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Journal d'une étudiante accueillie. - Chapitre 107 *Bonus*

 



       Michael sortit de la chambre de Marie en refermant discrètement la porte derrière lui. Il se rendit dans la chambre de Louise après avoir frappé à sa porte :

-    Papa ? demanda-t-elle en lui ouvrant la porte.

Le père de famille vit le bureau de sa fille envahi de manuels scolaires ouverts. De toute évidence, elle était en train de faire sagement ses devoirs.

-    Salut ma princesse, dit-il en s’avançant pour la serrer dans ses bras. Je ne te dérange pas longtemps, je voulais juste te dire que ta sœur est au lit.

-    Au lit ? s’étonna Louise. Mais on a des invités, ce soir !

-    Marie ne passera pas la soirée avec nous. Elle est punie.

-    A cause de son bulletin ?

Michael acquiesça.

-    J’ai entendu les claques tomber, dit Louise. Tu étais fâché !

-    Effectivement.

-    Tu sais, expliqua l’étudiante, Marie a vraiment essayé de faire des efforts cette semaine ; mais Magdalena l’a entraînée sur la mauvaise pente. Son insolence envers le Président, c’était un défi lancé par Magda !

-    Tu plaisantes ?!

-    Non, je t’assure que c’est vrai ! Et d’ailleurs, Marie a passé la plupart de son temps à tenter de résister aux propositions de bêtises de Magdalena.

-    Oh… je sens que je vais me la faire, cette gamine ! se chauffa Michael. Elle n’aura pas embêté ma fille cette semaine en toute impunité !

-    Tu sais, monsieur Duchemin fait son possible pour la cadrer…

-    Je sais, dit l’informaticien. D’où le fait que je l’aide un peu. Si Magdalena se prend une bonne fessée par quelqu’un de l’extérieur, ça la dissuadera peut-être de faire des bêtises ; ou du moins d’importuner ma fille !

-    Nos amis ont peur de toi, alors tu peux tester…

-    Vos amis ont peur de moi ? s’étonna le père de famille.

-    Bien sûr ! répondit Louise. Tu as vu comme tu es grand et fort ? Tu fais régner la terreur ! Personne n’aimerait se fâcher avec toi ! Et maman aussi en impose… Nos amis passent leur temps à nous dire qu’ils n’aimeraient pas être à nos places quand nous faisons des bêtises !

Michael ria.

-    Eh bien tant mieux, si ça peut éviter qu’ils vous cherchent des poux ! Mais je vais quand même me pencher sur le cas de cette petite Magdalena.

-    Comme tu voudras, papa. Les invités arrivent pour quelle heure ?

-    Vingt heures, dit Michael. Je vais descendre pour aller aider ta mère. Tu fais passer le mot à ton frère pour qu’il ne dérange pas Marie ? Je crois qu’il est aux toilettes, je préfère ne pas l’embêter.

-    Pas de problème, je lui dis !

L’informaticien embrassa sa fille sur le front puis descendit au rez-de-chaussée pour aider sa femme, mais il ne trouva qu’Assa en train de nettoyer la cuisine. Les plats étaient au four, la table était dressée… Tout était déjà nickel. Le rush était terminé.

-    Assa, saurais-tu où est ma femme ?

-    Elle est allée prendre sa douche, répondit la jeune femme.

-    Je te remercie.

Michael se rendit dans la suite parentale où il trouva sa magnifique femme en peignoir, en train d’essayer d’enfiler une paire de collants.

-    Rah, qu’est-ce que c’est agaçant ces trucs-là ! râla-t-elle dans la langue de Shakespeare.

-    Pourquoi ne mets-tu pas ton porte-jarretelles, comme d’habitude ? questionna Michael en anglais également.

-    Il est au lavage, répondit Scarlett.

-    Au pire tu ne mets pas de collants, proposa le mari en s’asseyant à côté de sa femme et en lui caressant la cuisse. Ça me fera ça de moins à t’enlever ce soir…

Ils s’embrassèrent langoureusement, puis Scarlett lui dit :

-    Au fait, je te félicite, chéri !

-    A propos de… ?

