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Journal d'une étudiante accueillie. - Chapitre 109

 


Lundi 3 février 2020

 

Nous prenions tous les cinq le petit déjeuner lorsqu’Assa nous annonça depuis la cuisine où elle se tenait :

-    J’ai quelque chose à vous dire.

Mes parents échangèrent un regard inquiet puis maman répondit :

-    Bien sûr, Assa. Tu sais que tu peux tout nous dire. Approche donc !

La domestique s’avança près de la table où nous prenions notre repas et se confessa :

-    Je vous demande pardon d’avance de ce que je vais dire car mon but n’est aucunement de vous blesser. C’est juste que… je suis épuisée. Sans vouloir passer pour une fainéante, j’ai beaucoup trop de travail ! Je sais que je n’ai pas de papiers et donc pas les mêmes droits que les travailleurs français… Vous pouvez faire ce que vous voulez de moi ! Mais le fait est que j’ai beaucoup trop de travail et je ne m’en sors plus. Je passe l’aspirateur et la serpillère quotidiennement dans toutes les pièces de la maison, ce qui me prend déjà une demi-journée tant la maison est grande. Chaque jour également, je fais les poussières et range les objets qui sont dérangés. Je m’occupe du linge et du repassage. Je fais vos lits et change vos draps. Je nettoie quotidiennement vos chaussures. Je m’occupe également des chats : je les brosse deux fois par jour, je nettoie leurs litières trois fois par jour, je m’assure qu’ils aient assez d’eau et de nourriture. Et puis, lorsque Scarlett n’a pas le temps de cuisiner, je m’en charge. Je me charge aussi de laver les plats qui ne passent pas au lave-vaisselle. Je ne parle même pas de l’entretien des rideaux et des tapis… Je me sens épuisée et j’ai vraiment besoin d’avoir moins de travail.

-    Assa, nous sommes désolés ! dit papa. Tu es tellement efficace que nous n’avons pas songé un seul instant que tu étais exténuée. Tu aurais dû nous le dire plus tôt !

-    Que veux-tu que nous mettions en place pour te soulager ? se renseigna maman. Souhaites-tu que nous engagions un autre domestique ?

-    En réalité, il en faudrait au moins deux autres, précisa Assa à mi-voix.

-    Au moins ?! s’étonna Michael. Bon… Nous allons en discuter. Nous te promettons que nous ne laisserons pas la situation s’éterniser. Et puis, nous t’octroierons un jour de congé de plus dans la semaine ; celui qui te conviendra le mieux. Nous nous débrouillerons.

-    Merci beaucoup ! s’exclama Assa, satisfaite, avant de s’éclipser.

Je regardai mes parents, mon frère et ma sœur. Personne ne semblait outré à part moi. Je me mis donc à râler :

-    On ne pourrait pas aider nous-mêmes Assa au lieu d’engager des domestiques ?! On va vraiment devenir une famille d’aristocrates du début du XIXème siècle ?!

-    Marie chérie, nous ne pouvons pas nous occuper nous-mêmes des tâches ménagères étant donné que, nous te le rappelons, nous avons d’autres choses à gérer ! Et puis, cela nous permet à ton père et moi d’être davantage présents pour vous.

-    En plus nous créons de l’emploi, ajouta papa.

-    Vraiment, ça me dépasse ! m’écriai-je. Et puis d’abord, où vont-ils dormir, tous ?! Parce qu’Assa a sa propre suite, mais les autres ?! La maison n’est pas extensible !

-    Il va sûrement falloir qu’on déménage, dit papa. Nous voulions d’ailleurs vous en parler depuis quelques semaines mais avec tous les chamboulements qu’il y a eu, nous attendions le bon moment…

Je faillis faire un arrêt cardiaque. La dernière fois que ma famille d’accueil avait déménagé, Tom et Dana nous avaient abandonnées !

-    Déménager ?! paniqua Louise qui pensait sûrement la même chose que moi. Mais où ça ?!

