Il m’avait prévenue… Il m’avait prévenue
moultes fois. C’est vraiment terrible de ne pas réussir à se contrôler
ainsi !
Mardi 25 août. Gabriel part en Bretagne
pour son concert. Il a sept heures de route à faire, il joue pendant une heure
et demie, et rentre aussitôt. Il annonce son retour aux alentours de 5h30 du
matin.
Pour moi, c’était la fête dans ma tête.
Même si Gabriel m’avait laissé des instructions très claires (prendre tous mes
médicaments, porter mon attelle au poignet et me coucher à 23h30), j’étais
seule à la maison pour quasi-24h !
Je passai une journée cool, à travailler
pour le blog, puis pour mon roman. Je pris tous mes médicaments – sauf
un ! – et fis même une sieste. En revanche, mon attelle au poignet fut
jetée aux oubliettes le matin-même : je préférais cent fois avoir mal
plutôt que d’être encombrée par ce truc énorme ! Qu’est-ce que c’était
énervant de ne pas pouvoir se servir de sa main gauche ! Surtout pour une
gauchère comme moi !!
Je regardai une vidéo sur mon téléphone
en dînant, et tombai sur le témoignage d’un monsieur qui parlait des esprits,
des médiums, des expériences de mort imminente et de la vie après la mort. Au
départ très intéressée, je ne pensais pas commencer à baliser une heure plus
tard. J’étais seule dans la maison de Gabriel, la nuit tombait et j’avais
désormais dans la tête que peut-être, des esprits démoniaques allaient me
rendre visite…
Je tentai de me changer les idées en
écrivant un nouveau chapitre pour le blog, mais une fois ce dernier publié, je
continuais d’avoir peur.
J’eus Hugo au téléphone pendant plus de
deux heures. Il me gronda gentiment : « Pourquoi tu regardes des
vidéos comme ça quand tu es toute seule, aussi ? Tu sais que tu flippes
pour un rien, en plus ! ».
23h25. Je me tâte à aller me coucher.
J’étais terrifiée par le fait d’être seule à la maison, mon esprit n’arrivait
pas à rationnaliser. Néanmoins, mon frère m’a promis plusieurs fois une fessée
carabinée si jamais je n’étais pas au lit à l’heure. J’éteignis mon ordinateur
et allai me brosser les dents… Puis je pris finalement la décision de retourner
dans le salon et de rallumer mon ordinateur afin de travailler sur mon roman.
De toute façon, avec la boule de peur que j’avais dans le ventre, je n’aurais
pas dormi !
Mais
je n’étais quand même pas couchée. Malgré la peur, je n’avais pas fait l’effort
d’aller au moins m’allonger dans mon lit. Je venais de décider de désobéir à
mon frère en toute connaissance de cause.
Je me décidai à regagner ma chambre aux
alentours de deux heures et demie. Je me couchai, allumai ma veilleuse et mis
un peu de musique douce, histoire d’essayer de me détendre. Néanmoins, mon
cerveau me faisait toujours imaginer des trucs improbables, comme un personnage
démoniaque marchant lentement le long du couloir jusqu’à ma chambre, ou bien un
zombie de la série The Walking Dead qui viendrait me dévorer dès que je
me tournerais dans le lit et n’aurais plus la porte en visuel.
Je
tentai de m’endormir pendant une bonne heure, sans succès. La peur me tenait le
bide. Maintenant que le jour est levé et que mon frère est rentré, j’ai bien
conscience que tout ce que j’écris est parfaitement stupide ; mais sur le
moment, j’étais vraiment terrifiée !!
Ayant
perdu ma sœur jumelle à la naissance, j’ai déjà un énorme problème avec la
solitude. Je pensais pourtant avoir bien lutté contre ce souci et être devenue
« adulte » mais l’absence de Gabriel en cette nuit montrait qu’en
réalité, je ne gérais toujours pas le fait d’être seule. A la maison, quand
Hugo part en déplacement, j’ai mes deux chats avec moi : ils sauraient
vite m’alerter s’il y avait quoique ce soit ! Mais là… j’étais toute
seule !
Toujours avec ma veilleuse et ma musique
douce, je m’endormis d’épuisement vers 3h30 du matin, pour être finalement
réveillée en sursaut quinze minutes plus tard par une chanson au volume sonore
un peu plus élevé que les autres. La boule de peur ne me quittait pas.