-    Marie. Tu n’as pas du tout été laxiste, c’était parfait !

-    Tu as entendu ?

-    C’était difficile de ne pas entendre : les claques ont résonné dans toute la maison ! Tu lui as dit ce que nous avions mis en place ?

-    Oui, je lui ai exposé les nouvelles règles.

-    Et ?

-    Elle s’est décomposée. Elle ne s’attendait pas à ça…

-    Tant mieux ! Il ne faut pas que tu la lâches, Mike. On doit tenir bon ! On ne va pas se laisser pourrir la vie par notre gamine de dix-neuf ans, quand même ! Non, c’est à elle de plier, certainement pas à nous !

-    Tu sais très bien que je suis entièrement d’accord avec toi. Mais tout à l’heure, elle m’a fait tellement de peine !

-    Pourquoi ?

-    Elle s’est jetée à mes pieds en me suppliant de ne pas la punir pour son mauvais comportement et en me promettant qu’elle serait sage.

-    De la pure comédie ! s’exclama Scarlett.

-    Je le sais bien, mais ça m’a retourné le cœur. Je n’ai pas cédé : je l’ai grondée, relevée et corrigée. Mais j’ai eu l’impression qu’on me plantait un couteau dans la poitrine !

-    C’est normal. C’est notre fille et Dieu sait ô combien nous l’aimons. Mais au bout d’un moment, il faut dire stop ! Tu as vu le bulletin qu’elle a osé nous ramener ?!

-    Oui, je lui ai dit qu’elle n’avait pas intérêt à recommencer, précisa Michael. Non vraiment, j’y suis allé fort mais je pense qu’elle a retenu la leçon. Il va falloir que je sévisse non-stop pendant deux ou trois semaines pour lui montrer que je ne plaisante pas, et ensuite elle va s’habituer à être sage.

-    Deux ou trois semaines ! ria Scarlett. Tu es bien optimiste, mon cher époux !

-    On verra bien. Mais deux ou trois semaines à prendre quotidiennement des claques aux fesses, ça calme !

-    Ah oui, c’est clair ! répondit la mère de famille. Quand j’avais quinze ans, j’avais fait une fugue : quand mon père m’a retrouvée, il m’a punie en me donnant une bonne fessée tous les soirs pendant dix jours : un jour correspondant à une heure pendant laquelle j’avais disparu ! Non seulement je n’ai plus jamais fugué, mais par la suite il n’a plus jamais eu besoin de me punir ! C’était la dernière fessée que j’ai reçue de toute ma vie !

-    Au fait, Scar, j’ai vu qu’il n’y avait que onze couverts à table. Tu ne t’es pas trompée ?

-    Non, j’ai mis les onze adultes dans la salle à manger, et j’ai mis les douze enfants dans la véranda. Comme ça, ils pourront parler entre eux et on pourra parler entre nous !

-    C’est ingénieux, dit Michael. Ça me fait quand même de la peine d’avoir puni Marie.

-    Moi aussi, mais il le fallait. Et puis, je suis sûre qu’elle dort déjà ! Du moins, je l’espère pour elle !

-    En tout cas, il est certain qu’elle ne se relèvera pas : je lui ai fait une menace en béton armé ! Si jamais elle se relève, c’est qu’on ne pourra plus rien faire pour elle !

-    Aide-moi à zipper ma robe et allons vérifier, proposa la mère au foyer.

Effectivement, Marie dormait à poings fermés.

 

Vingt heures, les invités arrivèrent tous en même temps.

-    Vous vous êtes donnés le mot ? demanda Scarlett en acceptant la magnifique orchidée que Béatrice Chapeau lui offrait.

-    Non, c’est un pur hasard ! ria Jean-Pierre Kernec. Nous nous sommes retrouvés sur le parking d’en face et nous avons discuté. Et de fil en aiguille, tout le monde est arrivé !

La famille Kernec pénétra en premier dans le hall d’entrée : Jean-Pierre et Gwendoline, accompagnés de leurs deux filles, Clara et Alice.

Puis, ce fut au tour de la famille Chapeau : Simon et Béatrice, venant avec leurs quatre enfants : Jordan, Axel, Antonin et Marylou.

