie pas lire s’il décidait de venir à nouveau vérifier. Cependant, je n’arrivais pas à me concentrer : je mourrais d’envie de récupérer le livre qui constituait ma lecture du moment et que Gabriel m’avait confisqué. Mais je craignais fortement les conséquences. J’avais réussi à échapper à une fessée jusqu’à maintenant, ce n’était pas pour échouer si près du but !

Mais je n’avais pas envie de dormir. Oui, j’étais fatiguée. Oui, j’avais mal au ventre. Mais je refusais catégoriquement de dormir ! Je m’étais déjà couchée plus tôt qu’autorisé hier soir, j’avais déjà fourni un effort ! Je pourrais être en train de travailler mon piano ou bosser sur mes cours de littérature (j’ai commencé une formation à distance il y a quelques semaines), ou encore corriger des copies de Brevet blanc. Je pourrais même me poser sur mon canapé à regarder la saison 4 de la Chronique des Bridgerton (ayant lu les livres, j’avais hâte de savoir ce que donnait l’adaptation !) tout en jouant aux Sims 4. J’avais vraiment mieux à faire que d’être allongée dans mon lit en débardeur et petite culotte et ayant l’obligation formelle de dormir !

J’avais un poids dans le ventre qui menaçait de remonter le long de mon œsophage et de sortir en hurlant. Que j’étais fâchée ! De quel droit m’interdisait-il tout autre activité que la sieste ?! Oui, d’accord, c’était pour mon bien ; mais là tout de suite, mon bien dépendait de mes envies : et j’avais envie de TOUT sauf de dormir !

Mais je n’avais pas non plus envie que Gabriel se fâche. Les conséquences étaient importantes. Une fessée ne me tentait vraiment pas ; surtout qu’avec mon frère, elles étaient souvent interminables et douloureuses ! Et puis, il me punirait comme une enfant qui ne veut pas aller à la sieste : il n’y a rien de plus infantilisant ! Non, vraiment, il fallait que je me fasse une raison. Il fallait que j’avale et digère ma frustration et que j’essaye de dormir, d’autant plus que oui, j’étais vraiment fatiguée !

Cela faisait bientôt trois quarts d’heure que j’aurais dû dormir. Si tout allait bien, Gabriel m’autoriserait à me lever dans quinze-vingt minutes…

Mais j’étais toujours aussi fâchée. Que c’était difficile d’obéir ! J’avais envie de hurler !! Je me mis à taper des pieds d’agacement dans le lit, puis le petit diable dans ma tête se mit à parler :

-    Tu es quand même chez toi, non ?! Tu as le droit de faire ce que tu veux ! Si tu ne veux pas dormir, tu en as parfaitement le droit ! Ce n’est quand même pas Gabriel qui va te faire chier ! Non, mais !

Je me levai de mon lit, décidée à aller chercher mon livre ; puis je me rassis. Non vraiment, je ne voulais pas prendre de fessée. Mais je ne voulais pas dormir non plus. Le petit diable n’eut qu’à pousser un tout petit peu pour réussir à me faire marcher d’un pas décidé vers la pièce à vivre. Pas de trace de Gabriel. Parfait ! Je récupérai mon livre qui était posé sur le bord du canapé et retournai au lit. Au moins, il verrait que j’avais fait l’effort de retourner dans ma chambre ; et puis il n’allait quand même pas me punir alors qu’il était bientôt l’heure que je me lève, si ? D’ailleurs, où était-il passé ?

Soudain, j’entendis la chasse d’eau provenant de la salle de bains de la chambre d’amis s’actionner. J’entendis ensuite mon frère se laver les mains ; et il débarqua aussitôt dans ma chambre, les mains encore humides ! Il était tellement fâché qu’il n’avait même pas pris le temps de s’essuyer correctement les mains !

-    Tu veux jouer à ça ?! me gronda-t-il en me fonçant dessus. Pas de problème, on va jouer !

-    Non, je t’en prie ! Je vais t’obéir ! Je vais dormir !

-    Ah ça oui, je te garantis que tu vas dormir ! tonna-t-il en m’attrapant le poignet pour me sortir du lit. Mais avant, je vais t’en mettre une ! A force de me prendre pour un jambon…

-    Non, c’est juste que je ne veux pas dormir ! Je veux faire ce que je veux !

-    Tu vas voir si tu vas faire ce que tu veux, tiens !

Mon frère s’assit sur mon lit, me bascula sur ses cuisses et baissa immédiatement ma culotte plus bas que je ne l’aurais souhaité.

Malgré mes prières et mes protestations, les claques se mirent à tomber, et elles furent tout de suite très fortes. Je ne sentis pas le crescendo de d’habitude : Gabriel était furieux ! J’avais tenté de tester jusqu’au bout les limites, je le payais maintenant très cher !

Ne pouvant toujours pas mettre mes mains en protection car mes avant-bras soutenaient mon torse pour tenter de réduire ma forte douleur abdominale, je n’avais d’autre choix que d’encaisser cette tannée manuelle très corsée. Que je m’en voulais d’avoir succombé à la tentation !

-    Arrête ! pleurai-je en gigotant sous les claques. Arrête, s’il te plaît ! Je vais aller dormir ! Promis !

-    Oh que oui ! Je te garantis que je vais te faire dormir ! Tu veux jouer à ça ?! Tu veux me prendre pour un idiot ?! Tu veux faire ce que tu veux ?!

