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Journal d'une étudiante accueillie. - Chapitre 114

 


Samedi 8 février 2020

 

       Le fait que ce soit cette Marie-Christine qui vienne me réveiller à sept heures pour me donner mon médicament ne me plut guère ; je préférais de loin quand c’était papa ! J’avalai rapidement mon comprimé et me tournai en m’emmitouflant dans ma couette, essayant de me rendormir malgré ma mauvaise humeur.

 

Lorsque je me réveillai aux alentours de dix heures et demie, je vouai un culte à mon nouveau lit suspendu ultra confortable : je venais de passer l’une des meilleures nuits de toute ma vie ! De plus, Berlioz avait dormi avec moi, ce qui me fit me dire qu’il avait également adopté mon nouveau lit.

Après un câlin avec mon chat, je décidai d’aller grignoter quelque chose.

       Arrivée au rez-de-chaussée, je découvris que la maison avait été presqu’entièrement redécorée pour l’anniversaire de papa. Impossible de l’oublier, c’était certain ! Une grande banderole bleu canard (la couleur préférée de Michael) floquée d’un énorme « Joyeux anniversaire !! 39 ans !! » était accrochée dans le hall entre les deux escaliers ; et lorsque j’avançai jusque dans la pièce à vivre, je découvris des ballons un peu partout. La table de la salle à manger avait été recouverte d’une nappe festive et le couvert était déjà dressé pour ce midi, arborant de la vaisselle de très bonne qualité.

-    Joyeux anniversaire, papa ! lui dis-je en entrant dans la cuisine, alors qu’il discutait avec Assa.

-    Merci, ma princesse ! me répondit-il en me prenant dans ses bras.

-    Profite bien de ta dernière année avant de passer chez les vieux ! ris-je.

-    Redis-moi ça encore une fois et tu vas voir tes fesses ! répondit papa en souriant. Tu vas voir si je suis si vieux que ça !

Je m’installai sur mon tabouret de bar et Assa me servit un bol de céréales.

 

       En remontant dans ma chambre, je découvris que mon lit avait été fait et que mes affaires du jour étaient posées sur mon lit. J’eus un sentiment bizarre. Quelqu’un – probablement cette Ombrage ! – était venu dans ma chambre pendant que je déjeunais. J’haussai les épaules et me dis qu’il allait falloir que je m’y habitue de toute façon…

Néanmoins, je n’aimais pas la tenue qu’avait choisi ma nourrice : je me rendis dans mon dressing pour en choisir une autre quand j’entendis toquer à la porte.

-    Oui ? dis-je en passant une tête hors du dressing pour voir qui entrerait.

C’était ma nourrice. Déception.

-    Marie, je voulais savoir si vous aviez besoin de moi pour quoique ce soit.

-    Ça ira, je vous remercie, répondis-je.

-    Si vous cherchez vos vêtements, je vous les ai préparés sur votre lit, fit-elle remarquer.

-    J’ai vu, je ne suis pas aveugle ! rétorquai-je un peu plus sèchement que je ne l’aurais voulu. Mais je n’aime pas ce que vous m’avez préparé. A l’avenir, demandez-moi avant de décider comment je dois m’habiller !

-    C’est votre mère qui a expressément demandé que tous les membres de la famille soient habillés d’un vêtement bleu canard, expliqua Marie-Christine.

-    Ok, ok ! dis-je en sortant du dressing. Je vais mettre la tenue que vous avez préparée. Mais à l’avenir, en ce qui concerne les vêtements du mercredi et du week-end, j’aimerais que vous me consultiez, d’accord ?

-    Oui mademoiselle, dit-elle.

-    Veuillez disposer maintenant, je vais m’habiller.

-    Avez-vous besoin d’aide ?

-    Pour m’habiller ? m’étonnai-je. Non, il me semble que je maîtrise cet art depuis plus de quinze ans, maintenant…

-    Souhaitez-vous que je revienne tout à l’heure pour vous aider à vous coiffer ? Votre mère a demandé que vos sœurs et vous ayez un ruban de satin dans les cheveux.

-    Vous pensez savoir coiffer mes cheveux frisés ? demandai-je.

-    Oui, j’ai les compétences requises, répondit Marie-Christine en bombant le torse.

Je la jaugeai des pieds à la tête puis répondis :

-    Dans ce cas, revenez dans dix minutes pour me coiffer. Merci Marie-Christine.

-    Avec plaisir, mademoiselle. A tout à l’heure.

