Vendredi 21 février
2020
- Et que doit-elle faire ?
questionna papa alors que mon fiancé et moi étions dans le hall, prêts à partir.
- Se coucher avant minuit,
terminer ses devoirs, manger suffisamment, parler correctement à ses parents,
prendre ses médicaments et rester au lit la nuit, récita Mathieu.
Papa montra sa satisfaction d’un hochement de
tête. Maman donna une carte à mon chéri en lui disant :
- Voici nos numéros. S’il
y a un problème avec Marie, appelle-nous à n’importe quelle heure du jour ou de
la nuit, d’accord ?
- D’accord, répondit
Mathieu sous mon regard mécontent.
- Et si vous êtes en
tournage ? questionnai-je.
Mes parents avaient en effet accepté d’être chroniqueurs
dans une émission destinée aux familles d’accueil. Papa y avait un contrat d’une
fois par semaine, maman y avait un contrat de trois fois par semaine. Ainsi, maman
passerait en direct à la télé le lundi, mercredi et vendredi de 10h à 11h ;
et papa serait à l’antenne en même temps que maman le vendredi. Pour cela, ils
toucheraient un sacré pactole ! Comme s’ils n’étaient pas déjà assez
riches comme ça… En tout cas, cela ferait bizarre d’avoir des parents qui
passent à la télé !
- On s’en fiche d’être en
tournage ! répondit maman. Nos enfants sont notre priorité. S’il y a un
souci avec l’un d’entre eux, nous intervenons, tournage ou pas tournage !
Je dis au revoir à mes parents à l’aide d’un
gros câlin. Puis, papa aida Mathieu à charger ma valise dans sa voiture, et
nous nous en allâmes.
- Où va-t-on ? lui demandai-je.
- Manger chez tes
parents, me répondit mon aimé.
- D’accord.
Je voulus changer de position et gémis de
douleur. Mathieu s’étonna :
- Ça va ?
- Oui, très bien,
répondis-je.
- Mytho ! me dit mon
fiancé. Tes parents t’ont démontée ?
- Mon père.
- Ah.
Il y eut un petit silence puis il me dit :
- Je ne te demande pas ce
que tu as fait ?
- Non, ne demande pas. De
toute façon, ça serait trop long à expliquer. Et puis, je n’ai pas envie d’en parler.
- D’accord. Ça va aller
quand même ?
- Heureusement que j’ai
la crème magique de Magdalena. Sinon, je ne pourrais même pas m’asseoir dans ta
voiture !
- Je vois.
- Mais c’est bon, ça va !
rétorquai-je.
- Je me demande bien ce
que tu as pu faire pour recevoir une fessée pareille !
- Tais-toi et roule !
m’agaçai-je.
Le déjeuner chez mes
parents fut vraiment génial. Celui-ci terminé, nous allâmes rendre visite aux
grands-parents de Mathieu et passâmes le reste de la journée dans leur demeure.
Tout se passa bien jusqu’à ce qu’au dîner, où le papy de Mathieu me demanda :
- Alors Marie, elle te
plaît ta famille d’accueil ?
- Oui, elle est géniale,
répondis-je. Un peu sévère, mais géniale.
- Ah ! s’exclama le grand-père.
Ce que tu trouves sévère aujourd’hui, à mon époque, c’était la norme ! On
prenait des coups à l’école ; et en rentrant, on n’avait pas intérêt à
dire à nos parents qu’on avait été punis sinon on en reprenait une !
- Oui, poursuivit la
grand-mère. Les coups de règles sur les doigts ça, je m’en souviens !
- C’est très bien que les
jeunes d’aujourd’hui réapprennent les vraies valeurs ! ajouta le
grand-père.
Je soupirai d’agacement. Mathieu me caressa le
dos pour que je me calme. Le pire, c’était que la très grande majorité de la
population française pensait comme ce couple de vieux. Voilà pourquoi j’en
arrivais à prendre la fessée quotidiennement ! Putain de réforme.
- Tu es contente d’avoir
Michael et Scarlett pour parents, non ?! me demanda Mathieu dans la voiture,
au retour.
- Oui mais j’aurais aimé
qu’ils ne puissent pas me frapper ! répondis-je.
- Une fessée de temps en
temps, ça ne fait pas de mal ! me rabroua Mathieu. J’en ai pris plein
quand j’étais petit et je n’en suis pas mort !
- Tu en as pris quoi ?
Une dizaine dans toute ton enfance ? J’en prends une dizaine par semaine !
- N’exagère pas Marie !
Ça aurait pu être pire ! Tu aurais pu tomber dans une famille qui te boxe
à coups de poings !
