Jeudi 6 février 2020
- Maman !
appelai-je. Je ne retrouve plus mes lunettes de soleil !
Que ce déménagement pouvait m’agacer ! Je
n’arrivais plus à retrouver mes affaires ; et le fait que Scarlett me
confirme que mes lunettes de soleil avaient très certainement été embarquées
dans un carton direction le manoir m’énervait encore plus.
- N’en fais pas tout un
plat, Marie ! me dit ma mère. Dès qu’il y a un tout petit brin de soleil,
tu cherches à tout prix tes lunettes. C’est juste un soleil éphémère de
février ; nous sommes loin du grand soleil de l’été !
- Je voulais mettre mes
lunettes, bougonnai-je.
Aujourd’hui était un grand jour : jusqu’à
hier, nous n’étions pas sûrs de la date du retour d’Ana à la maison (si ce
serait aujourd’hui ou demain). Le juge avait laissé planer le suspense ;
mais mes parents avaient appris en recevant un mail tard hier soir qu’ils
pourraient aller chercher ma sœur dès cette après-midi, à quatorze heures !
Michael et Scarlett, qui voulaient que le
retour de ma sœur se passe le mieux possible, faisaient en sorte que tout soit
nickel : maman s’était mise à cuisiner des endives au jambon pour le dîner
– le plat préféré d’Ana – et sa chambre avait été nettoyée et rangée de fond en
comble – si on occulte les cartons de déménagement.
- Plus vous en faîtes des
caisses, plus son retour paraîtra bizarre ! déclarai-je à mes parents
alors qu’ils nous conduisaient à l’école.
- Ne fais pas ta
jalouse ! me dit Mayeul.
Vexée, je ne dis plus un mot jusqu’à ce que
nous arrivions à la fac.
Il paraît qu’il y a toujours des pestes, peu importe les écoles. Pourtant, jusqu’à aujourd’hui, je me sentais parfaitement bien dans ma classe et dans mon école : plus de Cassandra, plus de Manoé. Les filles qui avaient été amies avec Manoé s’étaient dispersées ou calmées et ne faisaient pas plus de vagues que ça. Tout avait l’air d’aller bien dans le meilleur des mondes. Jusqu’à ce que je veuille aller aux toilettes pendant la récré.
Je découvris Gabriella Garant, Léa Mellier et Kamilia Forgeron en pleine crise de rire tandis qu’elles maintenaient la tête de mon amie Alice dans la cuvette des toilettes.
Je ne cherchai même pas à savoir comment Alice
s’était retrouvée là, ni même si c’était la première fois ou s’il y avait eu
des précédents. Je vis rouge immédiatement ! Résistant avec une extrême
difficulté à me ruer sur les trois bourreaux pour leur péter ce que je pourrais
leur péter, j’opérai un demi-tour et appelai une Sœur à l’aide. Sœur Monique
arriva immédiatement ; mais les trois filles eurent le temps de lâcher
Alice avant l’arrivée de la religieuse dans les toilettes. Mon amie n’osa pas
dénoncer ses bourreaux lorsque Sœur Monique l’interrogea et ce fut Alice qui
récolta dix minutes au coin pour n’avoir pas su expliquer pourquoi elle avait
la tête trempée ! Cette injustice me fit sortir de mes gonds !
- Marie ! Qu’est-ce
qu’il y a ? me demanda Magda alors que, après avoir rejoint ma bande
d’amies, je faisais les cents pas, bouillonnant de rage.
- Alice… toilettes…
pétasses… Sœur… punie… moi… énervée !! parvins-je uniquement à articuler,
tant j’étais furieuse.
Seule Louise réussit réellement à me calmer.
Après avoir fourni l’effort de caler ma respiration sur la sienne, je soufflai
un ultime coup et racontai tout ce que j’avais vu à ma bande de copines.
- Je ne sais pas si c’est
déjà arrivé, terminai-je, mais il est hors de question de laisser faire
ça !
