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Journal d'une étudiante accueillie. - Chapitre 125 (1ère partie)

 


Jeudi 20 février 2020

 

-    Louise, n’y va pas ! De toute façon, qu’est-ce que tu vas bien pouvoir faire au Kazakhstan ?!

-    Je vais y vivre ma vie en tant que femme libre ! me répondit ma sœur.

-    Il n’y a même pas de dauphins, là-bas ! Tu vas t’ennuyer ! Ne pars pas, je t’en supplie ! De toute façon, tu n’y arriveras jamais avec un simple canoë !

-    Il y a déjà plein de gens qui ont traversé l’océan avec un canoë, affirma Louise. Pourquoi pas moi ?

-    Dans ce cas, prends mes chaussettes porte-bonheur. Elles te guideront jusqu’à ta destination !

« AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !!!!! »

Ce hurlement me tira brutalement de mon sommeil. Je jetai un coup d’œil à mon réveil : il était deux heures du matin ! Mais enfin, que se passait-il ?!

Il me semblait que c’était Mayeul qui avait hurlé. Alors que je me redressais dans mon lit, complètement groggy par ce réveil brutal, j’entendis mon frère hurler une nouvelle fois :

-    Je vais te tuer !! Je vais te buter, Anaïs !!

Reprenant peu à peu mes esprits, je me rendis rapidement dans la chambre de mon frère. J’arrivai dans la pièce en même temps que maman et compris pourquoi Mayeul avait crié de terreur : Anaïs l’avait réveillé en pleine nuit, vêtue d’une tenue ensanglantée, portant un masque de clown maléfique et tenant un couteau à la main.

-    Ben quoi, je croyais que tu étais fan de Michael Jackson ?! rétorqua Ana à notre frère, d’un ton moqueur. Tu pourras dire que tu t’es entraîné pour faire un remake de « Thriller » ! Bon par contre, ne te mets pas dans le rôle de Michael car tu viens plutôt de faire le rôle de la nana qui hurle tout le long du clip !

-    JE VAIS TE TUER !! enragea Mayeul en se levant de son lit.

-    Ça suffit !! intervint maman dont la colère montait rapidement. Anaïs Morgane Webber, donne-moi immédiatement ce couteau !!

-    Seulement si tu ne m’égorges pas avec, répondit Ana avec un sourire en coin.

Maman n’était pas du tout encline à rire : ses yeux lançaient des éclairs. Ana s’approcha et donna son couteau – en plastique ! – à la mère de famille. Scarlett lui prit brusquement des mains puis cria :

-    Pourquoi ?! Pourquoi tu as fait ça ?!

-    Mayeul a fait exprès de casser ma guitare ! se justifia Ana.

-    Je ne l’ai pas fait exprès ! vociféra mon frère. Et de toute façon, tu ne joues même plus de guitare !! Qu’est-ce que tu en as à foutre ?!

-    C’est mon père biologique qui me l’a achetée ! C’est sentimental !

Mayeul fit exprès de se moquer d’Ana en répétant son « C’est sentimental » de façon comique.

-    Espèce de con…

-    Je te déconseille fortement de finir ta phrase ! la gronda maman.

Ana se tut.

-    Tu es en train de me dire qu’au lieu de venir me voir parce que Mayeul a cassé ta guitare, tu as préféré te venger en le terrorisant dans son sommeil ?!

-    Ça, au moins, il ne l’oubliera pas ! argumenta Ana. Alors que si tu l’avais puni, il ne s’en serait plus souvenu d’ici deux semaines…

Maman était rouge pivoine de fureur. J’avais l’impression qu’elle allait exploser ! Elle hurla :

-    TU AS TERRORISE EN PLEINE NUIT TON FRERE QUI SOUFFRE DE TROUBLES DU SOMMEIL !! TE RENDS-TU COMPTE DE LA CONNERIE MONUMENTALE QUE TU VIENS DE FAIRE, ANAÏS ?! TE RENDS-TU COMPTE DES DEGÂTS CONSIDERABLES QUE TU AS PROVOQUES SUR LE SOMMEIL DE MAYEUL ?!?!

-    Au moins, il ne m’embêtera plus, dit Ana à mi-voix.

