Ma phase « ras-le-bol » étant
passée, j’étais par conséquent plus encline à fournir des efforts :
Gabriel ne pouvait presque rien me reprocher sur mon traitement qui était pris
88% du temps (ce qui représentait un exploit assez remarquable pour être
souligné). J’ai même eu droit à un : « C’est bien. Je suis
content. » de mon frère, ce qui est tellement rare que je me dois
également de le souligner.
Menant un projet rap avec mes élèves
(écriture d’un texte en classe, puis enregistrement sur une instrumentale
préalablement choisie), j’ai demandé à Gabriel de venir enregistrer les
morceaux. Mon frère n’étant pas seulement musicien professionnel mais également
ingénieur du son, cela ferait d’une pierre trois coups :
-
Je
passerais la semaine avec Gabriel,
-
Il
pourrait découvrir mon cadre de travail,
-
Mes
élèves seraient ravis.
Comme
tout collégien, mes élèves mènent une enquête permanente et assez envahissante
sur « La vie secrète des profs », ils étaient donc impatients de
rencontrer mon frère !
La seule mauvaise nouvelle dans tout cela
était qu’Hugo serait encore en déplacement cette semaine. Cela donnait à
Gabriel beaucoup trop d’opportunités pour me casser les pieds !
Gabriel arriva lundi soir à la maison. Que
j’étais contente de le voir ! Même si nous avions passé notre dimanche
ensemble sur Paris (et que cela ne faisait donc que vingt-quatre heures que je
ne l’avais pas vu), j’étais ravie de le voir à la maison. Dès que mon frère est
loin de moi, il me manque.
Gabriel m’avait prévenue sur le fait
qu’il allait me saouler toute la semaine : j’étais malheureusement
repassée au stade 4 de ma maladie (un tout petit, petit stade 4, mais un stade
4 quand même) à cause du manque de sommeil et du régime alimentaire
déplorable ; il fallait donc redresser la barre car les efforts à fournir
n’étaient pas si nombreux que ça pour refranchir la barrière du stade 3.
Gabriel
était aussi mécontent de la façon dont j’avais tenté (avec brio, il faut le
dire) de manipuler Yves ; il m’avait prévenue de ne pas me mettre en
danger si j’avais l’intention de mener Yves par le bout du nez ; et c’était
pourtant ce que j’avais fait en négligeant mon sommeil. J’espérais tout de même
que mon frère ne m’en tienne pas rigueur : je misais absolument tout sur
les médicaments !
Le lundi soir se déroula super
bien ; et même si mon frère m’obligea à me mettre au lit pour vingt-deux
heures et qu’il vérifia plusieurs fois que c’était le cas, je réussis à
l’entourlouper un peu en terminant le chapitre de mon livre comme je l’avais
annoncé et décidé. Je profitai d’ailleurs de cette petite victoire : pour
connaître mon frère sur le bout des ongles, je savais très bien qu’il
commettrait une seule erreur, pas deux ! Gabriel apprend très vite, ce qui
m’a d’ailleurs causé pas mal de soucis par le passé, et qui m’en cause encore
aujourd’hui…
Néanmoins, il y avait 1 – 0 pour moi.
Forcément, le mardi soir fut beaucoup
moins cool : Gabriel me força à me mettre au lit à vingt-deux heures. Si
on occulte le fait que j’aurais déjà dû être couchée depuis une heure et demie
et qu’il me faisait déjà une fleur, je n’avais pas la moindre envie d’aller
dormir. Après m’avoir menacée plusieurs fois si je ne dormais pas, mon frère
sortit de ma chambre. J’attendis alors qu’il entre dans sa chambre pour allumer
la lampe et lire un magazine qui se trouvait sur la table de nuit d’Hugo
(puisque, prévoyant, Gabriel m’avait confisqué mes romans). Je lisais depuis à
peine quatre ou cinq minutes lorsque mon frère débarqua dans ma chambre en me
grondant :
-
Ça
fait plusieurs minutes que je poireaute dans le noir, dans le couloir, en
attendant que tu éteignes la lumière ; ça suffit !!
Mon
poignet fut attrapé. C’était fini pour moi. J’étais persuadée que Gabriel
s’était posé dans sa chambre alors qu’il me guettait dans le couloir ! Je
venais de me faire avoir comme une bleue.