Puis, Tristan Duchemin arriva seul.

-    Magdalena n’est pas là ? demanda Michael.

-    Non, je suis désolé, répondit-il. Je voulais vous prévenir mais j’étais occupé à la punir. Avec le bulletin complètement catastrophique qu’elle m’a ramené, elle s’est pris une bonne trempe et je l’ai envoyée au lit. Mon majordome est chargé de la surveiller.

-    Eh bien je vois qu’on a eu la même idée ! s’exclama Scarlett. Chez nous, c’est Marie qui est au lit…

-    Ah oui ? s’étonna le père Duchemin.

-    Oui, on aura l’occasion d’en reparler à table, dit l’hôtesse de maison.

La famille Guillaume entra ensuite dans le hall : Justin et Thora, les parents qui avaient hébergé Louise cette semaine, accompagnés de Rose et Paloma.

Enfin, Angélique entra avec ses parents, Hélène et Youri, qui arboraient des mines fatiguées.

       Les adultes furent conduits au salon pour l’apéritif, les enfants dans la véranda.

 

Côté enfants.

 

Assa s’affaira à enlever l’assiette et les couverts de Magdalena.

-    Ça va faire bizarre de passer la soirée sans Magda ni Marie, s’attrista Rose.

-    Ben de toute façon, ma sœur n’aurait clairement pas pu tenir toute la soirée assise, dit Mayeul. Toute la maison a entendu à quel point papa l’avait punie !

-    C’est votre père qui s’est occupé d’elle ?! s’inquiéta Marylou. Oh la pauvre… !

-    Oui, pas cool du tout, dit Louise. Mais bon, en même temps, elle n’a pas assuré à l’école !

-    Bon, et si on parlait d’autre chose pour ne pas ressasser ? On est là pour passer une bonne soirée, non ? Faisons un jeu !

 

Côté adultes.

 

-    N’hésitez pas à vous installer confortablement, dit Michael à ses invités en leur désignant le canapé. Que voulez-vous boire ?

Après avoir servi tout le monde en boissons et avoir disposé les gâteaux apéritifs et autres mignardises, le couple Webber prit place avec les invités.

-    Votre maison est vraiment superbe ! s’exclama Béatrice en jetant un coup d’œil autour d’elle.

-    Merci, c’est très gentil.

-    Hélène, Youri, comment va Marion ? se renseigna Michael.

-    Elle est toujours dans un coma artificiel, répondit le père. C’est vraiment difficile de la voir comme ça ; et je pense en plus qu’Angélique le vit très mal et nous le fait payer… Elle n’est pas sage en ce moment, et elle nous a ramenés un bulletin vraiment moyen !

-    Il ne devait pas être pire que celui de ma fille, dit Tristan Duchemin. Sa moyenne générale est loin d’atteindre 10/20 et les appréciations des profs sont assassines. Elle a reçu un avertissement comportement ! Je peux vous dire que ma ceinture a eu du travail !

-    Sans parler de la bêtise d’aujourd’hui, ajouta Michael.

-    La bêtise d’aujourd’hui ? se renseigna Tristan.

-    Elle a subtilisé les bulletins de nos filles respectives. Les neuf !

-    Donc elles les ont consultés avant que nous les voyions ?! s’exclama Béatrice.

-    Oui, affirma Scarlett. Marie était tellement apeurée à l’idée de se ramasser une fessée qu’elle me l’a avoué ce matin !

-    Elle nous a bien roulés dans la farine ! dit Béatrice à son mari. Marylou nous a dit qu’elle ignorait qu’elle aurait un si piètre bulletin et elle nous baratinés un speech digne de la comédie française !

-    Un speech qu’elle avait préparé toute l’après-midi, précisa Scarlett.

Simon avala une gorgée de whisky, remonta ses manches et annonça :

-    Vous m’excuserez, je vais aller donner une fessée à ma fille, et je reviens !

 

Côté enfants.

 

       Monsieur Chapeau débarqua d’un pas décidé dans la véranda. Il demanda à sa fille :

-    Marylou ! Tu peux me répéter ce que tu m’as dit à propos de ton bulletin ?

