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Nouvelle rentrée, nouvelle vie ! - Chapitre 54 (2ème partie)

 


Clémence

 

-    Bon, je récapitule pour être sûre que tu aies bien compris, me dit Mathilde. Jessica fera diversion auprès de Madame Marie-Claire pour que tu puisses sortir de la chambre. Il faudra ensuite que tu te débrouilles pour aller jusqu’au point de rendez-vous sans te faire voir. Lucille et moi, on viendra te chercher au rez-de-chaussée du bâtiment A. On s’enfermera ensuite dans les toilettes les plus proches pour te maquiller et te déguiser. Ensuite, on sortira du bâtiment et on ira participer à la veillée dans la forêt !

-    C’est compris, Mat’ ! râlai-je. Ça fait trente fois que tu me répètes la même chose !

-    Je sais, je sais ! Mais c’est pour être sûre qu’on soit au point. Oh, et n’oublie pas : tu t’appelles Manon !!

-    Pourquoi est-ce que je suis obligée de prendre l’identité de Manon ? questionnai-je.

-    Parce qu’une fois coiffée et maquillée, c’est à elle que tu ressembleras le plus ! réexpliqua Mathilde. Donc si on te demande, tu dis que tu es Manon !

-    Ça ne semblera pas bizarre que tout à coup, des filles du D2 traînent avec une nana du D5 ? m’inquiétai-je en faisant référence à nos dortoirs respectifs.

-    Les adultes seront trop occupés à gérer la veillée, ils ne penseront pas du tout à ça ! répondit Mathilde en posant sa main sur mon épaule. Bon, j’y vais ! Dès que Jess’ aura fait diversion, tu te casses ! Ne perds pas de temps, Clem’ !!

-    Oui, oui, j’ai compris ! m’agaçai-je. Va-t’en, maintenant !!

Mathilde sortit de notre chambre.

 

       Je n’eus pas à attendre plus de quelques minutes avant d’entendre Jessica crier dans le couloir :

-    J’ai mal au ventre !! Au secours, j’ai trop mal au ventre !! Aidez-moi !! Pitié !!

Madame Marie-Claire courut auprès d’elle, libérant la surveillance de ma chambre. Je pus me faufiler dans le couloir et courir au rez-de-chaussée du bâtiment A sans rencontrer personne. Lucille et Mathilde m’attendaient au point de rencontre : nous nous enfermâmes dans les toilettes ; elles mirent vingt bonnes minutes à me transformer en un véritable zombie. J’étais super crédible ! Mes longs cheveux étaient remplis de faux sang – je me demandais bien comment j’allais pouvoir les nettoyer ! – mais ma dégaine était géniale !! J’aurais adoré avoir mon téléphone pour pouvoir prendre des photos ; surtout que Mathilde était déguisée en une sorcière effrayante, et Lucille en une femme possédée terrifiante !

 

       Nous nous rendîmes dans le parc. A l’orée de la forêt, Monsieur Lionel distribuait le matériel pour le jeu de piste : la feuille de route de l’équipe, une lampe torche, un plan de la forêt et un stylo. Nous nous présentâmes à lui pour retirer notre matériel. Comme j’étais anxieuse !!

-    Waouh, vous êtes bien maquillées, les filles ! s’exclama-t-il en nous voyant. Alors on a Mathilde, Lucille et Manon, c’est ça ?

-    Oui ! répondit Mathilde avec enthousiasme.

Parfait. Je n’avais même pas eu besoin de mentir !

Le Directeur-Adjoint inscrivit nos noms sur la feuille de route, puis nous remit tout le nécessaire pour le jeu de piste avant de nous expliquer :

-    Vous êtes l’équipe « Thriller ». Pour votre première étape, vous devez trouver le drapeau bleu marine. En-dessous de ce drapeau, vous aurez une énigme à résoudre et un indice pour la prochaine étape. Lorsque vous aurez réussi les dix étapes, vous pourrez revenir me voir pour que je checke votre feuille de route. Si toutes vos réponses sont correctes, c’est gagné !! Bonne chance à vous, les Thriller !!

Nous nous enfonçâmes rapidement dans la forêt. Lucille s’exclama :

-    C’est génial ! Il t’a directement prise pour Manon ! On a bien réussi notre coup !

-    Bon, cherchons le drapeau bleu, dit Mathilde en révélant son âme de compétitrice. Je veux gagner !!

