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Le suivi de Little Princess - Séance inattendue !

 


       Dans le précédent post de cette rubrique relatant la dernière séance avec Thomas, j’ai écrit que je n’osais pas dire en face à Thomas que les claques sur les cuisses ne me faisaient pas grand-chose, ni dire en face à mon frère qu’il n’était pas assez sévère 80% du temps. Je ne doute pas que Thomas ait déjà bien pris en compte cette information ; en ce qui concerne Gabriel, il n’a pas fait que « prendre en compte » cette information. Il l’a mise en pratique.

      

       Mon frère était de passage express à la maison : une soirée, une nuit et une journée. Il est arrivé mardi 12 au soir et devait déjà repartir le mercredi 13 en fin d’après-midi. J’étais dépitée d’avance de ne le voir qu’aussi peu de temps ; d’un autre côté, j’étais quand même chanceuse qu’il passe à la maison étant donné que sa tournée d’été n’allait pas tarder à débuter et que ses visites se raréfieraient.

 

       Puisque sa visite était de courte durée, j’étais persuadée que mon frère ne me tomberait pas dessus ; d’autant plus qu’il n’avait rien dit pour mes excès de vitesse, ni pour le couvre-feu, ni pour les médicaments, ni pour quoique ce soit d’autre. Je me suis dit : « Qui ne dit mot, consent ! ». Je pensai juste à kiffer ces moments passés avec Gabriel.

       Mercredi 13 mai, Hugo ne rentrait pas pour sa pause déjeuner (il était en déplacement) et je restai seule à la maison avec mon frère. J’étais contente de l’avoir pour moi toute seule et ravie de pouvoir échanger des banalités avec lui.

Après une longue conversation autour de tout et de rien, je lui demandai :

-    Bon, on fait quoi ? On va se balader ? Ou on mate un film ? Ou on fait un jeu ?

-    Non, on va discuter !

-    Quoi ?!

Alors là, je tombai des nues. Il ne m’avait pas réprimandée depuis hier soir, il n’avait strictement rien dit sur mes agissements – alors que d’habitude il me prend tellement la tête que ça m’énerve !! – et là il m’annonçait comme ça, d’un coup, que nous allions « discuter » ! De surcroît, je connaissais assez bien mon frère pour savoir que cette discussion n’aurait rien de pacifique !

 

       Alors je fis durer le thé à la menthe dont je tenais la tasse entre mes mains. Je fis durer jusqu’à ce que mon frère se rende compte (assez rapidement, malheureusement ! Avec le recul j’aurais dû la jouer plus fine !) que j’avais terminé ma boisson depuis plusieurs minutes et que j’essayais juste de gagner du temps.

       Malgré mes protestations et mes prières, je me retrouvai bien vite allongée en travers de ses cuisses, les fesses à l’air, à me demander s’il avait vraiment lu la séance avec Thomas et s’il avait donc décidé de serrer la vis.

       Eh bien la réponse est oui. Gabriel avait pris la décision de sévir davantage. Et il avait également pris d’autres décisions qui ne me plurent guère, notamment celle de changer de fonctionnement concernant le tableau.

En effet, jusqu’à maintenant, Gabriel fonctionnait à la priorité : il s’était concentré sur les médicaments, puis sur le sommeil une fois que les médicaments étaient rentrés dans l’ordre. Il laissait un peu les autres items de côté.

       Voyant qu’il commençait à lâcher du lest sur les médicaments, j’avais fait en sorte d’en omettre quelques-uns (ceux que je trouvais inutiles ou dont le goût était repoussant). Se rendant vite compte que je faisais mes calculs, Gabriel déclara :

-    Jusqu’à maintenant, je fonctionnais à la priorité, mais ça ne marche pas puisque tu essaies d’arranger tout ça à ta sauce. Et puis, tous les items sont liés ; dorénavant, on fera un bilan sur tous les items à chaque fois pour que je sois sûr que tu n’en laisseras pas un de côté.

Ô misère ! J’étais fichue.

Suivant cette méthode de bilan, mon frère me garda sur ses genoux pendant ce qui me sembla un quart d’heure (peut-être plus ?) et me claqua les fesses, passant en revue tous les items. Il s’arrêta longuement sur les médicaments non pris (c’était difficilement supportable !) et sur le couvre-feu (ce fichu couvre-feu qui ne sera jamais totalement respecté, c’était sûr !). Il n’y avait plus aucun doute à avoir : avec ce quart d’heure de punition, Gabriel me faisait comprendre qu’il avait décidé de sévir davantage.

 

       Et après ce maudit quart d’heure au bout duquel je n’en pouvais déjà plus, mon frère m’asséna deux très longues fessées debout, notamment ciblées sur mes horaires déplorables de coucher. J’eus tout le mal du monde à les encaisser ; et même si j’écris ces mots presque deux semaines après cette séance, je me souviens de ces deux fessées debout comme si je venais de les prendre. Insoutenables !