- Certes, répondis-je.
- Là, te prendre une
petite fessée de temps en temps parce que tu déconnes, c’est justifié !
- Une petite fessée ?!
explosai-je. Comment peux-tu dire ça, toi qui as
carrément reçu la ceinture de la part de mon père ?! Comment oses-tu dire
que Michael donne de petites fessées ?! Comment peux-tu minimiser à ce point
les trempes que je me prends à la maison ?!
Mathieu se gara sur le bas-côté, éteignit le moteur, enclencha le
frein à main, puis se tourna vers moi en disant :
- Oui, d’accord. Tu ne prends
pas de petites fessées. Tu prends des fessées adaptées à ton âge. Forcément, si
tes parents te flanquaient trois petites tapes sur les fesses comme si tu avais
cinq ans, ça n’aurait pas grand effet sur toi. Tu prends des fessées de jeune
femme de dix-huit ans qui enchaîne les conneries.
- Tu…
- Ne me dis pas le
contraire, Marie ! me coupa Mathieu. Tu enchaînes les conneries depuis ta
naissance, c’est un fait. Depuis que nous sommes ensemble, je t’ai toujours
connue à faire n’importe quoi, à envoyer chier tout le monde pour imposer ta
propre loi ! Depuis que tu es chez Michael et Scarlett, tu as complètement
changé : tu parles mieux à tes parents, tu me parles mieux à moi aussi. Tu
réfléchis avant de faire une connerie et tu crains tes parents. Tu es en train
d’apprendre ce que tu aurais dû apprendre depuis que tu es toute petite !
Alors oui ça fait mal, oui, ce n’est pas drôle ! Tu crois que je trouvais
ça drôle quand ma mère ou mon père me donnait la fessée parce que j’avais cassé
le jouet de ma sœur, ou que j’avais écrit sur les murs, ou que j’avais eu une
mauvaise note à l’école ?! Non, bien sûr que non ! Il se trouve que c’est
une punition, Marie ! C’est fait pour te déplaire ! La réforme te
fait du bien ; et si tu en as marre d’être punie, prends exemple sur
Louise !
J’avais envie de lui arracher les yeux. Pour
qui se prenait-il, putain ?! Pour qui ?! J’attrapai la poignée de la portière
dans l’intention de sortir du véhicule mais Mathieu me stoppa :
- Si tu sors de cette
bagnole, tu prends le risque que les flics te choppent. Si tu as envie que
Michael et Scarlett viennent te chercher au commissariat, vas-y, pars !
Mais ne viens pas te plaindre que tu auras pris une énorme rouste, juste que
parce que tu n’auras pas supporté d’entendre la vérité !
Mathieu avait totalement raison et
cela m’insupportait. Je lui rétorquai :
- J’ai envie de te gifler !
- Ne t’avise même pas de
le faire ! me répondit-il.
De rage, ma main partit toute seule et alla s’étaler
contre la joue de mon bien-aimé. Mathieu me regarda quelques secondes, sonné.
Puis, il sortit de la voiture et en fit le tour pour m’en sortir à mon tour. Il
me balança sur la banquette arrière du véhicule et vint s’asseoir à côté de
moi. Puis, sans que je m’y attende, il me bascula sur ses genoux.
- Qu’est-ce que tu fais ?!
Mathieu, lâche-moi !
- Tu viens de me prouver
que tu ne reçois pas assez de claques aux fesses, Marie ! Alors je vais t’en
remettre !
- Mathieu, lâche-moi je t’ai
dit ! C’est bon ! Je suis désolée, ok ?! J’étais fâchée !
- C’est facile d’être
désolée après coup, dit-il en passant son bras autour de ma taille.
- Mathieu, sérieusement !
Tu ne vas quand même pas me faire ça !
- Tu viens de me gifler,
Marie ! Moi, ton fiancé ! Tu viens de me gifler ! Comment suis-je
censé réagir au juste ?! Sur le moment, j’ai voulu te rendre la pareille ;
mais puisque je me refuse à gifler une femme, notamment MA future femme, je
vais me rabattre sur tes fesses !
- Mathieu, j’ai pris une
énorme déculottée hier, je ne suis pas état, là ! Je t’en prie !
- Tu n’es tellement pas
en état que tu te permets quand même de manquer de respect aux gens qui t’entourent !
- Mais c’est parce que tu
m’as énervé !!
- Oh, c’est ma faute,
maintenant ?! s’étonna-t-il. Voilà encore autre chose !
- Mathieu, je t’en
supplie ! le priai-je en commençant vraiment à paniquer. Je suis désolée,
d’accord ?
- Tu flippes, hein ?
me demanda-t-il d’un ton enjoué.
