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Journal d'une étudiante accueillie - Chapitre 131 (3ème partie)

 


       Le retour à la maison fut moins tendu que je ne le pensais. Papa chantonnait sur la musique qui passait à la radio et maman regardait par la vitre, pensive. Louise et Mayeul avaient l’air à peu près décontractés. En revanche, Ana, qui avait insisté pour prendre la place tout au fond de la voiture, ne cessait de pleurer. Même si j’avais beaucoup de compassion pour elle, je l’avais déjà connue plus courageuse !

 

       En arrivant à la maison, nous nous déchaussâmes et enfilâmes nos chaussons. Puis, nous enlevâmes nos manteaux et allâmes nous laver les mains. Papa et maman nous envoyèrent goûter seuls tous les quatre, prétextant qu’ils devaient parler tous les deux. Cela ne me disait rien qui vaille…

 

       Nous nous dirigeâmes vers la cuisine. Assa nous avait préparé un goûter de rois : une galette à la frangipane accompagnée d’une couronne en carton posée dessus. Je m’étais plainte il y a deux jours que nous n’en avions pas mangé chez les Webber : mis à part Noël et Pâques, mes parents ne sont pas fans des traditions.

-    J’ai eu raison de râler ! m’enthousiasmai-je.

-    Oui enfin tu as râlé un peu tard ! me dit Mayeul. On est en mars !

-    Mieux vaut tard que jamais ! répondis-je en m’asseyant, ayant hâte de goûter à la galette.

-    La plus jeune sous la table pour distribuer les parts ! s’écria Louise avec amusement. Allez, Marie !

Etant donné que nous étions assis au comptoir de la cuisine et que je ne pouvais vraisemblablement pas me glisser dessous, je me contentai de m’éloigner en fermant les yeux.

-    Celle-ci est pour… Ana ! dis-je.

-    Merci Marie, me dit ma sœur d’une voix tremblante.

Bon ça y est, elle me faisait de la peine.

 

       Nous tentâmes de prendre le goûter dans une ambiance détendue malgré la grande appréhension d’Ana. Louise et moi essayâmes de lui faire penser à autre chose, sans succès. Papa et maman nous rejoignîmes quelques minutes plus tard, et Scarlett eut la fève ; elle choisit bien évidemment papa comme roi.

-    Vous voyez que c’est sympa, les traditions ! dis-je à mes parents.

-    Oui, tu as raison Marie chérie, me dit ma mère. Allez, lavez-vous les mains et montez dans vos chambres. Nous souhaitons vous parler séparément.

-    Pourquoi ?! demandai-je d’un ton sec.

-    Marie, tu veux prendre une fessée devant ton frère et tes sœurs ? me questionna mon père.

Je secouai vivement la tête.

-    Alors cesse de discuter quand on te donne un ordre et obéis ! conclut Michael.

J’obéis en râlant.

 

       Pour m’avancer pour le week-end, je commençai mes devoirs. Bizarrement, je n’avais pas tant d’appréhension que ça à l’idée d’affronter mes parents. J’avais drastiquement augmenté mes résultats et j’étais fière de moi. Si jamais Michael et Scarlett me punissaient, ce serait profondément injuste !

 

       Papa et maman entrèrent rapidement dans ma chambre ; j’avais à peine eu le temps de commencer mon devoir de littérature.

-    Ma puce, tu peux venir t’asseoir sur la causeuse, s’il te plaît ? me demanda Michael. On aimerait te parler.

Je lâchai ce que j’étais en train de faire et allai m’asseoir dans ma causeuse rose. Ma mère s’assit à côté de moi, mon père s’assit sur un pouf en face de nous.

-    Tu sais pourquoi on veut te parler, Marie chérie ? me questionna ma mère.

-    Parce que je n'ai que quatorze et demi de moyenne au lieu de dix-huit ? tentai-je en rivant mes yeux vers le sol.

-    Alors déjà, sache qu’on est très fiers de toi ! dit mon père.

