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Journal d'une étudiante accueillie. - Chapitre 130

 


Jeudi 5 mars 2020


-    C’était vraiment cool de vous avoir à la maison mardi soir ! nous dit Raphaël en arrivant à l’école.

-    Oui, c’était sympa même si Diane a été pénible, précisa Ana.

-    Elle est toujours pénible ! nous informa Raphaël. Pourtant, mes parents sont tout le temps sur son dos mais… ça n’a pas l’air de l’embêter !

-    Vous parlez de moi ? nous demanda l’intéressée en s’immisçant dans la conversation.

-    Non, du Pape ! rétorqua agressivement Ana.

-    Qu’est-ce que t’as à me parler comme ça, espèce de salope ?! s’emporta Diane.

-    D’où tu m’insultes ?! s’énerva ma sœur en faisant un pas en direction de la fille Rioux.

-    Je fais ce que je veux ! dit Diane.

Je mis une main sur le torse d’Anaïs pour l’inviter à reculer et éviter une potentielle bagarre. Louise m’aida en lui disant :

-    Anou, si tu ne veux pas avoir d’ennuis avec papa et maman, laisse tomber !

-    Oui ! ajouta Diane. Si tu ne veux pas avoir de problèmes avec tes parents en plastique…

-    Mes parents en plastique ?! reprit Ana de plus belle.

-    Votre mère est tellement parfaite physiquement que ça m’étonnerait que tout son corps soit d’origine ! cracha Diane.

-    Oh, on est en train de tomber dans les gamineries là… me lamentai-je.

-    On en parle de ta mère qui est aussi grosse qu’un phoque suralimenté ?! rétorqua Ana.

-    Anou, ne t’abaisse pas à sa hauteur, s’il te plaît, la priai-je.

-    C’est toi qui dis ça ! répliqua Diane. Tu es encore plus grosse que ma mère !

Soudain, Diane se prit un violent coup de poing sur le nez. Mes yeux cherchèrent immédiatement la source de ce coup : mon regard s’arrêta sur Louise, qui semblait aussi surprise que nous tous.

-    C’est… c’est parti tout seul ! s’expliqua-t-elle, horrifiée par ce qu’elle venait de faire.

Tandis qu’Ana et moi étions bouches bée, Raphaël explosa de rire et Diane partit prévenir un adulte, son nez pissant le sang.

 

       Monsieur Loup fut rapidement prévenu par l’autre peste et vint nous demander des comptes. J’appréciai qu’il demande à chacun sa version de l’histoire au lieu de punir Louise immédiatement et arbitrairement ! Après avoir écouté ma version, celles de mes sœurs, celle de Raphaël et enfin celle de Diane, il gronda :

-    Louise et Anaïs, je toucherai deux mots à vos parents ce midi !

Diane ricana en continuant de pincer son nez ensanglanté. L’instit’ reprit :

-    Toi aussi, Diane ! Je verrai tes parents !

Bon, au moins, mes sœurs ne seraient pas les seules à être punies, même si j’aurais bien aimé qu’elles s’en sortent indemnes. Cette Diane avait l’air encore plus peste que Cassandra dans notre ancienne école !

-    Louise et Diane, allez à l’infirmerie. Je veux m’assurer qu’il n’y a pas eu trop de dégâts.

 

Le nez de Diane n’était pas cassé et la main de Louise non plus. Ma sœur réussissait à écrire malgré une petite douleur.

-    Ça passera vite, tu verras ! la rassurai-je.

-    Ça passera forcément plus vite que ma douleur aux fesses quand papa et maman apprendront ce qui s’est passé ! répliqua ma sœur.

Sur ce point, je ne pouvais pas la contredire. Je me contentais de baisser la tête et de me concentrer sur ce que monsieur Loup disait.

 

       En fin de matinée, monsieur Loup nous fit passer une interrogation de connaissances pour voir si nous avions correctement appris nos cours précédant les vacances scolaires.

-    Cinq questions, un point par bonne réponse !