Voyant que je n’allais pas réussir à
dormir dans cet état, je pris mon courage à deux mains et me levai. Après être
passée au pipi-room, je me rendis dans le salon pour attraper mon ordinateur
avant de retourner me coucher. Je me remis à bosser sur mon roman pour penser à
autre chose, tout en gardant ma veilleuse et ma musique douce.
Lorsque j’entendis le véhicule de mon
frère rouler dans le jardin, la boule de peur fit un bond dans ma
poitrine : si Gabriel me trouvait éveillée à cette heure-ci… !!
J’éteignis rapidement mon ordinateur et me couchai, laissant tout de même ma
musique. Allongée dans mon lit, maintenant que je savais que mon frère était
rentré et que je ne risquais plus rien (lui me protégerait contre les
monstres !!), je fus soudainement apaisée et m’endormis en quelques
secondes, avant même que Gabriel ne franchisse la porte d’entrée.
Mon frère et moi nous réveillâmes peu
avant midi. Lorsqu’il me demanda l’heure à laquelle je m’étais couchée, je lui
répondis deux heures et demie. Puisqu’il avait de plus bien vu que j’avais
dormi sans mon attelle, et qu’il savait qu’un médicament n’avait pas été pris,
il me lança un regard mécontent en disant : « Eh bien, on va en
parler tout à l’heure ! ». J’eus beau lui expliquer que j’avais eu
peur, il ne voulut rien entendre. Il m’avait promis une fessée carabinée si je
désobéissais, et j’avais désobéi.
Nous déjeunâmes, parlâmes de mon roman,
eûmes un entretien téléphonique avec la grande sœur de Gab’… Puis, alors que je
m’étais posée dans le canapé, mon frère me lança : « Prépare-toi
psychologiquement à aller à la sieste dans dix minutes ! ».
Je
protestai vivement. Je m’étais réveillée à peine deux heures auparavant !
Alors certes, mon frère croyait que j’avais dormi neuf heures alors qu’en
réalité je n’en avais dormi que six, mais je n’avais pas du tout envie d’aller
faire la sieste !
Gabriel me gronda, me flanqua une fessée
sur la robe. Je consentis à me coucher. Il ferma la porte après m’avoir
prévenue : « Tu n’as pas intérêt à te relever ! ».
J’attrapai
un livre. Gabriel me gaula. J’attrapai un autre livre, il me gaula à
nouveau ; et cette fois-ci, en s’emparant de ce deuxième livre, il me
flanqua cinq coups sur les fesses avec ! Un livre de trois cents pages
narrant la vie de Michael Jackson… Eh bien, je peux vous dire qu’il fait mal
quand il tombe sur les fesses !! J’avais pourtant toujours envie de
riposter ; mais je savais que la prochaine étape serait une déculottée. Je
pris la décision de déclarer forfait et tentai de m’endormir.
Au bout d’une demi-heure sans parvenir à
trouver le sommeil, je me levai et rejoignis Gab’ dans le salon.
-
J’ai
essayé de dormir, lui dis-je.
-
Oui,
j’ai vu.
Je
n’aurais pas dû me lever car mon frère attendait mon réveil de la sieste pour
régler ses comptes avec moi. Je savais qu’il allait me flanquer une rouste
carabinée ; je ne savais en revanche pas que ça allait être l’une des plus
humiliantes de ma vie. C’est même très dur pour moi de vous raconter tout ça,
tellement j’ai été punie !! J’en ai encore honte !!
-
Lucie,
viens ici !
Ce
fameux « viens ici ! » qui donne envie de fuir plutôt que
d’obéir !
-
Nan !
Gabriel
m’attendait sur le canapé, je m’étais réfugiée dans la cuisine. Je n’avais pas
l’intention d’en bouger !
-
Lucie,
dépêche-toi !
-
Nan !
-
Il
faut assumer, maintenant !
-
Nan !
-
Lucie,
si je me lève…
J’eus
envie de céder, puis me souvins que Gabriel n’était pas du genre à me flanquer
une salve supplémentaire pour ne pas être venue de moi-même. Ça, c’était le
truc de Thomas, pas de mon frère. Je campai donc sur mes positions.
-
Un !
-
…
-
Deux !
-
…
-
Deux
et demi !
-
…
-
Deux
trois-quarts !
-
…
-
Deux
quatre-vingt-deux !
-
…
-
Deux
quatre-vingt-douze !
-
…
-
Deux
quatre-vingt-dix-neuf ! Dernière chance !
-
Nan !
Tu peux compter jusqu’à cent si ça te chante, je ne bougerai pas !
-
Trois !
