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Journal d'une étudiante accueillie. - Chapitre 115

 



Lundi 10 février 2020

 

       A 13h30 précises, Mayeul et ses parents entrèrent dans la salle de réunion. Mayeul tremblait de la tête aux pieds, se demandant bien à quelle sauce il allait être mangé. Son conseil était le premier : ceux de ses copains se dérouleraient juste après le sien.

Le jeune homme fut impressionné de voir toutes les religieuses attablées en forme de U, face à lui. Michael, Scarlett et leur fils prirent place sur les trois chaises vacantes, Mayeul assis entre ses parents.

Le fils Webber compta les Sœurs : elles étaient huit. Deux chaises étaient vacantes, entre Sœur Agnès du Saint-Esprit et Sœur Bernarde. Mayeul tilta que Sœur Thérèse était actuellement en train de faire cours à ses sœurs et qu’elle ne pouvait de toute évidence pas être à deux endroits au même moment ; tout comme Sœur Jeannette qui faisait actuellement cours à ses camarades de classe.

       La Mère Supérieure ouvrit la bouche mais Mayeul n’entendit pas ce qu’elle déclara, trop occupé à sentir ses parents crispés de part et d’autre de lui. Allait-il recevoir une fessée comparable à celle de la semaine dernière, quand son père l’avait giflé, puis soulevé et plaqué contre le mur, avant de lui flanquer une volée mémorable ? Mayeul ne l’espérait pas. Cela faisait à peine une semaine et ses fesses se remettaient tout juste de ce traumatisme. Au moins, il avait appris qu’on ne pouvait pas mourir en recevant une fessée, sinon celle de mardi dernier l’aurait très probablement tué.

-    Mayeul ? Mayeul !

Il sursauta, brutalement tiré de ses pensées.

-    Ou… oui ? bégaya-t-il.

-    Êtes-vous prêt à entendre la liste de vos accusations ? demanda la Mère Supérieure.

-    Oui ma Mère, répondit le jeune homme.

Il vit Sœur Anne de Dieu se lever avec une feuille à la main et lire solennellement ce qui y était écrit, à la manière d’un crieur public du Moyen-Âge :

-    Les faits reprochés sont les suivants :

Fait n°1 : crevaison des pneus du vélo de Sœur Thérèse ;

Fait n°2 : dégradation de la fontaine à eau afin d’inonder l’école ;

Fait n°3 : transgression délibérée du tableau de comportement de sa classe ;

Fait n°4 : fugue de l’établissement ;

Fait n°5 : construction et utilisation d’une sarbacane de fortune à l’encontre de Sœur Jeannette ;

Fait n°6 : bavardages incessants dans toutes les disciplines ;

Fait n°7 : insolences répétées ;

Fait n°8 : dégradation volontaire du matériel scolaire et plus précisément de manuels scolaires ;

Fait n°9 : mensonges répétés ;

Fait n°10 : insubordination et refus d’obéir ;

Fait n°11 : cambriolage du local du personnel d’entretien.

La Sœur se rassit et les parents Webber rougirent de colère.

-    Qu’avez-vous à dire pour votre défense ? demanda la Mère Supérieure à Mayeul.

-    Je vous présente mes plus plates excuses pour toutes les bêtises que j’ai commises, dit-il après s’être levé pour prendre la parole.

Mayeul se basait sur le proverbe : « Faute avouée, à moitié pardonnée », qu’il avait légèrement transformé dans sa tête en : « Faute reconnue, à moitié pardonnée ». Il se dit qu’il valait mieux plaider coupable puisqu’il était entouré d’adultes qui voulaient condamner son postérieur à mort. Son derrière encourait la peine capitale.

       Alors que les adultes commençaient à débattre, Mayeul pensa à sa famille biologique : il était l’unique enfant de ses deux parents. Ces derniers étaient arrivés en France pour leurs études et ne juraient que par le travail. Monsieur Wu-Chen était ingénieur, madame Wu-Chen s’occupait exclusivement de son fils jusqu’elle succombe à un cancer du pancréas lorsque Mayeul avait sept ans. Mayeul avait ensuite grandi seul avec son père qui tentait de remplir au mieux le rôle de père et de mère. En apprenant la réforme, monsieur Wu-Chen déclara qu’il y était fort favorable et que cela ferait du bien à son fils d’être un peu « redressé » : il trouvait que Mayeul se laissait aller et ne travaillait pas assez.