Je relevai brusquement la tête.

-    Vraiment ?

-    Bien sûr, Marie chérie ! confirma Scarlett. Tu as gagné plus de trois points de moyenne générale en un mois. C'est une progression remarquable !

-    Et monsieur Loup nous a dit beaucoup de bien de toi, ajouta papa. Tu travailles vite, tu comprends facilement les nouvelles notions et tu participes intelligemment en classe. Ce sont d'excellentes qualités !

Je souris et demandai pour être sûre :

-    Alors… vous êtes vraiment contents de moi ?

-    Très contents, ma chérie ! répondit Scarlett.

Maman m'attira contre elle et m'embrassa sur le front.

-    Et nous sommes particulièrement heureux de constater que tu as changé d'attitude depuis ton arrivée à Saint-Nicolas. Tu as fait de réels efforts pour te montrer plus sérieuse et cela porte ses fruits.

-    Merci !

-    En revanche, reprit papa, monsieur Loup a soulevé un problème dont nous devons parler.

-    Ah.

Peut-être avais-je eu tort de ne pas trop appréhender notre entrevue.

-    Mes devoirs ? demandai-je en connaissant pourtant déjà la réponse.

-    Exactement.

-    Mais papa, je les fais tous !

-    Je sais, ma princesse. Ce n'est pas ce que nous te reprochons.

-    Alors quoi ?

-    Tu te contentes de faire les exercices demandés. Tu ne révises presque jamais tes leçons, tu ne prépares pas de fiches et tu ne prends pas suffisamment de temps pour approfondir ce que tu apprends.

-    Mais monsieur Loup a dit que je terminais toujours mes exercices avant les autres !

-    Justement, intervint maman. Puisque tu travailles rapidement, tu as du temps pour aller plus loin.

Je soupirai.

-    Vous voulez vraiment que je travaille deux heures par jour ?

-    Oui, répondit Michael.

-    Même quand j'ai terminé tous mes devoirs ?

-    Même dans ce cas.

-    Mais je vais mourir, écroulée par tout ce travail !

Papa éclata de rire.

-    Je te rassure, Marie, personne n'est jamais mort pour avoir révisé ses cours !

-    Tu n'en sais rien ! protestai-je. Il y a peut-être des cas qui n'ont jamais été recensés !

Maman se mit à rire à son tour.

-    Marie, arrête de dire n’importe quoi !

-    J'essaie simplement de défendre mes droits ! insistai-je.

-    Tes droits à la paresse ? demanda papa.

-    Exactement !

-    Écoute-moi, ma puce. Tu as dit à monsieur Loup que tu souhaitais obtenir un doctorat, n'est-ce pas ?

-    Oui, papa.

-    Et tu aimerais éventuellement intégrer l'École Normale Supérieure ?

-    Oui… Ce serait vraiment cool !

-    Alors tu dois comprendre que ce genre d'ambition demande énormément de travail. Tu ne peux pas compter uniquement sur tes facilités !

-    Je sais…

-    Non, justement, je crois que tu ne t'en rends pas encore pleinement compte ! dit maman. Jusqu'à présent, tu as réussi à obtenir des résultats honorables en travaillant très peu. Mais plus tu avanceras dans tes études, plus les exigences augmenteront.

-    Et si je n'arrive jamais à avoir seize et demi ? m’enquis-je.

Scarlett me prit la main.

-    Alors nous examinerons ensemble ce qui te pose problème. Nous ne te demandons pas de devenir parfaite du jour au lendemain.

-    Pourtant, monsieur Loup a dit que je devais avoir au moins seize et demi tous les mois pour espérer intégrer l'ENS…

-    C'est l'objectif qu'il t'a fixé, précisa papa. Mais tu n'es pas obligée de l'atteindre dès le mois prochain. Ce que nous voulons, c'est que tu travailles sérieusement pour t'en rapprocher.

