Clémence
- Bon, je récapitule pour
être sûre que tu aies bien compris, me dit Mathilde. Jessica fera diversion
auprès de Madame Marie-Claire pour que tu puisses sortir de la chambre. Il
faudra ensuite que tu te débrouilles pour aller jusqu’au point de rendez-vous
sans te faire voir. Lucille et moi, on viendra te chercher au rez-de-chaussée
du bâtiment A. On s’enfermera ensuite dans les toilettes les plus proches pour
te maquiller et te déguiser. Ensuite, on sortira du bâtiment et on ira
participer à la veillée dans la forêt !
- C’est compris,
Mat’ ! râlai-je. Ça fait trente fois que tu me répètes la même chose !
- Je sais, je sais !
Mais c’est pour être sûre qu’on soit au point. Oh, et n’oublie pas : tu
t’appelles Manon !!
- Pourquoi est-ce que je
suis obligée de prendre l’identité de Manon ? questionnai-je.
- Parce qu’une fois
coiffée et maquillée, c’est à elle que tu ressembleras le plus ! réexpliqua
Mathilde. Donc si on te demande, tu dis que tu es Manon !
- Ça ne semblera pas
bizarre que tout à coup, des filles du D2 traînent avec une nana du
D5 ? m’inquiétai-je en faisant référence à nos dortoirs respectifs.
- Les adultes seront trop
occupés à gérer la veillée, ils ne penseront pas du tout à ça ! répondit
Mathilde en posant sa main sur mon épaule. Bon, j’y vais ! Dès que Jess’
aura fait diversion, tu te casses ! Ne perds pas de temps, Clem’ !!
- Oui, oui, j’ai
compris ! m’agaçai-je. Va-t’en, maintenant !!
Mathilde sortit de notre chambre.
Je
n’eus pas à attendre plus de quelques minutes avant d’entendre Jessica crier
dans le couloir :
- J’ai mal au
ventre !! Au secours, j’ai trop mal au ventre !! Aidez-moi !!
Pitié !!
Madame Marie-Claire courut auprès d’elle,
libérant la surveillance de ma chambre. Je pus me faufiler dans le couloir et
courir au rez-de-chaussée du bâtiment A sans rencontrer personne. Lucille et
Mathilde m’attendaient au point de rencontre : nous nous enfermâmes dans
les toilettes ; elles mirent vingt bonnes minutes à me transformer en un
véritable zombie. J’étais super crédible ! Mes longs cheveux étaient
remplis de faux sang – je me demandais bien comment j’allais pouvoir les
nettoyer ! – mais ma dégaine était géniale !! J’aurais adoré avoir
mon téléphone pour pouvoir prendre des photos ; surtout que Mathilde était
déguisée en une sorcière effrayante, et Lucille en une femme possédée
terrifiante !
Nous
nous rendîmes dans le parc. A l’orée de la forêt, Monsieur Lionel distribuait
le matériel pour le jeu de piste : la feuille de route de l’équipe, une
lampe torche, un plan de la forêt et un stylo. Nous nous présentâmes à lui pour
retirer notre matériel. Comme j’étais anxieuse !!
- Waouh, vous êtes bien
maquillées, les filles ! s’exclama-t-il en nous voyant. Alors on a
Mathilde, Lucille et Manon, c’est ça ?
- Oui ! répondit
Mathilde avec enthousiasme.
Parfait. Je n’avais même pas eu besoin de
mentir !
Le Directeur-Adjoint inscrivit nos noms sur la
feuille de route, puis nous remit tout le nécessaire pour le jeu de piste avant
de nous expliquer :
- Vous êtes l’équipe « Thriller ».
Pour votre première étape, vous devez trouver le drapeau bleu marine. En-dessous
de ce drapeau, vous aurez une énigme à résoudre et un indice pour la prochaine
étape. Lorsque vous aurez réussi les dix étapes, vous pourrez revenir me voir
pour que je checke votre feuille de route. Si toutes vos réponses sont
correctes, c’est gagné !! Bonne chance à vous, les Thriller !!
Nous nous enfonçâmes rapidement dans la forêt. Lucille
s’exclama :
- C’est génial ! Il
t’a directement prise pour Manon ! On a bien réussi notre coup !
