Si j’ai réussi à esquiver une fessée
lundi et mardi, je me suis en revanche retrouvée seule à la maison mercredi
avec Gabriel. En effet, ayant eu de terribles maux de ventre dans la nuit de
mardi à mercredi, Hugo et moi avons décidé d’un commun accord qu’il valait
mieux que je reste à la maison pour me reposer durant toute la journée du
mercredi. Mon mari, lui, partit à la plage avec mon petit frère, mon filleul et
ma belle-sœur.
Gabriel décida de me parler des deux
médicaments qui battaient le plus de l’aide : l’Esoméprazole (qui sert à
protéger l’estomac, et que je ne prends jamais !) et le Movicol (qui sert
à accélérer mon transit et qui est essentiel pour ma maladie, que je ne prends
que rarement ou alors en sous-dose).
-
Tu
ne prends jamais l’Esoméprazole ! me dit Gabriel en regardant le tableau.
C’est un véritable problème ! Si je règle le souci de l’Esoméprazole, je
crois que je règle tous les autres problèmes. Je crois que si je me présente en
tant que Président de la République et que je dis aux gens que j’ai réglé le
problème de l’Esoméprazole, les gens voteront pour moi !
Je
souris devant ce petit trait d’humour. Néanmoins, j’étais quand même mal à
l’aise.
-
Pourquoi
tu ne le prends pas, Lucie ?
-
Parce
que… Parce que j’oublie ! avouai-je. C’est le seul qu’il faut prendre au
coucher et du coup, je le zappe…
-
Hum…
je vois… Et le Movicol ? Pourquoi tu ne prends que deux sachets au lieu de
trois par jour ? Enfin ça, c’est quand tu le prends…
-
Parce
que deux sachets, c’est déjà dégueu à boire, alors trois…
-
On
en revient toujours au même point, réagit mon frère. Tu n’en fais qu’à ta tête
et tu prends tes médicaments à la carte !
J’eus
beau lui dire que non – en réalité, c’était parfaitement vrai ! – et lui dire
que je fournirai des efforts à l’avenir, je me retrouvai quand même à plat
ventre sur les genoux de mon frère.
Je
pris une déculottée manuelle carabinée que j’eus tout le mal du monde à
encaisser, tant sur le plan de la douleur que sur celui de la vexation. Mes
deux mains furent rapidement bloquées et j’avais vraiment l’impression d’être
sanctionnée comme une gamine. Comme je déteste ça !!! Et encore, c’est un
euphémisme… !!
Cette fessée reçue sur les genoux de mon
frère fut interminable, comme toujours. Lorsque Gabriel me laissa me relever,
j’entrepris de me rhabiller mais il attrapa ma culotte pour me stopper en
disant :
-
Non,
non ! Je ne t’ai pas dit de te rhabiller ! Tu vas en prendre une
autre !
-
Nan !
S’il te plaît ! S’il te plaît, Gab’ ! Laisse-moi tranquille !
-
Alors
là, tu peux être certaine que je ne vais pas te lâcher, Lucie ! Tu n’as
même pas idée !
Et
je me pris une énorme et sempiternelle fessée debout !! Comme c’était
horrible !! Comme j’avais mal aux fesses !! Comme j’étais
vexée !!
Gabriel m’envoya face au mur en me
grondant à nouveau que je n’avais pas intérêt à oublier un seul de mes
médicaments… Sur le moment, je me promis de tout faire pour ne pas en louper un
seul ! Recevoir une fessée est vraiment la pire des punitions !!!
Lorsque je fus libérée, je partis accuser
le coup sur le canapé, comme à mon habitude. Gabriel me laissa souffler
quelques instants avant de me rejoindre. Il s’assit en silence à côté de moi.
Il attend toujours que ce soit moi qui engage la conversation, signe que la
vexation commence à passer. Néanmoins, lorsque je me mis à parler, j’étais
toujours fâchée contre lui. Et vexée. Et douloureuse, bien sûr. Je vivais très
mal cette nouvelle volée. Je me mis à parler trop tôt.
-
Tu
pourrais quand même me punir autrement ! lui lançai-je.
-
Ah
oui, et comment ? En te privant de sortie ?
-
Oui,
par exemple !
-
Ben
voyons ! Comme si tu allais m’obéir !
-
Ben
oui, je t’obéirai…
-
Je
n’y crois pas un seul instant ! rétorqua mon frère. Non, on va garder
cette punition-là, elle est très bien !