Les rares fois où Mayeul avait pu avoir son père au téléphone depuis qu’il était arrivé chez Michael et Scarlett, il était ravi que son rejeton apprenne enfin la « vraie » discipline. Mayeul, qui n’avait jamais été tapé par ses parents, s’était transformé en petit diable en rencontrant de mauvaises fréquentations à l'école. Il se demandait bien ce que son père penserait de tout ça. Monsieur Wu-Chen l’aurait-il puni ? Mayeul pensa qu’il préférait tout de même recevoir toutes les fessées du monde plutôt que de lire la déception sur le visage de son père biologique.

 

       Lorsque ce fut au tour de Michael et Scarlett de s’exprimer, l’informaticien déclara :

-    Nous n’étions pas au courant des bêtises de notre fils avant mardi dernier. Croyez bien que si ç’avait été le cas, Mayeul aurait cessé ses âneries après la toute première bêtise ! Nous nous excusons platement pour les agissements de notre fils.

Scarlett, qui était d’accord avec son mari, n’ajouta mot.

 

       Mayeul n’a jamais été un grand orateur et son plaidoyer fut bien médiocre. A la lumière de cette pitoyable défense et des faits graves qui lui étaient reprochés, la mère Supérieure annonça que Mayeul était « renvoyé de l’établissement pour une durée de deux semaines, en espérant qu’il réfléchisse à ses actes et qu’il revienne avec de bonnes résolutions ».

Scarlett prit la parole pour réagir à la sentence :

-    Nous vous remercions pour votre clémence mais nous devons décliner cette sanction. Mon mari et moi souhaitons retirer notre fils de votre établissement, étant donné qu’il y a de trop mauvaises fréquentations. Nous aurions souhaité le changer de classe mais puisque cela est impossible sans le changer également de filière, nous l’avons d’ores et déjà inscrit dans l’établissement Saint-Nicolas.

Mayeul fut on ne peut plus surpris. Ses parents ne lui avaient rien dit de ce changement d’école !

La Mère Supérieure fulmina intérieurement. L’établissement Saint-Nicolas était leur principal concurrent et était bien mieux classé que son école !

Michael et Scarlett avaient d’ailleurs longtemps hésité entre l’école des Sœurs et Saint-Nicolas ; mais Saint-Nicolas se trouvait trop loin de leur ancienne demeure ; et au mois de janvier, ils n’imaginaient pas qu’ils déménageraient aussi vite au Manoir. En la situation actuelle, il n’y avait plus d’inconvénient à ce que Mayeul aille à Saint-Nicolas.

-    Nous nous réservons également le droit de retirer vos filles de votre établissement si des problèmes persistent, ajouta Michael. Pour le moment, nous les laissons chez vous, à condition que nous soyons informés de toute incartade ou de tout problème.

Et la famille Webber s’en alla.

 

       Mayeul était à moitié-soulagé. Il n’avait pas reçu de déculottée devant tout le monde, ce qu’il redoutait au plus haut point (même s'il savait qu'il ne perdait rien pour attendre une fois rentré à la maison) ; néanmoins, il allait changer d’établissement. Il ne reverrait plus ses copains.

 

Marie


    Dans la classe, deux nouvelles élèves viennent d’arriver aujourd’hui : Livia et Séréna. Des jumelles. A peine étaient-elles arrivées que Gabriella, Léa et Kamilia, qui harcelaient déjà une de mes amies, se mirent à se moquer d’elles et à les prendre pour cibles. Mes amies et moi firent bloc, refusant de laisser faire ces pestes ! Hélas, Gabriella, Léa et Kamilia ne se laissèrent pas intimider. Nous non plus. La récréation de l’après-midi se transforma en bagarre générale.

       A 15h40, au lieu d’aller en latin (cela m’arrangeait bien de louper ce cours, même si j’étais dans de très sales draps !), j’étais dans le bureau de la Mère Supérieure. Louise et Anaïs, qui s’étaient également battues, étaient avec moi. Angélique, Rose, Paloma, Marylou, Madgalena, Alice et Clara aussi. Gabriella, Léa et Kamilia aussi.