-    SELON TOI, TON FRERE AURAIT OUBLIE LA PUNITION QUE JE LUI AURAIS DONNEE D’ICI DEUX SEMAINES !! poursuivit maman. EH BIEN JE PEUX TE GARANTIR QUE LA TIENNE, TU VAS T’EN SOUVENIR TREEEEEES LONGTEMPS !!

Maman attrapa Ana par les cheveux et la sortit de sa chambre. Mayeul et moi la suivîmes mais Scarlett cria :

-    MAYEUL LIAM WEBBER, TU VAS AU LIT !! JE T’INTERDIS DE BOUGER DE TON LIT AVANT NEUF HEURES DU MATIN !! TU AS COMPRIS ?!

-    Oui, répondit mon frère en boudant.

-    JE N’AI PAS BIEN ENTENDU !! insista maman en filant une claque sur le caleçon de mon frère avec sa main libre, claque qui résonna dans toute la pièce.

-    Oui maman, rectifia Mayeul en se frottant la fesse.

Scarlett emmena Ana au rez-de-chaussée.

-    Je te raconterai, dis-je à mon frère avant de suivre ma mère et ma sœur.

De toute évidence, Barbie avait totalement oublié ma présence, tant elle était furieuse après Ana.

      

       Maman tenait toujours fermement sa fille par les cheveux. Elle la traîna jusqu’au vaisselier se trouvant dans la pièce à vivre et ouvrit un tiroir que je croyais jusqu’alors condamné. J’étais persuadée que la présence de ce tiroir n’était qu’à but décoratif et que celui-ci ne pouvait s’ouvrir ! J’en étais persuadée jusqu’à… maintenant.

Scarlett sortit de ce tiroir un martinet que je ne connaissais pas. Ce n’était pas le « martinet officiel » de la maison en tout cas. Le manche du martinet que papa et maman avaient récemment racheté – parce que j’avais dépouillé l’ancien de ses lanières de cuir – était rouge bordeaux, alors que le manche de ce martinet-là était de couleur claire, effet bois. De plus, les lanières étaient légèrement plus longues que l’autre, et elles étaient plus fines aussi. J’eus des frissons.

Maman agita ce nouveau martinet devant les yeux d’Ana en disant :

-    Ton père et moi nous étions promis de n’avoir recours à ce martinet-là qu’en cas de bêtise monumentale ! Jamais nous n’y avons touché, même lorsque Mayeul a fait toutes ses bêtises à l’école, même lorsque Marie s’est enfuie ! Tu te rends compte de la gravité de ce que tu as fait, Anaïs ?!

-    Je voulais juste faire une blague pour me venger ! plaida ma sœur dont la peur commençait à s’entendre dans la voix.

-    Mayeul a de gros problèmes de sommeil !! rappela maman en haussant une nouvelle fois fortement le ton. Il va mettre plusieurs jours à se remettre de ta blague !!

-    Je n’y ai pas pensé, dit ma sœur qui commençait à avoir les larmes aux yeux.

-    C’est bien le problème ! lui reprocha maman. Tu sais très bien que votre santé à tous les quatre est primordiale ! Tu as nui à la santé de ton frère ! Je te garantis que tu vas t’en souvenir, Anaïs Webber !

Maman lâcha les cheveux de ma sœur et enleva le tissu blanc ensanglanté qu’Ana avait enfilé pour faire peur à Mayeul. Ma sœur se retrouva en chemise de nuit. Scarlett remonta la chemise d’Ana et baissa sa culotte.

-    Maman, pitié ! pria ma sœur. C’était juste une blague !

-    Une blague très lourde de conséquences, rétorqua maman. La prochaine fois, tu viendras me voir au lieu de vouloir faire justice toi-même !

J’étais dans un coin de la pièce, me faisant la plus discrète possible. Ma sœur était dos à moi ; et lorsque Scarlett abattit le martinet sur son derrière, je vis la marque de chaque lanière imprimer ses fesses. Anaïs gémit de douleur et se frotta immédiatement les fesses, tant le coup avait été sévère.

Malgré les prières de ma sœur, maman lui donna deux autres coups : un à moitié sur ses fesses, à moitié sur ses cuisses ; et un autre de nouveau au milieu de ses fesses. Je vis la lune d’Ana être striée de plusieurs traînées rouges et imaginai aisément ô combien ma sœur avait pu souffrir !