 

       Gabriel me lâcha, et comme d’habitude il me laissa tranquille, le temps que j’accuse le coup. Je pleurai silencieusement quelques minutes, puis la tristesse et la vexation laissèrent place à une nouvelle émotion. J’étais blasée. Lorsque je fus encline à parler, mon frère vint s’asseoir sur le canapé à côté de moi et entoura mes épaules de son bras. Je dis alors :

-    Je vais devenir alcoolique. Ou droguée. Ou dépressive. Ce sera toujours mieux que de prendre des trempes à tout bout de champ…

-    Mais non. Ne dis pas ça.

-    Si. Je n’aime pas le goût de l’alcool, mais ça se trouve à force, je m’habituerai…

-    Tu feras trop de dégâts, déclara Gabriel. Pour toi, et pour ton entourage !

En effet. J’ai eu un père alcoolique ; et même si le courage de ma mère m’a permis de ne pas grandir avec lui et de ne le voir que de temps en temps – il s’arrangeait alors pour être sobre -, il n’empêche que l’alcool a été à l’origine de la séparation de mes parents et de la déchéance de mon père.

Mais je réfléchis à ça deux semaines après. Sur le moment, je répondis juste à mon frère :

-    Je fais déjà des dégâts. Je suis déjà un poids pour mon entourage ! Il faut sans cesse me surveiller et me mettre des stops…

-    N’exagère pas ! me rassura mon frère. Tu as besoin d’un cadre, oui. Comme tout le monde. Ton cadre est spécifique mais il n’empêche que tout le monde en a un.

 

J’en parlais avec Hugo pas plus tard qu’avant-hier. Après avoir pleuré comme une madeleine – c’est un euphémisme ! – devant une série où l’héroïne perdait l’amour de sa vie, j’avais fait une espèce de crise d’anxiété sans pouvoir m’endormir : rien qu’à l’idée qu’il puisse arriver quelque chose à mon mari, j’en étais retournée. Nous sommes un couple tellement fusionnel qu’il est totalement certain que je ne peux vivre dans un monde où il n’est pas. Hugo m’avait consolée et rassurée :

-    Ne t’en fais pas tout va bien. Je fais attention à moi, pour toi. Parce que je sais que tu t’inquiètes !

-    J’aimerais tellement te dire la même chose, lui avais-je répondu. Je te jure que je fais des efforts pour prendre davantage soin de moi…

-    Je le sais, m'avait dit mon mari. Je le vois, mon cœur !

Nous nous tûmes un instant. Puis, faisant référence à notre foi catholique, je dis :

-    N’empêche, il n’est pas cool Dieu.

-    Pourquoi ?

-    Ben y’a plein de gens, leur kryptonite, c’est juste une discussion. Ou un coup de gueule. Ou un truc soft, quoi ! Moi, il faut que je prenne des claques aux fesses ! Je trouve ça hyper injuste ! J’suis sûre qu’au moment de me concevoir, Dieu a dû dire : « Eh Jésus ! Marie ! Venez voir, j’ai une idée pour la petite que j’suis en train de créer ! On va se marrer ! ».

Hugo éclata de rire avant de me répondre :

-    N’importe quoi ! Et puis même si c’était le cas…

-    J’aurai deux mots à lui dire quand je mourrai ! coupai-je mon mari.

 

Quoiqu’il en soit, Gabriel était reparti deux heures après ce nouveau recadrage, m’infligeant cette brûlure au cœur qui se réveille chaque fois qu’il s’en va.

J’avais pris de bonnes résolutions. Je vous assure ! J’étais calmée. Mon frère m’avait d’ailleurs envoyé, quelques jours plus tard : « C’est un oui ! Je ne veux que des tableaux comme ça !! ». Et effectivement, le tableau était presqu’entièrement vert, ce qui n’était pas arrivé depuis les quelques jours ayant succédé la dernière séance chez Thomas.

Mais lundi, le directeur de mon collège décida de nous annoncer à mes collègues et moi que les bulletins des élèves de 3ème devraient impérativement être clôturés dans les quarante-huit heures. Je dus me résoudre à me coucher très tard (ou très tôt, selon le point de vue…) pour boucler les dernières corrections de copies, entrer les notes et les compétences, rédiger les appréciations pour le trimestre… Bref, un vrai chantier.

Moi qui avais repris un « bon » rythme de sommeil, le boulot avait tué toutes mes bonnes résolutions. J’ai recommencé à faire ma couche-tard/lève-tard, et même ma couche-tard/lève-tôt lorsque je bosse le lendemain. Donc je passe le week-end de la Pentecôte avec une crise intestinale et un message de mon frère : « Je te laisse la semaine prochaine pour être irréprochable, sinon j’appelle Thomas. Ou je viens, peu importe. ». Je ne souhaite bien évidemment avoir à faire ni à l’un, ni à l’autre.

 

A suivre…

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