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Journal d'une étudiante accueillie (Chapitre 27 - 1ère partie)

 


Jeudi.

 

-          Les choses vont être très claires à partir de maintenant ! gronda Tom. Il est exactement treize heures et trois minutes. PERSONNE ne sort de cette maison avant que j’aie le fin mot de cette histoire ! J’ai bien dit PERSONNE !

-          Mais papa, on a cours, nous ! osa Louise, d’une petite voix.

-          Vous n’avez qu’une heure et demie de physique qui sera facilement rattrapable auprès de vos camarades ! dit Dana.

Je n’en revenais pas. Pour que Tom et Dana nous empêchent d’aller en cours, c’est que nous étions vraiment dans de sales draps !

 

 

                Après les cours de la matinée, Tom et Dana ont eu la bonne idée de nous inviter au restaurant mes sœurs et moi pour que nous prenions le temps de déjeuner en famille. Seulement, au moment de payer, Tom s’est aperçu qu’un billet de 50€ avait disparu de son portefeuille. Puisque Dana lui assura que ce n’était pas elle, Tom était persuadé que c’était l’une de nous. Une fois rentrés à la maison, il nous avait toutes fait asseoir sur le canapé et avait explosé de colère.

 

-          Mais papa, tu es sûr que tu ne l’as pas perdu, ce billet ? demanda Jeanne avec délicatesse.

-          Je me souviens très bien l’avoir mis dans mon portefeuille peu avant notre départ pour le restaurant !

-          C’est peut-être un pickpocket, dit Anaïs. Il y en a plein ces temps-ci…

-          Vous me prenez pour un imbécile ?! Je sais que c’est l’une de vous ! insista Tom.

Je ne tentai pas de proposer une hypothèse ; et pour cause : j’étais la voleuse. C’était moi. Après l’altercation de mardi avec Pascal Montaire, celui-ci avait rédigé un nouveau rapport, inscrit dans mon dossier. J’avais réussi à soudoyer un élève de BTS informatique pour qu’il l’efface mais il m’avait demandé 50€. La dernière fois, c’était en faisant disparaître cette somme de mon compte en banque que j’avais attiré les soupçons ; je souhaitais me débrouiller autrement cette fois-ci. Certes, ce n’était pas bien du tout de voler ses parents mais je n’avais pas trouvé de meilleure solution sur le moment.

 

-          Vous enlevez vos pantalons et vos culottes, toutes les quatre ! ordonna Tom. Vous allez rester enfermées dans cette maison à vous balader les fesses à l’air jusqu’à ce que l’une de vous me dise la vérité !

Personne d’autre que moi ne savait ce qui s’était réellement passé. Je n’en avais parlé à aucune de mes sœurs. J’étais seule avec ma culpabilité.

-          Nous voler est une bêtise extrêmement grave, les filles ! ajouta Dana. L’avoir commise va vous valoir une punition mémorable, je vous le garantis !

J’avais encore moins envie d’avouer !

 

                Une fois que nous fûmes toutes à demi-nues, Tom versa du riz sur le sol. Nous nous demandâmes pourquoi, jusqu’à ce qu’il nous ordonne de nous agenouiller dessus. N’ayant jamais été victimes de cette punition, nous nous exécutâmes. Nous nous rendîmes très vite compte combien cette punition était douloureuse !

-          Mais pourquoi vous nous faîtes subir ça ? demanda Louise en pleurant. Je croyais que vous nous aimiez !

Il y eut quelques secondes de silence, puis Tom dit d’une voix douce :

-          Rhabille-toi ma Loulou. Tu n’es pas la coupable. Tu as encore le temps d’aller en cours si tu le souhaites.

Louise ne se le fit pas dire deux fois : en deux temps trois mouvements, elle s’était rhabillée, avait séché ses larmes, et avait fait un câlin à papa et maman avant de partir pour le cours de physique. Ana, Jeanne et moi étions toujours à genoux sur le riz.

-          Je croyais que personne ne devait sortir de la maison avant que tu aies le fin mot de cette histoire, protesta Anaïs. Et elle, elle a le droit d’aller en cours !

En réponse, ma sœur eut droit à cinq claques cinglantes sur les fesses, accompagné d’un : « Tu te tais ! ».

 

                Depuis plusieurs jours, Anaïs prenait vraiment, vraiment cher. Elle avait encore ses deux bleus sur les fesses dus à la rouste qu’Héloïse lui avait infligée hier. Avant-hier, elle avait reçu une correction assez corsée de la part de nos parents. Lundi, elle avait été la première à se retrouver sur les genoux de notre nouvelle baby-sitter… Comme je la plaignais ! Même s’il faut dire que mes propres fesses avaient reçu aussi, ces derniers jours ! Pas autant, certes, mais quand même ! Et pour le coup, ce n'était pas fini...

 

                Après dix bonnes minutes agenouillées sur le riz (mon Dieu, qu’est-ce que ça faisait mal !), Tom leva la punition. Il ordonna à Anaïs et Jeanne de se rhabiller, les prit dans ses bras en signe de réconfort et les envoya en cours.