Scarlett rangea ensuite le martinet dans le tiroir et gronda sa fille, tandis qu’Ana pleurait en se frottant le derrière :

-    Demain, je te flanquerai une fessée sur mes genoux ! Et je t’en donnerai une chaque jour jusqu’à ce que ton frère puisse reprendre son rythme de sommeil habituel ! File au lit, maintenant ! Dépêche-toi !

Le « Dépêche-toi ! » fut accompagné d’une claque retentissante sur la fesse gauche de ma sœur. Elle s’empressa de retourner dans sa chambre. Tandis que j’allais la suivre, maman m’intercepta :

-    Qu’est-ce que tu fais là, toi ?

-    J’ai été réveillée par le cri de Mayeul, alors…

-    Tu sais très bien qu’avec ta maladie, tu dois rester au lit la nuit, Marie ! me gronda ma mère. Tu aurais dû aller te recoucher immédiatement !

-    Pardon maman, dis-je en rivant mes yeux vers le sol.

Scarlett m’attrapa par le bras et m’asséna trois bonnes claques sur les fesses en me grondant :

-    File au lit ! J’en ai marre que tu fasses n’importe quoi, Marie !

-    Oui maman. Bonne nuit.

-    Bonne nuit !

Je regardai une dernière fois ma mère avant de monter les escaliers, accusant les trois claques reçues. Nous étions en pleine nuit et elle était quand même magnifique. Ses longs cheveux lâches n’avaient pas l’air décoiffé du tout. Elle portait un pyjama de soie rose pâle qui lui allait comme un gant ; et elle avait enfilé par-dessus la robe de chambre qui allait avec. Elle n’était pas maquillée et avait même des cernes. Pourtant, elle restait splendide. Même à deux heures du matin, Scarlett était magnifique. C’est vraiment le genre de fille que l’on adore détester : belle, intelligente, douée en tout et très attachante. Moi, avec mes cheveux en bataille – que dis-je, en explosion totale ! On aurait pu croire que je venais d’être électrocutée ! –, mon pyjama à l’effigie de Minnie Mouse et ma tête de demeurée mal réveillée, j’étais on ne pouvait plus jalouse de ma mère.

       En me recouchant dans mon lit avec Berlioz, j’espérais vraiment pouvoir me rendormir rapidement.

 

       Neuf heures, je me réveille à nouveau. Berlioz est en train de manger quelques croquettes dans la gamelle que je lui ai installée à l’entrée de mon dressing. Je me lève et le caresse avant d’aller vidanger ma vessie. Puis, après m’être lavée les mains et attachée les cheveux, je pris le chemin de la cuisine. Dans le couloir, je rencontrai ma sœur.

-    Ça va ? lui demandai-je.

-    A ton avis ?! m’agressa-t-elle. Je jure de détruire ce putain de martinet de torture à la con !!

-    Eh ben ! m’exclamai-je. Il est si terrible que ça ?!

-    Je pouvais sentir les marques laissées par les lanières rien qu’en passant mes mains sur mes fesses ! m’informa Ana. Maman a été ultra-sévère !

-    Pense à la remercier, dis-je en me moquant des propos de ma sœur tenus la veille. Si elle te punit, c’est parce qu’elle t’aime et qu’elle ne veut pas que tu…

-    Ta gueule, me coupa Ana.

J’éclatai de rire, ce qui me valut une légère tape derrière la tête de la part de ma sœur.

Alors que nous entreprenions la descente des escaliers, je lui demandai :

-    Au fait, pourquoi Mayeul et toi êtes chien et chat depuis quelques jours ? On a vraiment l’impression que vous vous livrez une guerre sans merci !

-    Ce n’est pas une impression, répondit fermement ma sœur.

-    Mais… pourquoi ?!

-    Trop long à expliquer, broda Ana. Mais tout ce que je vois, c’est que moi, j’ai eu droit au martinet de la mort alors que lui n’a strictement rien eu pour avoir cassé ma guitare. Donc j’ai eu raison de me venger cette nuit !