La Mère Supérieure était furieuse car nous l’avions dérangée alors qu’elle était en plein conseil de discipline. Je savais que ce n’était pas celui de mon frère, qui devait être terminé depuis longtemps. C’était bien le moment d’avoir des ennuis, tiens ! Papa et maman devaient être remontés comme des coucous après le conseil de Mayeul ; leurs mains seraient encore chaudes et pourraient tomber sur nos fesses sans problème ! L’idée de recevoir une nouvelle fessée me mit au bord des larmes. Je savais que ce ne serait pas une « petite » déculottée de rappel à l’ordre comme maman m’avait donnée hier. Non, là ce serait une vraie grosse punition. J’allais rester plusieurs minutes sur les genoux de ma mère (ou pire, de mon père !) et mes fesses deviendraient et resteraient violettes pendant au moins cinq jours. Et si Michael me donnait la fessée debout ?! Ou le martinet ?! Ou le paddle ?! Une larme coula sur mes joues pour chacune de ces trois questions. Heureusement, ma raison écarta le paddle : je m’étais battue avec mes sœurs et non pas contre mes sœurs. Nous étions dans le même camp ! Quant au martinet, je ne savais pas si mes parents en avaient déjà racheté un depuis que j’avais dépouillé le leur. J’osais espérer que non.

Mes parents ne voudraient pas entendre ce que j’avais à dire. Ils m’ont bien prévenue qu’ils ne m’écouteraient plus : si je faisais une bêtise, j’aurais droit à la fessée tout de suite.

Et dire que, pas plus tard que jeudi, j’étais restée trente-sept minutes sur les genoux de mes parents, et que j’avais promis d’être sage !! Je leur avais dit que j’avais compris la leçon !!

Mes larmes se mirent à couler abondamment. J’étais fichue. Non seulement mes parents ne me feraient plus jamais confiance, mais en plus ils me flanqueraient certainement une fessée ultra-sévère ; et je ne pourrai même pas les en blâmer. Je ne fais que de la merde, en ce moment. Je suis un cas désespéré.

-    Vous pouvez pleurer, Marie ! me dit la Mère Supérieure en remuant le couteau dans la plaie. Et vous aussi Marylou ! Et vous aussi, Rose ! Je vais appeler vos parents un par un pour les convoquer ! Ça ne vous rappelle rien ? Vous ne trouvez pas qu’il y a un air de déjà-vu ?!

Ta gueule. C’est tout ce que j’avais envie de lui balancer. Ta gueule, la momie !

       Bien sûr qu’il y avait un air de déjà-vu ! J’étais déjà venue dans ce bureau avec mes sœurs et mes amies. J’avais déjà vu cette maudite nonne décrocher le téléphone, composer un numéro et appuyer sur le bouton du haut-parleur. Seulement, la dernière fois, nos parents avaient été appelés en dernier. Aujourd’hui, Louise, Ana et moi ouvrions le bal ; et mes sœurs furent tout aussi terrifiées que moi en entendant la voix de maman :

-    Oui allô ?

-    Madame Webber ? Ici la Mère Supérieur de l’école de vos fi…

-    Oh non, ce n’est pas vrai ! la coupa maman. Que s’est-il encore passé ?!

-    Vos filles se sont battues, madame. Durant la récréation de cette après-midi.

-    Lesquelles ? se renseigna Scarlett.

-    Les trois, madame. Louise, Anaïs et Marie.

-    Super ! ironisa maman.

-    Pour régler cette histoire, nous voudrions vous convier, vous et votre mari, à une réunion exceptionnelle avec les parents des élèves concernées.

-    Quand ça ? demanda Scarlett après avoir soupiré.

-    Aujourd’hui, à seize heures trente, répondit la directrice.

-    Nous y serons, soupira une nouvelle fois maman.

Comme je culpabilisais de l’entendre si lasse au téléphone !

 

       A seize heures trente, mes amies, ennemies et sœurs, et moi étions rassemblées dans la salle de réunion, debout près de la porte, à attendre que nos parents arrivent. Nous étions surveillées par la Mère Supérieure et Sœur Marthe, qui avait stoppé la bagarre. J’étais toujours en train de pleurer et de me flageller moi-même, me disant que j’étais une fille indigne qui ne faisait que décevoir ses parents. Si ceux-ci ne voudraient certainement plus m’écouter, peut-être écouteraient-ils Louise ? Ou Ana ?

       Monsieur Duchemin arriva en premier. Après avoir salué les Sœurs, il fonça sur Magdalena, la pencha sous son bras et lui flanqua une bonne déculottée. Pour nous autres, le stress monta de plusieurs crans en voyant le derrière de notre amie rougir et cette dernière prier son père d’arrêter. Seules Gabriella, Léa et Kamilia semblaient s’amuser de la situation.