Je
me mis à bâiller. Je voulus le faire discrètement mais mon frère le
remarqua :
-
Tu
devrais aller te coucher et faire une sieste.
-
J’ai
essayé de dormir tout à l’heure, tu as bien vu !
-
Oui,
j’ai vu que tu avais essayé.
Quelques
secondes de silence passèrent avant que je ne dise :
-
J’en
ai marre de prendre la fessée !
-
J’imagine.
Ce n’est pas fini, pourtant ! On n’a pas encore vu tout le tableau…
-
Mais
punaise, laisse-moi tranquille, Gab’ ! Tu vas finir par me tuer !
-
Mais
non. Personne n’est jamais mort de la fessée.
-
Tu
n’en sais rien du tout ! répliquai-je.
-
Effectivement,
je n’en sais rien. Mais ça me paraît franchement peu probable.
-
Je
veux que tu me laisses tranquille ! répétai-je.
-
Je
ne vais pas te lâcher, Lucie !
Sans
pouvoir me contrôler, et parce que mon agacement avait atteint son summum, je
lâchai un tchip. En une demi-seconde, je me rendis compte de ma faute :
-
Pardon !
Désolée ! C’est sorti tout seul !
-
Va
au lit.
-
Non !
S’il te plaît ! Je suis désolée !
-
Va
au lit, Lucie. Maintenant.
-
Non…
-
Il
faut vraiment que tu y ailles, là ! Dépêche-toi !
Bon,
il était en train de monter en pression. Lasse, je me rendis au pipi-room en
soufflant d’agacement, puis allai dans ma chambre après m’être lavée les mains.
Je
m’assis sur mon lit et entrepris de jouer sur mon téléphone. Après tout, il
m’avait dit d’aller au lit, pas de dormir ! J’étais dans mon lit.
Gabriel
n’attendit pas quinze secondes avant de vérifier que j’étais dans ma chambre.
Quand il me vit sur mon téléphone, il me dit :
-
Bon,
puisque tu ne veux pas comprendre…
Il
alla chercher la brosse. Il me poussa sur le lit et me mit à plat ventre sur
mon couchage avec une facilité qui m’agaça fortement. Je pris entre vingt-cinq
et trente coups de brosse sur ma fine culotte en coton. Après avoir pleuré
bruyamment la tête enfouie dans la couette, je finis par m’endormir.
Le lendemain, Gabriel repartit en
concert. Hugo et moi, toujours accompagnés de ma belle-sœur, mon petit frère et
mon filleul, allâmes passer l’après-midi à Aqualand. A la sortie d’un toboggan
à sensation, je me réceptionnai mal et sentis mon poignet craquer. Une vive
douleur apparut presqu’aussitôt.
La
nuit de jeudi à vendredi fut catastrophique : la douleur était telle que
je peinai à dormir.
Vendredi après-midi, Hugo et Gabriel
m’emmenèrent au centre médical se trouvant à cinq cents mètres de chez mon
grand frère. Verdict : double entorse du poignet. Je rentrai avec une énorme
attelle très encombrante et un moral à zéro.
Hier matin, dimanche 23 août, Hugo s’en
alla avec ma belle-sœur, mon petit frère et mon filleul. Si je n’avais pas trop
de mal à quitter les autres membres de la famille, la séparation avec Hugo fut
vraiment compliquée. Les câlins s’éternisèrent. Heureusement que ce n’était que
pour cinq jours !
Je me retrouvai seule à la maison,
Gabriel étant parti jouer à un gros festival dans une autre région. Il ne
rentrerait qu’en début d’après-midi. Je passai la matinée à faire des lessives
et écrire un nouveau chapitre du blog pour éviter de penser à l’absence de mon
mari qui me brûlait le cœur.
Gabriel rentra donc en début
d’après-midi. Il mangea un morceau puis m’envoya à la sieste. Je ne fis pas
d’histoire pour m’y rendre, m’étant couchée tard la veille et levée tôt le
matin-même pour dire au revoir à ma famille. Gabriel se coucha aussi, crevé
d’avoir enchaîné des heures de route et un concert devant plusieurs milliers de
personnes.
En nous levant de la sieste, Gabriel et
moi discutâmes un peu. Puis, je poursuivis l’écriture de mon chapitre. Alors
que je venais de me relire et de le publier, je vis mon frère afficher mon
tableau sur son téléphone.
-
Oh
nan, Gab’ ! me lamentai-je. Laisse-moi tranquille avec ça !
-
Non,
non ! Hors de question que je te lâche ! Bon alors… Quelles colonnes
va-t-on traiter aujourd’hui ?