La domestique sortit et j’allai prendre une douche rapide avant de m’habiller, me demandant si j’avais été à la hauteur pour ma première matinée avec ma nourrice. C’était vraiment compliqué de garder la tête froide avec ces cinq personnes qui travaillaient pour nous !

 

       Même si je ne l’aimais déjà pas beaucoup, je dus bien avouer que Marie-Christine fit de vrais miracles avec mes cheveux. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas été aussi joliment coiffée ! Ma nourrice passa ensuite au maquillage : un maquillage discret mais très joli !

-    Marie chérie ! s’exclama Scarlett lorsque je rejoignis tout le monde dans la salle pour le déjeuner. Tu es vraiment magnifique !

-    C’est vrai, ma princesse, ajouta Michael. Un vrai canon de beauté !

Mes sœurs et mon frère étaient également très élégants ! Quant à mes parents, je n’ai pas besoin de préciser qu’ils semblaient tout droit sortis d’un magazine de mode, puisque c’est le cas 95% du temps.

 

       Pour le déjeuner, maman avait cuisiné le repas préféré de papa : un filet mignon. Moi qui détestais la viande, je ne pus me résoudre à en manger. Après avoir dégusté toute la purée de pommes de terre, les champignons et les haricots verts qui entouraient la viande, je reposai mes couverts.

-    Un petit effort, Marie chérie ! me dit ma mère. C’est l’anniversaire de ton père ! Tes frère et sœurs ont tous terminé leurs assiettes.

-    Tu sais bien que je n’aime pas la viande, maman, répondis-je. Je n’arrive pas à me résoudre à manger un animal…

J’acceptais tout juste le bœuf haché et encore : il fallait qu’il soit en bolognaise ou en hachis parmentier, ou en hamburger, histoire de le « camoufler » un peu.

-    Marie, s’il te plaît, insista Scarlett.

-    C’est bon, mon cœur, céda papa en prenant mon assiette. On sait qu’elle n’aime pas ça. Je vais le manger, moi ! Il est très bon !

Maman me regarda avec mécontentement mais accepta que ce soit son mari qui finisse mon assiette.

 

       Juste après le repas, un photographe vint prendre une photo de famille : le résultat était vraiment magnifique (photo disponible sur la page du portrait de couple de Michael et Scarlett) ! Maman s’empressa d’acheter la photo en très grand format avec le cadre correspondant, et missionna les domestiques d’accrocher cette nouvelle photographie en plein milieu du mur du salon, là où on ne pourrait voir que ça !

       Cette séance photo terminée, maman annonça que nous allions faire un tour : une limousine nous attendait devant la maison ! Incroyable ! Nous montâmes tous dedans. Ma fratrie et moi étions surexcités ! Le chauffeur de la limousine annonça que nous nous rendrions à la capitale.

-    Tu as vraiment fait des merveilles, dit papa à maman alors qu’ils étaient tous les deux enlacés sur la banquette. Merci, ma chérie. Mais je t’ai dit que je voulais quelque chose de simple !

-    C’est le jour où l’on célèbre ta naissance, répondit Scarlett. Je n’ai pas pu me résoudre à faire quelque chose de trop simple…

Nos parents se servirent une coupe de champagne et trinquèrent, devant nos quatre paires d’yeux envieux.

-    Nous aussi, on veut du champagne ! s’exclama Ana.

-    Désolés mais vous êtes à nouveau mineurs, les enfants, répondit Michael.

-    Oh, mais j’adore le champagne, moi ! râlai-je en boudant.

-    Si on en prend un peu, personne n’en saura rien, dit Mayeul.

-    Ne commence pas à vouloir enfreindre les règles, le rabroua maman. Ce n’est pas parce qu’on a dû décaler ton conseil de discipline à lundi avec le retour d’Ana à la maison, que tu peux te permettre de faire à nouveau des tiennes !

Nul doute que, malgré cette merveilleuse journée, Scarlett a gardé le chic pour casser l’ambiance…

-    Laisse-les en boire un tout petit peu, chuchota papa dans l’oreille de maman, assez fort pour que tout le monde entende.

Devant l’insistance de son mari, Scarlett céda. Ma fratrie et moi eûmes droit à un tiers de coupe chacun. Ce très bon champagne avait vraiment un goût de trop peu ; mais au moins, nous avions eu le droit d’y goûter !