- C’est déjà arrivé,
avoua Clara, la sœur d’Alice. Au premier semestre, lorsque vous n’étiez pas
encore arrivées dans l’école, Alice se faisait déjà harceler par ces trois
connasses. Elles forçaient Alice à faire leurs devoirs et si ma sœur ne les
faisait pas correctement ou ne le faisait pas tout court, elles la
« punissaient » de façon cruelle. Elles ont dû recommencer…
- Comment est-ce possible
que personne ne l’ait su ?! s’exclama Marylou.
- Alice se tait par peur
des représailles ; et elle m’a fait promettre de ne rien dire à personne,
narra Clara.
- Mais enfin, quelles
représailles pourrait-elle subir ? interrogea Louise, aussi interloquée
que moi. Si les adultes sont mis au courant de tout ça, Alice ne craindra plus
rien !
- Monsieur Mellier, le
père de Léa, est commissaire de police, répondit Clara. Léa a déjà menacé de
raconter à son père qu’Alice la frappait – et ses deux pestes de copines
appuieraient et confirmeraient la version de Léa – pour que ma sœur aille en
centre de redressement et soit totalement retirée de notre famille.
- Mais enfin, on ne peut
pas laisser ça comme ça ! protesta Marylou. Il faut qu’on agisse !
- Magda, ton père est le
porte-parole du gouvernement, non ? demandai-je à mon amie. Il me semble
qu’il est plus haut gradé qu’un simple commissaire de police !
- Oui, il pourrait très
certainement faire quelque chose, répondit Magdalena.
La sonnerie retentit, signe que la récréation
touchait à sa fin.
- Il faut qu’on trouve
une solution, dit Louise. Il est hors de question qu’on laisse Alice dans cette
galère !
Juste avant d’entrer en classe, Alice m’attrapa
par le bras :
- Marie, je peux te
parler, s’il te plaît ?
Je m’isolai avec elle.
- Je voulais te demander
de garder pour toi ce que tu as vu.
- Trop tard,
rétorquai-je. Toutes nos copines sont au courant ; et je te garantis que
le père de Magda va…
- Marie, je t’en supplie,
ne fais rien ! me coupa Alice. Il ne faut pas que les adultes soient au
courant. Je vais aller dire la même chose aux autres. Promets-moi de ne rien
dire aux adultes !
- Mais pourquoi ?!
- Parce que mes parents
d’accueil sont supers et je ne veux pas être séparée d’eux !
- Mais puisque je te dis
que le père de Magda va…
- Marie, les conséquences
sont trop grandes, insista Alice. Et si le père de Magda n’obtenait pas gain de
cause ? Non écoute, je ne veux pas de représailles. Promets-moi que tu ne
diras rien.
- Alice, je ne peux pas
me taire !
- Promets-le-moi,
Marie ! me gronda-t-elle.
Je gardai un instant le silence puis
repris :
- Si tu veux que je me
taise et que les parents n’en sachent rien, laisse-moi contre-attaquer. C’est
le deal. Tu me laisses leur faire payer leur attitude cruelle et en échange, je
ne dirai rien aux adultes. On est d’accord ?
- D’accord, répondit
Alice.
A la cantine, Magdalena, Marylou, Clara et
Angélique se joignirent à moi pour faire partie du club de contre-attaque. Je
fus d’ailleurs très déçue que Rose, Paloma et surtout Louise refusent de se
mêler de cette histoire ! C’était une question de justice, tout de
même !
La
première contre-attaque débuta lors de la récréation de l’après-midi :
Marylou eut pour mission d’aller planquer un mégot usagé dans la veste de
Kamilia. Je n’osais imaginer la réaction de l’adulte qui la surprendrait avec
ce mégot dans sa veste !
Quatre
heures et demie ; papa et maman vinrent nous chercher, accompagnés
d’Anaïs. Je courus immédiatement dans les bras de ma sœur qui ne me rendit pas
mon câlin. Je me reculai pour mieux la regarder.
Ana n’était pas comme d’habitude : elle
était froide et distante. J’avais l’impression que ma sœur avait été remplacée
par un sosie ! Louise eut exactement la même impression. Peut-être
était-ce le choc du retour à la maison ? Il allait falloir que nous
surveillions ça de près…
Après
le goûter et les devoirs (vérifiés et validés par papa), je me rendis dans la
chambre d’Ana pour tenter d’en savoir plus sur son attitude étrange.