-
Aucune !
-
Si,
si ! On va discuter de deux-trois petits trucs ! Par exemple, les
médicaments que tu as oublié de prendre depuis que tu es arrivée à la maison…
J’avais
oublié cinq prises.
-
…
et puis tes heures de coucher !
Là,
c’était catastrophique.
La dernière fessée remontait à mercredi.
Nous étions dimanche. Depuis le dimanche précédent, c’était la troisième qui
tombait ! J’étais autant dépitée que peureuse à l’idée de ce qui allait
tomber.
En me retrouvant à nouveau sur les genoux
de mon frère, j’avais envie de pleurer. Je n’avais pas pris de fessée pendant
trois mois, et voilà que j’en recevais trois la même semaine !
Gabriel me fila une salve très salée pour
les médicaments oubliés. J’avais déjà bien mal et j’étais persuadée que mes
fesses étaient rouge pivoine ! Je tentais de me protéger avec ma main
libre – à laquelle je portais mon attelle ! – mais Gabriel la bloquait.
C’était tout bonnement infernal !! La main, ça fait carrément trop
mal !!
Mon frère me garda sur ses genoux pour
aborder le sujet du couvre-feu. Fort heureusement, il ne me fit pas payer les
couvre-feux précédant ma venue chez lui. En revanche, il me prévint que,
jusqu’à mon départ de chez lui vendredi, je n’avais pas intérêt à me coucher
après 23h30.
-
Qu’est-ce
qui se passera, Lucie ? Qu’est-ce qui se passera si tu te couches après 23h30 ?!
-
…
-
Qu’est-ce
qui se passera si tu te couches après 23h30 ?!
-
Lâche-moi !!
-
Réponds
à ma question ! Qu’est-ce qui se passera si tu te couches après 23h30 ?!
-
…
-
J’attends
une réponse !! Qu’est-ce qui se passera si tu te couches après 23h30 ?!
Je
continuai de garder le silence. Je ne voulais pas céder !! Je mourais d’envie
de lui répondre un énorme « Va te faire foutre !! »
mais je n’avais pas envie d’en subir les conséquences. Le silence était la
meilleure option.
-
Qu’est-ce
qui se passera si tu te couches après 23h30 ? répéta-t-il.
-
…
Quatre
claques puissantes tombèrent sur mes fesses nues.
-
Je
te garantis que tu vas finir par me répondre ! Qu’est-ce qui se passera si
tu te couches après 23h30 ?
-
Tu…
Tu me donneras une fessée, cédai-je amèrement.
-
Exactement !
réagit mon frère en reprenant les claques.
J’en
reçus une dizaine avant qu’il ne s’arrête à nouveau pour me questionner :
-
Est-ce
que tu as envie de jouer, Lucie ?
Il
me demandait sincèrement si j’allais le tester sur les heures de coucher ?!
Bien sûr que oui j’avais envie de le tester ! Bien sûr que oui !!
-
Non,
mentis-je.
-
Ne
me mens pas ! prévint-il. Est-ce que tu as envie de jouer ?
-
Oui,
avouai-je avec une pointe de défi dans la voix.
La
salve qui tomba alors fut courte mais particulièrement salée. Mes fesses me
brûlaient énormément ! Bon sang, mais quand allait-il enfin s’arrêter ?!
-
Est-ce
que tu vas jouer ?
-
Non,
répondis-je.
Je
pris six autres claques avant qu’il ne répète :
-
Est-ce
que tu vas jouer, Lucie ?
-
Non !
-
Tu
en es sûre ?
-
Oui !
répondis-je, n’en pouvant plus.
-
Tu
as intérêt. Tu sais très bien ce qui se passera si tu me testes ; et
puisque mardi soir je ne serai pas là car je pars en concert, si jamais tu ne
te couches pas à l’heure, je t’assure que dès mercredi, je te tomberai dessus
comme tu n’as pas idée ! C’est clair ?
-
Tu
ne le sauras pas ! rétorquai-je.
C’est
vrai, quoi ? Gab’ serait en Bretagne et je serais seule à la maison. Comment
pourrait-il savoir l’heure à laquelle je me coucherai ?
-
Tu
me le diras parce que tu es honnête et que tu es incapable de me mentir,
dit-il.