Lors de la quatrième question, le professeur vit Magdalena en train de tricher : elle avait une anti-sèche sur ses genoux ! Avant même que mon amie puisse se justifier, monsieur Loup lui décolla une gifle. Elle n’était pas très forte – je pense qu’elle était du même calibre que celle que j’avais reçue dimanche soir ! – mais elle avait dû être terriblement vexante, surtout donnée ainsi devant toute la classe !

-    S’il y a bien quelque chose que je ne supporte pas, c’est la tricherie et la malhonnêteté ! gronda notre instituteur.

C’était la première fois depuis le début de la semaine que nous le voyions vraiment se fâcher.

-    La prochaine fois que j’en vois un ou une d’entre vous en train de tricher, il recevra une fessée déculottée devant toute la classe, c’est compris ?! Il est hors de question que je tolère la triche !

Magdalena écopa d’un zéro pointé, et monsieur Loup annonça que, décidément, il aurait beaucoup de parents avec lesquels échanger. Je fus surprise de voir mon amie se mettre à pleurer : Tristan avait raison ! Il commençait à venir à bout du tempérament contestataire de Magda, et cette dernière commençait réellement à craindre son père !

 

 

-    Elle t’a insultée, maman ! se défendit Anou une fois que nous fûmes rentrés à la maison. Elle t’a insultée de femme faite en plastique ! Et elle a parlé de papa aussi !

-    Oui, et ensuite elle a insulté Ana ! ajouta Loulou.

-    Je comprends que vous ayez été vexées voire blessées sur le moment, admit maman. Néanmoins, je vous ai déjà dit que je ne voulais pas que vous vous fassiez justice vous-mêmes !

-    Mais…

-    Vous êtes privées de sortie pour les deux prochaines semaines ! Allez toutes les deux au coin jusqu’à ce que le repas soit prêt !

-    Mais maman…

-    Vous avez envie de discuter l’ordre que je viens de vous donner ?! interrogea maman en haussant le ton.

Mes sœurs se résignèrent à aller au coin, dépitées.

 

 

       Mayeul passa son après-midi à essayer de réconforter sa petite amie, qui appréhendait l’arrivée de son père. La pauvre nous faisait tellement de peine !!

 

 

       Quatre heures et demie : la classe se terminait à peine et déjà, des parents attendaient dans le couloir l’heure de la réunion. Monsieur Loup enchaînait une journée d’enseignement et une réunion avec les parents et ce, sans pause. Au moins, il ne rentrerait pas trop tard chez lui !

       Michael et Scarlett arrivèrent dans les derniers. Papa nous donna une boîte à goûter chacun – le retour en élémentaire était officiellement acté ! – et s’assit au fond de la classe à côté d’oncle Caleb. Maman s’assit entre papa et Tristan. Tante Justine, elle, était assise à côté de son mari. Les parents Rioux étaient assis au premier rang. Nous, les enfants, nous plaçâmes où nous pûmes parmi les chaises vacantes. Quatorze chaises avaient été ajoutées dans notre classe, correspondant aux quatorze parents invités. Tous avaient répondu présents !

Scarlett sortit un calepin et un stylo, s’apprêtant à noter tout ce que monsieur Loup dirait.

-    Bonsoir à tous et bienvenue dans ma classe ! annonça fièrement monsieur Loup. Avant de commencer, j’aimerais que les parents ici présents puissent se présenter chacun leur tour. Vous pouvez par exemple dire votre prénom, votre nom, votre âge, votre profession et le nombre d’enfants que vous avez. Vous pouvez également ajouter les prénoms de vos enfants. Je vous laisse commencer, madame Rioux !

La mère de Raphaël, assise au premier rang, se mit à rougir. Néanmoins, elle ne se démonta pas et dit à haute voix :

-    Bonsoir, je suis Charlotte Rioux, j’ai cinquante ans et je suis mère au foyer. A côté de moi se trouve mon mari, Bertrand Rioux, cinquante-deux ans, qui est général d’armée. Nous avons des triplés, Théo, Thibault et Thomas, qui ont vingt-sept ans et qui ont quitté le nid familial. Il nous reste six enfants à la maison : Raphaël et Diane sont dans cette classe. Berthille, Judith, Mathias et Mallory sont en filière scientifique dans cette école.