- Entrez !
ordonna-t-elle après que j’aie frappé. Ah, salut Marie.
- Salut, répondis-je. Ça
va ? Tu retrouves tes marques ?
- A quoi bon puisqu’on
déménage ce week-end ? m’interrogea-t-elle sur un ton platonique.
- Ce que je voulais
surtout te demander, c’est si tu étais contente d’être rentrée à la maison.
- Oui, c’est cool,
rétorqua-t-elle sans enthousiasme.
Je me mis à la scruter du regard. Je baissai
les yeux vers son bras : elle avait toujours ce mystérieux tatouage.
- Tu ne veux pas me dire
ce que c’est ?
- Ce n’est rien, juste
une bêtise entre détenus, pour montrer qu’on a fait de la prison…
- Ah bon ?
- Laisse tomber,
Marie ! s’emporta-t-elle. Ce n’est rien, ok ?!
- Ne te fâche pas, je
m’intéresse juste à toi ! me justifiai-je.
- Je vais très bien, me
lança Ana. Il me reste encore plein d’autres cours à rattraper. J’aimerais être
seule. Va voir ailleurs si j’y suis !
- Pourquoi es-tu si
désagréable ?! Toute la famille était si contente de te récupérer !!
- Marie, stop ! me
gronda-t-elle. Je t’ai dit de me laisser !
Je sortis de sa chambre en claquant la porte.
La colère envers ma sœur passée, je réalisai que quelque chose avait dû se
passer dans ce centre de redressement ; quelque chose d’assez grave pour
qu’Anaïs ait changé du tout au tout.
Tandis
que je réfléchissais, je croisai Mayeul dans le couloir :
- Ah, salut Marie !
Je cherche ma veilleuse : tu ne l’aurais pas vue, peut-être ? Elle
est grise et en forme de tête de koala.
- Non je ne l’ai pas vue,
répondis-je toujours pensive à propos d’Ana.
- Zut… J’ai peur du noir
alors je ne peux pas dormir sans ma veilleuse ! m’expliqua mon frère. Papa
m’a dit que c’étaient peut-être les déménageurs qui l’avaient mise dans un des
cartons dédiés au premier étage.
- Tu veux que je t’aide à
chercher ? proposai-je, me disant que ça me changerait les idées.
- Oui, je veux
bien ! Merci !
J’attrapai une paire de ciseaux, puis mon frère
et moi nous dirigeâmes vers la pile de cartons se trouvant au fond du couloir.
Nous
en étions à notre quatrième carton quand soudain, Mayeul s’écria :
- C’est bon, je
l’ai ! Je suis trop soulagé !
Mais je l’entendis à peine : mon regard
s’était arrêté sur un autre objet présent dans ce même carton. Lorsque Mayeul
me vit beuguer, il regarda dans la même direction que moi et repéra l’objet en
question. Il se crispa puis demanda :
- Qu’est-ce qu’il fait
là ? C’est un carton qui ne contient presque que mes affaires !
- S’il est là, ce n’est
pas une coïncidence, dis-je, le regard rempli de défi. C’est le moment ou
jamais.
- Le moment ou jamais de
quoi ? me questionna Mayeul.
- De couper les lanières,
pardi ! Sans lanières, plus de martinet ! Tu n’auras plus à le
recevoir !
- Non seulement papa et
maman nous puniront sévèrement d’avoir commis une telle bêtise, mais en plus
ils en rachèteront un dans la foulée…
- Le temps qu’ils s’en
rendent compte, ce sera un peu trop tard, argumentai-je. On peut supposer qu’il
a été détérioré pendant le déménagement ; ou carrément qu’il a été
perdu !
- Marie, il est hors de
question que je me mette à nouveau papa et maman à dos ! J’ai très mal aux
fesses à la suite de mardi ! C’est à cause de personnes comme toi que je
me laisse influencer et fais des bêtises ! Je t’interdis de m’entraîner sur
la mauvaise pente !