Gabriel
se leva, me fonça dessus, m’attrapa par le poignet et m’emmena jusqu’au canapé
où il me bascula sur ses genoux.
Lorsqu’il
releva ma robe et baissa ma culotte, je n’avais vraiment pas envie de prendre
cette rouste-là. Mais alors vraiment pas ! Je le priai mais il resta sourd
à mes prières. Il débuta :
-
On
va commencer par les médicaments ! Tu m’as dit que tu n’avais pas pris le
Movicol ni hier, ni avant-hier parce que tu étais partie dans l’optique de
continuer à prendre deux sachets par jour au lieu de trois, et que du coup tu
n’en avais pas assez pour terminer le séjour ! C’est ça ?
-
Oui…
-
Donc
tu savais que tu n’en avais pas assez mais tu ne m’as rien dit ?!
Les
claques commencèrent à tomber. Puissantes dès le départ. Une salve longue et
interminable comme d’habitude avec mon frère. C’était déjà très
douloureux ; j’étais persuadée que mes fesses étaient déjà rouge
vif !
-
Je
t’ai déjà donné une fessée pour ça cette semaine ! me réprimanda-t-il
après s’être arrêté. Comment ça se fait, Lucie ? Comment ça se fait que je
doive recommencer ?!
-
Je
suis désolée, bredouillai-je, ne sachant quoi dire.
-
Combien
de fois je vais devoir te punir pour ça ?!
-
…
-
Pourquoi
tu ne prends que deux sachets au lieu de trois ?!
-
Parce
que ce n’est pas bon, répondis-je.
Les
claques reprirent. Là, on pouvait clairement qualifier ce moment de
« bonne » fessée. J’en prenais vraiment pour mon grade !
-
Pourquoi
tu ne prends que deux sachets au lieu de trois ?! répéta-t-il après s’être
à nouveau arrêté.
-
J’ai
déjà répondu !
-
Redis-le
encore !
-
Parce
que ce n’est pas bon…
Et
une nouvelle salve tomba. Forte et impitoyable. On commençait à passer de la « bonne »
fessée à la fessée « salée » ! Je gigotais dans tous les sens,
bloquée à plat ventre sur les cuisses de mon grand frère. Il m’était impossible
d’échapper à ces maudites claques qui me brûlaient les fesses !
Après m’avoir biiiiiien matraqué le
derrière pour le Movicol, j’entendis Gabriel me demander :
-
A
quelle heure t’avais-je dit d’aller te coucher ?
-
…
-
A
quelle heure, Lucie ?!
-
Vingt-trois
heures trente, sanglotai-je avant de le prier de ne pas me punir.
-
Et
tu t’es couchée à ??
-
Deux
heures et demie… Mais j’avais peur !!
-
Tu
étais où à vingt-trois heures trente ?!
-
Dans
le salon…
-
On
est d’accord !
Je
pris une volée horrible et interminable. Comme je regrettais d’avoir désobéi !!
Mes fesses me brûlaient atrocement et chaque claque me faisait un mal de chien !
Gabriel finit enfin par s’arrêter. Tout en me gardant sur ses genoux, il me
demanda :
-
Ça valait
le coup, Lucie ?
-
Nan,
sanglotai-je.
-
Bien
sûr que non ça ne valait pas le coup ! Parce que maintenant, tu es… ??
-
…
-
Tu
es quoi, Lucie ?
-
…
Deux
puissantes claques tombèrent sur mes fesses, conséquence de mon silence.
-
Tu
es… ??
-
Punie,
répondis-je à mi-voix.
-
Exactement !
Une
dizaine de claques me tomba dessus avant que mon frère me demande :
-
Et
tu es punie comment ?
Je
gardai le silence. Il allait falloir y aller à l’endurance. Je serrai les
dents. Je tins pendant presqu’une minute, jusqu’à ce que les claques deviennent
insupportables et que je dise :
-
Va
chercher la brosse ! Ou va prendre un instrument ! Ta main fait trop
mal !
-
Tu
es punie comment, Lucie ?! réitéra Gab’ en ignorant totalement ma demande.
-
Par
la fessée, crachai-je à contrecœur.
-
Exactement !
dit mon frère en reprenant les claques. Tu es punie par la fessée comme une… ??
-
…
-
Comme
quoi, Lucie ?!
Devant
les claques que je recevais à chaque fois que je gardais le silence, je dus
céder malgré mon envie immense de dire à mon frère d’aller se faire foutre.
-
Comme
une enfant, sanglotai-je.