A
peine vingt secondes plus tard, j’étais allongée sur les genoux de mon frère et
je prenais une déculottée. Néanmoins, elle me sembla moins terrible que les
autres : était-ce parce que je venais de prendre un anti-douleur avant de
me coucher ? Je n’en savais rien ; toujours était-il que cette
fessée, bien que très désagréable était moins sévère que celles que Gabriel avait
l’habitude de me donner. Néanmoins, je pris des claques aux fesses pendant
huit minutes, ce qui eut le don de me calmer totalement !
Lorsqu’il
me lâcha pour me laisser me rhabiller et me coucher, je ne cherchai plus à
faire d’histoire et m’endormis rapidement.
Score : 1 – 1.
Le lendemain, mercredi, début d’après-midi.
Gabriel n’en démordait pas : je devais faire une sieste, point barre.
-
Mais
je n’ai pas envie de dormir ! protestai-je.
-
Je
n’en ai rien à faire, me répondit-il. Tu vas au lit !
Bougonne,
je me rendis dans ma chambre, me mis en débardeur et culotte et me couchai. A
cet instant, je comprenais parfaitement l’état d’esprit des enfants qui ont
envie de tout sauf de dormir. C’est vrai quoi, il y a tellement de choses plus
intéressantes à faire !!
-
Ai-je
besoin de te redire que tu n’as pas intérêt à faire autre chose que
dormir ?
-
Non,
répondis-je, saoulée mais remarquant la belle prétérition de mon frère.
-
Je
te préviens, Lucie…
-
Oui,
oui, je sais !
-
Bon.
Il
sortit de la chambre. Je pris alors mon téléphone que j’avais soigneusement
caché sous la couette et démarrai un jeu. Je ne voulais pas dormir, alors
autant occuper mon temps, même si ce n’était pas exactement l’activité
productive que j’avais imaginé exercer. J’aurais plutôt opté pour la lecture ou
la correction de copies ; mais je ne pouvais pas m’adonner à ces activités
sans me faire instantanément griller.
Mon frère fit des allers-retours pour
vérifier que je dormais ; je réussissais à camoufler mon téléphone au
moment où il arrivait puis le ressortais aussitôt après son départ. Seulement,
au bout d’un bon quart d’heure, Gabriel arriva beaucoup trop discrètement pour
que j’aie le temps de cacher mon téléphone : je fus prise sur le fait. Mon
poignet fut attrapé.
Gabriel
et Hugo ont cela en commun : se déplacer tels des chats que l’on
n’entend pas arriver. Moi, lorsque j’essaie d’être discrète, on dirait un
éléphant dans un magasin de porcelaine !
Je me retrouvai allongée sur les genoux
de mon frère pour la deuxième fois en l’espace de quatorze heures ; et une
fessée qui tombait le lendemain d’une autre, ça n’annonçait rien qui vaille…
Comme je l’imaginais et le redoutais,
cette fessée fut bien moins supportable que la précédente et elle fut
dissuasive au possible ; d’autant plus lorsque Gabriel me gronda :
-
Tu
ne veux pas te coucher, c’est ça ?! Eh bien, lève-toi ! Tu vas rester
debout !
Je pèse le poids des mots qui vont
suivre : les fessées debout de Gabriel sont carrément plus redoutables que
celles de Thomas. Elles sont carrément plus redoutables que celles de tous les
tuteurs que j’ai pu avoir. Lorsque mon frère me donne une fessée debout, c’est
un cauchemar, un calvaire, une torture.
Forcément, après une telle déculottée –
OTK puis debout – je ne fis plus d’histoires ; je n’en avais plus la
moindre envie. Bien que frustrée au possible et peinant à gérer cette émotion
qui me submergeait, je finis par me coucher et m’endormir.
Score : 2 – 1 pour mon frère. Néanmoins,
lorsqu’il vint me réveiller avec un tendre sourire et un bisou sur le front, je
ne pus m’empêcher de mettre mon boudin de côté.
Le combat reprit le soir-même. Pour son
propre confort, Gabriel installa une chaise dans le couloir pour s’assurer que
je dorme tout en restant assis à bosser sur son ordinateur. Puisque j’avais eu
une crise de douleurs dans l’après-midi, mon frère avait acté qu’à vingt-et-une
heures pétantes, je serais couchée.
-
Quoi ?!
m’étais-je exclamée. Jamais de la vie ! C’est beaucoup trop tôt !