- Bon, cherchons le
drapeau bleu, dit Mathilde en révélant son âme de compétitrice. Je veux gagner !!
- Moi je m’en fiche,
grommelai-je, puisque c’est Manon qui héritera de ma récompense si je gagne…
- C’est pour le plaisir
de s’amuser, Clem’ ! me dit Lucille. Aller, en route !
Monsieur Lionel
- Vous êtes terrifiantes,
mesdemoiselles ! m’exclamai-je en voyant de nouveau des élèves très bien
déguisées et maquillées.
- Merci, Monsieur !
- Je peine à vous reconnaître,
avouai-je. Monica, Anna et… ?
- Manon, me répondit la
pensionnaire.
- Ce n’est pas possible,
dis-je en regardant ma feuille d’appel. Manon est déjà dans une autre équipe avec Mathilde et Lucille.
- Non, je suis là Monsieur !
plaida la concernée. En plus, je ne traîne jamais avec Mathilde et Lucille !
Je les connais à peine !
- D’accord, j’ai dû me
tromper ! mentis-je. Vous êtes l’équipe « Scream ». Je vais vous
remettre votre matériel et vous expliquer par où vous devez commencer.
Une fois l’équipe Scream engagée dans la forêt,
j’attrapai immédiatement mon talkie-walkie et annonçai :
« Ici Lionel ! Ici Lionel ! »
« Oui Lionel, c’est Éric, qu’est-ce qui se
passe ? »
« Clémence a réussi à s’infiltrer dans la
forêt en se faisant passer pour Manon. Elle est dans l’équipe Thriller avec
Lucille et Mathilde ! »
« Très bien, je préviens les veilleurs ! »
Bon, mon devoir était accompli. Je m’en voulais
de m’être fait berner ! Je me promis de faire davantage attention aux fréquentations
de mes pensionnaires, puis accueillis l’équipe suivante.
Monsieur Matthieu
« Avis à tous les veilleurs :
Clémence a réussi à pénétrer dans la forêt avec Mathilde et Lucille. Elle fait
partie de l’équipe Thriller mais se fait passer pour Manon. Il faut absolument
la retrouver, la sanctionner et la mettre au lit ! »
Le message d’Éric était très clair. Clémence
avait réussi. C’était vraiment une chipie ; et en même temps, j’aimais beaucoup
son côté indomptable. Néanmoins, mon travail était de la retrouver et de la
livrer à John qui la punirait pour sa désobéissance. Il fallait que John ou moi
la retrouvions avant Philomène. C’était primordial !
Je courus jusqu’à l’orée de la forêt pour y
retrouver Lionel qui me donna la feuille de route de l’équipe Thriller.
- Ça fait combien de
temps que Clémence est entrée dans la forêt ? demandai-je.
- Je dirais vingt bonnes
minutes, répondit mon supérieur.
- D’accord, je vais donc zapper
les drapeaux bleu marine et jaune, et aller directement au drapeau vert.
- Je suis vraiment
désolé, Mat’, me dit Lionel. Avec le maquillage, je ne l’ai pas reconnue !
- Elle a sûrement tout
fait pour, le rassurai-je. N’importe qui aurait pu se faire berner !
Sauf moi. Il était certain que j’aurais reconnu
sa silhouette élancée, son magnifique derrière, ses longs cheveux ondulés et ses
merveilleux yeux bleus.
- Bon, j’y vais !
annonçai-je. A tout à l’heure !
Je m’élançai à travers la pénombre de la forêt.
Clémence
Tout
se déroulait parfaitement bien : nous arrivions au drapeau vert, notre
troisième étape. Cette dernière se trouvait dans une clairière : la
lumière de la lune nous éclairait, ce qui contrastait avec l’obscurité de la
forêt.
- Alors, dit Mathilde.
Voyons l’énigme. « Je suis ce que je suis. Mais je ne suis pas ce que je
suis. Car si je suis ce que je suis. Je ne suis plus ce que je suis... Qui
suis-je ? »
Nous nous mîmes à réfléchir. Les filles prononcèrent
plusieurs réponses qui n’avaient ni queue ni tête. Soudain, l’ampoule s’alluma
dans mon cerveau. Je m’exclamai :
- Un homme qui suit un cercueil !