L’humiliation
était au maximum. L’infantilisation aussi. Gabriel me flanquait une volée
monumentale, aussi bien au niveau du physique que du mental. Tout en poursuivant
ses horribles claques, mon frère me gronda :
-
Tu
es punie comme une enfant par la fessée parce que tu n’écoutes pas !!
Redis cette phrase, Lucie ! « Je suis punie comme une enfant par la
fessée parce que je n’écoute pas ! ».
-
…
-
Allez,
redis-moi cette phrase ! ordonna mon frère en arrêtant de me claquer. Ça va te
faire du bien de le dire !
-
Nan !!
-
Allez,
Lucie !
-
…
-
Tu
vas finir par la dire ! m’annonça-t-il avant de m’asséner une dizaine de
claques costaudes.
Ne
supportant plus les claques, je finis par répéter :
-
Je
suis punie comme une enfant par la fessée parce que je n’écoute pas…
Les
claques tombèrent à nouveau.
-
Répète-moi
ça !
-
Je
l’ai déjà dit !!
-
Oui
mais dis-le encore une fois !!
Tant
que je ne répétais pas les claques tombaient. Je finis par céder :
-
Je suis
punie comme une enfant par la fessée parce que je n’écoute pas…
-
Et
parce que tu es… ??
-
Têtue,
sanglotai-je.
-
Allez,
redis-moi la phrase en entier !
Il
voulait vraiment ma mort. Je gardai le silence jusqu’à ce que les claques
deviennent trop insupportables. Je cédai à nouveau :
-
Je
suis punie comme une enfant par la fessée parce que je n’écoute pas et que je suis têtue…
-
Exactement,
Lucie ! J’en ai marre que tu n’écoutes pas !!
On
avait dépassé le cap de la fessée « salée ». Je recevais carrément une
volée monumentale, tant sur le plan physique que psychologique !
Gabriel finit par s’arrêter et me laissa
me relever. Il me gronda ensuite :
-
Regarde-moi
dans les yeux, Lucie ! Est-ce qu’on aurait pu éviter ça ?!
-
…
-
Regarde-moi !
Est-ce qu’on aurait pu éviter ça ?! Oui ou non ?!
-
Oui…
-
Alors
pourquoi tu t’entêtes ?!
-
Je
sais pas… C’est plus fort que moi…
Mon
frère me réprimanda davantage jusqu’à ce qu’il me laisse enfin tranquille.
Vexée au plus haut point, je partis pleurer dans ma chambre.
Pour le coup, même si je m’étais couchée
à 23h30, je n’aurais pas dormi. J’étais tellement anxieuse à l’idée d’être
seule qu’avec la forte angoisse présente, je n’aurais pas pu dormir. Néanmoins,
j’aurais quand même pu aller me coucher, histoire de montrer ma bonne foi.
Avec cette nuit quasi-blanche, je me suis
déclenchée une crise intestinale. Forcément. Gabriel est furieux contre moi.
Aujourd’hui, jeudi 27 août, j’ai refait
un tour salé sur les genoux mon frère pour l’avoir pris pour un jambon hier
soir et par conséquent, avoir gratté une demi-heure de sommeil.
A l’heure où je vous écris, je rentre
demain à la maison. J’ai un petit coup de blues : je vais quitter mon frère
alors qu’il n’est pas au top de sa forme à cause de ses soucis personnels.
Gabriel est furieux contre moi parce que je suis en crise et que je n’en fais
qu’à ma tête… Il a raison d’être saoulé. Il se donne corps et âme pour que je puisse
garder une santé stable, pourtant je ne peux pas m’empêcher de lutter !
Hier,
j’ai dit à mon frère : « Lâche l’affaire. On va tous lâcher l’affaire.
On va stopper toutes ces contraintes liées à la maladie. Je vais sûrement
mourir prématurément mais au moins, j’aurais profité de la vie ! ».
C’est compliqué de vivre avec une maladie
chronique, qui plus est invisible, quand tout le monde autour de moi est en
bonne santé. Je sais qu’il y a pire que moi, bien pire, même ! Mais savoir
que j’aurai ces contraintes à vie me fout le cafard. Je suis dépitée. Pourquoi
fallait-il que j’hérite d’une maladie aussi incompatible avec mon caractère ?!
C’est notre dernière journée ensemble
avant fin septembre, et Gabriel est furieux contre moi. Je ne sais pas du tout
comment gérer ça. J’espère de tout cœur que nous ne nous quitterons pas en
mauvais termes demain !
A
suivre…
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