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Le suivi de Little Princess - Sur la corde raide.

 


       Il y a quatre ans et demi, le tutorat avec Yves avait échoué : à l’époque, j’étais un trop gros poisson et Yves s’était mal préparé. Il avait quelque peu sous-estimé la « mission Lucie ». Même si cela avait été un échec, nous étions néanmoins restés en contact chaleureux. D’ailleurs, Yves disait s’être drastiquement amélioré depuis qu’il m’avait rencontrée. « Aucun homme ne peut prétendre être un vrai tuteur s’il n’a pas eu Lucie en tutorat ! » disait-il. Peut-être était-ce à cause de mon cas très singulier. On ne cesse de me répéter que je suis unique, et dans ce « monde » de la fessée auquel je n’appartiens pas vraiment (hormis ce blog), cela se vérifie.

       Malgré la défaite d’Yves fin 2021, je lui avais tout de même envoyé un message pour seconder Gabriel (voir l’article « Trois pour le prix d’un ! »). Yves arriva à la maison ce lundi 23 février et c’est tout naturellement en réelle conquérante que je l’accueillis. J’avais réussi à le manipuler une fois, pourquoi pas deux ?

 

Samedi matin, Gabriel est parti de la maison en me menaçant : si je jouais trop avec Yves et que j’abusais en mettant en danger ma santé, il n’hésiterait pas à appeler Thomas. La menace était de taille ; je n’avais pas du tout envie de me retrouver à nouveau chez le tuteur qui me terrifiait le plus.

Depuis sa maison dans le sud, Gabriel suivrait donc à distance le séjour d’Yves chez moi ; et si quoique ce soit n’allait pas, il n’hésiterait pas à intervenir, auprès d’Yves dans un premier temps, et auprès de Thomas dans un second temps.

 

       Yves arriva en milieu d’après-midi lundi. Après quatre ans et demi de séparation, nous étions contents de nous revoir ! Même si je ne pus pas le prendre dans mes bras car j’étais en plein ménage et donc en mode « Cendrillon pleine de sueur », je le fis entrer dans la maison. Après huit heures de route depuis la frontière espagnole pour arriver chez moi en région parisienne, il avait bien le droit de se poser !

Je finis mon ménage et pris une douche, puis je pus enfin me poser avec lui pour boire une boisson chaude. Nous discutâmes et échangeâmes des nouvelles.

Yves est un habitué du monde de la fessée, il y a beaucoup d’amis et participe/organise des munchs (je ne savais pas ce que c’était avant qu’il me l’explique !). Pour moi, tout cela est lunaire. Je me contente de mon petit blog et de la pub autour de celui-ci ; et si j’aime inventer des histoires autour de ce thème, recevoir la fessée n’est ni une partie de plaisir, ni un fantasme ! C’est une réelle punition, malheureusement nécessaire pour me cadrer à défaut d’autre méthode efficace.

Yves me narra donc quelques histoires sur ses amis du monde de la fessée qui me firent halluciner. Cette pratique plutôt taboue dans la société actuelle avait l’air bien plus répandue que je ne le croyais !

 

       Alors que j’allais proposer à Yves d’aller dîner au restaurant, il se mit à regarder le fameux tableau que je remplis régulièrement. Il remarqua un médicament, l’Esoméprazole, dont je dois prendre un comprimé au coucher chaque jour, et qui n’était jamais avalé. Il est vrai que j’avais tendance à le zapper et cela faisait trop longtemps que ça durait.

Malgré mes protestations et ma tentative de fuite, Yves m’attrapa fermement le poignet et s’assit sur mon canapé avant de m’allonger sur ses genoux. Il baissa immédiatement mon legging et ma culotte et asséna les premières claques.

Elles étaient fortes. Trop fortes. Beaucoup, beaucoup trop fortes. Les deux premières claques avaient déjà dépassé mes limites et le traumatisme vécu avec Robin me vint tout de suite en tête. Yves abattit encore six ou sept claques du même calibre. Je me plaignis immédiatement :

-    Tu tapes trop fort ! Ça fait trop mal ! Tu tapes vraiment trop fort !

-    Une fessée est faite pour faire mal, me répondit-il.

Il asséna une dizaine d’autres claques du même calibre et je poussai un cri aigu avant d’insister :

-    Stop ! Tu tapes trop fort ! Tu dépasses mes limites !

