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Nouvelle rentrée, nouvelle vie ! - Chapitre 54 (1ère partie)

 


Samedi 16 novembre 2019

 

       Je n’en pouvais déjà plus des devoirs ; et pourtant, nous n’étions qu’en novembre. Côme et Célestine avaient fait le choix de m’envoyer dans un établissement d’excellence. Le pensionnat Thomas Edison répondait sans nul doute à leurs attentes : le rythme était soutenu, les devoirs nombreux, et le niveau élevé. Je comprenais aisément pourquoi certaines de mes camarades se plaignaient d’avoir des notes plus que médiocres alors qu’elles atteignaient des sommets dans leurs anciens établissements !

       Je passai donc toute ma matinée à travailler (notamment sur l’analyse littéraire approfondie d’un texte de George Sand, demandée par l’horrible Monsieur Bruno !), ce qui me fatigua pas mal et me ruina le moral. Néanmoins, le déjeuner au réfectoire apporta par l’intermédiaire de Monsieur Éric, une excellente nouvelle : pour tenter de nous changer un peu les idées, notre Directeur avait prévu un repas à l’américaine ce soir (hamburgers-frites) puis une veillée. Si nous n’avions pas encore le droit de connaître le thème de cette veillée, les spéculations allaient bon train, et nous étions ravies qu’un événement tel que celui-ci ait lieu. Il tombait à pic !

 

       Comme si Dieu avait décidé que mon moral fasse les montagnes russes, je trouvai un Monsieur Alexandre d’une humeur massacrante en entrant dans la salle de musique. N’ayant rien à perdre – si ce n’était la bonne santé de mon derrière, qui battait déjà un peu de l’aile ! – je me risquai à lui dire :

-    Monsieur, nous ne pouvons pas faire une bonne séance de piano si vous êtes en colère contre le monde entier ! Je ne serai pas détendue et vous ne serez pas objectif. Alors je vous propose de me dire ce qui ne va pas si cela est dans vos cordes ; sinon, nous pouvons annuler le cours.

Monsieur Alexandre resta bouche bée mais ne me réprimanda pas pour mon aplomb. Il répondit seulement :

-    Abigaëlle, ma fille-référente, m’a montré son bulletin, dernièrement. Il s’avère que c’était un bulletin factice. Elle m’a caché ses très mauvais résultats pour éviter de se faire punir !

-    Evidemment, Monsieur ! réagis-je. C’est la base ! Si j’avais eu de mauvaises notes, j’aurais fait pareil…

Monsieur Alexandre passa sa main sur son visage, puis je me risquai à lui demander :

-    Comment l’avez-vous su ?

-    Au hasard d’une discussion avec Monsieur Éric, répondit le professeur de musique. Je te garantis qu’elle ne perd rien pour attendre !

-    Du coup, est-il possible que vous passiez vos nerfs sur votre fille-référente plutôt que sur moi, Monsieur ? me renseignai-je, mon cœur battant à tout rompre.

-    Oui, répondit le musicien. Je te demande pardon Clémence. Tu as raison, je ne dois pas passer mes nerfs sur toi. Echauffe tes mains et étire tes doigts. Ensuite, on pourra commencer. On reprend avec le même morceau qu’hier.

 

Finalement, mon cours de piano se déroula très bien ; et lorsque je sortis de la salle de musique, j’étais de bonne humeur. Un peu fatiguée, j’eus envie d’aller m’allonger dans ma chambre pour faire une sieste ; mais je fus prévenue par l’une de mes camarades que le Directeur organisait une réunion avec les représentantes des élèves.

-    Vous auriez pu prévenir plus tôt ! lançai-je à Monsieur Éric en entrant dans la salle de réunion. J’avais prévu d’aller faire une petite sieste, moi ! Elle est pour quoi, cette réunion improvisée, d’abord ?!

Monsieur Lionel était là, Matthieu et Philomène aussi. Mon père-référent aussi, puisqu’il faillit répliquer quelque chose ; mais il laissa le Directeur me répondre :

-    Clémence, souhaites-tu débuter la réunion en recevant une fessée devant tout le monde ?

-    Qu’est-ce que j’ai fait, encore ?! réagis-je en voyant les doigts de Monsieur John se crisper sur la table.

-    Je t’ai posé une question, rétorqua le Directeur. J’exige une réponse. Souhaites-tu débuter la réunion en recevant une fessée devant tout le monde, oui ou non ?

-    Non Monsieur, répondis-je d’un air crispé.