Monsieur Loup fit un signe de tête pour inviter la prochaine personne à continuer. C’était une femme aux cheveux poivre et sel tirés à quatre épingles en un chignon sans défaut, quelques rondeurs, le visage fermé, les lèvres pincées. Habillée comme elle était, on la classait sans mal dans la catégorie des catholiques traditionnalistes qui vont à la messe en latin et ne s’accordent que peu de temps pour eux. Cette femme paraissait froide comme le marbre et je n’avais pas du tout envie d’aller vers elle !

-    Bonsoir, dit-elle sèchement. Je suis Mireille Le Jouy, j’ai soixante-et-un ans et j’étais médecin militaire avant d’être mère. Maintenant, je suis juste médecin urgentiste à mi-temps. Je suis la mère d’Enora et Joséphine qui sont dans cette classe, ainsi que de Camille, Albane et Eulalie qui sont dans d’autres filières de cette école.

-    Vous êtes mère célibataire de cinq enfants ? demanda Charlotte Rioux, avec de l’admiration dans la voix.

-    Et fière de l’être ! répondit madame Le Jouy. Et je peux vous garantir que je ne fais absolument pas partie de ces parents mous et paresseux qui se laissent déborder par leurs enfants !

J’haussai les sourcils. Je comprenais pourquoi Enora et Joséphine n’osaient pas faire un pas de travers !

La parole passa au monsieur à côté de madame Le Jouy :

-    Bonsoir, je suis Stanislas Brémont, j’ai trente-cinq ans et je suis chef d’entreprise dans le bâtiment. A mes côtés se trouve ma femme, Sophie Brémont, trente-quatre ans et mère au foyer. Nous sommes les parents de Nicolas, qui se trouve dans cette classe, et d'Ismaël et Joachim qui sont dans d’autres filières.

Le couple Brémont avait l’air sympathique, un peu comme mes parents. Madame Brémont était une blonde pas très jolie mais avec des yeux verts magnifiques. Monsieur Brémont, lui, était bien portant avec un ventre s'accordant avec un goût prononcé pour la bière.

-    Bonsoir, nous sommes Aïcha et Michel Garde, dit la femme assise juste derrière les Brémont. J’ai cinquante-sept ans et je suis styliste. Mon mari a soixante-deux ans et est garagiste, bientôt retraité. Nous sommes les parents des jumeaux Killian et Kévan, présents dans cette classe. Nous avons aussi Lily, Sofia et Younès qui sont dans d’autres classes.

Les parents Garde paraissaient être des gens tout à fait normaux : gentils, équilibrés et soucieux de leurs enfants.

-    Sébastien et Sylvie Navarro, annonça l’homme suivant. J’ai quarante-quatre ans et je suis musicien. Ma femme a quarante-sept ans et est mère au foyer. Nous sommes les parents d’Esteban et Olivia, qui sont dans cette classe.

Ce fut au tour de Tristan de se présenter, puis de papa et maman, et enfin d’oncle Caleb et tante Justine. Je me demandais toujours à quoi pouvait bien servir ce genre de présentation : la plupart des gens ne retenait aucun prénom !

-    Merci à tous pour ce petit tour de présentation ! reprit monsieur Loup. Quant à moi, je suis Maxime Loup, j’ai quarante-trois ans et je pense qu’il est inutile de vous informer de ma profession.

Un discret rire collectif parcourut la salle.

-    Je suis marié à Nour, qui a mon âge et qui est juriste. Nous avons cinq enfants : Demba, Neslihane, Basile, Héloïse et Jacques qui sont dans une autre école.