Depuis le bas des escaliers dans le hall, nous entendîmes des éclats de voix et des claques tomber. Je regardai ma sœur en disant :

-    Peut-être que tu n’as pas eu tant raison que ça…

Nous pénétrâmes dans la pièce à vivre et vîmes notre frère en pyjama, penché sous le bras de maman, à recevoir des claques ponctuées de réprimandes :

-    Le problème, c’est qu’un objet ayant une valeur sentimentale ne se rachète pas, Mayeul ! Tu n’as absolument aucun moyen de combler la peine d’Anaïs !!

Il se prit encore deux ou trois claques avant que maman ne le lâche. Puis, nous voyant entrer dans la pièce, elle nous gronda :

-    Anaïs et Mayeul, vous allez tout de suite arrêter votre petite guéguerre à deux balles ! Quant à toi Marie, tu vas stopper tes bêtises ! Je pensais pouvoir passer trois jours paisibles avec vous pour pouvoir profiter de chacun d’entre vous ; au lieu de ça, je les ai passés à vous donner la fessée ! J’en ai assez ! Tenez-vous correctement aujourd’hui parce que je vous jure que je suis à deux doigts de vous consigner tous les trois dans vos chambres respectives jusqu’à ce que papa rentre ! Maintenant, allez prendre votre petit déjeuner !

-    Se faire engueuler de bon matin : quel bonheur ! chuchotai-je à Ana.

Nous nous installâmes à table et dégustâmes les gaufres que maman avait préparées.

 

       Je passai la matinée à lire dans ma chambre, avançant dans mes lectures pour l’école. Puis, peu avant le déjeuner, j’allai consulter mes mails sur mon ordinateur. J’avais un mail de Louise :

« Salut Manou ! Je viens aux nouvelles ! Comment vas-tu ? Comment ça va à la maison ? 

De mon côté ça va, même si je me sens… bizarre. Quand je suis dans ma famille biologique, ma famille d’accueil me manque vraiment ; et quand je suis dans ma famille d’accueil, le manque de ma famille biologique est terrible ! Ce sentiment d’avoir constamment le cul entre deux chaises m’empêche de profiter pleinement de ma vie. Je dois dire que je me sens un peu perdue. En plus, ma famille biologique continue de vivre sa vie sans moi, ce qui est bien normal ! Et de mon côté, je fais pareil : je vis ma vie chez Michael et Scarlett… Quand je retrouve mes parents biologiques, j’ai l’impression qu’ils ne me connaissent plus. Ils se souviennent de la Louise qu’ils ont laissée en septembre mais pas de celle que je suis devenue. Enfin bref, j’avais besoin de t’écrire car tu es ma sœur et ma meilleure amie. Et aussi parce que je t’aime très fort.

Raconte-moi comment ça va à la maison, et embrasse Ana, Mayeul et maman pour moi. Et aussi papa quand il rentrera demain !

Je t’aime,

Loulou. »

Le mail de ma sœur me fit mal au cœur. Je la sentais un peu déprimée, déchirée entre ses deux familles. Pour tenter de lui remonter le moral, je lui répondis :

« Coucou Loulou !

Ça va bien, ici, et je vais bien aussi. Maman est un vrai tyran en l’absence de papa ! Ana, Mayeul et moi avons tous pris au moins une fessée depuis que tu es partie mardi matin. Imagine Barbie en tenue militaire avec un martinet dans une main et une brosse à cheveux dans l’autre, et tu auras un très bon aperçu de l’état d’esprit de maman en ce moment !

Anaïs et Mayeul n’arrêtent pas de se chamailler, ce qui devient vraiment pénible, à la longue. J’ai l’impression qu’ils ne se supportent plus, et Ana n’a pas voulu m’expliquer pourquoi. Quoiqu’il en soit, moi aussi j’ai l’impression d’avoir le cul entre deux chaises, même si ce n’est pas pour les mêmes raisons que toi.

Je pense que tu dois voir le bon côté des choses : c’est super d’avoir deux familles ! Ça fait deux maisons, deux fois plus d’amour, deux fois plus de cadeaux à Noël… En tout cas, moi je trouve ça génial !

J’embrasserai tout le monde de ta part, promis ! Et ne te tracasse pas trop. Profite de ta famille biologique car tu ne les verras plus pendant deux mois, ensuite !

Je t’aime très fort,

Manou. »

       J’entendis maman appeler à table au moment même où je fermais mon ordinateur. Timing parfait !