- Si je le fais, tu ne
diras rien ? demandai-je à mon frère.
- Si papa et maman
apprennent que j’étais au courant… !
- Comment veux-tu qu’ils
l’apprennent ? questionnai-je.
Mayeul réfléchit un instant puis répondit :
- D’accord, je ne dirai
rien. Mais je te déconseille quand même de le faire !
Faisant fi des recommandations de mon frère, j’attrapai
le martinet et l’emmenai dans ma chambre.
J’étais
en train de couper soigneusement les lanières (en prenant bien soin de me
mettre hors du champ de vision du babyphone) lorsque l’on frappa à ma porte ;
j’eus tout juste le temps de tout camoufler sous le matelas avant que la porte
s’ouvre :
- Marie, tout va bien ?
me demanda ma mère.
- Oui, pourquoi ?
réagis-je à la hâte.
- Tu n’as pas répondu « Entrez »
quand j’ai frappé à la porte.
- J’avais la tête
ailleurs, inventai-je. Qu’est-ce qu’il y a ?
- Est-ce que tu
accepterais d’aller chercher une baguette à la boulangerie pour ce soir ?
- Oui, bien sûr ! répondis-je.
Scarlett s’avança pour déposer une pièce d’un
euro dans le creux de ma main et m’embrasser sur le front. Elle dit ensuite :
- Tu ne devrais pas trop
traîner : la boulangerie va bientôt fermer et nous, nous allons bientôt
manger.
- J’y vais tout de suite,
dis-je en me levant de mon lit.
Au moment où je me levai, ma mère et moi
entendîmes un bruit de bâton qui tombait au sol : le manche du martinet
était passé entre les lattes de mon sommier !
- Qu’est-ce que c’était ?
- Mes… baguettes de
batterie, improvisai-je. J’aimerais apprendre à faire de la batterie.
- Et tu les caches sous
ton matelas ? questionna une Scarlett suspicieuse.
- Parce que je savais que
papa et toi refuseriez que j’apprenne cet instrument, étant donné que j’ai déjà
un planning surchargé…
- Je vois, dit ma mère.
Elle me fixa d’un regard intense pendant plusieurs
secondes puis se dirigea vers mon lit. Malgré mes protestations, elle souleva
le matelas et découvrit bien vite la paire de ciseaux et les lanières coupées.
- Je suppose que c’est le
manche qui est tombé ! dit-elle avec raison.
- Je vais tout t’expliquer,
maman !
Scarlett ne voulut pas entendre mes
explications : elle s’assit sur mon lit et me bascula sur ses cuisses en
tirant sur mon bras d’un coup sec.
- Non, maman ! Je t’en
supplie ! Pardon !
Ma mère n’ouvrit pas la bouche. Elle était
vraiment furieuse ! Elle releva ma jupe, baissa mon collant et ma culotte
et débuta une énorme fessée déculottée !
Ce ne fut qu’après quatre ou cinq minutes de
très bonnes claques que ma mère daigna enfin parler – sans arrêter de me claquer :
- Tu ne vas donc jamais
arrêter tes bêtises, Marie ?! Bon sang, ce n’est vraiment pas possible !
Et elle claqua mon derrière de plus belle. Je
recevais vraiment une sacrée volée !
- Maman, je t’en supplie !
pleurais-je en voyant qu’elle ne s’arrêtait pas.
J’avais pourtant mis mes deux mains en bouclier ;
mais ma mère s’était empressée de les neutraliser. J’étais complètement fichue !
Sept
minutes. Cela faisait sept minutes que ma mère me punissait !
- Maman, pitié ! l’implorai-je,
mon visage rempli de liquides corporels. Je ne le ferai plus ! Arrête !
- Je sature, Marie !
me gronda-t-elle. Ton père et moi, on sature ! Tu as pris trois fessées
mardi, une hier, et malgré ça tu continues de désobéir ! Eh bien nous
aussi on continue, tiens ! Tu ne t’arrêtes pas, nous non plus !