J’avais confiance en Yves. Pourquoi y allait-il aussi fort ? Peut-être avait-il encore en tête l’échec d’il y a quatre ans (il me semble d’ailleurs que son seul échec était avec moi) et il ne voulait pas que cela se reproduise ? Mais dans ce cas, pourquoi ne faisait-il pas l’inverse ? Pourquoi ne pas taper « doucement » puis augmenter l’intensité petit à petit tout en observant ma réaction ?

A force de plaintes, je crois qu’il comprit car il baissa d’un chouilla la force des claques ; mais elles restaient très, très fortes. Heureusement, cela ne dura qu’une demi-minute (peut-être moins ?) avant qu’il ne m’envoie au coin. Il s’approcha alors de moi et me prévint :

-    Tu as intérêt à prendre tes médicaments sinon c’est la fessée debout que tu prendras !

Et il m’asséna quelques claques debout (que je trouvais parfaitement injustifiées, d’ailleurs, puisqu’il m’avait dit qu’il me les donnerait si je ne prenais pas mes médicaments, or je n’avais même pas encore eu l’occasion de les prendre !) avant de me laisser tranquille une ou deux minutes. Puis, il me ramena sur ses genoux et me dit :

-    Bon, pour ce qui est des excès de vitesse, je crois que ton frère s’en est chargé.

Effectivement, il s’en était chargé il y avait dix jours de cela et je m’en souvenais encore !

-    En revanche, pour ce qui est des heures de sommeil, ce n’est pas bon du tout ! Ça ne me plaît pas !

Et des claques (plus modérées cette fois-ci) tombèrent pendant une trentaine de secondes avant qu’il ne me lâche et me dise :

-    Maintenant, tu peux aller bouder dans ta chambre !

Je me rhabillai et m’y rendis sur le champ.

M’allongeant sur mon lit, j’étais un peu chamboulée. Je ne savais pas quoi penser de tout ce qui venait de se passer.

Yves avait dépassé mes limites dès les premières claques, ce qui avait fortement amoché toute la confiance que je lui portais pour me discipliner, suite au traumatisme que j’avais vécu avec Robin. Allongée sur mon lit, je ressentais un sentiment bizarre… Je ne me sentais pas trahie par Yves mais j’avais mal au cœur, c’était certain. Et puis, cette fessée avait été très courte, moi qui avais l’habitude de longues tannées éternelles sur les genoux de mon frère. Même avec Thomas, ça durait longtemps ! Je me souviens en écrivant ces lignes que le fait que cette fessée ait été courte ne m’a pas laissé franchement le temps de comprendre ce qui m’arrivait et de penser à ce qui m’était reproché.

Bref, c’était un autre tuteur. Ce n’était ni Thomas, ni Gabriel ; et après l’échec du tutorat avec Yves et quatre ans et demi de séparation, je me rendais compte que nous ne nous connaissions pas si bien que ça sur le plan pratique. Nous ne nous connaissions presque pas… Il connaissait mes points faibles, ça oui (comme toute personne suivant ce blog) mais il ne maîtrisait pas la façon d’aborder une punition avec moi. Et à l’inverse, je ne connaissais pas non plus sa façon d’aborder une punition.

       Je restai dans ma chambre quelques minutes, essayant de comprendre ce qu’il venait de se passer ; car bien que ç’ait été très court, il s’était passé beaucoup de choses dans ma tête.

Je soupirai, essayant de faire le vide et tentant de déceler l’émotion principale. Et c’était le manque. Je voulais Gabriel. J’avais besoin de Gabriel. J’avais l’habitude que ce soit lui qui me réconforte après une fessée. Sur le moment, mon frère me manquait terriblement ; et ensuite, je pensais à Thomas, qui me manquait aussi. Gabriel et Thomas étaient les deux personnes avec lesquelles je passais de très sales quarts d’heure, certes, mais avec lesquelles je me sentais totalement en sécurité pendant et après la punition. Le fait qu’Yves y ait été beaucoup trop fort dès le début avait hissé des barrières dont je ne soupçonnais pas l’existence.

