Lundi 3 février 2020
Nous prenions tous les
cinq le petit déjeuner lorsqu’Assa nous annonça depuis la cuisine où elle se
tenait :
- J’ai quelque chose à
vous dire.
Mes parents échangèrent un regard inquiet puis
maman répondit :
- Bien sûr, Assa. Tu sais
que tu peux tout nous dire. Approche donc !
La domestique s’avança près de la table où nous
prenions notre repas et se confessa :
- Je vous demande pardon
d’avance de ce que je vais dire car mon but n’est aucunement de vous blesser.
C’est juste que… je suis épuisée. Sans vouloir passer pour une fainéante, j’ai
beaucoup trop de travail ! Je sais que je n’ai pas de papiers et donc pas
les mêmes droits que les travailleurs français… Vous pouvez faire ce que vous
voulez de moi ! Mais le fait est que j’ai beaucoup trop de travail et je
ne m’en sors plus. Je passe l’aspirateur et la serpillère quotidiennement dans
toutes les pièces de la maison, ce qui me prend déjà une demi-journée tant la
maison est grande. Chaque jour également, je fais les poussières et range les
objets qui sont dérangés. Je m’occupe du linge et du repassage. Je fais vos
lits et change vos draps. Je nettoie quotidiennement vos chaussures. Je
m’occupe également des chats : je les brosse deux fois par jour, je
nettoie leurs litières trois fois par jour, je m’assure qu’ils aient assez
d’eau et de nourriture. Et puis, lorsque Scarlett n’a pas le temps de cuisiner,
je m’en charge. Je me charge aussi de laver les plats qui ne passent pas au
lave-vaisselle. Je ne parle même pas de l’entretien des rideaux et des tapis… Je
me sens épuisée et j’ai vraiment besoin d’avoir moins de travail.
- Assa, nous sommes
désolés ! dit papa. Tu es tellement efficace que nous n’avons pas songé un
seul instant que tu étais exténuée. Tu aurais dû nous le dire plus tôt !
- Que veux-tu que nous
mettions en place pour te soulager ? se renseigna maman. Souhaites-tu que
nous engagions un autre domestique ?
- En réalité, il en
faudrait au moins deux autres, précisa Assa à mi-voix.
- Au moins ?!
s’étonna Michael. Bon… Nous allons en discuter. Nous te promettons que nous ne
laisserons pas la situation s’éterniser. Et puis, nous t’octroierons un jour de
congé de plus dans la semaine ; celui qui te conviendra le mieux. Nous nous
débrouillerons.
- Merci beaucoup !
s’exclama Assa, satisfaite, avant de s’éclipser.
Je regardai mes parents, mon frère et ma sœur.
Personne ne semblait outré à part moi. Je me mis donc à râler :
- On ne pourrait pas
aider nous-mêmes Assa au lieu d’engager des domestiques ?! On va
vraiment devenir une famille d’aristocrates du début du XIXème siècle ?!
- Marie chérie, nous ne
pouvons pas nous occuper nous-mêmes des tâches ménagères étant donné que, nous
te le rappelons, nous avons d’autres choses à gérer ! Et puis, cela nous
permet à ton père et moi d’être davantage présents pour vous.
- En plus nous créons de
l’emploi, ajouta papa.
- Vraiment, ça me
dépasse ! m’écriai-je. Et puis d’abord, où vont-ils dormir, tous ?!
Parce qu’Assa a sa propre suite, mais les autres ?! La maison n’est pas
extensible !
- Il va sûrement falloir
qu’on déménage, dit papa. Nous voulions d’ailleurs vous en parler depuis
quelques semaines mais avec tous les chamboulements qu’il y a eu, nous
attendions le bon moment…
Je faillis faire un arrêt cardiaque. La
dernière fois que ma famille d’accueil avait déménagé, Tom et Dana nous avaient
abandonnées !
- Déménager ?!
paniqua Louise qui pensait sûrement la même chose que moi. Mais où ça ?!