L’instit’ attendit quelques secondes avant de reprendre :

-    Sachez que je mets un point d’honneur à ce qu’il y ait une cohésion entre les parents de ma classe. C’est pourquoi, je propose que nous nous retrouvions tous les vendredis soirs autour d’un repas. Chaque famille pourra apporter quelque chose et nous pourrons passer un moment convivial. Pour que ce soit équitable, je propose que chaque famille puisse recevoir tour à tour les autres. Je serai présent, avec ma famille. Je sais que cela peut paraître impressionnant de recevoir une quarantaine de personnes d’un coup mais je pense vraiment que tout se passera bien. Est-ce que ce système de petites soirées pourrait vous convenir ?

Il y eut une approbation générale chez les parents. Pour ma part, l’idée de me retrouver chaque vendredi soir avec mes camarades de classe alors que je les aurais déjà côtoyés toute la semaine ne me plaisait guère…

-    Parfait ! s’enthousiasma monsieur Loup. Bien sûr, vous n’êtes pas obligés d’être présents chaque vendredi soir ; nous avons tous une vie ! Néanmoins, il me semble important que nous ayons des liens les uns avec les autres. Nous allons quand même passer deux ans et demi ensemble !

-    Deux ans et demi ?! s’exclama Ana sans contrôle.

Mille et une interrogations suivirent celle de ma sœur. Le professeur reprit :

-    Effectivement, comme le Gouvernement l’a annoncé hier matin, les enseignants sont chargés d’accompagner leurs élèves jusqu’à la validation de leur diplôme. Je ne fais pas exception. Vos enfants ne changeront de professeur et de classe que s’ils redoublent une année. Il est donc important que nous apprenions à nous connaître les uns les autres afin que le bout de chemin que nous avons à faire ensemble soit le plus agréable possible !

Après cette annonce choc, je me sentais complètement déprimée. Pour le moment, cela ne me dérangeait pas de garder le même enseignant jusqu’à la fin de ma licence ; mais me taper Diane, Olivia, Esteban… pendant deux ans et demi ?! Ce serait l’enfer absolu !

       Monsieur Loup attendit que le calme revienne pour faire un récapitulatif du matériel dont chaque élève a besoin, même si nous le savions tous déjà. Il enchaîna avec le programme en vigueur jusqu’à la fin de notre première année. Il fit ensuite un point concernant les groupes de niveaux :

-    Le groupe avec le niveau le plus faible est le groupe Jadéite. Au-dessus, il y a le groupe Saphir, puis le groupe Rubis. Ensuite, il y a le groupe Emeraude et tout en haut du classement, il y a le groupe Diamant. Bien entendu, votre enfant pourra changer de groupe en fonction de ses résultats et de son implication dans son travail.

-    Si jamais tu changes de groupe parce que tu ne travailles pas assez, tu vas te prendre une fessée dont tu te souviendras ! me menaça mon père en me chuchotant dans l’oreille.

-    Au niveau des règles de vie dans la classe, je pense qu’elles sont pareilles à ce que vos enfants ont déjà connu : pas de bavardages, pas d’impolitesse ou d’irrespect, pas d’insolence. Au bout de trois oublis de matériel, votre enfant aura un mot dans le carnet. A partir de quatre oublis, il y aura des sanctions plus lourdes.

-    Donnez-vous des lignes à copier ou des travaux supplémentaires à faire en guise de sanction ? demanda monsieur Brémont.

-    Non, répondit monsieur Loup. Je ne souhaite pas que votre enfant passe du temps à faire une punition au détriment de ses devoirs et de l’apprentissage de ses leçons. Comme je vous l’ai dit, je fonctionne avec des mots dans le carnet, ou bien je vous appelle ou vous convoque pour que vous puissiez faire le nécessaire auprès de votre enfant. Si jamais votre enfant commet une bêtise en classe, il pourra être envoyé au coin. Si c’est une grosse bêtise, comme de la tricherie par exemple, ou la dégradation du matériel, ou autre, là, je passerai à la sanction physique. Un coup de pied aux fesses, une gifle, une fessée... Cela dépendra de la gravité de la bêtise de votre enfant. Quoiqu’il en soit, vous serez forcément informés si votre enfant a été sanctionné en classe : je mettrai un mot dans le carnet de liaison. Je vous demande de le signer tous les soirs. Si je vois que le carnet n’a pas été signé la veille, je vous appellerai pendant la récréation du matin pour savoir ce qu’il en est.