Ça,
c’est vrai. Je suis incapable de mentir à mon frère plus de deux minutes trente ;
comme je suis incapable de mentir à Hugo, ou à Jeanne, ou à ma mère… Bref, les
personnes qui sont très proches de moi. Cela dit, je suis capable de ne rien
dire et de me taire. Je suis tout à fait capable de n’avouer mon heure de coucher
à Gabriel qu’une fois que je serai dans le train du retour vendredi…
-
Donc
nous sommes bien d’accords ? insista mon frère. 23h30 tous les soirs,
Lucie ! C’est compris ?
-
Oui !
-
Je
n’en suis pas certain, répliqua-t-il.
Et
une autre salve tomba. Punaise, pour le coup, j’étais à deux doigts de le
supplier d’aller chercher la brosse ou le martinet, si ça pouvait m’éviter de
recevoir ces énormes claques données par son horrible main !
Enfin, il me lâcha. Je me rhabillai et
comme d’habitude, il me fallut du temps pour accuser ce qui venait de se
passer. Si j’étais très heureuse de passer cinq jours seule avec mon frère, c’était
en revanche très compliqué qu’il me frustre à ce point et m’impose une
discipline stricte, même si c’était pour mon bien !
Hier soir, j’avais de sacrés maux de
ventre depuis le dîner. Vers 23h15, les douleurs s’intensifièrent – vous allez
dire que je l’ai fait exprès pour ne pas aller dormir mais ce n’est vraiment
pas le cas !). Je m’allongeai dans mon lit et Gab’ resta avec moi le temps
que la douleur passe. Nous parlâmes de choses et d’autres afin que j’évite de
rester focalisée sur la douleur.
-
Tu
es encore en colère pour la façon dont j’ai parlé à Jean ? lui
demandai-je, me souvenant qu’il m’avait dit : « On en parlera quand
tu viendras à la maison ! ».
-
Non,
je ne suis plus en colère, répondit-il. Par contre, ne t’avise pas de parler
comme ça à Daniel !
-
Tu
sais bien que si. Tu sais bien que je vais le tester pour savoir de quel bois
il se chauffe…
Et
j’ai comme la nette impression que Daniel ne me laissera pas le tester
longtemps. Et si j’ai le malheur de mal lui parler, il réagira immédiatement !
-
Allez,
il faut que tu prennes ton Esoméprazole, me dit Gab’.
-
Oui,
en plus, c’est le dernier ! J’espère vraiment que mon médecin va m’envoyer
mon ordonnance demain…
-
Comment
ça c’est le dernier ? s’étonna mon frère.
-
Je
n’avais pris qu’une plaquette. Je ne pensais pas que tu ferais une fixette sur
ce médoc’ alors…
-
Ohhhh
mais tu ne me l’avais pas dit, ça !! me reprocha-t-il.
-
Laisse-moi
tranquille, j’ai mal au ventre ! me plaignis-je en mettant une main protectrice
sur mes fesses.
-
On en
parlera demain, annonça-t-il.
-
Quoi ?!
-
On
en parlera demain.
-
Gab’,
sérieux !! Lâche-moi un peu !!
-
Jamais.
Bon, la douleur commence un peu à passer ?
-
Oui,
ça commence à baisser en intensité.
-
Bien.
Allez, prends ton médoc’ et couche-toi. Je vais prendre ma douche et je reviens
te voir.
Epuisée par la douleur, je m’endormis.
Aujourd’hui, nouvelle semaine qui commence
et suite du séjour chez mon frère. Le début de la journée se déroula super bien
jusqu’à ce qu’à 13h30, après le déjeuner, Gabriel m’ordonne d’aller au lit.
-
Non !
répondis-je. Je n’ai pas envie de dormir.
-
Lucie.
Ne m’oblige pas à être convaincant.
-
Je
n’ai pas envie !
-
Lucie…
Ne m’oblige pas à être convaincant ! Tu sais que tu vas y aller de toute
façon !
-
Nan !
Sans
pouvoir le contrôler, je débutai un caprice ; caprice qui cessa lorsque
Gabriel commença à compter : « Un… ». Lasse, mais ne voulant pas
m’en ramasser une, j’attrapai mon téléphone et me rendis dans ma chambre. Mon frère
me suivit :
-
Donne-moi
ton téléphone.
-
Nan !
-
Donne-moi
ton téléphone !!
-
Nan !!
Après
un combat physique acharné et plusieurs claques tombées sur mon derrière,
Gabriel eut gain de cause et réussit à s’emparer de mon téléphone. J’étais dépitée.
Et en plus j’ai dormi. Double défaite.
La seule bonne nouvelle est que le
médecin m’a envoyé mon ordonnance. Au moins, je ne serai pas en rade de médoc’s
jusqu’à la fin du séjour !!
A
suivre…
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