Je baissai les yeux. Comment pouvais-je me sortir de ce pétrin dans lequel mes parents souhaitaient m’engouffrer ? Deux heures de travail ! Par jour ! Je tentai de tirer sur la corde sensible. Je pris mon plus beau jeu d’actrice puis dis d’une voix triste :

-    J'ai peur de vous décevoir…

Scarlett se rapprocha immédiatement de moi.

-    Oh ma chérie, dit-elle en prenant mon menton entre son pouce et son index. N’essaie pas de nous faire gober ça. Arrête ta comédie. Tu n’as juste pas envie de travailler davantage. Seulement, tu ne vas pas avoir le choix !

Bon, comme d’habitude, ma mère n’était pas tombée dans le panneau. J’aurais dû m’en douter. Je tentai de me rattraper :

-    Monsieur Loup a dit que j'avais les capacités de faire aussi bien que Louise, voire mieux ; mais Loulou est tellement intelligente ! Je ne suis pas sûre de pouvoir y arriver…

-    Arrête ça, Marie ! me gronda Scarlett. De toute façon, tu n'as pas à te comparer à Louise. Ta sœur a ses qualités et tu as les tiennes. Nous sommes fiers de vous deux, mais pour des raisons qui ne sont pas nécessairement les mêmes. Louise est très appliquée et très régulière dans son travail. Toi, tu possèdes une grande facilité de compréhension, une excellente mémoire et une véritable curiosité intellectuelle. Si tu apprends à travailler avec davantage de méthode, tu pourras accomplir de très belles choses.

-    Vous croyez vraiment que je pourrais avoir dix-huit de moyenne ?

-    Nous n’en doutons pas une seule seconde, m’assura ma mère.

-    Mais il va falloir accepter de fournir les efforts nécessaires, ajouta papa.

Papa regarda mon bulletin. Jusqu’à présent, je n’avais même pas remarqué qu’il l’avait en mains !

-    Regarde ton histoire : tu as dix-sept de moyenne. C'est excellent ! Tu vois bien que tu es capable de très bons résultats ! Et ta progression en littérature française est également très encourageante. En revanche, tu as perdu presque trois points en anglais.

Je grimaçai.

-    Oui…

-    Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda maman.

-    Je ne sais pas trop… J'ai eu plusieurs mauvaises notes en vocabulaire.

-    Tu avais appris tes listes de mots ?

-    Euh… Pas vraiment…

-    Voilà donc une explication !

-    Mais je pensais que je connaissais déjà les mots !

-    Et tu t'es aperçue pendant l'interrogation que ce n'était pas le cas, supposa Michael.

-    De toute façon, nous allons reprendre tout cela ensemble, déclara maman. Étant donné que tes frère et sœurs ont également des lacunes en anglais, le français sera désormais interdit dans cette maison. Dès que nous aurons terminé de discuter avec vous quatre, on passera à l’anglais* !

-    Tous les jours ?! m’exclamai-je.

-    Oui. Tous les jours, tout le temps. Vous retrouverez très rapidement une bonne moyenne !

Je soupirai.

-    Mon pauvre cerveau ! me lamentai-je.

-    Il va enfin pouvoir fonctionner à plein régime ! plaisanta papa.

Je lui tirai discrètement la langue.

-    Marie ! me reprit maman en fronçant les sourcils. Tu veux une fessée ?!

-    Non ! répondis-je à la hâte. Pardon !

Un petit silence s'installa avant que je pose la question qui me préoccupait depuis notre entretien avec monsieur Loup :

-    Est-ce que vous allez me punir parce que je n'ai pas assez travaillé ?

Michael échangea un regard avec Scarlett.

-    Non, ma princesse.

Je les dévisageai.

-    Tu as fait d’importants progrès et nous ne t'avions pas explicitement demandé de travailler deux heures par jour. Il serait injuste de te sanctionner pour ne pas avoir respecté une règle que nous n'avions pas fixée.

C’est ce que je pensais aussi ! Génial !

-    En revanche, maintenant que tu connais nos attentes, nous souhaitons que tu les respectes ! ajouta maman.