-    Je… je ne savais pas qu’il allait être aussi mauvais, répondit la jeune fille, décontenancée. Si j’avais pu redresser la barre, je l’aurais fait…

-    Tu ne savais pas qu’il allait être aussi mauvais, dit-il. Tu es sûre ?

-    Oui, papa ! mentit-elle.

-    Donc tu es devenue soudainement aveugle au moment où Magdalena t’a permise de le consulter ce matin à l’école ?

Marylou rougit immédiatement, paniquée quant à l’issue probable de cette conversation. Simon croisa les bras puis demanda à Louise et Mayeul :

-    Y’a-t-il une pièce où je puisse m’éclipser un peu avec ma fille ?

-    Non ! Non ! pria Marylou.

-    Euh… hésita Louise devant le regard terrifié de Marylou. Il… il y a la bibliothèque… C’est la dernière porte à gauche dans le couloir principal…

-    Merci, Louise, dit Simon. Suis-moi dans la bibliothèque, Marylou.

-    Non, papa, s’il te plaît !

-    Ne discute pas ! gronda Simon.

La mine triste et apeurée, Marylou suivit son père dans la bibliothèque, ce qui jeta un froid autour de la table.

 

Côté adultes.

      

       Le départ précipité de Simon pour la véranda orienta la conversation des adultes sur Magdalena.

-    Je suis vraiment navré, confia monsieur Duchemin. Elle s’est bien gardée de me dire qu’elle avait piqué les bulletins !

-    Ce n’est pas ta faute, Tristan, le rassura Jean-Pierre.

-    Je ne sais plus quoi faire avec elle, avoua le porte-parole du Gouvernement. Il semblerait que rien ne fonctionne !

-    Il faut que tu prennes du temps pour toi, dit Thora. Être papa solo, c’est très, très compliqué ! Surtout avec la fille que tu as…

-    Si tu veux souffler un peu, tu peux nous la laisser, dit Jean-Pierre. Nous allons te la faire filer droit, tu vas voir !

-    Oui, elle ne résistera pas longtemps à la brosse ! ajouta Gwendoline.

-    C’est gentil, mais je ne veux pas qu’elle croie que je l’abandonne parce que je ne sais pas la gérer, avoua Tristan.

-    D’accord, comprit Jean-Pierre. Dans ce cas, nous viendrons tout de même dîner chez vous un soir, j’en profiterai pour la remettre d’équerre !

-    Et je te rendrai une petite visite également, ajouta Michael, car j’avais prévu de la mettre sur mes genoux ce soir pour avoir donné la bonne idée à ma fille d’être insolente avec le Président de la République.

-    C’était une idée de Magda ?! s’étonna monsieur Duchemin. Et moi qui ai donné une fessée à Marie !

-    C’était mérité et tu as bien fait ! approuva Scarlett. Même si ça venait de ta fille, la nôtre n’avait qu’à lui dire non !

-    Dans tous les cas, reprit l’informaticien, j’ai un compte à régler avec Magdalena donc je passerai dans la semaine pour le solder. Et j’en profiterai pour lui mettre un coup de pression !

-    Je vous remercie mais…

-    Tristan, dit gentiment Thora en mettant une main sur l’épaule du concerné, ce qui fit froncer les sourcils de son mari, tu n’es pas tout seul. Nous sommes là ! Nous pouvons t’aider à gérer ! Si nous ne nous soutenons pas entre parents de familles d’accueil, alors tout est voué à l’échec !

Le père Duchemin essuya ses yeux humides et remercia tout le monde d’un signe de tête.

 

       Il fallut attendre que les adultes passent à table pour que Marylou soit libérée du coin et puisse rejoindre la véranda.

 

Côté enfants.

 

-    Ça va ? lui demanda Axel. Papa avait l’air super fâché.

-    Je déteste quand les parents discutent entre eux, râla Marylou. Ça se termine toujours mal !

-    Tu leur as menti en même temps ! rappela Antonin.

-    Je sais, ça va ! le rabroua Marylou. Ça aurait pu être pire, mais je crois que mes fesses sont quand même bien rouges…

Le repas fut servi et les jeunes gens mangèrent avec appétit. Puis, le dessert pris, ils se rendirent compte que les adultes n’en étaient encore qu’au plat de résistance, tant la conversation était vive.