 

       Durant le repas, Ana et Mayeul continuaient de se chamailler : ils s’envoyaient des petits pois dès que maman ne regardait pas. Les voyant faire, je levai les yeux au ciel.

Alors que Scarlett s’appliquait à faire tenir une douzaine de petits pois sur sa fourchette, Ana envoya un pois directement dans l’œil de Mayeul. Vexé, mon frère voulut répliquer immédiatement, sans vérifier si maman regardait ou pas. Et elle regardait. Elle se pencha sous la table et découvris un véritable champ de bataille. Des cadavres de petits pois étaient concentrés autour de Mayeul et d’Ana. Maman se redressa et se pinça l’arête du nez en ordonnant :

-    Allez tous les deux dans vos chambres ! Je ne veux plus vous voir !

-    Mais on n’a pas fini de manger ! protesta mon frère.

-    Visiblement, vous n’avez pas faim, vu toute la nourriture que vous venez de gâcher ! gronda maman. Aller, oust ! Dans vos chambres !

-    Mais maman…

-    Si je suis obligée de le répéter une nouvelle fois, vous allez prendre une telle déculottée sur mes genoux que vous me supplierez d’arrêter !! Filez !! Immédiatement !!

Ana et Mayeul sortirent de table, et maman appela Marie-Christine pour qu’elle les surveille. Je me retrouvai seule avec Scarlett. Ce n’était peut-être pas le moment pour lui poser ma question mais je me rendis à l’évidence qu’il n’y aurait de toute façon pas de bon moment à cause de mon frère et de ma sœur. Je me lançai :

-    Maman, est-ce que je peux sortir cette aprèm’ ?

-    Bien sûr, Marie chérie. Je n’ai rien eu à te reprocher aujourd’hui donc j’accepte que tu voies tes amis. En revanche, tu porteras ta montre connectée pour que je puisse te joindre et te localiser.

-    D’accord, répondis-je. Merci, maman ! Du coup, vu que je n’ai plus de téléphone, tu peux envoyer un message dans le groupe des parents de mes amis pour voir qui peut sortir cette aprèm’ ?

-    Je le fais tout de suite, dit Scarlett en prenant son téléphone.

Après avoir envoyé le message, la mère de famille me demanda :

-    Ma puce, est-ce que tu sais ce qui s’est passé entre Mayeul et Ana pour qu’ils se comportent de cette façon ?

-    Non maman, répondis-je. Ana n’a pas voulu m’expliquer !

-    Ok, il va falloir que je mène l’enquête, annonça Scarlett. Ils ont décidé de mener une guerre impitoyable l’un contre l’autre. Ton père et moi allons devoir arrêter ça avant qu’ils n’aillent trop loin !

Ma mère et moi parlâmes de tout et de rien tout le reste du repas.

 

-    Tiens Marie chérie, me dit ma mère en me tendant ma montre. Je t’en ai pris une rose car je sais que c’est ta couleur préférée !

-    Canon ! m’exclamai-je en tendant mon poignet. Merci beaucoup maman !

-    Pour m’appeler, tu appuies sur ce bouton-là, m’expliqua Scarlett.

-    Je me servais d’un smartphone dernier cri, maman ! lui rappelai-je. Je pense qu’en cas de problème, je pourrai aisément trouver comment te joindre !

-    Tu as raison, je suis bête ! Aller, en route. Tes amis t’attendent !

Habituée à me déplacer avec toute la famille dans l’Audi Q7, je fus surprise quand maman se dirigea vers l’autre voiture, la Bentley Continental GT, que nous n’utilisons que très rarement.

-    Nous ne sommes que toutes les deux, Marie chérie ! me dit maman en voyant ma surprise. On ne va pas prendre la grosse voiture !

C’est ainsi que, pour la première fois de ma vie, je montai dans une voiture sportive de luxe et fis des jaloux lorsque Scarlett me déposa au cinéma.

-    Waouh ! s’enthousiasma Axel. Marie, tu ne veux pas supplier tes parents de m’adopter ?

-    Ce n’est qu’une voiture ! s’agaça Marylou.

-    Ta mère est une déesse et elle conduit l’une des meilleures voitures du monde, ajouta Antonin. Moi aussi, je veux que tes parents m’adoptent !