 

       La limousine s’arrêta place Vendôme. Je fus à nouveau mal à l’aise. Mes parents avaient les moyens de faire des emplettes place Vendôme ! Puisque papa voulait une nouvelle montre depuis des lustres, maman l’emmena en choisir une nouvelle. Nous fîmes trois boutiques toutes plus luxueuses les unes que les autres et papa finit par choisir une montre. Une nouvelle montre connectée à plusieurs milliers d’euros. Maman sortit sa carte bleue et paya cash comme si elle venait d’acheter une baguette. J’en étais toute retournée.

 

       Nous remontâmes en voiture et la limousine s’arrêta au bord de la Seine. Nous passâmes l’après-midi à faire une promenade en bateau sur le fleuve parisien.

 

       Le soir, nous dinâmes au restaurant de la tour Eiffel, et nous la regardâmes scintiller avant de rentrer à la maison.

       C’était une chouette journée même si nous n’avions rien fait de ce que maman avait prévu à la base. Lorsque je lui posai la question du pourquoi de ce changement, elle m’expliqua qu’un escape game ou un jeu de cohésion n’auraient pas été possibles à cause de la cheville de Louise qui n’est pas encore pleinement remise en état.

       Dans tous les cas, papa était très content de sa journée : c’était le principal !!

 

Dimanche 9 février 2020

 

       Ce lit avait vraiment quelque chose de magique. Comme ç’allait être dur d’en sortir les matins d’école !!

M’arrachant à mes merveilleux draps, je me levai, enfilai ma robe de chambre – il faisait bien plus froid dans ce manoir que dans notre ancienne maison ! – et descendis dans la cuisine.

       Mayeul déjeunait seul. Il s’empiffrait des gaufres qu’Assa avait cuisinées.

-    Salut. Papa et maman ne sont pas là ? lui demandai-je en m’asseyant.

-    Partis courir, répondit mon frère. Et après ils vont à leur messe dans leur église.

Ah oui. J’oubliais souvent la spiritualité incompréhensible de mes parents.

-    Non, non, non, jeune homme ! entendis-je soudain.

Marie-Christine venait d’entrer dans la cuisine et reprenait mon frère :

-    Interdiction de manger vos gaufres à la main. Vous avez des couverts, il me semble !

-    Je ne vais pas m’encombrer de couverts, rétorqua Mayeul. C’est débile !

-    Vous devez apprendre les bonnes manières, jeune homme ! insista Ombrage. Prenez vos couverts !

Mayeul la regarda, hébété.

-    Vous souhaitez aller au coin ? menaça la nourrice.

Mon frère secoua la tête.

-    Alors prenez vos couverts.

Mayeul s’exécuta de façon automatique. Marie-Christine afficha un sourire satisfait et sortit de la pièce.

-    Nos parents ont fait entrer un démon dans notre maison, fis-je remarquer en attrapant moi-même des couverts.

-    Dîtes-le-moi si elle vous enquiquine de trop, nous dit Assa à mi-voix. Je lui donnerai des tâches à faire !

Sauf que ce n’était pas si simple. Assa était très occupée et ne pouvait pas gérer Marie-Christine qui était derrière nous quatre en permanence. J’ignorais comment elle faisait cela, mais elle réussissait à nous casser les pieds à tous les quatre en même temps ! Elle nous fit suer pour que nous nous habillions, elle nous coiffa elle-même (elle avait fait à Mayeul une espèce de coupe avec une raie sur le côté qui lui donnait l’air d’un enfant de chœur des années 50. Ce que mes sœurs et moi avons pu rire !) et lorsque nos parents rentrèrent, nous étions tous les quatre attablés dans la salle à manger à faire nos devoirs.

Papa et maman se retinrent de rire en voyant la tête de Mayeul. Puis, ils allèrent se doucher.

-    Bon, j’arrête ! m’exclamai-je. J’ai assez travaillé pour ce matin ! Normalement, le dimanche est ma journée de détente !

-    Puisque vous n’avez pas fait vos devoirs vendredi en raison du déménagement, ni hier en raison de l’anniversaire de votre père, il vous faut travailler aujourd’hui, rappela Marie-Christine.

-    On travaillera cette après-midi, annonça Mayeul en s’ébouriffant les cheveux malgré le regard coléreux de notre nourrice. Marie a raison. On a assez travaillé pour ce matin.

-    Ils ont raison ! Soutint Ana. On a assez bossé comme ça !

-    Allez au coin ! ordonna la nourrice. Tous les trois !

-    Laissez-nous tranquille, bon sang ! m’exclamai-je. Où est Assa ?

-    Vous allez recevoir une fessée, prévint Marie-Christine.

-    Vous n’avez pas le droit de nous taper, précisa Ana.