-    Alors tu vas immédiatement t’excuser auprès de Monsieur Éric pour l’insolence dont tu viens de faire preuve ! intervint Monsieur John, ne tenant plus.

-    Mais je n’ai pas totalement tort ! protestai-je.

-    Clémence, si je me lève… !! prévint mon père-référent.

-    Pardonnez-moi pour mon insolence, Monsieur le Directeur, grommelai-je à contrecœur.

-    Vous m’écrirez cent fois : « Je ne dois en aucun cas manquer de respect à un adulte de l’établissement, et encore moins au Directeur. », annonça Monsieur Éric tandis que je tombais des nues.

-    Quoi ?! m’exclamai-je. Hors de question ! Vous avez craqué, vous ! Je n’ai rien fait de mal !

Monsieur Éric ferma les yeux et soupira. Monsieur John se leva et s’approcha de moi. Je réalisai en reculant contre le mur que j’avais un peu trop pris la confiance ; j’avais crié et protesté devant toute la Direction réunie. Un gros « Oups » vint s’allumer dans mon cerveau. Je m’étais mise dans la mouise toute seule.

Pauline, ma co-représente, me regarda avec un air ahuri, ayant l’air de se demander quelle mouche m’avait piquée pour que je parle ainsi aux membres de la Direction.

Une fois arrivé à ma hauteur, Monsieur John me pencha sous son bras, souleva ma jupe, baissa ma culotte et m’asséna une fessée composée de claques très appuyées mais étonnamment peu nombreuses. J’avais reçu une quinzaine de claques, ce qui n’était pas du tout dans les habitudes de mon père-référent. En me lâchant, il me gronda :

-        Pas de veillée pour toi ce soir, Clémence ! Tu iras au lit !

J’eus l’impression que mon cœur se brisait. Je pouvais accuser une fessée, oui, mais être privée de veillée (pour une fois qu’il y en avait une !) constituait une sanction bien plus compliquée à accepter.

Tandis que je me frottais fortement les fesses – les claques n’avaient pas été petites et mon derrière me brûlait tout de même ! –, je présentai des excuses à tout le monde dans l’objectif que le Directeur-Adjoint revienne sur sa sanction. Puis, Monsieur Éric dit :

-        Nous acceptons tes excuses, Clémence, mais cela ne change pas le comportement inacceptable que tu as eu. Puisque cette réunion avait pour but d’organiser la veillée, nous te congédions. Toi qui voulais aller faire une sieste, tu peux y aller.

-        Je ne suis plus fatiguée, dis-je au bord des larmes.

-    J’ai dit : « Au lit ! », gronda Monsieur Éric en haussant fortement le ton. Je vais demander que tu sois personnellement surveillée par Madame Lodine. Tu vas rester les deux prochaines heures dans ton lit, cela te remettra peut-être les idées en place !

Alors que je me tournais pour sortir de la pièce, j’entendis le Directeur ajouter :

-        Oh ! Une dernière chose, Clémence ! S’il te vient l’envie de désobéir à l’obligation de cette sieste, sois sûre que je l’apprendrai immédiatement. Tu auras alors des comptes à me rendre, ainsi qu’à Monsieur John. Tu as compris, Clémence ?!

-        Oui Monsieur, répondis-je à mi-voix.

-        Donc deux heures de sieste obligatoire, et ensuite tu m’écris tes cent lignes. Je les veux sur mon bureau avant le dîner au réfectoire. A tout à l’heure, Clémence !

 

Je montai dans ma chambre, m’allongeai sur mon lit et me laissai aller à pleurer toutes les larmes de mon corps. Je détestais cet endroit. Je détestais tout le monde ici ! Je voulais m’enfuir. Partir loin, très loin ! Je voulais que tout le monde me foute la paix !

Madame Lodine vint se poster devant la porte de ma chambre et me lança par l’entrebâillement de la porte :

-        Essayez de vous calmer et de dormir un peu, Mademoiselle Clémence.

Je mourus d’envie de lui dire de fermer sa grande bouche ; mais je ne voulais pas récolter une énorme déculottée. J’avais déjà bien assez de peine comme ça. Je me contrôlai donc, même difficilement, et optai pour un long hurlement dans mon oreiller.

Je m’endormis une demi-heure après avoir commencé à pleurer.

 

       En me réveillant, je me débarbouillai le visage et demandai une autre taie d’oreiller, la mienne étant pleine de larmes, morve et bave séchées, tant j’avais pleuré avant de m’endormir. Je changeai donc ma taie d’oreiller puis m’assis à mon bureau et écrivis mes lignes.