       Monsieur Duchemin corrigeait encore sa fille lorsque monsieur et madame Kernec arrivèrent. Ils saluèrent les Sœurs puis lancèrent tous deux un regard de tueur à leurs filles.

-    Papa, je vais t’expliquer ! plaida timidement Clara.

-    Tu veux te retrouver dans la même position que ta copine ?! la gronda monsieur Kernec.

-    Non papa, murmura Clara.

-    Alors je ne veux pas t’entendre ! Tu prendras la parole quand on te la donnera !

Les parents de Marylou arrivèrent et Tristan cessa enfin la longue déculottée de Magda, qui pleurait à en avoir des spasmes.

-    C’est une bonne idée, ça ! s’exclama le père Chapeau en voyant Magdalena se rhabiller. Je devrais peut-être te flanquer une déculottée, Marylou ! Là, devant tout le monde ! Qu’est-ce que tu en penses ?!

-    Non papa ! réagit mon amie. Pitié !

-    Dans ce cas, tiens-toi correctement et tu n’auras pas de fessée avant qu’on soit rentrés à la maison !

-    Oui papa, dit Marylou à mi-voix.

Youri et Hélène, les parents d’Angélique et Marion arrivèrent. Sans dire bonjour à personne, Youri attrapa sa fille, prit une chaise, s’assit dessus et bascula Angélique à plat ventre sur ses cuisses en grondant :

-    J’en ai plus qu’assez de tes bêtises, Angélique ! Quand est-ce que tu vas enfin te tenir tranquille, hein ?! Quand ?!

Mon amie se prit à son tour une déculottée. Je n’avais jamais vu son père aussi en colère. En pensant à mon propre père, je dus me retenir de me faire pipi dessus.

       Angélique prenait encore la fessée lorsque les parents de Rose et Paloma arrivèrent. Ils restèrent debout à côté de leurs filles sans rien dire ; mais cela se voyait sur leurs visages qu’ils étaient très fâchés.

       La fessée d’Angélique prit fin et quelques secondes plus tard, les parents de Gabriella, Léa et Kamilia arrivèrent en bande. Ce fut vraiment jouissif de les voir toutes les trois se prendre plusieurs claques sur les fesses de la part de leurs parents respectifs. Même si ce n’était en rien comparable à la déculottée publique que venaient de prendre Angélique et Magda, il n’empêche que nous savions maintenant que nos ennemies étaient logées à la même enseigne que nous. De plus, le père de Gabriella était presqu’aussi costaud que le mien : elle aussi devait sentir passer les claques paternelles !

 

       Il se passa plusieurs minutes durant lesquelles nous attendîmes mes parents ; ils finirent par arriver en catastrophe, essoufflés, s’excusant pour le retard et le justifiant par une grande difficulté pour se garer.

Au moment où papa s’avançait vers moi pour m’attraper le bras – et il n’y avait pas besoin d’être devin pour savoir que j’allais récolter une fessée ! – la Mère Supérieure annonça :

-    Bien, installez-vous, je vous en prie. Maintenant que tout le monde est là, nous allons débuter cette réunion sans perdre plus de temps que nécessaire.

-    Vous ne perdez rien pour attendre, toutes les trois ! nous gronda papa, les mâchoires serrées.

Ana, Loulou et moi nous échangeâmes des regards rassurés : au moins, nous avions échappé à une déculottée publique ! Du moins, pour le moment…

-    Nous vous écoutons, jeune fille ! dit la Mère Supérieure une fois que tout le monde fut installé (et ça faisait du monde ! Nous étions plus de trente personnes !). Qui a débuté la bagarre ?

C’est alors qu’une cacophonie sans nom débuta. Nous voulions presque toutes prendre la parole et narrer notre version des faits. Ajoutez à cela les parents qui réprimandaient leurs enfants de couper la parole à d’autres… Cette réunion se transforma en véritable capharnaüm.

Soudain, dans la cohue générale, une main discrète se leva et attendit d’être interrogée. Tout le monde se tut.

-    Alice ? interrogea la Mère Supérieure.

-    C’est avec moi que l’histoire a commencé donc j’aimerais parler si tout le monde est d’accord.