- Oui ! avouai-je.
- Tu fais bien. Ma main
est à deux doigts de s’abattre sur tes fesses !
- Non, non ! S’il te
plaît ! Je suis désolée ! Je ne te giflerai plus jamais ! Je te
le jure sur la tête de mon petit frère !
- Laisse Paul en-dehors
de ça. C’est toi qui as fauté ! Tu m’as giflé et tu dois le payer.
- Je viens de m’excuser
platement !!
- Ça ne suffit pas. Je
veux ma vengeance !
- Ne me donne pas la
fessée, Mathieu ! le priai-je. S’il te plaît !
- Très bien, je te laisse
le choix : soit c’est moi qui te donne la fessée, soit on va directement
chez Michael et Scarlett, et je leur dis que tu m’as giflé.
- Quoi ?! m’exclamai-je.
Mais t’es un grand malade !!
- Tu fais ton choix,
affirma-t-il. Mais je veux que tu payes le fait de m’avoir giflé !
Après quelques secondes de réflexion, je lâchai
à contrecœur :
- Toi. Je préfère que ce
soit toi.
- Le contraire m’aurait
étonné ! dit-il avant d’abattre sa main sur mon jean.
Mathieu abattit huit ou dix fois sa main sur
mon jean. Il tapait plutôt fort – surtout sur mon derrière meurtri ! – mais
ce n’était rien de comparable aux vraies fessées que je recevais à la maison de
la part de papa ou même de maman.
Lorsque mon petit ami s’arrêta, il m’ordonna :
- Remonte à l’avant, on
rentre chez tes parents.
- Lesquels ?! m’affolai-je.
- Tes parents biologiques,
répondit-il. Détends-toi ! J’ai eu ma vengeance, tout va bien.
Je sortis de la voiture dans l’intention de
remonter à l’avant lorsque je vis deux policiers s’approcher. Paniquée à nouveau,
j’appelai :
- Mathieu ! Y’a les
flics !
- Quoi ?!
- Y’a les flics, j’te dis !
Mathieu eut à peine le temps de me rejoindre que
les policiers arrivèrent à notre hauteur.
- Jeunes gens bonjour, contrôle ! annonça l’un. Veuillez nous montrer vos pièces d’identité.
- Nous ne les avons pas
sur nous, répondit Mathieu. Nous n’en avons pas le droit car nous sommes
mineurs.
- Vous êtes mineurs ?!
s’étonna l’autre policier. Que faîtes-vous dehors à cette heure ?! Où sont
vos parents ?!
- Ce sont les vacances, monsieur,
dit Mathieu.
- Vous n’êtes pas au
courant du couvre-feu mis en place pour les mineurs ? questionna l’un des agents.
Vous n’avez pas le droit d’être seuls dehors après vingt-deux heures si vous n’êtes
pas accompagnés de personnes majeures !
- Nous l’ignorions,
monsieur, confessai-je. On allait rentrer dans ma famille biologique…
- On ne dit plus « famille
biologique » annonça le deuxième policier. On dit « famille » ou
« géniteurs ».
Ah carrément. On ne pouvait même plus parler comme
on le souhaitait ! Cette dictature commençait à devenir invivable ! Tentant
de me faire la plus docile possible, je répondis :
- Je l’ignorais. Nous allions
rentrer chez mes géniteurs, monsieur.
- Même si vous êtes
mineurs, je me dois de vérifier votre identité, dit le premier policier. Vous
êtes tous les deux étudiants ?
- Moi non, répondit
Mathieu, mais ma copine l’est.
- Numéro d’étudiante,
alors ! m’ordonna l’agent.
- 2120088, répondis-je.
Le policier tapa mon numéro sur son smartphone
puis lus :
- Marie Webber, fille de
Michael et Scarlett Webber, domiciliée au 342 rue Victor Hugo à Beauvais.
Etudiante à l’établissement Saint-Nicolas. C’est exact ?
- Oui Monsieur,
répondis-je.
- Et votre numéro de
matricule militaire ? demanda l’agent à Mathieu.
Mon petit ami put à son tour être identifié.
- Normalement, puisque
vous avez transgressé le couvre-feu, on devrait vous embarquer et demander à
vos responsables de venir vous chercher ! annonça l’un des policiers.
- S’il vous plaît,
monsieur ! le priai-je. On ignorait qu’il y avait un couvre-feu !
- Ça ira pour cette fois !
dit son collègue. Rentrez vite chez vous et tenez-vous au courant des différentes
lois qui passent !
Après ce coup de peur, Mathieu et moi rentrâmes
immédiatement chez mes parents.
A suivre…

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