Samedi 16 novembre 2019
Je
n’en pouvais déjà plus des devoirs ; et pourtant, nous n’étions qu’en
novembre. Côme et Célestine avaient fait le choix de m’envoyer dans un
établissement d’excellence. Le pensionnat Thomas Edison répondait sans nul
doute à leurs attentes : le rythme était soutenu, les devoirs nombreux, et
le niveau élevé. Je comprenais aisément pourquoi certaines de mes camarades se
plaignaient d’avoir des notes plus que médiocres alors qu’elles atteignaient
des sommets dans leurs anciens établissements !
Je
passai donc toute ma matinée à travailler (notamment sur l’analyse littéraire
approfondie d’un texte de George Sand, demandée par l’horrible Monsieur
Bruno !), ce qui me fatigua pas mal et me ruina le moral. Néanmoins, le
déjeuner au réfectoire apporta par l’intermédiaire de Monsieur Éric, une
excellente nouvelle : pour tenter de nous changer un peu les idées, notre
Directeur avait prévu un repas à l’américaine ce soir (hamburgers-frites) puis
une veillée. Si nous n’avions pas encore le droit de connaître le thème de
cette veillée, les spéculations allaient bon train, et nous étions ravies qu’un
événement tel que celui-ci ait lieu. Il tombait à pic !
Comme
si Dieu avait décidé que mon moral fasse les montagnes russes, je trouvai un
Monsieur Alexandre d’une humeur massacrante en entrant dans la salle de
musique. N’ayant rien à perdre – si ce n’était la bonne santé de mon derrière,
qui battait déjà un peu de l’aile ! – je me risquai à lui dire :
- Monsieur, nous ne
pouvons pas faire une bonne séance de piano si vous êtes en colère contre le
monde entier ! Je ne serai pas détendue et vous ne serez pas objectif. Alors
je vous propose de me dire ce qui ne va pas si cela est dans vos cordes ;
sinon, nous pouvons annuler le cours.
Monsieur Alexandre resta bouche bée mais ne me
réprimanda pas pour mon aplomb. Il répondit seulement :
- Abigaëlle, ma
fille-référente, m’a montré son bulletin, dernièrement. Il s’avère que c’était
un bulletin factice. Elle m’a caché ses très mauvais résultats pour éviter de
se faire punir !
- Evidemment,
Monsieur ! réagis-je. C’est la base ! Si j’avais eu de mauvaises
notes, j’aurais fait pareil…
Monsieur Alexandre passa sa main sur son
visage, puis je me risquai à lui demander :
- Comment l’avez-vous
su ?
- Au hasard d’une
discussion avec Monsieur Éric, répondit le professeur de musique. Je te
garantis qu’elle ne perd rien pour attendre !
- Du coup, est-il
possible que vous passiez vos nerfs sur votre fille-référente plutôt que sur
moi, Monsieur ? me renseignai-je, mon cœur battant à tout rompre.
- Oui, répondit le
musicien. Je te demande pardon Clémence. Tu as raison, je ne dois pas passer
mes nerfs sur toi. Echauffe tes mains et étire tes doigts. Ensuite, on pourra
commencer. On reprend avec le même morceau qu’hier.
Finalement, mon cours
de piano se déroula très bien ; et lorsque je sortis de la salle de
musique, j’étais de bonne humeur. Un peu fatiguée, j’eus envie d’aller
m’allonger dans ma chambre pour faire une sieste ; mais je fus prévenue
par l’une de mes camarades que le Directeur organisait une réunion avec les
représentantes des élèves.
- Vous auriez pu prévenir
plus tôt ! lançai-je à Monsieur Éric en entrant dans la salle de réunion.
J’avais prévu d’aller faire une petite sieste, moi ! Elle est pour quoi,
cette réunion improvisée, d’abord ?!
Monsieur Lionel était là, Matthieu et Philomène
aussi. Mon père-référent aussi, puisqu’il faillit répliquer quelque
chose ; mais il laissa le Directeur me répondre :
- Clémence, souhaites-tu
débuter la réunion en recevant une fessée devant tout le monde ?
- Qu’est-ce que j’ai
fait, encore ?! réagis-je en voyant les doigts de Monsieur John se crisper
sur la table.
- Je t’ai posé une
question, rétorqua le Directeur. J’exige une réponse. Souhaites-tu débuter la
réunion en recevant une fessée devant tout le monde, oui ou non ?
- Non Monsieur,
répondis-je d’un air crispé.
- Alors tu vas
immédiatement t’excuser auprès de Monsieur Éric pour l’insolence dont tu viens
de faire preuve ! intervint Monsieur John, ne tenant plus.