-    Moi je m’en fiche, grommelai-je, puisque c’est Manon qui héritera de ma récompense si je gagne…

-    C’est pour le plaisir de s’amuser, Clem’ ! me dit Lucille. Aller, en route !

 

Monsieur Lionel

 

-    Vous êtes terrifiantes, mesdemoiselles ! m’exclamai-je en voyant de nouveau des élèves très bien déguisées et maquillées.

-    Merci, Monsieur !

-    Je peine à vous reconnaître, avouai-je. Monica, Anna et… ?

-    Manon, me répondit la pensionnaire.

-    Ce n’est pas possible, dis-je en regardant ma feuille d’appel. Manon est déjà dans une autre équipe avec Mathilde et Lucille.

-    Non, je suis là Monsieur ! plaida la concernée. En plus, je ne traîne jamais avec Mathilde et Lucille ! Je les connais à peine !

-    D’accord, j’ai dû me tromper ! mentis-je. Vous êtes l’équipe « Scream ». Je vais vous remettre votre matériel et vous expliquer par où vous devez commencer.

Une fois l’équipe Scream engagée dans la forêt, j’attrapai immédiatement mon talkie-walkie et annonçai :

« Ici Lionel ! Ici Lionel ! »

« Oui Lionel, c’est Éric, qu’est-ce qui se passe ? »

« Clémence a réussi à s’infiltrer dans la forêt en se faisant passer pour Manon. Elle est dans l’équipe Thriller avec Lucille et Mathilde ! »

« Très bien, je préviens les veilleurs ! »

Bon, mon devoir était accompli. Je m’en voulais de m’être fait berner ! Je me promis de faire davantage attention aux fréquentations de mes pensionnaires, puis accueillis l’équipe suivante.

 

Monsieur Matthieu

 

« Avis à tous les veilleurs : Clémence a réussi à pénétrer dans la forêt avec Mathilde et Lucille. Elle fait partie de l’équipe Thriller mais se fait passer pour Manon. Il faut absolument la retrouver, la sanctionner et la mettre au lit ! »

Le message d’Éric était très clair. Clémence avait réussi. C’était vraiment une chipie ; et en même temps, j’aimais beaucoup son côté indomptable. Néanmoins, mon travail était de la retrouver et de la livrer à John qui la punirait pour sa désobéissance. Il fallait que John ou moi la retrouvions avant Philomène. C’était primordial !

Je courus jusqu’à l’orée de la forêt pour y retrouver Lionel qui me donna la feuille de route de l’équipe Thriller.

-    Ça fait combien de temps que Clémence est entrée dans la forêt ? demandai-je.

-    Je dirais vingt bonnes minutes, répondit mon supérieur.

-    D’accord, je vais donc zapper les drapeaux bleu marine et jaune, et aller directement au drapeau vert.

-    Je suis vraiment désolé, Mat’, me dit Lionel. Avec le maquillage, je ne l’ai pas reconnue !

-    Elle a sûrement tout fait pour, le rassurai-je. N’importe qui aurait pu se faire berner !

Sauf moi. Il était certain que j’aurais reconnu sa silhouette élancée, son magnifique derrière, ses longs cheveux ondulés et ses merveilleux yeux bleus.

-    Bon, j’y vais ! annonçai-je. A tout à l’heure !

Je m’élançai à travers la pénombre de la forêt.

 

Clémence

 

       Tout se déroulait parfaitement bien : nous arrivions au drapeau vert, notre troisième étape. Cette dernière se trouvait dans une clairière : la lumière de la lune nous éclairait, ce qui contrastait avec l’obscurité de la forêt.

-    Alors, dit Mathilde. Voyons l’énigme. « Je suis ce que je suis. Mais je ne suis pas ce que je suis. Car si je suis ce que je suis. Je ne suis plus ce que je suis... Qui suis-je ? »

Nous nous mîmes à réfléchir. Les filles prononcèrent plusieurs réponses qui n’avaient ni queue ni tête. Soudain, l’ampoule s’alluma dans mon cerveau. Je m’exclamai :

-    Un homme qui suit un cercueil ! C’est un double sens avec les verbes « être » et « suivre » !

-    Tu es vraiment beaucoup trop intelligente pour nous, dit Lucille.

-    On est passées devant un cercueil en arrivant ici, se rappela Mathilde. C’est sûrement le prochain indice ! Vite, il faut qu’on y aille !

-    Oui allez-y ! entendîmes-nous. En revanche, Manon, ou plutôt Clémence, va rester avec moi !