- A dix minutes d’ici,
répondit Scarlett pour notre plus grand soulagement. Ça nous rapprochera même
de votre école !
- Vous avez déjà trouvé
notre nouvelle maison, conclut Mayeul en grommelant. En fait, tout était décidé
depuis bien longtemps !
- Votre mère et moi avons
acheté un manoir il y a une dizaine d’années déjà, expliqua papa. Nous y faisions
effectuer des travaux de rénovation depuis tout ce temps. Les travaux se sont
terminés il y a quelques semaines et nous souhaiterions maintenant nous y
installer pour y vivre confortablement ; et si nous devons embaucher de
nouveaux domestiques, c’est le moment idéal pour déménager.
- Donc vous voulez qu’on
aille vivre dans un manoir avec des domestiques à notre service ?!
grondai-je. Non mais vous vous entendez, là ?! Allô !! Revenez sur
terre !!
- Baisse d’un ton,
Marie ! me gronda ma mère. Tu n’as rien à redire sur le choix de vie que
nous faisons ton père et moi ! Ce sont des décisions qui nous incombent.
Ton insolence ne nous fera pas changer d’avis ; mais elle va te faire
atterrir sur les genoux de ton père ; alors tiens ta langue !
- Tu as le droit d’être
fâchée ma puce, me dit Michael, mais je t’assure que tout se passera bien.
- Mais moi j’aime bien
notre maison ici ! se plaignit Louise. Et ma chambre aussi ! Je n’ai
pas envie de déménager !
- Même si dans ta
nouvelle chambre, ton lit se trouve sur une magnifique estrade et que tu as ta
propre salle de bain avec baignoire à remous ? se renseigna maman avec un
sourire en coin.
- Ma propre salle de bain ?
répéta Louise, bouche bée.
- Oui, vous aurez tous
les quatre vos propres salles de bain, affirma papa. Et vos chambres seront
deux à trois fois plus grandes que les actuelles.
Les avantages énumérés par nos parents mirent fin
au débat : Louise et Mayeul étaient comblés (moi aussi dans un sens, même
si j’étais vraiment mal à l’aise avec tout ce luxe !) et nos parents
décidèrent que nous déménagerions cette semaine. Dès samedi soir, nous
emménagerions dans notre manoir. Michael et Scarlett feraient appel à une
équipe de déménageurs professionnels afin que nous n’ayons rien à gérer ;
et dans le même temps, maman s’occuperait de chercher de nouveaux domestiques.
Je ne savais pas que les choses pouvaient se passer aussi rapidement et aussi facilement,
ce qui me fit me rendre compte que nos parents n’attendaient que notre feu vert
à mon frère, ma sœur et moi pour déménager.
Et la pauvre Ana qui n’aurait pas l’occasion de
revoir notre jolie maison avant de sortir de son centre de redressement !
- Mais, vous ne venez pas
tout juste d’effectuer des travaux dans votre maison actuelle ? se
renseigna Alice lorsque nous lui fîmes part de notre déménagement à la récré.
J’ai entendu vos parents en parler vendredi soir !
- Si, acquiesçai-je, mais
Michael et Scarlett sont tellement blindés qu’ils s’en moquent ! Je n’ai
même pas demandé ce qu’ils allaient faire de leur maison actuelle…
- Vous verrez, c’est cool
de vivre dans un manoir avec des domestiques ! dit Magda. On se sent comme
une princesse !
- Mouais, ça fait surtout
plus de public quand tu te retrouves au coin après une fessée, rappelai-je à
mon amie.
- Oh, à force ils sont
habitués ! se résigna Magda. Ils ne font même plus attention !
La discussion s’orienta ensuite autour de la
soirée de vendredi et de ce qu'il s’y était passé. Ce fut bien la première fois
où Magdalena et moi étions contentes d’avoir été punies !
Puisque
papa avait décidé d’être sur mon dos 24h/24, il nous avait désinscrits de la
cantine ; il vint donc nous chercher Louise, Mayeul et moi à 11h30 pour
nous ramener à la maison pour le déjeuner.