Je tournai les yeux vers mes parents qui hochèrent la tête en signe d’approbation.

-    Sachez que je ne suis pas un violent. Je ne suis pas du genre à avoir la main leste. Il en faut beaucoup pour me fâcher ; il y a cependant des choses que je ne peux tolérer. Néanmoins, si votre enfant se tient correctement, il n’y a aucune raison qu’il soit sanctionné, assura monsieur Loup. Je vous répète que vous serez informés de tout incident se déroulant à l’école. En retour, j’attends de vous de m’informer de tout événement majeur qui pourrait impacter l’attitude de votre enfant à l’école.

Monsieur Loup but une gorgée d’eau puis reprit :

-    Chaque mois, je vous remettrai en mains propres le bulletin mensuel de votre enfant, que nous étudierons ensemble. Je fais passer parmi vous une feuille pour que vous puissiez vous inscrire demain pour la remise du bulletin de février.

Papa et maman s’inscrivirent dès 16h30. Au moins, nous n’aurions pas longtemps à attendre…

-    Concernant le planning de cette fin d’année, sachez qu’une classe découverte en Auvergne est prévue du 5 au 12 avril. Nous cherchons deux parents accompagnateurs pour ce voyage.

Des mains commencèrent à se lever, parmi elles, celle de ma mère. Cela me mit dans une colère noire ! Je me contins néanmoins pour ne pas faire de vague.

-    Nous aurons tout le temps d’en reparler demain, annonça monsieur Loup. La première soirée se déroulera chez moi. Je vais créer un groupe sur WhatsApp et vous enverrai toutes les informations nécessaires.

Je trouvais ça louche que notre prof veuille autant faire ami-ami avec nos parents. Il y avait anguille sous roche…

 

 

       Lorsque la réunion se termina, mes parents et moi saluâmes les Rioux, puis Tristan, puis sortîmes la classe.

-    Il est vraiment bien ce monsieur Loup ! dit papa avec enthousiasme. C’est super de vouloir créer une petite communauté de parents d’élèves !

-    Maman, dis-moi que tu n’étais pas sérieuse lorsque tu t’es portée volontaire pour la classe découverte ! crachai-je, ne tenant plus.

-    Ça ne te ferait pas plaisir que je vienne ? demanda innocemment Scarlett.

-    Mais putain, quand est-ce que vous allez enfin nous lâcher ?! explosai-je. Déjà que vous nous fliquez en permanence et que c’est franchement relou, mais en plus la seule semaine où nous pouvons enfin avoir un peu de liberté et de tranquillité, faut que tu veuilles venir avec nous ?! Sérieux, quoi ! Profitez-en pour vous faire une semaine en amoureux et lâchez-nous la grappe !!

A la fin de ma réplique, d’autres familles s’étaient amassées autour de nous, regardant la scène.

-    C’est à ta mère que tu viens de parler sur ce ton ?! me gronda immédiatement papa.

-   

-    Je t’ai posé une question, Marie Noémie Juliette Webber ! insista Michael. C’est à ta mère que tu viens de parler sur ce ton ?!

-    Je ne voulais pas… tentai-je.

Fâché par mon insolence et sûrement galvanisé par la présence des autres parents devant lesquels il se sentait obligé de faire ses preuves, Michael m’attrapa, me pencha sous son bras, releva ma jupe et m’asséna une dizaine de claques ultra-costaude sur ma fine culotte. Je me mis à pleurer, tant la douleur était forte. J’avais vraiment mal calculé mon coup, là ! Après ce gros recadrage, Michael me lâcha et me gronda :

-    Tu te prends pour qui, Marie ?! Nous t’avons déjà dit qu’il était hors de question que tu sois insolente avec qui que ce soit ! Si jamais je t’entends à nouveau parler ainsi, ou si j’apprends que tu l’as fait, tu passeras un sacré long moment sur mes genoux ! Tu m’as entendu ?!