Madame Philomène sortit de l’obscurité, pointant sa lampe torche sur moi. Mon cœur se mit à battre à tout rompre. J’étais cuite. Madame Philomène allait me tuer. Matthieu allait me tuer. Monsieur Éric allait me tuer. Monsieur John allait me tuer. Je n’allais pas tarder à prendre quatre fessées carabinées ; et celle de mon père-référent serait sûrement la pire de toute ma vie.

Alors que madame Philomène s’approchait de moi et m’attrapait violemment l’oreille, j’avais envie de fondre en larmes. J’avais été trop conne. Vraiment trop conne. Je croyais sans me lasser que je pouvais réussir à berner les adultes et faire ce que je voulais. Je croyais que je pouvais suivre mes envies en toute impunité. Si je réussissais parfois avec Côme et Célestine, il y avait beaucoup trop d’adultes dans ce pensionnat de malheur. Lucille me disait intelligente, je venais de prouver que je ne l’étais pas. Mon envie de participer à la veillée m’avait ôté tout intellect.

La Surveillante Générale faisait exprès de me tordre l’oreille en me réprimandant. Cette femme était une vraie sadique !!

-    Vous n’êtes qu’une petite peste, Clémence ! Je vais vous administrer une correction dans mon bureau dont vous vous souviendrez jusqu’à la fin de vos jours ! Avancez !

Alors que je faisais exprès de ralentir le pas – même si mon oreille me faisait un mal atroce – Philomène continuait de me crier dessus. Heureusement, mon calvaire ne dura qu’une demi-minute : je vis Matthieu émerger de la forêt, arrivant dans la clairière en soufflant.

-    Philo, je gère ! dit-il entre deux respirations.

-    Non, c’est bon, je vais le faire ! insista la SG.

-    C’est la fille-référente de John, répondit Matthieu qui peinait à reprendre son souffle. Il m’a demandé de l’emmener dans son bureau !

Philomène me lâcha et je me massai vivement l’oreille. La SG repartit prendre son poste dans la forêt, bougonne.

-    Mesdemoiselles Lucille et Mathilde ! dit Matthieu. Je vous laisse terminer votre jeu de piste. En revanche, soyez sûres que vos parents-référents seront mis au courant de votre complicité ! Filez, maintenant !

Mes amies n’attendirent pas avant de déguerpir. Seule dans la clairière avec Matthieu, je devais trouver un moyen de m’en sortir. Je lui chuchotai alors à l’oreille :

-    Ça ne te donne pas des envies, cette clairière ?

-    Arrête, Clémence. Me dit-il froidement en me repoussant. Viens avec moi. Je t’emmène dans le bureau de Monsieur John.

-    Tu n’es pas sérieux, là ?! m’emportai-je. Tu m’as arrachée aux griffes de Philomène pour m’emmener voir Monsieur John ?! Autant me laisser avec cette folle !

-    Clémence, tais-toi ! Ce n’est vraiment pas le moment de me faire une scène !

-    Non, c’est toi qui vas te taire ! rétorquai-je en haussant fortement le ton.

-    Tu oublies à qui tu parles ! me gronda Matthieu.

Il m’attrapa le bras et alla s’asseoir sur un tronc tombé à terre, m’entraînant avec lui. De là, il me bascula sur ses genoux, releva ma robe et baissa ma culotte.

La fessée que mon petit ami me flanqua fut magistrale. J’avais l’impression que c’était Monsieur John ou Monsieur Éric qui me punissait ! Je ne mis pas longtemps à fondre en larmes et à le prier d’arrêter.

Au bout d’une ou deux minutes, il cessa les claques et me demanda :

-    Ça y est, tu es calmée ?! Tu es décidée à me parler correctement ?!

-    Oui, répondis-je entre deux spasmes.

-    Je n’ai pas bien entendu ! insista Matthieu en m’assénant deux claques supplémentaires.

-    Oui Monsieur, rectifiai-je en pleurant.

Matthieu me lâcha. Je me relevai et me rhabillai. Je tentai de me calmer et de sécher mes larmes. Puis, reprenant mon calme, je me frottai les fesses et incriminai Matthieu :

-    Tu as fait exprès de me retrouver et d’écourter ma soirée alors que tu aurais très bien pu me laisser faire jusqu’au bout ! Après t’être débarrassé de Philomène, tu aurais pu me laisser partir avec Lucille et Mathilde !