L’après-midi
se passa comme sur des roulettes jusqu’au latin : Sœur Bernarde décida d’interroger
au hasard quelques élèves sur les déclinaisons pour vérifier que nous les
avions bien apprises. Marylou écopa d’un 2/20, Paloma d’un 18/20. Clara fit un sans-faute,
tout comme cette fayotte de Juliette Laforge.
- Et pour terminer… Marie
Webber ! désigna Sœur Bernarde.
Et voilà. C’était pour ma gueule.
5/20.
Quand mes parents apprendraient ça, j’étais
bonne pour un savon monumental et, selon le barème, soixante-quinze claques sur
mes fesses nues. La misère !!
Quand Michael vint nous
chercher à l’école, nous étions dans le vert Louise et moi ; et puisque la
Sœur était occupée à parler avec d’autres parents, elle ne put pas annoncer à
mon père que j’avais eu une nouvelle note de latin. Pour mon plus grand
soulagement, cette note n’avait pas non plus été entrée sur le site intranet de
l’école. J’avais encore un peu de sursis !
Après le goûter,
puisque nous n’avions pas beaucoup de devoirs – pour une fois ! – nos
parents consentirent à nous emmener visiter le manoir, pliant sous les demandes
incessantes de Louise.
Il
est vrai que l’édifice avait de la gueule, comme on dit ! De l’extérieur,
j’aurais juré qu’il était hanté ; mais l’intérieur était refait au goût du
couple Webber : la modernité était au rendez-vous ! Soudain, je ne
voyais plus les fantômes mais un luxe apparent dans chaque pièce. Notre
nouvelle maison ne comptait pas moins de sept chambres, possédant toutes leur
salle de bains attenante. Nous vivrions au rez-de-chaussée et au premier étage,
tandis que le deuxième étage serait exclusivement réservé aux domestiques.
J’avais l’impression d’avoir fait un saut dans le temps jusqu’au XIXème siècle ! C’était assez
impressionnant !
Nous
rentrâmes à la maison pour dix-neuf heures et dinâmes un excellent repas
préparé par Assa. Puis, après avoir pris ma douche et m’être mise en pyjama,
Michael vint vérifier mes devoirs et m’obligea à lire mon livre jusqu’à l’heure
du coucher.
- Tu es prête pour ton
interrogation de demain matin sur ton livre ? se renseigna-t-il en venant
me border.
- Oui papa, répondis-je.
Ça ira.
- Il y a intérêt,
affirma-t-il. Je n’hésiterai pas à appliquer le barème !
J’avais toujours en tête ma note de latin, et
heureusement, Louise ne m’avait pas balancée, même si elle m’avait fortement
conseillé de le dire. « Faute avouée, à moitié pardonnée ! »
plaidait-t-elle. Elle avait peut-être raison ; mais c’était facile à dire pour
elle qui n’était pas concernée par la dite faute !
Pour le moment, il était temps de dormir. J’étais épuisée.
Michael se pencha vers moi et m’embrassa tendrement sur le front avant de me
dire : « Bonne nuit ma princesse. Je t’aime très fort ! ».
A suivre…

Un manoir ? Hmmm ! C'est plein de potentiel pour pimenter l'histoire, vas savoir, des pièces secrètes, des tunnels cachés ?... Que de possibilités de faire des bêtises... Ou de s'amuser...
RépondreSupprimerEncore des rebondissements 😯
RépondreSupprimerLa vie de famille va être de nouveau chamboulée et peut-être moins coocooning dans cette immense bâtisse ...
Un peu moins de liberté encore pour Marie qui va être soumise à l'œil vigilant des parents pour le repas du midi ... et moins de temps pour les bêtises à l'école !
Ah ah 🤔 première faille de Michael concernant la vérification des leçons et devoirs ? Encore une mauvaise note pour Marie en latin 😒 ! Décidément, des promesses en l'air ??? Comment a-t-il pu laisser passer ? Elle a testé, elle a gagné 👍 enfin ... pas pour longtemps je pense.
J'ai hâte !!!