       Bon, il fallait que je me ressaisisse. Yves était là pour trois nuits et je n’allais pas m’arrêter à ça. Il fallait que je reprenne du poil de la bête. Nous étions quand même très contents de nous revoir ! Je sortis de ma chambre sans lui expliquer ce qui s’était passé en moi (c’était peut-être une erreur, mais je craignais trop de le blesser pour lui en parler) et lui proposai d’aller au resto.

 

       Nous passâmes un très bon moment convivial au resto. Je participais à la conversation, contente de passer un moment avec un ami ; mais je ne perdais pas de vue l’objectif que j’avais en tête, à savoir ne plus prendre de fessée de tout le séjour et ce, pour trois raisons :

-    Je ne voulais plus ressentir l’insécurité émotionnelle que je venais de ressentir,

-    Je voulais pouvoir faire ce que je voulais sans conséquence,

-    Je ne voulais tout simplement pas être punie.

 

Le soir, Yves m’autorisa à me coucher à minuit au lieu de vingt-trois heures puisque j’étais en vacances et que j’avais quand même bien le droit d’en profiter. Pour mettre toutes les chances de mon côté et lui prouver que j’étais de bonne foi, je me couchai pour 23h45 après avoir pris mon comprimé d’Esoméprazole.

 

Je me levai mardi matin après avoir respecté un alitement de onze heures, ce qui me faisait gagner quelques points auprès d’Yves. Plus je ferais d’efforts, moins il se méfierait : c’est pour cela que je me mis en tête de prendre tous les médicaments de la journée. Puisqu’Yves était là et qu’il pouvait me donner la fessée à tout moment, j’avais donc une menace constante, ce qui me motiverait à fournir des efforts concernant mon traitement.

Après manger, il fallut que j’aille à la sieste : j’obéis sans rechigner après avoir pris tous mes médicaments jusqu’alors. Yves ne se méfia pas et ne vint pas vérifier que je dormais, ce qui me permit de jouer un peu sur mon ordinateur. Je décidai tout de même de reposer mes yeux une demi-heure pour marquer quelques points et éviter de déclencher une crise intestinale.

Lorsque je me levai, je vis qu’Yves n’y avait vu que du feu : parfait ! Il n’y aurait donc aucune conséquence.

L’après-midi était pluvieux, j’en profitai pour avancer sur l’écriture de mon livre et corriger les copies déplorables de Brevet blanc de mes élèves de 3ème. Yves m’y aida un petit peu.

 

       Le soir, j’appelai mon amour de mari (comme tous les soirs lorsqu’il est en déplacement), puis j’appelai mon frère pour lui raconter ma journée. Lorsqu’il apprit que ma sieste n’avait pas été correctement faite, il me menaça une nouvelle fois : « Attention, Lucie, ne joue pas trop, je te préviens… ».

       Pourtant, aux yeux d’Yves, j’avais été irréprochable : tous les médicaments de la journée avaient été pris, j’avais fait ma sieste sans rechigner et j’étais allée passer la soirée dans ma chambre pour travailler sur mon livre, assurant de me coucher à minuit.

Yves ne vint pas vérifier. Je décidai de m’endormir à deux heures du matin.

Forcément, je fus réveillée à peine une demi-heure plus tard par une violente crise de douleur. J’avais l’impression que l’on m’enfonçait plusieurs épées dans le ventre ; normal, je n’avais pas respecté le rythme de sommeil préconisé par le médecin. Mes intestins ne me laissèrent tranquille qu’à quatre heures du matin, où je pus tranquillement commencer ma nuit.

 

       Hier matin, mercredi donc, je me levai aux alentours de onze heures, n’ayant pas respecté scrupuleusement mes dix heures d’alitement. Je n’étais pas très en forme – évidemment… - et avouai à Yves que j’avais été malade une partie de la nuit.

-    Ah bon ? Mais pourtant, tu t’es couchée à l’heure, non ?

-    Oui, je me suis couchée à l’heure, répondis-je.

A l’heure de deux heures du matin, omis-je de préciser.

-    Et tu as pris tous tes médicaments, hier ! ajouta-t-il.

-    Effectivement, dis-je en toute honnêteté (il fallait mettre toutes les chances de mon côté…).