-
Je te
garantis qu’à neuf heures, tu es au lit ! avait-il affirmé.
Eh
bien oui, à neuf heures j’étais douchée, en pyjama et au lit, luttant de toutes
mes forces contre l’extrême frustration qui se faisait star en moi et qui
menaçait d’exploser. C’était le moment d’essayer de trouver des subterfuges
pour ne pas dormir. L’enfant en moi resurgit immédiatement.
-
Je n’ai
pas envie de dormir ! protestai-je.
-
Tu
crois que j’en ai quelque chose à faire ? me répondit-il depuis le
couloir.
-
Mais
laisse-moi lire un peu ! Je n’arriverai pas à m’endormir sinon…
-
Essaie
d’allumer la lumière, pour voir !
Je
soupirai d’agacement. J’avais déjà pris une volée ce midi, je n’avais pas du
tout le projet d’en reprendre une. Mais punaise, que je détestais être contrainte
de rester au lit, moi qui faisais toujours exactement ce que je voulais !
-
Gab’,
s’il te plaît… Laisse-moi lire un peu… Je ne vais jamais m’endormir !
-
Et
avec une fessée, tu arriverais davantage à t’endormir ? me
questionna-t-il.
Douche
froide. Jusqu’à très récemment, Gabriel ne prononçait jamais de menace claire.
Il disait : « Je vais t’en mettre une » ou « Je vais te
tomber dessus » mais le mot « fessée » n’était jamais dit. Cela
ne faisait que quelques semaines qu’il n’était plus gêné de me menacer
clairement que ce soit à l’écrit ou à l’oral, et cela ne me plaisait pas du
tout ! Non seulement c’était hyper infantilisant et humiliant de se faire menacer
ainsi, mais en plus il n’y avait désormais plus aucune spéculation sur les
conséquences de ma désobéissance. Je n’aimais vraiment pas cette nouvelle habitude
qu’avait prise Gabriel !
-
Non…
gémis-je. Mais s’il te plaît ! Je n’ai pas envie de dormir…
Les
minutes passaient. Il était maintenant 21h12. J’avais gratté douze minutes.
-
Je
dois mettre de la crème anti-inflammatoire sur ma cheville ! m’exclamai-je.
-
Tu
te fous de ma gueule ?! me gronda mon frère en haussant fortement le ton.
Puis,
reprenant sa voix normale, il poursuivit :
-
Tant
pis. Tu en mettras demain.
-
Mais
je…
-
Tu en
mettras demain ! Tu dors, maintenant, Lucie !
-
Bah
alors je dois… euh… je dois…
Je
me mis à rire. J’en étais vraiment réduite à chercher tout type d’excuses pour
ne pas dormir ! C’était vraiment ridicule. Et je n’arrivais toujours pas à
gérer cette frustration qui m’envahissait. Je ne pensais plus qu’à une chose :
faire ce que je voulais !
-
Laisse-moi
lire quinze minutes, jusqu’à 21h30 ! demandai-je.
-
Non.
Tu dors.
-
Mais…
-
Tu
dors, Lucie ! Dernier avertissement ! Après, c’est la fessée !
Punaise,
encore cette horrible menace claire et précise. Une boule se forma dans mon
ventre.
Je
me tournai et me retournai dans mon lit. Je n’arrivais pas à accepter d’être au
lit à 21h14. Je ne pouvais pas m’y résoudre ! Me coucher avec les poules
était tout bonnement intolérable ! J’étais chez moi, dans ma propre maison
et j’étais obligée de me coucher hyper tôt !
Ne
tenant plus, j’allumai la lumière et attrapai le magazine d’Hugo. Gabriel
débarqua immédiatement dans ma chambre.
-
Juste
quinze minutes ! le priai-je. Laisse-moi lire quinze minutes !
Sans
répondre, il m’attrapa le poignet et me sortit du lit. Puis, tout en me
laissant debout, il me pencha sous son bras et me dit :
-
D’accord,
quinze minutes ! C’est parti ! Et puisque tu veux rester debout, soit !
Dans
ma tête, tout se bouscula : il fallait que je gère la douleur d’une nouvelle
fessée debout sur mes fesses meurtries ; et d’après ce que je venais de
comprendre, celle-ci durerait quinze minutes ! Non, ce n’était pas possible !