Nous l’écoutâmes tous avec attention. Alice soupira puis narra avec la voix tremblotante :

-    Depuis le début du premier semestre, Kamilia, Léa et Gabriella me harcèlent. Elles me piquent mes affaires, me mettent la tête dans les toilettes, m’insultent, me font des croche-pieds, se moquent de moi…

Une larme roula sur la joue d’Alice, qui poursuivit :

-    Clara le savait et elle voulait en parler à nos parents et aux Sœurs ; mais Léa nous menaçait. Elle disait que comme son père est commissaire de police, il pouvait faire en sorte que je sois retirée de ma famille d’accueil ! Mais moi, je veux rester avec mes parents !

Alice fondit en larmes et sa mère la prit immédiatement dans ses bras, fusillant les trois pestes du regard. Puis, mon amie poursuivit :

-    Vendredi, Gabriella, Léa et Kamilia m’ont mise la tête dans les toilettes pour la énième fois depuis le début de l’année ; et Marie est arrivée. Elle est tout de suite allée prévenir une Sœur mais lorsque la Sœur est arrivée, Gabriella, Léa et Kamilia m’avait lâchée. Et puisque Léa me menaçait avec le métier de son père, je n’ai pas osé dire la vérité. Pourtant, Marie m’a bien dit que le père de Magda était haut placé et qu’il pouvait me sortir de ce cauchemar… Mais j’avais trop peur d’être retirée de chez mes parents…

-    Marie a ensuite insisté pour que nous fassions payer à Gabriella, Léa et Kamilia ce qu’elles faisaient subir à Alice depuis le début de l’année, poursuivit Clara. Rose, Paloma et Louise ont refusé de s’en mêler. Et puisqu’Alice ne voulait pas qu’on en parle aux adultes, nous avons décidé de régler les choses par nous-mêmes.

Mes parents écoutaient avec attention. J’étais rassurée qu’ils entendent la version de mes amies. Peut-être me puniraient-ils moins sévèrement.

-    Et c’est ce qui a entraîné la bagarre d’aujourd’hui ? demanda la Mère Supérieure.

Clara répondit :

-    Gabriella, Léa et Kamilia ont d’abord menacé de s’en prendre à Marie car elle avait versé du laxatif dans la gourde de Kamilia…

 Papa toussa pour masquer un rire. Il me lança un regard dans lequel je crus déceler une once de fierté. Cela me détendit un peu.

-    … donc elles voulaient se mettre à harceler Marie… Jusqu’à ce que, ce matin, de nouvelles élèves arrivent dans notre classe. Gabriella, Léa et Kamilia se sont mises en tête d’en faire deux souffre-douleurs de plus. Nous avons voulu les défendre. C’est pour cela que la bagarre a éclaté.

La Mère Supérieure demanda aux trois pestes de plaider pour leur défense mais aucune d’entre elles ne put mentir : nous étions beaucoup trop à connaître la vérité !

Après leurs aveux indirects, la Mère Supérieure nous gronda toutes les treize :

-    Sachez mesdemoiselles que la violence ne sera jamais tolérée dans cet établissement ! Je laisse bien évidemment à vos parents le soin de vous sanctionner pour ce comportement irrespectueux et contraire au règlement. Je m’adresse à vous treize : si vous vous battez à nouveau, que ce soit ensemble ou séparément, vous ferez l’objet d’un conseil de discipline ! Vous entrez donc dans une période de sursis durant laquelle aucun écart ne sera toléré ! Est-ce que c’est compris ?!

-    Oui ma Mère, répondîmes-nous toutes en même temps.

-    Dans ce cas, cette réunion est terminée. Je vous laisse libres de rentrer chez vous. Mesdames et messieurs les parents, je vous remercie d’avoir fait le déplacement.

Les Sœurs sortirent.

-    Attendez-nous dans le couloir, nous dit maman. Votre père et moi devons parler avec les parents de Gabriella, Léa et Kamilia.

-    Mais pourquoi ?! demanda Louise, apeurée.

-    Parce qu’elles ont voulu s’en prendre à notre fille, répondit papa sur le ton de l’évidence.

-    Je veux venir ! dis-je.

-    Non, tu vas dans le couloir avec tes sœurs ! trancha maman. Ce sont des discussions d’adultes et tu n’en es plus une.

-    Mais ça me concerne ! insistai-je.

-    Marie, tu obéis à ta mère ! me gronda papa. Tu n’es pas du tout en position de discuter !