-    Tu as fait une grosse bêtise, Clémence ! rétorqua-t-il. Et je te rappelle que je n’ai fait que mon travail.

-    Ouais, ben il pue la merde, ton travail !! crachai-je.

-    De toute évidence, tu n’es pas calmée ! reprit mon aimé. Tu veux refaire un tour sur mes genoux ?!

-    Non ! dis-je, effrayée. Je suis désolée, je me laisse submerger par mes émotions…

Après un moment de silence, Matthieu soupira puis déclara :

-    J’oublie parfois que tu n’es encore qu’une gamine immature.

-    Et moi j’oublie parfois que tu n’es qu’un vieux con égoïste ! répliquai-je, laissant une nouvelle fois les émotions me guider.

-    Je t’emmène dans le bureau de ton père-référent.

-    Et si je refuse ?! provoquai-je.

-    Clémence, vu comment tu es en train de me parler malgré la fessée que je viens de te donner, j’espère que tu te rends compte que je te fais une énorme fleur ! Ne m’oblige pas à te donner une fessée encore plus sévère, surtout avant que Monsieur John te tombe dessus ! Donc je t’emmène tout de suite dans le bureau de ton père-référent !!

Je ne bougeai pas. Matthieu m’asséna quatre claques puissantes – je ne savais même pas qu’il était capable de taper aussi fort ! – qui me déséquilibrèrent. Puis, il attrapa mon déguisement au niveau de l’épaule et me traîna ainsi à travers la forêt, puis à travers le parc, puis à travers les locaux, jusqu’au bureau de mon père-référent. Une fois à destination, il sortit son téléphone pour écrire un message à Monsieur John l’informant de ma présence, puis m’envoya au coin.

 

       Je restai là, tournée vers le mur, pendant une bonne demi-heure. Matthieu me surveillait en silence. Lorsque je me retournai pour voir ce qu’il faisait, je le vis installé dans le fauteuil de Monsieur John et jouant sur son smartphone.

-    Clémence ! me gronda-t-il en me jetant un coup d’œil. Je t’interdis de te retourner !

Je me tournai de nouveau face au mur en soupirant. J’entendis alors mon petit ami me foncer dessus : il dégrafa ma jupe et me fit enlever ma culotte. Puis, il me colla une fessée debout d’une dizaine de claques avant de me gronder :

-    Tu es insolente, tu me manques de respect et tu te permets en plus de te retourner et de soupirer quand je te reprends ?! Eh bien tu vas rester cul nu, Clémence ! Au moins, ton derrière sera facilement accessible ! Continue de te comporter ainsi et ta vie ici va se transformer en enfer !! Je t’aime comme un fou, mais je ne te laisserai pas te saboter !! J’aurais vraiment dû te remettre sur mes genoux dans la clairière, tout à l’heure !! A partir de maintenant, je ne te laisserai plus rien passer ! Tu n’as plus intérêt à me manquer de respect, ou à être insolente, ou quoique ce soit d’autre !! Tu as compris ?!

Je ne répondis pas. Matthieu me flanqua dix claques spatiales qui me firent couler les larmes. Il réitéra :

-    Est-ce que tu as compris ?!

-    Oui Monsieur, répondis-je en pleurant.

Je me massai les fesses et Matthieu me laissa faire. Je me doutais que celles-ci étaient déjà écarlates, vu la brûlure que je ressentais.

       Soudain, la porte du bureau s’ouvrit. Monsieur John entra.

-    Eh bien ! l’entendis-je. Je vois que tu as été sage, Clémence. Monsieur Matthieu n’a pas eu l’air d’avoir besoin de te corriger, vu l’état de tes fesses !!

Je ne répondis pas. J’étais bien trop honteuse.

-    Pourquoi l’as-tu fessée ? demanda le Directeur-Adjoint à mon amoureux.

-    Insolence et manque de respect, répondit Matthieu sans hésitation.

-    Je vois. En tout cas, je te remercie de l’avoir amenée ici. Je vais m’occuper du reste. Merci beaucoup, Mat’ !

-    Je t’en prie, John.

Matthieu sortit de la pièce, refermant la porte derrière lui. Je me retrouvai seule dans le bureau de mon père-référent, avec mon père-référent. Et ce dernier semblait ultra-fâché.

-    Viens ici, Clémence.

J’obéis et m’avançai vers lui, au milieu de la pièce, tremblant de tout mon corps, les larmes coulant toujours sur mes joues.

 

A suivre…

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