Treize minutes. Scarlett
ne s’arrêtait toujours pas. Je croyais vraiment que j’allais mourir ! Les
claques étaient toujours aussi fortes, ma mère ne faiblissait pas d’un pouce. C’était
aussi impressionnant que terrifiant.
- Maman, je te promets
que je serai sage ! Arrête, je t’en supplie !
J’étais totalement en nage et je sentais que ma
mère l’était aussi. Pourtant, elle ne faiblissait toujours pas ; si elle
changeait régulièrement la main qui me claquait le derrière, mes fesses nues ne
cessaient de recevoir les claques punitives maternelles.
Seize
minutes. Ça commençait vraiment à faire long ! Je n’en pouvais plus !
Mes fesses n’allaient pas tarder à être hors service.
Comme pour ajouter à mon malheur, Michael entra
dans ma chambre.
- Qu’est-ce qu’elle a
fait ? demanda-t-il.
- Coupé les lanières du
martinet, répondit ma mère en poursuivant les claques.
- Combien de temps ?
questionna papa.
- Dix-sept minutes, répondit
Scarlett.
- Tu veux que je prenne
le relais ? demanda le père de famille.
- Je veux bien, dit sa
femme. Il faut que je fasse une pause.
Ma mère s’arrêta et me releva de ses genoux ;
en deux secondes et demie, mon père avait pris sa place et les claques
recommençaient à tomber sur mon derrière nu.
Les claques paternelles étaient plus douloureuses,
ce qui accentua mon malheur.
- Pourquoi vous me faîtes
ça ?! réussis-je à articuler entre deux pleurs.
- Parce qu’on en a
vraiment marre que tu ne cesses pas tes bêtises ! me répondit mon père
tandis que ma mère sortait de ma chambre. Quoiqu’il arrive, tu continues de
nous désobéir constamment ! Nous avons donc décidé de te montrer ce que ça
fait lorsque quelqu’un refuse d’arrêter malgré plusieurs demandes !
Je venais d’être prise à mon propre jeu. J’étais
fichue. Mes paroles n’avaient plus aucun poids. Mes parents étaient arrivés à
bout avec moi, et ils me le montraient bien !
Vingt-trois
minutes. Je m’étais tue, ayant bien compris que mes paroles étaient vaines. Je
continuais de pleurer et de lâcher de petits cris de douleur. Tout au fond de
moi, j’en venais à me dire que j’avais bien cherché ce qui m’arrivait.
Heureusement, Michael avait baissé l’intensité des claques ; même si elles
restaient très douloureuses, elles n’étaient pas insupportables comme ce que j’avais
déjà pu recevoir.
Trente
minutes. Trente minutes que je recevais des claques. Je continuais de pleurer
bruyamment, étant totalement à la merci de mes parents.
Trente-sept
minutes. Ma mère réapparut dans ma chambre.
- Tu veux que je prenne
le relais ? demanda-t-elle à son mari.
- Nan ! m’époumonnai-je
avant que mon père puisse lui répondre. Je vous en supplie ! J’ai
compris ! Je vais arrêter mes bêtises ! Pitié, pitié ! Je vous
en supplie ! J’ai compris la leçon !
Enfin, Michael stoppa les claques et me lâcha.
Je glissai de ses cuisses et tombai à genoux sur la moquette, pleurant toutes les
larmes de mon corps.
- Je vous demande pardon,
pleurai-je. Je ne savais pas que ça vous faisait aussi mal que je désobéisse
tout le temps… Pardon ! Pardon !
Ne pas savoir quand cette punition allait s’arrêter
avait été un véritable calvaire ; mes parents non plus ne savaient pas
quand mes bêtises allaient s’arrêter, ce qui devait être vraiment compliqué
pour eux !
Le couple Webber s’agenouilla au sol, à côté de
moi. Ma mère me dit alors :
- Plus de discussion,
Marie. C’est fini. On en a assez. Nous n’en pouvons plus de tes justifications,
de tes excuses et de toutes ces fois où tu cherches à fuir tes responsabilités.