-    Mais…

Mon père me flanqua cinq claques sur le derrière. En plus de me vexer, ces claques me firent vraiment mal aux fesses. Boudeuse, j’allai dans le couloir avec Ana et Louise.

-    Pourquoi faut-il toujours que tu discutes ?! me réprimanda Louise. T’es chiante, Marie ! Tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même si tu te prends des claques aux fesses !

-    Oui ben, je ne vais pas être la seule à en prendre ! rappelai-je. Je te ferai dire qu’Ana et toi vous êtes tout autant battues que moi !

-    Ça n’a duré que quelques secondes avant que les Sœurs arrivent, grommela Ana. On n’a même pas eu l’occasion de leur faire vraiment leur fête !

Impatiente, je ne pus m’empêcher de m’avancer et de regarder à travers le hublot de la porte pour voir ce qui se passait.

-    Marie ! me gronda Louise. Viens ici ! Putain, mais qu’est-ce que t’es chiante !!!

Je reculai en quatrième vitesse lorsque je vis les parents se diriger vers la porte derrière laquelle je me trouvais, pour sortir de la pièce.

-    Alors ? demandai-je.

-    Alors les parents de ces trois chipies sont des gens biens, répondit maman. Ils vont faire le nécessaire. Normalement, vous ne serez plus importunées par Gabriella, Léa ni Kamilia.

A peine maman eut fini sa phrase que papa m’asséna une grosse claque sur la fesse gauche.

-    Aïe ! me plaignis-je.

-    Ça, c’était pour ta curiosité mal placée ! m’informa papa. Et vous allez toutes les trois prendre le reste à la maison.

Tandis que nous marchions vers la voiture – qui était en effet garée bien loin ! -, mes sœurs et moi essayions de dissuader nos parents de nous sanctionner :

-    Mais c’était pour aider des camarades sans défense !

-    C’était vraiment pour la bonne cause !

-    Et puis, on n’a même pas eu l’occasion ni le temps de leur faire mal !

-    On vous jure qu’on ne recommencera plus !

-    Vraiment, on vous le promet !

-    C’était juste un cas d’extrême urgence !

-    Oui, voilà ! C’était une urgence, c’est tout !

Nous poursuivîmes nos protestations jusqu’à ce que nous soyons tous les cinq assis et attachés dans la voiture. A court d’arguments, nous nous tûmes toutes les trois. Maman attendit le silence avant de demander :

-    Qu’est-ce qu’on vous a déjà dit par rapport à la violence, les filles ?

-    Qu’il y a toujours d’autres solutions, dit Ana d’un ton las.

-    Exactement, reprit maman. Vous aviez les moyens d’éviter ça. Vous pouviez aller en parler à des Sœurs, ou même nous en parler en rentrant à la maison. Nous aurions fait le nécessaire. Au lieu de ça, vous avez préféré vous battre. Résultat, nous avons été convoqués à l’école à cause de votre mauvais comportement. Il n’y a aucune chance que vous vous en sortiez indemnes ; alors cessez votre petite manifestation collective peu crédible et taisez-vous.

 

-    Papa, je t’en supplie ! le priai-je, mes larmes menaçant de couler à tout moment. S’il te plaît !

En plein milieu du salon, mon père me déculotta et me pencha sous son bras. Ce que je redoutais tant allait tomber : la fessée debout made in Michael. La pire des tortures.

De son côté, maman s’apprêtait à donner la fessée debout à Ana, qui n’en menait pas large non plus. Quant à Louise, elle avait été envoyée au coin, attendant son tour.

Papa m’asséna la première claque et celle-ci me fit tellement mal que je tentai de m’échapper par tous les moyens ; mais mon père me maintint fermement. Je ne pouvais ni m’échapper, ni mettre mes mains en protection, ni agiter les jambes, ni rien du tout. Je reçus la trentaine, peut-être quarantaine ou même cinquantaine d’autres claques en pleurant toutes les larmes de mon corps.

 

       Nous fûmes tous dans l’obligation de nous doucher et de nous mettre en pyjama avant le dîner ; et après celui-ci, nous fûmes tous les quatre immédiatement envoyés au lit.

       Le seul point positif dans tout ça, c’est que nous n’avons pas eu à faire à Ombrage. Néanmoins, j’aurais préféré qu’elle me prenne la tête une ou deux heures, plutôt que de m’endormir dans mon merveilleux lit avec le fesses douloureuses et écarlates !

 

A suivre…

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