-    Moi non, mais vos parents le feront quand ils verront que vous avez décidé de ne pas m’obéir ! rétorqua la nourrice. Ou bien vous continuez vos devoirs comme je vous l’ai demandé, ou bien vous allez au coin. La troisième option sera de voir cela avec vos parents.

Mayeul se dirigea vers le coin ; Ana et moi tînmes tête à cette nouvelle pimbêche. Enfin, je retrouvais ma sœur ! Ma vraie sœur ! Quel bonheur !

       Lorsque papa et maman arrivèrent pour vérifier nos devoirs et qu’ils nous virent Ana et moi en train de tenir tête à notre nourrice, et Mayeul au coin, ils se demandèrent ce qui avait bien pu dégénérer le temps qu’ils prennent leur douche.

Les faits leur furent exposés dans une cacophonie sans nom : je ne sus comment ils purent comprendre ce qui leur était dit. Papa déclara ensuite :

-    De toute façon, nous allons bientôt manger. Il sera bien temps de poursuivre vos devoirs après le repas. Je sais que ce n’est pas facile de se mettre au travail un dimanche, les enfants…

-    Le problème n’est pas là, Mike ! s’exclama maman. Le problème est que tes filles ont délibérément tenu tête à leur nourrice ! Marie-Christine les a punies et elles ont refusé cette punition ! Elles ont refusé d’aller au coin !

J’étais stupéfaite. Papa et maman faisaient en général tout pour nous dissimuler leurs désaccords ; et là, ils se disputaient devant nous !

-    Elles ont le droit de vouloir faire une pause dans leurs devoirs, expliqua papa.

-    Elles n’ont en revanche pas le droit de tenir tête à leur nourrice ! poursuivit maman.

Scarlett flanqua cinq bonnes claques sur les fesses d’Anaïs – pour le coup, ma sœur s’étant dé-robotisée, les accusa en se frottant le derrière ! – et l’envoya au coin. Ma sœur obéit malgré son mécontentement.

Quand ma mère voulut se tourner vers moi, je me cachai immédiatement derrière mon père en priant :

-    Papa ! S’il te plaît ! Ne la laisse pas me taper !

-    Tu vois pourquoi il faut éviter de montrer nos désaccords devant les enfants ?! reprocha papa à sa femme.

-    Viens ici, Marie ! me gronda Scarlett après avoir soupiré d’agacement. Arrête ta comédie ! Viens ici ou je double le nombre de claques !

-    Non ! continuai-je de prier en restant derrière mon père. Maman, s’il te plaît ! Je ne contredirai plus la nourrice ! Laisse-moi !

-    Scar… intervint mon père.

Il essuya immédiatement un regard de tueur et se tut.

-    Dix claques ! annonça ma mère.

Mon père se dégagea et je m’enfuis dans la cuisine. Ma mère me poursuivit autour de l’îlot central.

-    Quinze ! continua-t-elle en tournant autour de l’îlot pour m’attraper.

-    Maman, non ! S’il te plaît !

-    Viens ici tout de suite, Marie, ou on va passer à la vraie déculottée ! gronda ma mère. Viens là ! Immédiatement !

-    Non ! la priai-je. Pitié, maman ! J’écouterai la nourrice ! Pitié, maman ! Pitié !

Nous tournions toujours autour de l’îlot jusqu’à ce que Michael déclare :

-    C’est bon, Marie. Tu arrêtes de faire tourner ta mère en bourrique et tu assumes tes bêtises !

Papa aida maman à m’attraper, ce que je pris comme une véritable trahison ! De plus, Scarlett n’ayant vraiment pas apprécié de devoir me courir après, était vraiment fâchée. Elle m’emmena dans la salle à manger, prit une chaise, s’assit dessus et me renversa sur ses genoux. De là, elle remonta ma robe, baissa mon collant et ma culotte, et me flanqua une fessée. Elle ne fut pas aussi sévère que celles que j’ai l’habitude de recevoir (heureusement !) mais elle fut assez appuyée pour me calmer. Le fait que tout le monde ait assisté à cette punition – y compris Ombrage ! – me vexa énormément.

-    Au coin ! m’ordonna ma mère après m’avoir laissée me relever.

-    Maman, s’il te plaît…

-    Tu veux revenir sur mes genoux, Marie ?! Je te préviens, je ne serai pas aussi clémente ! C’est le coin ou mes genoux ! Dépêche-toi de choisir avant que je choisisse pour toi !

La mort dans l’âme et frustrée au possible, je me dirigeai vers le coin.