A partir de maintenant, ce sera comme aujourd’hui : s’il y a bêtise, il y
aura fessée immédiate et tu n’auras pas voix au chapitre. Tu sais très bien ce
que tu as le droit de faire ou non. Les cartes sont entre tes mains.
- On ne te lâchera pas,
Marie, poursuivit mon père. Des fessées de plus d’une demi-heure, tu vas en prendre
régulièrement si tu décides de t’entêter ! Si tu souhaites poursuivre le
combat contre nous, prépare ton derrière !
- Nous te conseillons
vraiment d’obéir, Marie Webber ! gronda Scarlett. La balle est dans ton
camp. Rejoins-nous à table lorsque tu seras prête.
Mes parents se levèrent et sortirent de ma
chambre, me laissant à genoux sur la moquette à pleurer toutes les larmes de
mon corps.
Lorsque
je rejoignis le reste de la famille à table, je n’en menais pas large du tout. Moi
qui avais voulu faire ma maligne en mettant le martinet hors service, je m’étais
bien faite avoir… J’avais une fois de plus, sous-estimé mes parents.
M’asseoir et tenir assise à table me demanda de
nombreux efforts : mes fesses n’étaient plus du tout en état de
fonctionner correctement.
Ana était toujours aussi froide et distante, ce
qui n’avait échappé à aucun membre de la famille : nous nous demandions
tous quelle mouche l’avait piquée. Pourquoi avait-elle tant changé ?
- Anaïs, il va falloir
que tu nous parles, dit maman. Tu ne vas pas pouvoir porter un masque
indéfiniment. Cette attitude froide et distante ne te ressemble pas !
- Fous-moi la paix !
cracha Ana.
- Je te demande pardon ?!
demanda maman en commençant à monter en pression.
- Je t’ai demandé de me
foutre la paix, bordel ! réitéra Ana.
- Et c’est reparti… dit
papa avant de s’essuyer la bouche, de reculer sa chaise et de se lever.
Il fonça sur Anaïs en lui grondant : « Je
vais t’apprendre à parler ainsi à ta mère ! », la sortit de table et
l’emmena jusqu’au canapé où il la bascula sur ses genoux.
Ma sœur se prit une déculottée incroyable, les
claques étant sans nul doute aussi coriaces que celles que Mayeul avait reçues
mardi. Mais ce qui était encore plus incroyable, c’était la non-réaction d’Anaïs :
elle ne broncha pas ! Elle ne lâcha même pas un cri de douleur, elle ne
pleura pas… Elle serra uniquement les dents, ferma les yeux et attendit que ça
passe. Pourtant, ses fesses étaient aussi rouges que le nez d’un clown, voire
pire !
Décontenancé, papa s’arrêta au bout de
plusieurs minutes et gronda en relâchant ma sœur :
- Excuse-toi auprès de ta
mère !
- Je te demande pardon,
maman, dit-elle à mi-voix de façon quasi-automatique.
- Va au lit !
ordonna papa. Je te préviens, je vérifierai plusieurs fois que tu es bel et
bien couchée ! Tu n’as pas intérêt à me la faire à l’envers, Anaïs Webber !
- Oui, papa, répliqua-t-elle
d’un ton détaché. Bonne nuit tout le monde.
Et elle monta à l’étage, nous laissant tous les
cinq bouches bée.
Au
moment de me coucher, je fus quand même satisfaite que cette journée se termine :
bientôt, le déménagement serait effectué et une nouvelle vie commencerait au
manoir. Il allait également falloir que j’entretienne le club de contre-attaque
contre les bourreaux d’Alice tout en faisant en sorte que mes parents n’en
sachent rien. J’avais vraiment été calmée par cette sempiternelle fessée ;
et si mes parents tenaient leur promesse de stopper toute discussion lors d’une
incartade de ma part, je ne pourrais pas me défendre. Mes parents apprendraient
ma bêtise et me puniraient aussitôt, sans même me laisser expliquer quoique ce
soit.
Il allait falloir que je sois maligne pour qu’ils
ignorent mes agissements ; d’autant plus que j’étais toujours décidée à
enquêter sur le mystérieux tatouage de ma sœur…
A suivre…

😪
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