-    A dix minutes d’ici, répondit Scarlett pour notre plus grand soulagement. Ça nous rapprochera même de votre école !

-    Vous avez déjà trouvé notre nouvelle maison, conclut Mayeul en grommelant. En fait, tout était décidé depuis bien longtemps !

-    Votre mère et moi avons acheté un manoir il y a une dizaine d’années déjà, expliqua papa. Nous y faisions effectuer des travaux de rénovation depuis tout ce temps. Les travaux se sont terminés il y a quelques semaines et nous souhaiterions maintenant nous y installer pour y vivre confortablement ; et si nous devons embaucher de nouveaux domestiques, c’est le moment idéal pour déménager.

-    Donc vous voulez qu’on aille vivre dans un manoir avec des domestiques à notre service ?! grondai-je. Non mais vous vous entendez, là ?! Allô !! Revenez sur terre !!

-    Baisse d’un ton, Marie ! me gronda ma mère. Tu n’as rien à redire sur le choix de vie que nous faisons ton père et moi ! Ce sont des décisions qui nous incombent. Ton insolence ne nous fera pas changer d’avis ; mais elle va te faire atterrir sur les genoux de ton père ; alors tiens ta langue !

-    Tu as le droit d’être fâchée ma puce, me dit Michael, mais je t’assure que tout se passera bien.

-    Mais moi j’aime bien notre maison ici ! se plaignit Louise. Et ma chambre aussi ! Je n’ai pas envie de déménager !

-    Même si dans ta nouvelle chambre, ton lit se trouve sur une magnifique estrade et que tu as ta propre salle de bain avec baignoire à remous ? se renseigna maman avec un sourire en coin.

-    Ma propre salle de bain ? répéta Louise, bouche bée.

-    Oui, vous aurez tous les quatre vos propres salles de bain, affirma papa. Et vos chambres seront deux à trois fois plus grandes que les actuelles.

Les avantages énumérés par nos parents mirent fin au débat : Louise et Mayeul étaient comblés (moi aussi dans un sens, même si j’étais vraiment mal à l’aise avec tout ce luxe !) et nos parents décidèrent que nous déménagerions cette semaine. Dès samedi soir, nous emménagerions dans notre manoir. Michael et Scarlett feraient appel à une équipe de déménageurs professionnels afin que nous n’ayons rien à gérer ; et dans le même temps, maman s’occuperait de chercher de nouveaux domestiques. Je ne savais pas que les choses pouvaient se passer aussi rapidement et aussi facilement, ce qui me fit me rendre compte que nos parents n’attendaient que notre feu vert à mon frère, ma sœur et moi pour déménager.

Et la pauvre Ana qui n’aurait pas l’occasion de revoir notre jolie maison avant de sortir de son centre de redressement !

 

 

-    Mais, vous ne venez pas tout juste d’effectuer des travaux dans votre maison actuelle ? se renseigna Alice lorsque nous lui fîmes part de notre déménagement à la récré. J’ai entendu vos parents en parler vendredi soir !

-    Si, acquiesçai-je, mais Michael et Scarlett sont tellement blindés qu’ils s’en moquent ! Je n’ai même pas demandé ce qu’ils allaient faire de leur maison actuelle…

-    Vous verrez, c’est cool de vivre dans un manoir avec des domestiques ! dit Magda. On se sent comme une princesse !

-    Mouais, ça fait surtout plus de public quand tu te retrouves au coin après une fessée, rappelai-je à mon amie.

-    Oh, à force ils sont habitués ! se résigna Magda. Ils ne font même plus attention !

La discussion s’orienta ensuite autour de la soirée de vendredi et de ce qu'il s’y était passé. Ce fut bien la première fois où Magdalena et moi étions contentes d’avoir été punies !

 

       Puisque papa avait décidé d’être sur mon dos 24h/24, il nous avait désinscrits de la cantine ; il vint donc nous chercher Louise, Mayeul et moi à 11h30 pour nous ramener à la maison pour le déjeuner.