 

       A dix-huit heures cinquante, je frappai à la porte du bureau du Directeur.

-        Entrez !

-        Bonsoir Monsieur, dis-je après avoir obéi. Voici mes lignes.

-        Je te remercie Clémence.

Il prit la feuille que je lui tendis, l’inspecta, puis la posa à côté de lui avant de dire :

-        Il faut absolument que tu apprennes à parler correctement et à contrôler cette insolence qui te ronge. Si Monsieur John et moi t’avons punie c’est pour ton bien, tu comprends ? Pour que tu apprennes les bonnes manières. Tu ne pourras pas parler ainsi en société dès ta sortie de l’établissement dans quelques mois.

-        Puis-je disposer ? demandai-je.

-        Bien sûr, répondit le Directeur. Tu vois que tu es capable de bien parler quand tu le veux !

J’entrepris de sortir de la pièce ; mais au moment de mettre ma main sur la poignée, je me retournai vers le Directeur et dis :

-        Non, je ne comprends pas. Et je vous déteste.

Et je sortis de la pièce.

Je voulais qu’il ait aussi mal que moi.

 

 

       J’avalais mon hamburger et mes frites avec une certaine morosité, sachant que je n’allais pas vivre le reste de la soirée avec mes camarades. Mes copines, qui essayaient toutes de trouver une solution pour que j’assiste quand même à la veillée, décidèrent de me kidnapper pour que j’y assiste quand même.

-        N’importe quoi ! leur dis-je. Comment comptez-vous faire ?

-        La veillée, c’est un jeu de piste dans la forêt ! m’informa Mathilde. Pauline et la Direction ont décidé de faire une soirée sur le thème de l’horreur. Donc tu peux carrément venir avec nous !! On aura juste à te grimer un peu, et le tour sera joué !!

-        Si je m’attire encore des ennuis… m’inquiétai-je.

-        Tu veux quoi, Clémence ?! me gronda Mathilde. Tu préfères rester dans notre chambre à te morfondre toute la soirée, ou bien participer à la veillée avec nous ?

-        De toute façon, qu’est-ce que tu risques ? me demanda Lucille. Te prendre une fessée carabinée ? Ça vaut quand même le coup, non ?

-        Sauf si je tombe sur Philomène et qu’elle me flanque cinquante coups de canne, pensai-je à voix haute.

-        Personne ne la laissera faire, tu le sais bien ! ajouta Noémie.

-        Je ne sais pas trop, les filles…, hésitai-je. J’ai déjà eu pas mal d’ennuis…  

-        Donne-nous ta réponse avant la fin du repas pour qu’on puisse organiser ton extradition ! me dit Charline.

Après tout, elles n’avaient pas tort. Je ne pouvais pas me résoudre à louper cette soirée.

J’acceptai.


***

 

Monsieur Matthieu venait d’entrer dans le bureau du Directeur, où se trouvait déjà Éric, Lionel et John.

-    Salut Matt, dit le père-référent de Clémence. Pourquoi voulais-tu nous voir ?

-    Il me semble qu’il serait préférable de discuter avant le début de la soirée, répondit le Surveillant Général.

-    Discuter de ? se renseigna Lionel.

-    Clémence, répondit Matthieu. John l’a privée de veillée mais nous savons tous les quatre qu’elle va tenter de braver cette interdiction.

-    Effectivement, dit Éric. Tu as raison, il faut qu’on ait un plan. Il faut pouvoir la prendre sur le fait sans qu’elle tombe entre les mains de Philomène.

-    Tu auras déjà beaucoup de choses à gérer, dit Lionel à son supérieur. Tu es le régisseur général de la soirée, tu ne pourras pas être partout, en plus de surveiller Clémence !

-    Matthieu et moi nous chargerons d’elle, annonça John. Si tu es d’accord, Matthieu ?

-    Bien sûr, répondit le SG.

-    Matthieu et moi nous chargeons de Clémence, alors ! trancha John. Ainsi, Éric tu pourras assurer ton rôle de régisseur, et Lionel tu pourras être le maître de cérémonie, comme convenu.

-    Ne laissez pas Clémence courir, dit Éric. Je veux qu’elle soit privée de cette veillée afin qu’elle retienne la leçon ! Si elle a ce qu’elle veut, elle croira qu’elle peut continuer à être insolente en toute impunité. Je refuse que ce soit le cas !

-    Fais-nous confiance, dit Matthieu en mettant une main sur l’épaule du Directeur. 


A suivre…

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