-    Oui papa, sanglotai-je.

-    Excuse-toi tout de suite auprès de ta mère !

-    Je te présente mes excuses, maman, bredouillai-je.

-    Je ne veux plus t’entendre jusqu’à ce qu’on rentre à la maison ! me gronda Michael.

Je rivai mes yeux vers le sol, tentant de faire abstraction de mes camarades de classe et de leurs parents qui me regardaient. Je ressentais encore plus de honte que la fois où ma mère m’avait flanqué une fessée au cinéma devant tous mes potes !

Je fus cependant légèrement consolée lorsque Magda se prit une déculottée par son père après que celui-ci eut parlé avec monsieur Loup. Au moins, je n’aurais pas été la seule punie ce soir…

       La réaction de papa après mon accès d’insolence eut l’air d’être approuvé par la quasi-totalité des parents : madame Le Jouy alla discuter avec Michael et Scarlett, tout comme les Navarro et les Garde.

 

      

       Nous sortions de l’école lorsqu’oncle Caleb interpella papa. Maman nous emmena ma fratrie et moi jusqu’à la voiture, laissant Michael seul avec son grand frère.

Papa nous rejoignit dans le véhicule quelques minutes plus tard. Maman s’empressa de lui demander :

-    Rien de grave ?

-    C’est… ma mère, répondit papa en démarrant le véhicule. Depuis le décès de mon père, elle se sent seule. Etant donné que ma sœur a coupé les ponts avec le reste de la famille, ma mère se languit de nous. Alors… Elle a décidé de venir vivre en France. Elle va s’installer chez Caleb et Justine.

-    Elle va s’y installer… définitivement ? questionna maman.

-    Oui, répondit papa en s’engageant sur la route.

Mon frère, mes sœurs et moi ne sûmes pas si nous devions intervenir ou non. Nous décidâmes de rester à nos places et de la boucler.

 

       D’un côté, je trouvais ça cool d’avoir une grand-mère près de chez moi, qui pourrait m’apprendre l’anglais. D’un autre côté, je ne connaissais pas du tout son tempérament ni son caractère. J’espérais qu’elle était sympathique et agréable !

 

       Il était déjà dix-huit heures lorsque nous rentrâmes à la maison. Ma fratrie et moi travaillâmes sur nos devoirs jusqu’au dîner. Puis, après celui-ci, j’allai me doucher et me mettre en pyjama.

 

       Au moment de me coucher, mes parents vinrent me border.

-    Je suis désolée de t’avoir mal parlé maman, dis-je. Et je ne voulais pas vous blesser ! C’est juste que parfois, ça serait sympa de faire des trucs sans parents…

-    Nous avons compris ce que tu voulais dire, me rassura Scarlett. Je ne suis pas blessée, ton père non plus. En revanche, tu aurais pu l’exprimer beaucoup plus respectueusement ! Papa a eu raison de te recadrer !

Je baissai les yeux.

-    Je crois que tu n’as aucune idée de combien ta mère et moi aurions donné pour avoir des parents aussi présents que nous le sommes avec vous, me dit Michael.

-    Mes parents n’étaient jamais là aux réunions avec les profs, m’expliqua maman. Ils ne participaient à aucune activité de l’école. Ils n’étaient même pas présents à mes spectacles de danse ou de théâtre.

-    C’est triste ! m’exclamai-je. Mes parents à moi n’ont jamais loupé un seul événement de ma vie !

-    Mes parents non plus n’étaient pas très impliqués, poursuivit Michael. C’est pour cela que nous mettons un point d’honneur à être constamment présents pour vous. Nous sommes peut-être un peu étouffants, certes, mais il est hors de question que vous disiez un jour que nous n’avons pas été là pour vous.

Je comprenais mieux. Je m’excusai à nouveau auprès de mes parents. Ils me câlinèrent, me bordèrent, puis sortirent de ma chambre. J’attrapai mes cahiers pour réviser un peu mes cours de demain puis sombrai dans les bras de Morphée.

 

A suivre…

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