Il n’allait quand même pas me faire ça !!
Je ne mis que très peu de temps à céder
et à dire que c’était bon, j’allais me coucher. Quatre minutes passèrent avant
que mon frère ne me lâche et me laisse me coucher. Ouf, heureusement que ça n’avait
pas vraiment duré un quart d’heure !
Gabriel
retourna s’asseoir dans le couloir et je m’allongeai dans mon lit, les fesses
brulantes. Me mettant sur le ventre, j’enfouis ma tête dans mon oreiller et
poussai un cri de rage, ne supportant pas d’être à ce point frustrée et de me
prendre un mur chaque fois que je voulais agir selon ma volonté ! C’était insupportable
d’être à ce point cadrée ! Insupportable que Gabriel soit à ce point
inflexible !
Pendant
quelques minutes, je me dis que j’allais y aller à l’endurance. Tant pis, s’il
fallait que je prenne une fessée toutes les cinq minutes, soit ! Mais je n’irais pas dormir !!!
-
Je
n’ai pas envie de dormir !! protestai-je à nouveau.
-
Je
m’en fiche. Continue, Lucie, et je vais chercher le martinet. Ça ne me pose
aucun problème !
A
la mention du martinet, toute ma volonté de lutte retomba comme un soufflet. C’était
trop. Il fallait que je cède, je n’avais pas le choix. Je me mis à pleurer
silencieusement dans mon lit. Je pleurai de frustration et je voulais rester
silencieuse car je ne voulais pas que mon frère m’entende. Il serait très
certainement venu me consoler et pour le moment, je lui en voulais de m’avoir
corrigée. Que c’était compliqué d’apprendre tout cela en étant adulte ! Je
me mis à en vouloir à mes parents de m’avoir toujours tout cédé : si j’avais
appris la frustration étant enfant, je ne m’en serais même pas souvenue à l’âge
adulte et je n’aurais même pas eu besoin d’un quelconque cadre. Mais bon, il n’était
pas temps de refaire l’histoire. Ce qui était fait était fait, et mes parents
avec leur très jeune âge et ma santé fragile ont fait ce qu’ils ont pu comme ils
ont pu.
Acceptant
très difficilement ma défaite, je finis par m’endormir environ un quart d’heure
après la cuisante déconvenue, les larmes de frustration encore humides sur mes
joues.
Score : 3 – 1 en faveur de Gabriel.
Le lendemain, jeudi, ce fut la délivrance :
Hugo rentrait de déplacement ! Youpi ! J’allais de nouveau retrouver ma
liberté ! Gabriel ne pouvant pas me donner la fessée en présence de mon mari
par correction envers Hugo – qui supporte difficilement le fait que je sois
cadrée par un autre homme que lui, même si c’est Gabriel - je retrouvais la pleine
possession de mes moyens.
Je jubilais. J’exaltais, même ! Enfin
libre ! Dobby est un elfe libre ! Pardon, je m’égare…
Je projetais évidemment de me coucher
très tard, d’autant plus que je ne travaille jamais le vendredi matin et que
par conséquent, je pouvais me coucher à une heure du matin et quand même avoir
mes dix heures de sommeil.
-
Minuit,
dernier carat ! me dit Gabriel.
-
Une
heure, tins-je.
-
Minuit.
-
Une
heure, insistai-je. De toute façon, tu ne pourras rien me faire !
-
Je
peux envoyer un message à Thomas et t’envoyer chez lui, rétorqua mon frère. D’ailleurs,
je vais tout de suite rédiger le brouillon !
Mouais,
bon. J’étais persuadée qu’il bluffait. Et puis, il ne pouvait pas dénoncer
quelque chose qui ne s’était pas encore produit.
-
Voilà,
le message est rédigé. Tu as intérêt à te coucher à minuit sinon j’appuie sur « envoyer » !
-
Tu
ne le feras pas.
-
Ne me
tente pas, Lucie…
Soudain,
Hugo entra dans la pièce et nous demanda :
-
Vous
rentrez à quelle heure du collège demain après-midi ?
-
On
finit à 15h20 donc on sera là à quatre heures grand max. Pourquoi ?
-
Parce
que je vais faire l’état des lieux de la salle des fêtes et récupérer les clés.
Donc je serai absent entre 16h et 16h30 voire un peu plus.
Le
week-end suivant, nous organisions une grande fête pour les 40 ans d’Hugo.