-    Moi c’est ton père que je trouve canon ! dit Magdalena.

-    Tu as vraiment trop de chance, Marie ! ajouta Clara. Ta vie doit être trop cool. C’en est presqu’injuste !

-    Oui enfin, vu les fessées que l’on ramasse ma fratrie et moi, je ne sais pas si on peut appeler ça de la chance… dis-je.

-    Nous aussi on en ramasse ! dit Axel. Mais j’avoue qu’elles ne sont pas aussi corsées que celles que donne ton père…

-    Mayeul, Louise et Anaïs ne sont pas là ? demanda Alice.

-    Louise est dans sa famille biologique, répondis-je. Et Mayeul et Ana sont punis. Donc je suis toute seule !

-    Je veux que ta mère me punisse, dit Axel, le regard dans le vide. Elle pourrait me torturer, même, je m’en fous ! Du moment que je suis avec elle…

-    Redescends sur terre ! le raisonna Marylou en claquant des doigts devant ses yeux. Et ferme la bouche : tu baves !

-    Quand la réforme sera terminée, je viendrai chercher ta mère et on ira vivre tous les deux loin du tumulte de cette société de merde ! dit Axel.

-    Tu devras franchir deux obstacles, alors ! ris-je. Déjà, il te faudra affronter mon père : il va te broyer sur place. Et ensuite, il te faudra affronter ma mère. Elle est ceinture noire de trois arts martiaux différents. Ne la sous-estime surtout pas !

Axel fut quelque peu refroidi. Tant mieux !

-    Bon, on va s’acheter les billets ou pas ? nous pressa Magda. Le film va bientôt commencer !

 

En sortant du cinéma, Clara proposa qu’on se fasse une soirée pyjama.

-    Papa et maman sont furieux que l’on n’ait pas fait nos devoirs ce matin ! lui rappela Alice. Ils n’accepteront jamais que nous invitions des copines à dormir !

-    Mon père ne voudra pas non plus, dit Magda.

-    Mes parents refuseront aussi ! continua Marylou.

-    Je veux bien demander à ma mère mais je ne garantis rien… proposai-je.

-    Si ta mère dit oui, je peux m’incruster à la soirée ? demanda Axel.

-    Ferme-la ! le gronda Marylou. Et va dans les toilettes te branler un bon coup au lieu de fantasmer, là !

Axel rougit et se tut.

J’appelai Scarlett. Seulement, le problème quand on appelle avec la montre connectée, c’est que tout le monde entend notre conversation :

-    Allô maman ?

-    Oui ma puce ! dit Scarlett. C’est bon ? La séance est terminée ? Il faut que je vienne te chercher ?

-    Oui, mais avant je voulais te demander quelque chose : est-ce que tu serais d’accord pour que Magda, Marylou, Clara et Alice viennent faire une soirée pyjama à la maison ce soir ?

-    Ce soir ?! Non, Marie. Ce n’est pas possible. Il faut que j’aille faire deux-trois courses ; et ton père rentre demain midi.

-    Et alors ? demandai-je. Il est où le problème ?

-    Tu me prends au dépourvu, Marie. Je veux bien qu’elles viennent un jour mais pour ce soir ce ne sera pas possible.

-    Mais pourquoi ?! insistai-je.

-    Marie, stop. J’ai dit non, point barre !

-    Tu n’as même pas de raison valable ! reprochai-je avec véhémence. C’est juste pour me faire chier ! Pour avoir le plaisir de me dire « non » !

-    Bon, je viens te chercher au cinéma, trancha ma mère avant de raccrocher.

-    Oh, oh… Je crois que tu l’as mise en rogne ! dit Clara.

Quelques minutes plus tard, Scarlett gara sa Bentley sur le parking, sortit de la voiture – qui se verrouilla automatiquement derrière elle – et me fonça dessus.

-    Même quand elle est fâchée, elle est canon ! s’exclama Axel qui ne cessait de reluquer ma mère.

-    Ta gueule, Ax’ ! lui lança Marylou.

Arrivée à ma hauteur, ma mère m’attrapa par le bras et me flanqua cinq bonnes claques sur le jean devant tous mes amis ! La honte suprême ! Elle me réprimanda :

-    Comment oses-tu me parler de la sorte ?! Comment oses-tu être insolente, Marie Webber ?!