-    Bon ben… On fait un autre jeu ? demanda Rose.

-    Quoi comme jeu ? demanda Antonin.

-    Ben j’sais pas, moi ! reprit Rose. Vous n’avez pas des jeux de société, les Webber ?!

-    On a un Monopoly et un Trivial Poursuit, énuméra Mayeul. Après, y’a la console mais on n’a que quatre manettes…

-    On peut se mettre par équipes de trois, au pire ! dit Clara.

-    Moi j’ai un jeu à vous proposer mais vous êtes trop trouillards pour tester ! annonça Jordan.

-    Tu aiguises ma curiosité ! dit Angélique. Vas-y, balance !

-    A condition que vous fassiez tous la promesse de ne rien dire aux parents, continua Jordan.

Ils promirent tous, chacun leur tour. Même Clara. Même Rose. Même Paloma. Même Louise !

Alors Jordan sortit de son sac à dos posé dans un coin de la pièce des capsules grises et tout ce qu’il fallait pour les consommer.

-    Où est-ce que t’as eu ça ? demanda Paloma.

-    C’est le tatoueur qui me les a filés, confia Jordan. Alors, vous jouez avec moi ou pas ?

Contre toute attente, tous les enfants acceptèrent

-    On y va à trois ? dit Jordan. Un… ! Deux… ! Trois !

Et tous, tour à tour, inhalèrent leur capsule.

 

Côté adultes

 

-    Donc oui, j’ai ralenti un peu mon activité car les enfants ont besoin de nous deux, conclut Michael.

-    C’est vraiment horrible ce qui est arrivé à votre fille ! dit monsieur Duchemin. Vous auriez dû m’en parler ; j’aurais fait jouer mes relations !

-    Même si c’est très douloureux, Anaïs avait besoin d’apprendre qu’il peut y avoir de lourdes conséquences à ses actes, affirma Scarlett. Mais si le juge avait décidé de ne pas nous la rendre, là nous aurions aussitôt fait appel à toi !

-    Et comment se sent-elle dans ce centre ? se renseigna Thora.

-    Lorsque nous sommes allés la voir samedi dernier, ses fesses avaient été sévèrement battues, narra Michael. Nous avons mis un masque pour ne pas affoler les enfants, mais Scarlett et moi étions effondrés. Dès le soir-même, nous avons pris contact avec le directeur de l’établissement, puis avec l’éducateur d’Anaïs qui nous ont assuré que c’était la procédure lorsqu’un enfant entrait dans le centre : il était très sévèrement sanctionné afin de casser toute tentative de rébellion. Puisqu’Ana n’est pas du genre à fermer sa bouche, elle a subi des représailles salées.

-    Mais ensuite, nous avons appris qu’elle s’était assagie, poursuivit     Scarlett. A l’heure actuelle, cela fait six jours qu’ils n’ont pas eu à la reprendre, et en-dehors du fait que nous lui manquons beaucoup, elle va bien. Elle voit une thérapeute deux fois par jour et son éducateur est plutôt bienveillant avec elle.

-    Quand la récupérez-vous ? se renseigna Béatrice.

-    Vendredi, répondit Scarlett. Nous avons tellement hâte !

Des éclats de rire s’entendirent depuis la véranda.

-    Eh bien, y’en a qui s’amusent ! dit Hélène.

-    C’est quand même très compliqué pour les jeunes de s’adapter à ce système, dit Thora. Je ne sais pas comment j’aurais réagi à leur place ! Nous avons la chance que Rose et Paloma soient plutôt sages – nous n’avons eu à sévir que rarement ! – mais je comprends que certains se rebellent et refusent l’autorité de nouveaux parents débarquant de nulle part…

-    Cette réforme était nécessaire, affirma Tristan. Nous allions droit dans le mur avec cette nouvelle génération ! Aujourd’hui, il y a quelques personnes qui s’offusquent en me voyant donner la fessée à ma fille ; mais quand j’étais petit, c’était tout à fait courant ! Mes parents possédaient un martinet, comme tous les parents de mes amis !