 


       Durant le déjeuner, ma fratrie et moi voyions bien que c’était tendu entre papa et maman. Ils ne communiquaient que via des regards mécontents et ils étaient tous les deux d’une humeur massacrante. Lorsque je ne voulus pas terminer mon assiette, papa me gronda :

-    Oh, c’est bon, Marie, hein ! Tu ne vas pas encore nous faire chier avec tes conneries ! Tu finis ton assiette et tu te dépêches !

-    Mais, je…

-    Finis ton assiette ou je t’en mets une ! insista Michael.

Je me tus et attrapai ma fourchette.

Lorsque Mayeul décida qu’il ne voulait pas de salade de fruits, maman le gronda :

-    Tu ne manges pas assez de fruits, Mayeul ! On ne te demande pas grand-chose alors fais un effort, bon sang !

Mon frère se tut également et attrapa sa cuillère.

-    Il mange des fruits, fit remarquer papa à sa femme.

-    Je n’ai pas dit qu’il n’en mangeait pas, j’ai dit qu’il n’en mangeait pas assez ! répondit sèchement maman.

-    Parle-moi sur un autre ton, Scarlett ! gronda papa.

-    Tu n’as pas d’ordre à me donner ! Je suis ta femme, pas ta fille !

-    N’empêche qu’il y a des fois où tu mériterais une bonne fessée au même titre que les enfants ! dit papa en haussant encore un peu plus le ton.

-    Essaie de m’en donner une, pour voir ! provoqua maman.

-    Ne me tente pas, répondit papa les mâchoires serrées. N’oublie pas le passage de ce matin à l’église : « Femmes, soyez soumises à vos maris ! ».

Mayeul, Louise, Ana et moi affichâmes des mines ahuries lorsque papa se prit le verre d’eau de maman en plein visage. Je fus vraiment très tentée de rire mais j’eus trop peur des représailles ; je m’en retins au péril de ma vie.

-    « C'est ainsi que les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps ! », rétorqua maman. « Que chacun de vous aime sa femme comme lui-même ! ». Vous les hommes, avez tendance à oublier les versets suivants !

Papa prit une serviette pour s’essuyer le visage et se leva. Maman se leva à son tour. Mon envie de rire fit place à la peur : allaient-ils en venir aux mains ?!

-    Finissez de manger, les enfants ! nous ordonna papa. Votre mère et moi devons avoir une discussion seul à seule !

-    Avec joie, rétorqua Scarlett.

Et ils s’éclipsèrent.

 

       Ma fratrie et moi entendîmes de gros éclats de voix pendant plusieurs minutes, puis ça se calma.

-    Vous croyez que l’un des deux a tué l’autre ? nous questionna Louise.

-    Non, ils ont juste fini de se disputer, dit Ana en haussant les épaules. N’empêche, papa qui s’est pris l’eau en pleine tête, c’était épique ! Je veux être comme maman, plus tard ! C’est une superwoman !

-    Ce n’était pas sympa du tout pour papa ! protesta Loulou.

-    Mais c’était hyper drôle, ajoutai-je.

-    Vraiment drôle, poursuivit Mayeul.

Grâce, qui se tenait non loin de nous en attendant que nous terminions de manger pouffa de rire à son tour.

 

       Papa et maman réapparurent quelques minutes plus tard, totalement réconciliés.

-    Pardonnez-nous les enfants, dit Scarlett. Avec votre père, nous ne nous disputons pas souvent mais quand ça arrive…

-    C’est pas grave, dit Ana. Ça a mis de l’animation !

-    Marie, au lit ! m’ordonna Michael. Tu es déjà en retard pour ta sieste.

-    Oh papa, s’il te plaît… On est dimanche !

-    Et le dimanche, il y a quand même noté « sieste » sur ton planning ! dit papa. Alors, au lit !

-    Mais…

Je n’eus pas le temps d’ajouter quoique ce soit d’autre : mon père me sortit de table et flanqua une puissante claque sur les fesses dont lui seul a le secret.

-    Tu es pénible à tout le temps discuter ! me gronda-t-il. Va au lit ! Tout de suite !

Bougonne, je partis me coucher.

 

       Le reste de la journée consista à terminer nos devoirs et continuer de déballer les cartons. Heureusement, Marie-Christine ne nous cassa pas trop les pieds, étant donné que papa et maman étaient là. Je redoutais déjà les moments où Michael et Scarlett s’absenteraient ! Mais pour le moment, c'était mon frère qui redoutait son conseil de discipline de demain : il en tremblait d'avance ! J'étais persuadée qu'il avait bien raison de s'en faire...

 

A suivre…

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