-   

-    J’attends une réponse ! insista Scarlett en m’assénant une autre claque.

-    J’ai dit la vérité ! tins-je en voulant préserver le peu de fierté que j’avais encore. Tu me fais chier !!

En plein dans le hall du cinéma, devant mes amis mais aussi une cinquantaine de personnes, ma mère déboutonna mon jean et le baissa jusqu’au milieu de mes cuisses. Puis, elle m’asséna une dizaine de claques plutôt costaude avant de me crier, son index pointé vers moi :

-    Tu n’as plus jamais intérêt à me parler comme ça, Marie Noémie Juliette Webber ! Plus jamais, tu entends ?!

-   

-    Je t’ai posé une question !! insista Scarlett en me filant une nouvelle claque. Ne m’oblige pas à te baisser la culotte ! Est-ce que tu entends ce que je te dis ?!

-    Oui maman, grommelai-je, les larmes aux yeux.

-    Qu’est-ce que tu as à me dire ?!

-    Pardon maman, dis-je à mi-voix.

-    Bien ! Rhabille-toi et dis au revoir à tes amis ! On s’en va !

Je n’eus même pas la force de faire la bise à mes amis : je leur dis juste au revoir collectivement d’un signe de main et suivis ma mère.

       Dans la super voiture luxueuse de ma mère, je n’ouvris pas la bouche. J’étais bien trop honteuse. Même lorsque je vis ma mère se garer sur le parking du supermarché, je ne pipai mot.

-    Il faut qu’on fasse deux-trois courses, annonça-t-elle.

Je ne répondis pas.

Et tout le temps où nous fîmes les courses, je n’ouvris pas la bouche. Au final, il lui fallait plus que « deux-trois courses » ; nous repartîmes avec un caddie plein pour un total de plus de deux cents euros.

J’aidai ma mère à charger le coffre (c’est très classe les voitures de sport, mais alors qu’est-ce que le coffre est petit !!) puis montai dans la voiture.

-    Je comprends que tu sois vexée, me dit Scarlett alors que nous roulions sur le chemin menant au Manoir.

-    Vexée ? Vexée ?! Tu m’as humiliée devant tous mes amis !!

Je tentai de contrôler au mieux ma colère mais il fallait avouer que c’était un échec.

-    Dis-moi : tu t’attendais à quoi en me parlant de la sorte, hein ?! Crois-moi, je me suis contenue, Marie ! Si on avait été à la maison et que tu m’avais dit exactement la même chose, tu serais encore sur mes genoux à l’heure qu’il est ! Et si tu avais dit ça à ton père, je peux te jurer que cinéma ou pas, tu aurais reçu une S.S.P. magistrale devant tout le monde ! Donc oui, je t’ai donné une fessée sur la culotte devant tes amis et devant des étrangers ! Je l’ai fait parce que tu as été irrespectueuse et insolente envers moi ! Je suis prête à parier que tu n’aurais pas été aussi téméraire si tes amis n’avaient pas été là ! Tu as voulu faire ta grande en croyant que le respect ne s’imposait pas à l’extérieur, tant pis pour toi ! Tu sais maintenant ce qu’il peut t’en coûter !

Je ne répondis pas.

Lorsque ma mère se gara dans l’allée de la maison, je sortis de la voiture et fonçai vers la porte d’entrée.

-    Marie, viens m’aider à décharger les courses ! m’appela Scarlett.

-    Tu as d’autres enfants ! rétorquai-je avant de claquer la porte d’entrée derrière moi, d’enlever mes chaussures à la hâte et de monter dans ma chambre.

Je claquai une nouvelle fois la porte derrière moi et me jetai sur mon lit. Comme j’étais en colère contre ma mère !! Je ne pouvais m’empêcher de pester contre elle. A cet instant, je la détestais !!

Soudain, on frappa à ma porte. C’était Scarlett. Elle tenait son téléphone à la main.

-    C’est ton père, dit-elle en posant le téléphone sur mon lit avant de sortir de ma chambre.

-    Je n’ai pas envie de te parler ! criai-je au combiné.

-    Eh bien tu vas quand même le faire ! me gronda Michael.