-
Ah
mais ça ne m’arrange pas, ça ! m’exclamai-je en comprenant que mon mari
venait d’offrir un superbe créneau à mon frère pour me punir.
-
Tant
pis pour toi, me dit Hugo en haussant les épaules.
-
Minuit
dernier carat, me répéta Gabriel.
-
Une
heure, insistai-je. Je vais tout faire pour qu’on ne rentre pas avant 16h45 !
-
Comme
tu veux, dit-il. Si tu te couches après minuit, c’est soit moi qui te tombe dessus
demain, soit Thomas dans quelques jours. A ta place, j’obéirais !
La
menace était sérieuse. Je n’avais envie d’avoir à faire ni à l’un, ni à l’autre !
J’accusai le coup. Comment mon frère pouvait-il réussir à me frustrer à nouveau
alors qu’Hugo était rentré à la maison ?!
Néanmoins, après quatre jours de
frustration extrême, j’obéis à Oscar Wilde : « Le meilleur moyen de
résister à la tentation, c’est d’y céder. ». Je me couchai à 00h45.
Score : 3 – 2 pour mon frère.
Lorsque je me réveillai le lendemain
matin, j’embrassai Hugo puis dis bonjour à Gabriel en le serrant dans mes bras.
Il me serra à son tour et me demanda :
-
Tu
t’es couchée à quelle heure ?
-
Tu
as bien dormi ? répondis-je pour broder.
-
Tu
t’es couchée à quelle heure ? répéta-t-il alors qu’Hugo, qui connaissait
la réponse, ria de la situation.
-
Laisse-moi
tranquille, répondis-je à mon frère.
-
Tu
t’es couchée à quelle heure, Lucie ? réitéra-t-il.
Bon,
de toute façon je ne pouvais pas lui mentir ; il m’avait très certainement
surveillée et il connaissait la réponse, tout comme Hugo. Je répondis alors :
-
Minuit
quarante-cinq.
-
Bien.
On règlera ça tout à l’heure ! annonça-t-il.
-
Oh
mais Gab’, sérieux…
-
On
en parlera tout à l’heure, Lucie ! Je t’avais dit de m’obéir…
Oui,
et il me l’avait même redit par message aux alentours de vingt-trois heures. Il
m’avait envoyé : « Au lit à minuit sinon fessée demain à 16h. »
La
menace était claire. Et pourtant, j’avais cédé à mes pulsions et je ne voulais
absolument pas en payer les conséquences.
N’ayant pas trouvé le moyen de retarder
notre retour à la maison, Gabriel et moi rentrâmes au bercail pour seize
heures. Mon frère ne tarda pas à m’emmener dans ma chambre, à me forcer à
baisser mon jean à coups de claques bien appuyées, et à me basculer sur ses
genoux.
-
C’est
dommage parce que tu as voulu faire ce que tu voulais en me désobéissant, et tu
finis toujours par te retrouver cul nu sur mes genoux ! me fit remarquer
mon frère.
Il
trouvait le moyen de m’humilier encore un peu plus si cela était possible… C’était
de la torture pure et simple !
Et les claques tombèrent sur mon derrière
meurtri par deux jours de fessée, trois en comptant ce vendredi maudit. Je
recevais une sacrée volée et c’était bien difficile de l’encaisser ; d’autant
plus que Gabriel en profita pour refaire un point sur le tableau et corriger
les items qui avaient besoin de l’être. La conduite fut donc sanctionnée ce qui
me fit un mal de chien !
Puis, je me retrouvai debout et mon frère
alla chercher le martinet. Le plus dur allait commencer !
Même si celui-ci fit très, très mal, je
réussis à l’encaisser en contractant chaque muscle de mon corps, ce qui atténuait
quand même drôlement les coups. Je pense que Gabriel s’en aperçut car il finit
par lâcher le bâton à lanières et me pencha sous son bras pour débuter une
horrible fessée debout.
Et
cette fessée debout dura. Elle dura tellement qu’elle se transforma en mon pire
cauchemar ! Les larmes coulèrent sur mes joues : la vraie punition se
trouvait là. Cette fessée debout était infantilisante et humiliante au possible
mais aussi tellement douloureuse que je ne cessais de prier Gabriel pour qu’il
arrête les claques !