-    Oui, les miens aussi en avaient un ! se rappela Justin.

-    Moi je suis d’origine norvégienne, dit Thora. Dans mon enfance, c’était moins répandu qu’en France mais j’avais quand même droit à la fessée quelques fois…

-    Aux Etats-Unis, c’était très courant ! se souvint Scarlett. Mes sœurs et moi n’y avons pas échappé…

De nouveaux éclats de rire s’élevèrent de la véranda.

-    Mais qu’est-ce qui les met dans cet état-là ? se demanda Jean-Pierre.

-    Laisse-les s’amuser, tant qu’ils ne font pas de bêtises ! conseilla Gwendoline.

-    C’est justement ce qui m’inquiète ! avoua Jean-Pierre.

-    En tout cas, votre petite Louise est vraiment a-do-ra-ble ! s’exclama Thora. C’était un bonheur de l’avoir chez nous ! Bon, nous avons un peu paniqué quand elle est rentrée en retard…

-    Un peu ?! s’offusqua son mari. On était prêts à appeler les flics, oui ! Rose et Paloma étaient rentrées depuis près d’une heure, et aucune trace de Louise !! Ah ça, si tu ne m’avais pas empêché de la punir, je l’aurais mise sur mes genoux dès qu’elle a passé la porte !

-    Nous nous en sommes occupés, assura Scarlett. Mais je te remercie pour tes compliments Thora et oui, Louise est plutôt mignonne dans l’ensemble ! Nous avons beaucoup de chance de l’avoir.

Les éclats de rire se firent de nouveau entendre.

-    Je vais aller leur dire de baisser d’un ton, dit Michael en se levant. Ils vont finir par réveiller Marie !

Michael se mit en marche vers la véranda.

 

Côté enfants.

 

-    Hey, c’est comme les papillons ! ria Paloma. Si tu coupes une aile à un papillon, il vole de travers !

Tous éclatèrent de rire.

-    Hey les gars, j’me sens trop bien ! annonça Mayeul. J’crois que j’suis le roi du monde ! J’suis en train de développer des supers pouvoirs !

Nouvel éclat de rire.

-    Les enfants ! dit Michael en entrant dans la pièce. Baissez d’un ton ! Vous allez finir par réveiller Marie !

-    Oh par…don Mike ! ria Rose. Michael Scofield ! Hey, il est où Lincoln ?

-    Michael Jordan, ahah ! pouffa Alice.

-    Michael Jackson ! poursuivit Angélique. T’as encore des coucougnettes à force d’appuyer dessus ?!

Nouveau rire général.

Le père de famille s’approcha de la table et trouva une petite capsule grise dans l’assiette de Mayeul.

-    Hey ! Touche pas à ma capsule, Ken, d’accord ?! ria Mayeul. Va jouer avec Barbie, plutôt !

Michael contracta ses mâchoires, et, gardant la capsule de son fils dans les mains, retourna dans la salle à manger.

 

Côté adultes.

 

-    J.P. ! appela-t-il. Sauf erreur de ma part, t’es médecin, non ?

-    C’est exact, répondit le père d’Alice et Clara.

-    Tu pourrais identifier ça, voir si c’est ce que je pense ? demanda Michael en montrant la capsule.

-    C’est du protoxyde d’azote ! s’exclama le toubib. Où est-ce que t’as trouvé ça ?

-    Dans l’assiette de mon fils, répondit Michael en tentant de garder son calme. Voilà pourquoi ça rigole fort ! Ils se sont tous shootés !

-    Oh ce n’est pas vrai ! s’alarma Thora. Mes filles n’ont pas pu faire ça, quand même !

-    Qu’est-ce qu’on fait ? demanda Béatrice sur un ton déterminé.

-    Il faut déjà attendre qu’ils redescendent, expliqua Jean-Pierre. Dans un quart d’heure grand maximum, ce sera terminé.

-    Et ensuite ? insista Béatrice. Chacun s’occupe de ses mômes, ou… ?

-    Je pense que ce serait préférable, dit Justin.