J’appuyai sur le bouton rouge, raccrochant au nez de mon père. J’étais tellement en colère que je ne pensais pas aux conséquences. Là, tout de suite, je ne pensais qu’à leur faire le plus de mal possible. Scarlett m’avait humiliée devant tous mes amis, et j’étais persuadée que Michael la soutenait. Je les détestais !!!

Le téléphone se mit à sonner. L’écran afficha « ❤️ Mike ❤️ » sous une photo de papa et maman en train de s’embrasser devant un soleil couchant. Je ne répondis pas.

Le téléphone se remit à sonner. Je ne répondis toujours pas. Je lançai même un « Va te faire foutre ! » à l’appareil. Personne ne pouvait m’entendre mais ça me soulageait grandement de le dire.

Le téléphone se mit à sonner une troisième fois. Je dus lutter contre l’envie irrésistible de le balancer à travers la pièce ; mais si je faisais cela, je signais mon arrêt de mort. Quoique, à force de ne pas répondre à papa, peut-être ma mort était-elle inévitable !

Soudain, le téléphone de maman vibra et l’écran afficha de nouveau « ❤️ Mike ❤️ ». En-dessous, il était noté : « Tu veux jouer à ça ?! Très bien ! Je rentre ! A tout à l’heure, Marie. »

       La peur se diffusa dans tout mon corps. Je venais peut-être de commettre la plus grosse erreur de toute ma vie.

 

A suivre…

Commentaires

  1. Oh la la, ça s'annonce très mal pour Marie

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  2. Même si elle a assuré durant l'absence de Michael, je pense que Scarlett attend avec impatience le retour de son mari !
    Les enfants ne lui ont vraiment pas fait de cadeaux !!!
    Les disputes entre Ana et Mayeul vont-elles se calmer ? Ana va--t-elle se confier sur les raisons de ce ''conflit'' ?
    Et Marie qui n'en rate pas une !!!! Dommage qu'elle ait gâché cette autorisation de sortie inespérée ! Ça ne va pas se reproduire de si tôt !
    Le retour de Michael risque d'être chaud 😪😪😪
    Vite vite la 2ème partie 🙏

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Le tutorat de Little Princess (séance 3)

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Le tutorat de Little Princess - Partie 3 (Préambule (3) - Et m*rde...)

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Journal d'une étudiante accueillie (Chapitre 26)

  Mercredi 9 octobre 2019.                   Pas de grasse matinée ce matin : Héloïse nous réveilla à neuf heures pour que nous puissions travailler un peu sur nos cours. J’étais grognon au possible en me réveillant, comme cela m’arrive rarement. En m’asseyant à table au petit déjeuner, je fus agacée par Anaïs, toujours pleine d’énergie et en forme le matin. Je déteste les gens du matin. Ou les gens. Ou le matin.                   Après m’être préparée et habillée pour la journée, je remontai dans ma chambre et me sentis toujours aussi grognon. Je ne savais pas encore pourquoi mais j’avais l’impression que cette journée allait être désagréable au possible. Personne n’avait intérêt à me voler dans les plumes : je m’étais levée du pied gauche !          ...

Nouvelle rentrée, nouvelle vie ! (Chapitre 17)

 Ce chapitre a été écrit par Marie, une fan du blog. Malgré mes quelques commentaires et réécritures, elle a fait un excellent travail ! Bravo à elle ! Mardi 17 septembre 2019.   Lorsque Monsieur Éric toqua à la porte pour nous réveiller, j’étais très motivée pour me lever (ce qui est très rare !). Aujourd’hui sera une belle journée : d’abord parce que le mardi reste la meilleure journée de la semaine grâce à Madame Kelly, la prof la plus adorable du Pensionnat ; ensuite parce que j’ai réfléchi à un plan pour me venger de Monsieur Jean et de Monsieur Nicolas. Ce sera discret (enfin autant que faire se peut), rapide et efficace. Je sais bien que lorsque nous nous ferons attraper la punition sera salée ; mais je ne supporte pas l’idée de laisser croire à nos professeurs qu’ils ont tout le pouvoir (même si ce n’est peut-être pas tout à fait faux). Pour mener à bien mon plan, il me faudrait l’aide de mes amies. Je vais tout faire pour les convaincre de me...