Quand il s’arrêta enfin, au bout de dix bonnes
minutes, je me rhabillai et il me gronda :
-
Je
reviens le week-end prochain. Tu as intérêt à être irréprochable, Lucie !
Tu m’entends ?! Irréprochable !
-
Oui…
bafouillai-je.
Persuadée
que mon frère me permettrait quand même quelques petits écarts (ou même qu’il
ne me tomberait pas du tout dessus de tout le week-end étant donné que nous
serions chargés en événements ce week-end-là) j’occultai sa menace pour me
concentrer sur ma frustration qui effectuait un sacré retour en puissance. J’en
avais marre d’être punie ! Marre de ne pas pouvoir faire ce que je voulais !
Je m’allongeai sur mon lit et me mis à
taper des pieds, de rage. Je boudai dans mon coin pendant plusieurs minutes
avant d’aller dans la pièce à vivre. Gabriel se leva et me prit dans ses bras.
Ce fut à ce moment-là qu’Hugo rentra.
Score final : 4 – 2 pour Gabriel.
Mon mari voulant tellement que sa soirée
des 40 ans se déroule parfaitement se mit à paniquer sur l’organisation. Pour
ma part, ce n’était pas la première fois que j’organisais une soirée avec plus
de 100 personnes et tout s’était toujours super bien passé ! Le problème est
qu’Hugo et moi sommes opposés sur beaucoup de choses et notamment sur l’organisation :
je suis madame-dernière-minute tandis que mon mari doit tout prévoir trois mois
à l’avance. La plupart du temps, on s’équilibre mais cette fois-ci, cela fit
des étincelles.
Je tentai de rassurer mon mari qui s’agaçait
encore plus et m’envoyait des balles perdues dans la tête. Pour moi, qui ne
comprenais pas sa soudaine panique et qui venais en plus d’être frustrée à un
point inimaginable, c’en était trop : je fondis en larmes et partis
pleurer dans ma chambre. Hugo vint s’excuser et me consoler, puis nous nous
rendîmes à la salle des fêtes pour commencer à installer les tables.
Sur
le trajet, Gabriel me dit :
-
Je
sais que tu es très frustrée et que c’est dur pour toi de gérer ça.
-
Oui,
là c’est vraiment compliqué.
-
Je
sais. Mais il s’agit de ta santé. Tu ne peux pas faire n’importe quoi.
-
Je
sais…
Je
me radoucis un peu en arrivant à la salle des fêtes et en pensant à l’organisation
de la soirée : ma frustration mourut peu à peu pour ne laisser place qu’à la
joie de faire la fête ce week-end.
La soirée des 40 ans de mon mari fut
idyllique, bien que seul Gabriel ait été absent car il avait un concert dans le
sud de la France auquel il ne pouvait se substituer, le batteur remplaçant n’étant
pas disponible.
Cette semaine, j’ai été quasi-irréprochable
sur mon traitement : à force de batailles acharnées et de claques tout aussi
douloureuses les unes que les autres, je commence enfin à avoir le réflexe de
prendre mes médicaments. Même si quelques oublis persistent, ils sont vraiment
minoritaires !
En
revanche, le régime alimentaire a été le plus pitoyable depuis bien longtemps.
J’ai mangé tous les aliments interdits sans retenue, c’était comme un besoin de
décompresser. Ma conduite n’a pas été parfaite non plus : les excès de vitesse
étaient au rendez-vous.
Ce week-end, Gabriel se fait baptiser ;
et par la même occasion, il fait sa première communion et sa confirmation. La
cérémonie se déroule demain soir, et nous organisons une petite fête dimanche
soir. Il y aura beaucoup moins de monde que pour les 40 ans d’Hugo, mais cette
fête de baptême m’a également demandé beaucoup d’énergie ; voilà pourquoi
il y a eu un petit silence sur ce blog.
Mon frère me dit toujours que j’ai tort
de ne pas prendre ses menaces au sérieux : mais je suis persuadée que je
ne prendrai pas de fessée ce week-end. Gabriel sera sur un petit nuage avec l’arrivée
de ses sacrements (et toute notre famille sera également très réjouie !) et
nous aurons bien d’autres choses en tête que le tableau et mes manquements,
même si je n’ai pas été irréprochable comme il me l’avait demandé. De toute
façon, il est habitué à ce que je ne lui obéisse pas au doigt et à l’œil !
A
suivre…
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