-    Non, je suis désolée !

-    Ah, tu es désolée ! Tu m’étonnes ! C’est dommage parce que si tu avais obéi dès le départ, tu aurais pu te lever d’ici un quart d’heure ; mais là, tu vas de nouveau rester au lit plus d’une heure !

Mon frère baissa encore un peu plus ma culotte et s’attela à claquer les endroits sensibles, ce qui doubla mes larmes. Bon sang, ça faisait très longtemps que je n’avais pas reçu une fessée sous le coup de la colère ! Je ne me souvenais pas combien c’était douloureux !

-    Tu veux faire ce que tu veux, hein ?! Bah vas-y ! Fais ce que tu veux !

-    Aïe ! Aïïeeee !!

-    Fais ce que tu veux ! Ça te réussit !

-    Arrête, j’t’en supplie !

-    Pourquoi j’arrêterais ?! Donne-moi une seule bonne raison d’arrêter !

-    Je vais aller dormir, promis !

-    Oh que oui tu vas aller dormir ! Mais puisque tu m’as pris pour un jambon, je vais te garder encore un peu sur mes genoux !

Je gigotai et pleurai encore de longues minutes avant que mon frère ne daigne s’arrêter. Sans rire, je n’avais pas passé moins de dix minutes en travers des cuisses de Gabriel ! En plus, c’était la toute première fois que je prenais une fessée en débardeur et culotte. C’était encore plus la honte !

Je m’attardai à me frotter vivement les fesses avant de remonter ma culotte ; mon frère en profita pour saisir l’occasion de m’asséner une très violente claque debout sur ma fesse droite nue et meurtrie.

-    Au lit ! me gronda-t-il. Va te coucher ! Dépêche-toi !

J’obéis immédiatement. Il n’était absolument pas question de reprendre une volée.

Alors que je m’allongeais dans mon lit pour y pleurer, Gabriel me gronda :

-    Essaie de lire à nouveau, et tu vas voir ! Je vais venir vérifier, Lucie ! Tu n’as vraiment pas intérêt à reprendre ton livre ! D’ailleurs, je vais le laisser exprès sur ta table de nuit ! Essaie de le lire, pour voir ! Je te promets que tu vas amèrement le regretter !!! Tu m’entends ?!

-    Oui… pleurai-je.

-    Tu me crois ?!

-    Oui, répétai-je.

-    Tu as plutôt intérêt !

Prostrée dans mon lit, encore scotchée de la fessée monumentale et humiliante que je venais de prendre – et n’ayant pas du tout envie de renouveler l’expérience en pire ! – je m’endormis très rapidement.

 

       Gabriel vint me réveiller tendrement. Je l’attirai à moi pour me blottir contre lui.

-    Je suis désolée, bredouillai-je.

-    Ce n’est pas grave, dit-il en m’embrassant sur la joue.

-    Je te demande pardon, réitérai-je.

-    Ce n’est rien, assura-t-il en m’embrassant à nouveau sur la joue. Tu as été punie. C’est fini.

Oui, bon, ça, il n’était pas obligé de le rappeler… !!! Je décidai de ne pas répondre.

      

       J’ai toujours besoin de tester les limites de toutes les personnes qui m’entourent pour vérifier que le cadre sécurisant est toujours là, qu’ils sont toujours présents et ne m’abandonnent pas. En cela, je suis parfaitement consciente que ce doit être épuisant (et même décourageant !) de me cadrer.

Je fais souvent la tête à Gabriel après qu’il m’ait punie car je supporte très mal la frustration qui en découle, tout autant que ses « non » fermes et inflexibles qui me font enrager. Mais que ferais-je s’il n’était pas là ?

Que ferais-je sans Hugo qui me répète de prendre mes médicaments ? De prendre soin de moi ?

Que ferais-je sans les réprimandes de Jeanne qui me gronde lorsque je ne me repose pas assez ?

Que ferais-je sans l’épée de Damoclès que m’impose Gabriel, sans laquelle j’enverrais tout le monde paître ?

Sans cela, je ne serais déjà plus de ce monde.

Je leur dis que je les aime dès que j’en ai l’occasion. J’aime mon mari plus que tout au monde, et Gabriel et Jeanne sont tellement ancrés dans mon cœur que je donnerais sans hésiter ma vie pour eux. Oui, je leur dis souvent que je les aime mais je ne les remercie pas assez !

 

       Puisque sur les trois, seul Gabriel lira ces lignes, j’en profite donc pour le remercier. Je le remercie de me mettre la pression, de me gronder, de me donner des fessées corsées, de me punir, de m’aimer, de supporter mes crises de douleur sans rien pouvoir faire, de me relever chaque fois que je m’écroule, d’endurer les longues conversations téléphoniques où je lui raconte ma vie dans les moindres détails… Je le remercie d’avoir envie de me tuer mais de ne pas l’avoir déjà fait – rappelle-toi que quand je mourrai, j’exige un cercueil rose à paillettes ! -, je le remercie de ne rien lâcher, de ne pas m’abandonner. Je le remercie de tout cela. Il est, et restera le meilleur grand frère que l’on puisse avoir.

 

       Lundi soir, Yves arrive à la maison. Mais ça, c’est un autre chapitre…

 

A suivre…

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