-    Auparavant, intervint Michael, si tout le monde me donne son feu vert, je vais leur passer un bon savon accompagné de quelques claques bien appuyées sur le derrière pour leur apprendre à consommer de la drogue dans ma maison ! Ensuite, chacun récupèrera ses enfants et vous en ferez ce que vous voudrez.

-    Ça nous va ! acta Gwendoline Kernec en parlant en son nom et celui de son mari.

-    Pareil ! affirmèrent les Guillaume.

-    On suit, dirent les Chapeau.

-    Parfait, acquiescèrent les parents d’Angélique.

-    Je suis content d’avoir puni ma fille ! souffla monsieur Duchemin.

-    Contre toute attente, je crois que Marie sera également contente d’avoir été punie ! enchaîna Scarlett.

 

Côté enfants.

 

-    J’ai un goût bizarre dans la bouche ! dit Clara.

-    Et moi j’ai un peu mal à la tête, confia Louise.

-    C’est trop bien ton truc ! s’enthousiasma Antonin. T’en as d’autres ?

-    Nan, répondit Jordan. L’artiste ne m’en a donné que douze et j’en ai inhalé deux, alors…

-    J’crois que j’vais vomir ! lança Clara avant de sortir en courant de la véranda.

 

Côté adultes.

 

       Les parents virent Clara traverser la salle à manger en courant vers les toilettes.

-    Ça y est, annonça Jean-Pierre. Ils redescendent. Maintenant, gare à leurs fesses !

Michael se rendit immédiatement dans la véranda.

 

Côté enfants.

 

-    Allez, tout le monde dans le salon ! gronda-t-il. Exécution ! Allez vous asseoir dans le canapé, vite !

Tous s’exécutèrent, prenant peu à peu conscience de leur bêtise. Certains titubaient, d’autres avaient mal à la tête ; mais tous reprenaient peu à peu leur état normal.

Les enfants s’installèrent le canapé, leurs parents leur faisant face, Michael Webber se tenant au milieu, bras croisés.

-    Ça va ?! gronda l’informaticien. La descente n’est pas trop dure ?!

Des « Non, monsieur » s’élevèrent timidement et aléatoirement des bouches adolescentes.

-    Qui a ramené cette merde dans ma maison ?! tempêta Michael.

Personne ne répondit.

-    Je vous ai posé une question ! insista le père de famille. Ce ne sont pas mes enfants puisque je sais que Louise et Mayeul sont des suiveurs, pas des leaders ! Donc j’ai le choix entre vous neuf ! J’élimine d’office Rose, Paloma et Clara. Il me reste Alice, Marylou, Angélique, et les trois garçons. Alors ?! Qui c’est ?!

Pas de réponse.

-    Louise ! Mayeul ! intervint Scarlett. Ouvrez vos bouches immédiatement ou je vais chercher le paddle !

Les deux enfants n’osèrent parler.

-    Non ? demanda Scarlett. Très bien !

En la voyant marcher vers le paddle accroché au mur, Louise ferma les yeux et craqua :

-    C’est Jordan !

Scarlett s’arrêta et retourna à sa précédente place, au sein du groupe de parents.

-    C’est vrai Jordan ?! gronda Simon. C’est toi qui as ramené ça ?!

Le coupable se mit à pleurer.

-    Simon, Béa, ce n’était pas prévu, mais vous m’autorisez… ? se renseigna l’hôte.

-    Tu es chez toi, Mike, répondit Béatrice. Ça a beau être notre fils, c’est chez toi qu’il a déconné. Tu n’as même pas à nous demander l’autorisation.

-    S’il vous plaît, monsieur ! dit-il alors Jordan en voyant Michael s’approcher de lui et lui attraper le poignet. Je suis désolé ! Pitié, monsieur Webber ! Je suis vraiment désolé !

-    C'est le copyright de ma fille, ça ! plaisanta Michael en jetant un regard complice à sa femme.

Mais la colère de Michael était trop grande pour qu’il cède : il prit une chaise de la salle à manger, s’assit dessus et baissa les vêtements du jeune homme avant de le basculer sur ses cuisses.

 

       Sous les yeux de toute l’assemble, Michael donna une sévère déculottée à Jordan Chapeau, une déculottée qui aurait dissuadé n’importe qui d’être désobéissant.