-    Promis ! répondis-je.

-    Et nous ne voulons pas que tu bâcles tes devoirs simplement pour retourner plus vite à tes loisirs !

-    Promis aussi !

-    Nous allons réorganiser ton planning, annonça papa. Tu auras du temps pour tes devoirs, tes révisions et tes loisirs.

Je réfléchis quelques secondes.

-    Et si j'obtiens seize et demi de moyenne en mars, est-ce que j'aurai une récompense ?

Maman éclata de rire.

-    Quoi ? Il faut bien que je trouve une motivation !

Papa fit mine de réfléchir puis annonça :

-    Si tu atteins seize et demi de moyenne générale en mars, nous organiserons un voyage de ton choix aux prochaines vacances.

Mes yeux s'illuminèrent.

-    Vraiment ?!

-    Vraiment, confirma maman.

Je poussai un cri de joie.

-    Alors là, je vais travailler comme une folle ! m’exclamai-je, motivée à bloc.

Scarlett me caressa la joue puis me récita :

-    You’re our sunshine !

Je sentis mes yeux s'embuer.

-    Je vous aime aussi !

Je les serrai tous les deux dans mes bras. Puis, après quelques secondes, une idée me traversa l'esprit.

-    Puisque j'ai gagné trois points de moyenne, est-ce que je peux considérer que j'ai trois points d'avance sur mon prochain bulletin ?

Mes parents éclatèrent de rire.

-    Tu connais déjà la réponse ! me dit Michael.

-    Dommage, boudai-je. J'aurai essayé !

Maman secoua la tête en souriant.

-    Allez, on doit aller voir Mayeul puis Ana. Remets-toi à tes devoirs, Marie chérie.

 

Mes parents sortirent de ma chambre et je me remis au travail.

 

    Je n’entendis rien concernant mon frère – peut-être que j’étais trop concentrée sur mon travail ! – en revanche, même si la chambre d’Ana était à l’autre bout du couloir par rapport à la mienne, j’entendis bien les claques tomber sur le postérieur de ma sœur ; et elles tombèrent pendant un sacré bout de temps !

En même temps, qu’espérait-elle à avoir ainsi berné papa et maman ? Elle devait bien se douter qu’un jour ou l’autre, ça allait mal se terminer !

Oh merde. J’étais en train de penser comme Louise, moi qui avais berné mes parents avec un double carnet de liaison pas plus tard que la semaine dernière. J’étais vraiment trop conne. Au lieu de juger Ana, je devrais lui donner tout l’amour et la compassion dont elle a besoin !

 

    Anaïs fut punie pour la soirée, condamnée à rester dans sa chambre, surveillée par Ombrage, tandis que papa, maman, Mayeul, Louise et moi nous rendions chez les Loup. Quelle injustice pour ma sœur ! Je me promis de trouver quelque chose pour la consoler.

 

    A dix-neuf heures pétantes, nous sonnâmes à la porte de la maison de mon professeur.

 

A suivre…

* Pour des raisons évidentes de compréhension, le texte demeurera en français.

Commentaires

  1. C'est bien que Michael et Scarlett valorisent les bons résultats de Marie !
    Pauvre Ana ! Elle subit encore les conséquences de son horrible passage dans ce centre de malheur 😪
    (Merci Marie d'avoir eu une pensée affectueuse à son égard 😘)
    J'espère, en dehors de la correction ,méritée, qu'elle aussi a été récompensée de sa remotivation et ses efforts depuis qu'elle est à St Nicolas 🙏 (En tout cas Mr Loup l'a encouragée ☺️)
    Et j'espère que d'autres récompenses viendront si elle remonte de manière significative sa moyenne.
    C'est peut-être elle qui a le plus de mérite 😉 même si elle n'a pas le même potentiel que Marie et qu'elle n’obtient QUE des résultats satisfaisants 👏

    Hâte de savoir comment s'est passée la soirée chez les ''Loup''🙏
    Les enfants se sont-ils bien comportés ???






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