Yves ne comprenait donc pas pourquoi j’avais été malade et était désolé pour moi. Je culpabilisais. Le pauvre ! J’étais tout bonnement en train de le manipuler. Il n’avait pas vérifié ni à la sieste, ni le soir au coucher si je m’étais endormie à l’heure, et j’en avais bien profité pour faire exactement ce que je voulais. La crise intestinale était douloureuse, certes, mais elle n’avait duré que deux fois vingt-cinq minutes. En contrepartie, j’avais au moins pu profiter de ma soirée confortablement.

       En me levant hier matin après sept heures d’alitement donc, je me rendis compte qu’un de mes médicaments manquait à l’appel : rupture de stock. Il fallait que j’aille à la pharmacie mais j’avais une sacrée flemmingite aigüe. Je décidai de cacher la non-prise de ce médicament à Yves en faisant en sorte de les avoir déjà dans la bouche lorsque j’arrivais à table ; je n’avais plus qu’à les avaler avec un peu d’eau. Ainsi, Yves ne voyait pas qu’il n’y en avait que deux sur les trois habituels.

 

Après le repas, je traînai pour aller à la sieste ; mais il ne fallait pas que je rechigne trop car Yves trouverait un point noir à ce séjour jusque là parfait (mis à part la fessée de lundi). A treize heures trente, je l’informai donc en prenant mon ordinateur avec moi que j’allais écrire un peu dans ma chambre avant de dormir.

-    D’accord, me dit-il. Mais à quatorze heures, tu dors !

Je ne me couchai qu’à quatorze heures quinze-vingt, au moment où Yves vint vérifier pour la première fois que j’étais endormie.

       Seulement, il y avait un Drive à récupérer au supermarché à quinze heures ; j’avais fait en sorte que ma sieste soit ainsi écourtée. Je ne restai donc qu’un quart d’heure au lit. Une fois de plus, j’avais eu ce que je voulais sans qu’Yves ne remarque quoique ce soit !

 

       Mais Gabriel n’allait pas tarder à me demander de remplir le tableau ; et lorsqu’il verrait mon coucher à 4h, mes deux siestes d’affilées qui avaient été écourtées et mes seulement 7h d’alitement cette nuit, il me passerait immédiatement un savon et enverrait tout de suite un message à Thomas.

 

       Thomas représente la punition ultime. Thomas est tellement impressionnant, autoritaire et sévère que l’idée d’aller chez lui me fait trembler d’avance. Et lui, impossible de l’entourlouper ou de lui raconter des cracks ; d’autant plus qu’avec la dernière séance quasi-inefficace chez lui, il m’attend de pied très ferme et m’a promis que si je devais revenir, je ne prendrais que des fessées manuelles très infantilisantes. Un cauchemar sans nom. Rien que d’y penser, j’ai déjà une boule dans le ventre. Hors de question que mon frère appuie sur le bouton « envoyer » !

 

       Alors je pris les devants. J’envoyai à mon frère : « S’il te plaît, n’envoie pas de message à Thomas quand tu verras le tableau. »

« D’ailleurs, remplis-le. » me répondit-il.

« Je le remplirai demain. »

« Non, tu le remplis maintenant. »

« Non. »

« Si, si, remplis-le. Je sens que ça va être très instructif ! »

Gabriel, Thomas et Yves avaient accès au tableau. Evidemment, je refusais de remplir le tableau tant qu’Yves était à la maison. Lui qui n’y voyait jusque-là que du feu se rendrait peut-être compte de la supercherie et verrait que je le menais en bateau depuis quarante-huit heures. Hors de question que je prenne une fessée. Je préférais tenir tête à mon frère qui, dans l’immédiat, était bien moins dangereux qu’Yves qui m’avait sous la main.

« Lucie, ne joue pas… » me prévint mon frère.

« Je ne joue pas, je te tiens tête. C’est différent ! »

« Remplis ce tableau. Tout de suite. »

« Non. »

« Ok. »

Son « ok » ne m’augura rien de bon ; et effectivement, à peine deux secondes plus tard, le téléphone d’Yves se mit à sonner. Gabriel lui demanda de me faire remplir le tableau.

« Tu me saoules ! » lui envoyai-je une fois que lui et Yves eurent raccroché.

« J’ai appuyé sur le bouton orange. Demain, ce sera le bouton rouge. »

En réalité, je considérais plutôt mon frère comme le bouton orange. Je savais que la prochaine fois qu’il viendrait à la maison, il n’aurait pas oublié ô combien j’avais voulu n’en faire qu’à ma tête avec Yves.