-    Tu as donné de la drogue à MES enfants ! Tu fais ce que tu veux avec ton propre corps, tu te débrouilles avec tes parents ; mais lorsque ça touche MES enfants, alors là, je t’assure que tu te mets automatiquement dans un pétrin innommable !

Le pauvre Jordan gigotait comme il pouvait pour tenter d’éviter les claques puissantes de monsieur muscles. Si les amis des Webber craignaient déjà les parents, cette déculottée publique ne pouvait qu’accentuer le phénomène !

       Le jeune resta plusieurs minutes sur les genoux de Michael jusqu’à ce que celui-ci arrête de taper. Jordan était en larmes ; après ces instants d’euphorie, la descente était on ne pouvait plus corsée !

-    Effectivement, ce serait bien que tu mettes un p’tit coup de pression à ma fille ! dit monsieur Duchemin à Michael une fois que ce dernier eut envoyé Jordan au coin. T'as l'air efficace, comme mec !

Ignorant la réplique de son ami, le père Webber se tourna vers les dix enfants terrifiés qui s’était prostrés dans le canapé.

-    Vous vous êtes permis de vous shooter la tronche sous MON toit, ignorant totalement les réels effets du protoxyde d’azote et ses conséquences !! gronda Michael. Vous vous êtes permis de vous faire planer en toute inconscience !! En dehors du fait que c’est hyper dangereux, c’est illégal !!

-    Je confirme, intervint Tristan Duchemin. Vos parents pourraient être poursuivis par la justice pour vous avoir laissés faire cela, même en l’ignorant !

-    Vous n’avez pas réfléchi une seule seconde ! gronda Michael en attrapant Rose pour lui flanquer cinq énormes claques sur le pantalon.

On dirait que vous n’avez rien dans le crâne ! continua-t-il en réitérant son geste avec Marylou.

Comme si vous n’étiez pas au courant que c’était une bêtise ! enchaîna-t-il en donnant cinq claques puissantes à Antonin.

Michael fit de même avec Axel, Paloma, Alice, Clara et Angélique. Tous penauds.

-    Maintenant, débrouillez-vous avec vos parents, ma femme et moi allons nous occuper de nos enfants !

Mayeul et Louise pâlirent. Scarlett s’adressa aux adultes :

-    Pour ne pas réveiller Marie, il faut vous rendre dans des pièces éloignées de sa chambre. La bibliothèque est disponible, tout comme la salle de sport, la buanderie, le sellier et le garage.

Les parents s’organisèrent avant d’attraper leurs enfants respectifs. Les parents Chapeau décidèrent même d’en remettre une couche à Jordan.

       Bientôt, Louise et Mayeul se retrouvèrent seuls avec leurs parents dans la grande pièce à vivre.

-    Vous nous avez terriblement déçus, dit Scarlett. Nous pensions que le fait que vous avoir punis hier allait vous dissuader de faire des bêtises, mais apparemment non. On va donc monter d’un cran.

Elle se tourna vers son mari, et demanda :

-    Louise ou Mayeul ?

-    Je prends Mayeul, tu prends Louise.

-    Je prends la brosse, annonça ensuite Scarlett.

-    Je prends le martinet, poursuivit Michael.

 

Côté adultes.

 

Une heure était passée depuis l’épisode avec le protoxyde d’azote et ses conséquences cuisantes. Les adultes dégustaient un plateau rempli de fromages variés, accompagné de pain frais et d’une salade verte vinaigrée. La conversation battait son plein, la détente était revenue.

Non seulement Mayeul et Louise avaient été envoyés au lit, mais Michael et Scarlett avaient réussi à trouver neuf coins dans la maison où punir leurs amis jusqu’à la fin de la soirée. Ces derniers n’osaient pas en bouger : une sévère menace de monsieur Webber avait suffit à les en dissuader.

       Les parents firent exprès de prolonger la soirée pour donner une bonne leçon à leurs rejetons. Ils rentrèrent chez eux à une heure tardive, ravis d’avoir de nouveaux amis et en se promettant de se refaire prochainement une soirée.

 

A suivre…

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