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Journal d'une étudiante accueillie (Chapitre 19)


Lundi.


Neuf heures. Aujourd'hui, je suis décidée à me mettre Kyle dans la poche, coûte que coûte. J'avais réussi à l'amadouer hier, il était hors de question que je ne réussisse pas à le refaire.

Hi, Marie ! me lança-t-il lorsque j'arrivai dans la salle à manger.

Au moins, Kyle est toujours de bonne humeur, ce qui est très agréable ! Je fis le tour de la table pour dire bonjour à Kyle et à mes sœurs, puis m'assis à ma place.

No entourloupe, today, Marie ! me prévint Kyle.

– C ‘est beau de rêver, répondis-je en riant.

Kyle ne répondit pas. Il devait sûrement se demander à quoi il avait pensé en acceptant de garder ses cousines cette semaine !

Après le petit déjeuner, nous filâmes en cours. Anglais pour Jeanne et moi, Histoire de l ‘art puis espagnol pour Louise et Anaïs.

Pendant le cours d'anglais, nous étions en salle informatique. Au lieu de faire les devoirs demandés, je préférai surfer sur internet, notamment sur youtube. A la façon dont je me dandinai avec mon casque sur les oreilles, la prof ne mit pas longtemps à découvrir que je ne travaillai pas pour le TOIEC, mais que je préférais écouter de la musique. A la fin du cours, elle me lança :

– Il y aura un rapport à votre encontre, mademoiselle Johnson. Dans mon cours, on travaille !

Je ne répondis pas, ne souhaitant pas aggraver mon cas.

Je sortis de la fac, traversai la rue et voulus retirer 100€ pour retourner voir le technicien informatique. Je prévoyais large au cas où il me demanderait de doubler la mise. Merde, j'avais atteint le plafond de ma carte bleue.

Je retournai à la fac en quatrième vitesse et trouvai Jeanne.

– Prête-moi 100€, vite !

– Pourquoi faire ?

– Je t ‘expliquerai plus tard ! C ‘est urgent là !

Jeanne accepta. L'argent de ma sœur en poche, je courus au local informatique et le rapport fût rapidement effacé. Cependant, comme je l'avais prédit, le technicien avait doublé la mise. Quel vautour, celui-là !

Soulagée, je rejoignis mes sœurs et nos copines à la cantine. J'expliquai à Jeanne pourquoi j'avais été aussi paniquée et surtout ce que j'avais fait de son argent. Elle me répondit :

– Si papa et maman apprennent ça, tu vas recevoir la fessée du siècle !

– Mais ils ne l'apprendront pas, répondis-je. Et toi, tu ne leur diras pas. De toute façon, je t'égorgerai avant.

Un silence mortel suivit ma réplique.

– Tu te rends compte de ce que tu viens de dire, Marie ?! s'exclama Louise. T'es une psychopathe, en fait !

– N'importe quoi, riai-je ! Si vous prenez toujours tout au premier degré dans la vie, vous n'avez pas fini !

– Par précaution, je ne dirai rien aux parents, dit Jeanne. Au cas où.

– Ben voilà, au moins ça sert à quelque chose d'être une psychopathe ! dis-je. On se fait respecter !

Le repas se poursuivit sans accroc.

Après la pause repas, nous avions une heure et demie de libre avant le prochain cours. Mes sœurs, mes copines et moi réservâmes une salle de travail pour réviser ensemble. Mégane nous réexpliquait la chimie quand mon téléphone, posé sur la table, se mit à vibrer. Il afficha : « Papa Tom ».

– Merde ! C'est papa ! m'exclamai-je.

– Ben décroche ! me dit Louise.

– Et s'il avait tout découvert pour les rapports ? demandai-je ayant un mauvais pressentiment.

– Tu ne le sauras pas si tu ne décroche pas ! dit Anaïs.

– Justement... Je ne sais pas si j'ai vraiment envie de décrocher…

– Qu'est-ce que tu risques ? demanda Mégane. Il est à l'autre bout du monde, non ?

– Oui mais il ne va pas y rester éternellement…

Le temps que l'on débatte, le vibreur s'était arrêté. Je reçus un texto dans la seconde qui suit : « Marie Noémie Juliette Johnson ! Décroche immédiatement ! ». Puis mon téléphone se remit à vibrer.

– Décroche, Marie ! Cela va être pire, sinon ! me conseilla Louise.