       Forcément, l’appel de Gabriel éveilla des soupçons chez Yves. Dès mardi soir, Gabriel ou Thomas se seraient dit : « C’est trop parfait, ça cache quelque chose. Elle est en train de me la mettre à l’envers !! » mais Yves n’y avait jusque-là vu que du feu et ça avait marché. Du moins, jusqu’à ce que mon frère l’appelle.

       Je dus remplir le tableau ; mais je ne remplis que le mardi. Ainsi, personne ne saurait qu’aujourd’hui, mercredi, un médicament n’avait pas du tout été pris et la sieste à peine effectuée.

Mais même sur la seule journée de mardi, Yves continuait d’avoir des doutes. Il était plus que temps de mettre à profit mes trois années de scolarité aux Cours Florent. Et puis, j’étais maintenant à la tête d’une troupe de théâtre de quatorze adultes ; je devais faire une démonstration de bonne comédienne en bonne et due forme !

       Devant les doutes d’Yves, je pris mon air offusqué un peu exagéré, en disant :

-    De toute façon, mon frère ne me croit jamais, c’est abusé ! Il doute toujours de mes efforts !

Forcément, il me connaît par cœur. Gabriel, Hugo et Jeanne sont les trois personnes qui me connaissent le mieux sur Terre.

Yves se rallia de mon côté (Ouf ! Je n’avais pas perdu mes talents de comédienne !) même si Gabriel continuait de l’assaillir de messages pour lui faire comprendre que j’étais littéralement en train de me payer sa tête et qu’il devait me coller une trempe salée.

De bonne foi, Yves me répétait ce que Gabriel était en train de lui écrire : je pouvais alors contrer les arguments en temps réel avec mon meilleur jeu d’actrice ! De plus, je pense sincèrement qu’un mensonge est beaucoup plus solide lorsqu’il contient une grosse part de vérité. Voilà pourquoi quand Yves me demanda si j’avais pris mes médicaments aujourd’hui, je lui répondis que oui, ce qui était la vérité. J’avais pris mes médicaments. Après tout, l’adjectif indéfini « tous » devant « tes médicaments » n’avait pas été mentionné. Donc, je ne mentais pas.

-    Gabriel me dit qu’il faut que je tombe dessus, me disait Yves. Il dit que tu es en train de me manipuler.

-    Et voilà ! m’exclamai-je en exagérant. Tu peux me dire à quoi ça sert que je fasse des efforts puisque de toute façon, je vais prendre une fessée ?! Tu sais quoi, je ne vais plus faire d’efforts ! J’arrête.

-    Non, me dit Yves. C’est juste que…

-    C’est juste que quoi, hein ?! m’emportai-je. J’en ai marre ! Quoique je fasse, il n’est jamais content et il croit toujours que je le manipule !

-    C’est ton frère, il te connaît…

-    Justement ! Puisque c’est mon frère, il est toujours beaucoup trop sévère avec moi !

-    C’est vrai que là je le trouve particulièrement injuste, dit Yves.

Bon, je l’avais dans la poche. Il poursuivit :

-    Je ne suis pas d’accord avec lui quand il dit que tu as abusé. Je vois bien, moi, que tu as tout fait comme il fallait !

-    Bah oui ! dis-je en tentant de dissimuler ma joie d’avoir gagné. Je te le dis : il est vraiment trop sévère avec moi ! Tu sais, j’aime Gab’ de tout mon cœur mais il faut toujours qu’il en rajoute ! Il ne me fait pas confiance ! Je n’en fais jamais assez, pour lui !

En parlant d’en rajouter, je faillis le faire ; mais je me ravisai en me disant que ça ne servait à rien. J’avais évité une fessée, la mission était accomplie !

       Yves décida tout de même de me punir pour ma sieste d’aujourd’hui : selon lui, j’aurais dû anticiper le fait qu’il fallait aller chercher le Drive à quinze heures et me coucher plus tôt. Je m’en sortis donc avec cinq minutes au coin. Cinq minutes au coin durant lesquelles j’étais en train de me dire que si mon frère avait été là, j’aurais pris la fessée de ma vie. Pour ne pas avoir fait attention à mon sommeil deux jours de suite et avoir manipulé Yves comme je l’avais fait pour pouvoir arriver à mes fins tout en évitant la fessée, Gabriel m’aurait vraiment filé une volée monumentale. A l’heure où j’écris ces lignes, je n’aurais pas pu m’asseoir ; et je ne peux pas dire que ça n’aurait pas été peut-être éventuellement un tout petit peu mérité.