 

       L’après-midi se passa comme sur des roulettes jusqu’au latin : Sœur Bernarde décida d’interroger au hasard quelques élèves sur les déclinaisons pour vérifier que nous les avions bien apprises. Marylou écopa d’un 2/20, Paloma d’un 18/20. Clara fit un sans-faute, tout comme cette fayotte de Juliette Laforge.

-    Et pour terminer… Marie Webber ! désigna Sœur Bernarde.

Et voilà. C’était pour ma gueule.

5/20.

Quand mes parents apprendraient ça, j’étais bonne pour un savon monumental et, selon le barème, soixante-quinze claques sur mes fesses nues. La misère !!

 

Quand Michael vint nous chercher à l’école, nous étions dans le vert Louise et moi ; et puisque la Sœur était occupée à parler avec d’autres parents, elle ne put pas annoncer à mon père que j’avais eu une nouvelle note de latin. Pour mon plus grand soulagement, cette note n’avait pas non plus été entrée sur le site intranet de l’école. J’avais encore un peu de sursis !

 

Après le goûter, puisque nous n’avions pas beaucoup de devoirs – pour une fois ! – nos parents consentirent à nous emmener visiter le manoir, pliant sous les demandes incessantes de Louise.

 

       Il est vrai que l’édifice avait de la gueule, comme on dit ! De l’extérieur, j’aurais juré qu’il était hanté ; mais l’intérieur était refait au goût du couple Webber : la modernité était au rendez-vous ! Soudain, je ne voyais plus les fantômes mais un luxe apparent dans chaque pièce. Notre nouvelle maison ne comptait pas moins de sept chambres, possédant toutes leur salle de bains attenante. Nous vivrions au rez-de-chaussée et au premier étage, tandis que le deuxième étage serait exclusivement réservé aux domestiques. J’avais l’impression d’avoir fait un saut dans le temps jusqu’au XIXème siècle ! C’était assez impressionnant !

 

       Nous rentrâmes à la maison pour dix-neuf heures et dinâmes un excellent repas préparé par Assa. Puis, après avoir pris ma douche et m’être mise en pyjama, Michael vint vérifier mes devoirs et m’obligea à lire mon livre jusqu’à l’heure du coucher.

-    Tu es prête pour ton interrogation de demain matin sur ton livre ? se renseigna-t-il en venant me border.

-    Oui papa, répondis-je. Ça ira.

-    Il y a intérêt, affirma-t-il. Je n’hésiterai pas à appliquer le barème !

J’avais toujours en tête ma note de latin, et heureusement, Louise ne m’avait pas balancée, même si elle m’avait fortement conseillé de le dire. « Faute avouée, à moitié pardonnée ! » plaidait-t-elle. Elle avait peut-être raison ; mais c’était facile à dire pour elle qui n’était pas concernée par la dite faute !

Pour le moment, il était temps de dormir. J’étais épuisée. Michael se pencha vers moi et m’embrassa tendrement sur le front avant de me dire : « Bonne nuit ma princesse. Je t’aime très fort ! ».

 

A suivre…

Commentaires

  1. Un manoir ? Hmmm ! C'est plein de potentiel pour pimenter l'histoire, vas savoir, des pièces secrètes, des tunnels cachés ?... Que de possibilités de faire des bêtises... Ou de s'amuser...

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  2. Encore des rebondissements 😯
    La vie de famille va être de nouveau chamboulée et peut-être moins coocooning dans cette immense bâtisse ...
    Un peu moins de liberté encore pour Marie qui va être soumise à l'œil vigilant des parents pour le repas du midi ... et moins de temps pour les bêtises à l'école !
    Ah ah 🤔 première faille de Michael concernant la vérification des leçons et devoirs ? Encore une mauvaise note pour Marie en latin 😒 ! Décidément, des promesses en l'air ??? Comment a-t-il pu laisser passer ? Elle a testé, elle a gagné 👍 enfin ... pas pour longtemps je pense.
    J'ai hâte !!!

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