Fébrile, j'attrapai mon téléphone et fis glisser le bouton vert sur mon écran.

– A…Allô ? dis-je.

– Comment as-tu osé soudoyer le technicien informatique pour nous cacher des choses ?! Comment as-tu osé ?!

Merde. J'étais cuite.

– Quoi ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? feignis-je.

– Ne te fiche pas de moi, Marie ! Je suis déjà dans une colère noire !

Mon père criait dans le téléphone, si bien que j'étais obligée de l'éloigner de mon oreille.

– Comment…

– Comment j'ai su ?! Eh bien c'est simple ! Ta mère a reçu un coup de fil de ta prof d'anglais, disant qu'elle ne réussissait pas à publier un rapport sur ton compte intranet ! Nous avons donc appelé le technicien informatique et…oh ! Surprise ! Tu ne devineras jamais ce qu'il nous a raconté !

– Si… je devine, papa.

– 150€ ! CENT CINQUANTE EUROS, MARIE !

– C'est bon, on n'est pas à ça près… tempérai-je.

Je crus que Tom allait littéralement exploser de colère.

– Dès que nous serons de retour en France, je te garantis que tu te souviendras toute ta vie de la fessée que tu vas prendre ! Tu ne vas plus pouvoir t'asseoir pendant une semaine ! UNE SEMAINE, Marie, tu entends ?!  Tu ne vas vraiment pas être déçue du voyage !

– Mais papa, je…

– TU TE TAIS ! Je vais d'ores et déjà dire à Kyle de te coller une fessée monumentale, dès que tu rentreras ! Et tu es PUNIE, jeune fille ! Consignée dans ta chambre, jusqu'à notre retour ! Hors de question que tu en sortes, sauf pour aller en cours, manger et te servir des toilettes et de la salle de bains ! JE TE JURE que si tu ne respectes pas cette punition, je te défonce !!! Me suis-je bien fait comprendre ?!

– Oui, papa.


Tom raccrocha. Il avait crié tellement fort que toute la salle avait entendu. Un silence s'en suivit. Je le brisai :

– Qui m'a dit de décrocher, que je la tue ?


Après un moment de gêne intense, Mégane reprit ses explications du cours de chimie.

En littérature comparée, je n'avais pas la tête au cours. J'étais trop préoccupée par le fait de trouver une combine pour que Kyle n'obéisse pas à son oncle. Dès que je l'eus trouvée, je me mis enfin à suivre le cours.


J'ouvris la porte de la maison et me mis dans la peau d'une vraie comédienne. Les yeux remplis de larmes, je courus dans les bras de mon cousin :

– Kyle ! C'était horrible, aujourd'hui ! Papa m'a grondée hyper fort ! Je sais que j'ai fait une énooooorme bêtise mais il a vraiment grondé très fort ! S'il te plaît, ne me punis pas ! Papa va déjà me tuer ! Je t'en supplie !

Kyle me rendit mon câlin et se laissa attendrir pour mon plus grand bonheur. Il s'adressa ensuite à mes sœurs.

– Vous direz à vos parents que j'ai donné a spanking à Marie.

– Mais on n'a pas le droit de mentir, dit Louise.

– Vous direz à vos parents que j'ai donné a spanking à Marie, insista Kyle. Vous me promettez de keep the secret ?

Mes sœurs hochèrent la tête.

– Aller, c'est fini, sweet heart, dit Kyle. Calme-toi. Tu veux un chocolat chaud ?

Youhou ! Trop fastoche ! J'essuyai mes larmes de crocodile et dégustai mon chocolat chaud.


Le reste de la soirée se déroula dans la joie et la bonne humeur. Nous apprîmes à mieux connaître Kyle, et nous sûmes notamment qu'il avait eu une petite sœur, Vicky, décédée d'un cancer à l'âge de deux ans. Aujourd'hui, elle aurait dû avoir à peu près notre âge. C'était sûrement pour cela que Kyle était très conciliant avec nous : il devait faire un transfert avec Vicky ! Je culpabilisais de l'avoir mené en bateau, même s'il était certain que j'allais recommencer dès qu'une fessée me pendrait au nez !

En tentant de m'endormir, je pensai à Tom et la boule dans mon ventre ressurgit. Tom et Dana rentraient vendredi, jour de mon départ en Week-end. Mais le retour dimanche soir s'annonçait d'ores et déjà très, très salé !

A suivre...

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