-    Bon, pour compenser le manque de sommeil, ce soir, tu vas te coucher plus tôt ! m’annonça Yves.

-    Impossible, lui dis-je. Avec le manque de sommeil que j’ai, je vais faire une crise intestinale donc je ne peux pas me coucher tôt. La crise va me réveiller.

Yves acquiesça et, par je ne sais quel miracle, il n’eut pas le réflexe de demander à mon frère, qui lui aurait très certainement répondu : « N’importe quoi ! Crise intestinale ou pas, elle va se coucher à 23h, point barre ! ». Aaaah… C’était presque trop facile !!

       Passant ma soirée avec Yves sur mon canapé à regarder ma série, j’étais quand même contente d’avoir un fessier intact ; mais le message que m’envoya mon frère me glaça le sang :

« Refais-moi un désastre comme ça et j’appelle Thomas. Tu as intérêt à faire tes siestes tous les jours et à te coucher à minuit tous les soirs sauf vendredi et samedi (pour le minuit, mais tu t’arranges pour rester 10h au lit, et tu fais ta sieste) et de continuer sur cette lancée pour les médicaments. Dernier avertissement. »

Cela faisait longtemps qu’il ne m’avait pas grondée par message. Et même si c’était un message écrit, j’avais parfaitement entendu le son de sa voix comme s’il avait été à côté de moi. Il était furieux.

       De son côté, Thomas me précisa que si je devais revenir chez lui, il ne serait « vraiment pas content », ce qui faillit me provoquer un arrêt cardiaque.

       Je précisai tout de même à mon frère que j’avais été au coin cinq minutes, ce à quoi il me répondit : « Je suis triplement conscripté. » « Conscripté » est un néologisme que Gabriel utilise beaucoup quand il est particulièrement fâché. Je lui demandai pourquoi, il me répondit :

« Je suis conscripté par ton attitude. Je suis conscripté par le fait que tu puisses encore t’asseoir. Je suis conscripté par le fait que tu aies été au coin seulement cinq minutes. ».

       Bon. J’espérais franchement qu’il ne finirait pas réellement par me tuer quand il viendrait à la maison courant mars…

 

       Essayant d’obéir le plus possible à mon frère tout en ayant ce que je voulais (une sorte de compromis avec moi-même, en réalité), j’éteignis les feux à minuit et demi.

 

       Yves s’en alla ce matin aux alentours de neuf heures et demie et me réveilla pour me dire au revoir. Encore dans le gaz, je murmurai un : « Attention sur la route et bonjour aux filles » avant d’essayer de me rendormir.

 

       Yves est quelqu’un de formidable et toutes les conversations que j’ai eues avec lui étaient vraiment sincères et passionnantes. J’étais vraiment contente de le revoir et de passer quelques jours avec lui !

Cependant, nous ne nous correspondons pas du tout sur le plan disciplinaire. Yves a besoin de quelqu’un qui soit moins manipulateur/rice – je le reconnais… J’ai toujours manipulé pour arriver à mes fins et ce, aussi loin que je me souvienne ! – et peut-être plus enclin(e) à recevoir la fessée, ce qui n’est absolument pas mon cas.

Seules les personnes qui me connaissent vraiment peuvent détecter la moindre de mes tentatives de manipulation. Gabriel sait parfaitement lire mon regard (qui est malheureusement très expressif) et à force d’apprendre à me connaître, très rares sont les fois où je réussis encore à l’entourlouper. Quant à Thomas, j’ai pris tellement cher les deux fois où j’ai essayé de le berner que j’ai très vite arrêté !

       Yves est vraiment quelqu’un de bien et il garde une place particulière dans mon cœur, même s’il n’y aura pas de suivi disciplinaire entre lui et moi.

 

       Il me faut maintenant remplir le tableau pour la journée d’hier. Gabriel va-t-il appuyer sur le bouton rouge ? De vous à moi, je n’espère vraiment pas…

 

A suivre…

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