- Mais je n’ai pas
totalement tort ! protestai-je.
- Clémence, si je me
lève… !! prévint mon père-référent.
- Pardonnez-moi pour mon
insolence, Monsieur le Directeur, grommelai-je à contrecœur.
- Vous m’écrirez cent
fois : « Je ne dois en aucun cas manquer de respect à un adulte de
l’établissement, et encore moins au Directeur. », annonça Monsieur Éric
tandis que je tombais des nues.
- Quoi ?!
m’exclamai-je. Hors de question ! Vous avez craqué, vous ! Je n’ai
rien fait de mal !
Monsieur Éric ferma les yeux et soupira.
Monsieur John se leva et s’approcha de moi. Je réalisai en reculant contre le
mur que j’avais un peu trop pris la confiance ; j’avais crié et protesté
devant toute la Direction réunie. Un gros « Oups » vint s’allumer
dans mon cerveau. Je m’étais mise dans la mouise toute seule.
Pauline, ma co-représente, me regarda avec un
air ahuri, ayant l’air de se demander quelle mouche m’avait piquée pour que je
parle ainsi aux membres de la Direction.
Une fois arrivé à ma hauteur, Monsieur John me
pencha sous son bras, souleva ma jupe, baissa ma culotte et m’asséna une fessée
composée de claques très appuyées mais étonnamment peu nombreuses. J’avais reçu
une quinzaine de claques, ce qui n’était pas du tout dans les habitudes de mon
père-référent. En me lâchant, il me gronda :
-
Pas
de veillée pour toi ce soir, Clémence ! Tu iras au lit !
J’eus l’impression que mon cœur se brisait. Je
pouvais accuser une fessée, oui, mais être privée de veillée (pour une fois qu’il
y en avait une !) constituait une sanction bien plus compliquée à
accepter.
Tandis que je me frottais fortement les fesses –
les claques n’avaient pas été petites et mon derrière me brûlait tout de même !
–, je présentai des excuses à tout le monde dans l’objectif que le Directeur-Adjoint
revienne sur sa sanction. Puis, Monsieur Éric dit :
-
Nous
acceptons tes excuses, Clémence, mais cela ne change pas le comportement
inacceptable que tu as eu. Puisque cette réunion avait pour but d’organiser la
veillée, nous te congédions. Toi qui voulais aller faire une sieste, tu peux y
aller.
-
Je
ne suis plus fatiguée, dis-je au bord des larmes.
- J’ai
dit : « Au lit ! », gronda Monsieur Éric en haussant
fortement le ton. Je vais demander que tu sois personnellement surveillée par
Madame Lodine. Tu vas rester les deux prochaines heures dans ton lit, cela te
remettra peut-être les idées en place !
Alors que je me tournais pour sortir de la
pièce, j’entendis le Directeur ajouter :
-
Oh !
Une dernière chose, Clémence ! S’il te vient l’envie de désobéir à l’obligation
de cette sieste, sois sûre que je l’apprendrai immédiatement. Tu auras alors
des comptes à me rendre, ainsi qu’à Monsieur John. Tu as compris, Clémence ?!
-
Oui
Monsieur, répondis-je à mi-voix.
-
Donc
deux heures de sieste obligatoire, et ensuite tu m’écris tes cent lignes. Je les
veux sur mon bureau avant le dîner au réfectoire. A tout à l’heure, Clémence !
Je montai dans ma chambre,
m’allongeai sur mon lit et me laissai aller à pleurer toutes les larmes de mon
corps. Je détestais cet endroit. Je détestais tout le monde ici ! Je
voulais m’enfuir. Partir loin, très loin ! Je voulais que tout le monde me
foute la paix !
Madame Lodine vint se poster devant la porte de
ma chambre et me lança par l’entrebâillement de la porte :
-
Essayez
de vous calmer et de dormir un peu, Mademoiselle Clémence.
Je mourus d’envie de lui dire de fermer sa grande
bouche ; mais je ne voulais pas récolter une énorme déculottée. J’avais
déjà bien assez de peine comme ça. Je me contrôlai donc, même difficilement, et
optai pour un long hurlement dans mon oreiller.
Je m’endormis une demi-heure après avoir
commencé à pleurer.
En
me réveillant, je me débarbouillai le visage et demandai une autre taie d’oreiller,
la mienne étant pleine de larmes, morve et bave séchées, tant j’avais pleuré
avant de m’endormir. Je changeai donc ma taie d’oreiller puis m’assis à mon
bureau et écrivis mes lignes.
A dix-huit
heures cinquante, je frappai à la porte du bureau du Directeur.