-          N’oubliez pas de vous excuser pour le retard ! ajouta Tom.

-          D’accord, papa ! dit Jeanne. Mais je pense qu’on arrivera à temps !

Mes sœurs sorties, je restai à demi-nue, seule face à mes parents. Dana demanda à son mari :

-          Pourquoi les as-tu laissées sortir ?!

-          Parce que Marie est la coupable, répondit Tom.

-          Comment ça ? s’étonna Dana.

-          J’ai bien observé les filles lorsqu’elles étaient agenouillées, expliqua papa. Louise était remplie d’injustice, signe que ce n’était pas elle. Jeanne et Anaïs patientaient en silence en espérant que quelqu’un se dénonce. Seule Marie avait l’air de considérer que cette punition était méritée.

Tom mériterait d’être profiler !

-          C’est vrai, Marie ? me demanda maman d’un air accusateur.

J’hochai la tête, honteuse.

-          Et si ton père ne l’avait pas remarqué, tu aurais continué de te taire, faisant payer tes sœurs au passage ?! me gronda-t-elle.

-          J’avais peur de vous le dire…

-          Tu m’étonnes ! Viens ici !

Dana m’attrapa par le poignet et me traîna jusqu’au buffet. Là, elle en sortit la brosse à cheveux. Mes fesses allaient cuire…

-          Dana, attends, dit Tom.

-          Comment ça « attends » ?! demanda Dana. Elle mérite une très bonne fessée, ne me dis pas le contraire !

-          Je veux d’abord savoir pourquoi elle a fait ça, dit Tom.

Les regards de mes parents se tournèrent vers moi. Je pensai que c’était la seule possibilité de m’éviter une fessée : je ne pus avouer la vérité.

-          Ben…mes…mes parents, enfin, je veux dire, mes vrais parents… Ils sont en difficulté, ils n’ont plus rien pour payer les courses alors… je me suis dis que j’allais les aider…

Les regards de Tom et Dana s’adoucirent immédiatement.

-          Pourquoi est-ce que tu ne nous en as pas parlé au lieu de nous voler ? demanda maman.

-          Je…j’osais pas… J’ai pensé que vous ne voudriez pas les aider… Comme on ne parle jamais de nos vraies familles, ben…

Dana posa la brosse sur le canapé et me prit dans ses bras.

-          Oh, ma p’tite chérie… ! Bien sûr que si, tu peux nous en parler, enfin ! Il n’y a aucun problème pour nous !

-          On va leur faire un chèque, tu repartiras avec ce week-end, d’accord ? proposa Tom.

J’hochai la tête et leur rendis le billet.

 

                Après un moment réconfortant avec Tom et Dana, j’eus droit de me rhabiller et de vaquer à mes occupations. J’allai bouquiner un peu sur un matelas gonflable dans la piscine. Cependant, j’avais du mal à me mettre dans l’histoire : une grosse boule de culpabilité était présente dans mon ventre. Je pensai que j’allais devoir vivre avec. Impossible d’avouer à Tom et Dana les réelles raisons de mon vol. Avec ce mensonge, j’avais encore plus aggravé mon cas. J’avais l’impression de les trahir. Je m'en voulais à mort !

 

                Mes sœurs rentrèrent de cours, je récupérai leurs notes pour me mettre à jour, puis enchaînai avec mes devoirs.

 

                Nos devoirs terminés, mes sœurs et moi jouâmes à Mario Kart 8 Deluxe pour terminer la coupe que nous n’avions pas pu finir hier. Tom et Dana cuisinaient ensemble pour le dîner.

Je venais de franchir en premier la ligne d’arrivée quand on frappa à la porte. Dana alla ouvrir. C’était un jeune que je reconnus immédiatement. Cela me rappela le dicton que ma "vraie" mère a toujours à la bouche : "Tout se sait toujours".

-          Bonjour madame.

-          Bonjour, que puis-je pour vous ? demanda Dana.

-          Je viens voir Marie, dit-il. Elle me doit 50€, elle devait me les donner aujourd’hui et elle ne l’a pas fait.

Tom me fusilla du regard. Dana marqua une pause (sûrement pour tenter de contenir sa colère) et demanda :

-          Pourquoi est-ce qu’elle te doit 50€ ?

-          J’ai effacé un rapport de son dossier. Je suis étudiant en informatique.

-          Désolée, jeune homme, mais tu n’auras pas tes 50€, répondit maman. Si tu te pointes encore ici, je te botterai les fesses ! Et si tu acceptes encore une seule fois de toucher au dossier scolaire de ma fille, je te botterai également les fesses ! Rentre chez toi, maintenant.

Dana claqua la porte et vociféra :

-          MARIE NOEMIE JULIETTE JOHNSON, JE PEUX TE DIRE QUE TU VAS AVOIR DE TRES, TRES, TRES GROS ENNUIS !!!


A suivre…

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