-
Entrez !
-
Bonsoir
Monsieur, dis-je après avoir obéi. Voici mes lignes.
-
Je
te remercie Clémence.
Il prit la feuille que je lui tendis, l’inspecta,
puis la posa à côté de lui avant de dire :
-
Il
faut absolument que tu apprennes à parler correctement et à contrôler cette
insolence qui te ronge. Si Monsieur John et moi t’avons punie c’est pour ton
bien, tu comprends ? Pour que tu apprennes les bonnes manières. Tu ne
pourras pas parler ainsi en société dès ta sortie de l’établissement dans
quelques mois.
-
Puis-je
disposer ? demandai-je.
-
Bien
sûr, répondit le Directeur. Tu vois que tu es capable de bien parler quand tu le
veux !
J’entrepris de sortir de la pièce ; mais
au moment de mettre ma main sur la poignée, je me retournai vers le Directeur et
dis :
-
Non,
je ne comprends pas. Et je vous déteste.
Et je sortis de la pièce.
Je voulais qu’il ait aussi mal que moi.
J’avalais
mon hamburger et mes frites avec une certaine morosité, sachant que je n’allais
pas vivre le reste de la soirée avec mes camarades. Mes copines, qui essayaient
toutes de trouver une solution pour que j’assiste quand même à la veillée,
décidèrent de me kidnapper pour que j’y assiste quand même.
-
N’importe
quoi ! leur dis-je. Comment comptez-vous faire ?
-
La
veillée, c’est un jeu de piste dans la forêt ! m’informa Mathilde. Pauline
et la Direction ont décidé de faire une soirée sur le thème de l’horreur. Donc
tu peux carrément venir avec nous !! On aura juste à te grimer un peu, et
le tour sera joué !!
-
Si
je m’attire encore des ennuis… m’inquiétai-je.
-
Tu
veux quoi, Clémence ?! me gronda Mathilde. Tu préfères rester dans notre
chambre à te morfondre toute la soirée, ou bien participer à la veillée avec
nous ?
-
De
toute façon, qu’est-ce que tu risques ? me demanda Lucille. Te prendre une
fessée carabinée ? Ça vaut quand même le coup, non ?
-
Sauf
si je tombe sur Philomène et qu’elle me flanque cinquante coups de canne, pensai-je
à voix haute.
-
Personne
ne la laissera faire, tu le sais bien ! ajouta Noémie.
-
Je
ne sais pas trop, les filles…, hésitai-je. J’ai déjà eu pas mal d’ennuis…
-
Donne-nous
ta réponse avant la fin du repas pour qu’on puisse organiser ton extradition !
me dit Charline.
Après tout, elles n’avaient pas tort. Je ne pouvais
pas me résoudre à louper cette soirée.
J’acceptai.
***
Monsieur Matthieu venait
d’entrer dans le bureau du Directeur, où se trouvait déjà Éric, Lionel et John.
- Salut Matt, dit le père-référent
de Clémence. Pourquoi voulais-tu nous voir ?
- Il me semble qu’il serait préférable de discuter avant le début de la soirée, répondit le
Surveillant Général.
- Discuter de ? se
renseigna Lionel.
- Clémence, répondit
Matthieu. John l’a privée de veillée mais nous savons tous les quatre qu’elle
va tenter de braver cette interdiction.
- Effectivement, dit Éric.
Tu as raison, il faut qu’on ait un plan. Il faut pouvoir la prendre sur le fait
sans qu’elle tombe entre les mains de Philomène.
- Tu auras déjà beaucoup de choses à gérer, dit Lionel à son supérieur. Tu es le régisseur général de la soirée,
tu ne pourras pas être partout, en plus de surveiller Clémence !
- Matthieu et moi nous
chargerons d’elle, annonça John. Si tu es d’accord, Matthieu ?
- Bien sûr, répondit le
SG.
- Matthieu et moi nous chargeons
de Clémence, alors ! trancha John. Ainsi, Éric tu pourras assurer ton rôle
de régisseur, et Lionel tu pourras être le maître de cérémonie, comme convenu.
- Ne laissez pas Clémence
courir, dit Éric. Je veux qu’elle soit privée de cette veillée afin qu’elle retienne
la leçon ! Si elle a ce qu’elle veut, elle croira qu’elle peut continuer à
être insolente en toute impunité. Je refuse que ce soit le cas !
- Fais-nous confiance,
dit Matthieu en mettant une main sur l’épaule du Directeur.
A suivre…

Commentaires
Enregistrer un commentaire
Alors ? Qu'en avez-vous pensé ?