C’est un double sens avec les verbes « être » et « suivre » !
- Tu es vraiment beaucoup
trop intelligente pour nous, dit Lucille.
- On est passées devant
un cercueil en arrivant ici, se rappela Mathilde. C’est sûrement le prochain
indice ! Vite, il faut qu’on y aille !
- Oui allez-y ! entendîmes-nous.
En revanche, Manon, ou plutôt Clémence, va rester avec moi !
Madame Philomène sortit de l’obscurité, pointant
sa lampe torche sur moi. Mon cœur se mit à battre à tout rompre. J’étais cuite.
Madame Philomène allait me tuer. Matthieu allait me tuer. Monsieur Éric allait
me tuer. Monsieur John allait me tuer. Je n’allais pas tarder à prendre
quatre fessées carabinées ; et celle de mon père-référent serait sûrement
la pire de toute ma vie.
Alors que madame Philomène s’approchait de moi
et m’attrapait violemment l’oreille, j’avais envie de fondre en larmes. J’avais
été trop conne. Vraiment trop conne. Je croyais sans me lasser que je pouvais
réussir à berner les adultes et faire ce que je voulais. Je croyais que je
pouvais suivre mes envies en toute impunité. Si je réussissais parfois avec
Côme et Célestine, il y avait beaucoup trop d’adultes dans ce pensionnat de
malheur. Lucille me disait intelligente, je venais de prouver que je ne l’étais
pas. Mon envie de participer à la veillée m’avait ôté tout intellect.
La Surveillante Générale faisait exprès de me
tordre l’oreille en me réprimandant. Cette femme était une vraie sadique !!
- Vous n’êtes qu’une petite
peste, Clémence ! Je vais vous administrer une correction dans mon bureau
dont vous vous souviendrez jusqu’à la fin de vos jours ! Avancez !
Alors que je faisais exprès de ralentir le pas –
même si mon oreille me faisait un mal atroce – Philomène continuait de me crier
dessus. Heureusement, mon calvaire ne dura qu’une demi-minute : je vis
Matthieu émerger de la forêt, arrivant dans la clairière en soufflant.
- Philo, je gère ! dit-il
entre deux respirations.
- Non, c’est bon, je vais
le faire ! insista la SG.
- C’est la fille-référente
de John, répondit Matthieu qui peinait à reprendre son souffle. Il m’a demandé
de l’emmener dans son bureau !
Philomène me lâcha et je me massai vivement l’oreille.
La SG repartit prendre son poste dans la forêt, bougonne.
- Mesdemoiselles Lucille
et Mathilde ! dit Matthieu. Je vous laisse terminer votre jeu de piste. En
revanche, soyez sûres que vos parents-référents seront mis au courant de votre
complicité ! Filez, maintenant !
Mes amies n’attendirent pas avant de déguerpir.
Seule dans la clairière avec Matthieu, je devais trouver un moyen de m’en
sortir. Je lui chuchotai alors à l’oreille :
- Ça ne te donne pas des
envies, cette clairière ?
- Arrête, Clémence. Me dit-il
froidement en me repoussant. Viens avec moi. Je t’emmène dans le bureau de
Monsieur John.
- Tu n’es pas sérieux, là ?!
m’emportai-je. Tu m’as arrachée aux griffes de Philomène pour m’emmener voir Monsieur
John ?! Autant me laisser avec cette folle !
- Clémence, tais-toi !
Ce n’est vraiment pas le moment de me faire une scène !
- Non, c’est toi qui vas
te taire ! rétorquai-je en haussant fortement le ton.
- Tu oublies à qui tu
parles ! me gronda Matthieu.
Il m’attrapa le bras et alla s’asseoir sur un
tronc tombé à terre, m’entraînant avec lui. De là, il me bascula sur ses genoux,
releva ma robe et baissa ma culotte.
La fessée que mon petit ami me flanqua fut
magistrale. J’avais l’impression que c’était Monsieur John ou Monsieur Éric qui
me punissait ! Je ne mis pas longtemps à fondre en larmes et à le prier d’arrêter.
Au bout d’une ou deux minutes, il cessa les
claques et me demanda :
- Ça y est, tu es calmée ?!
Tu es décidée à me parler correctement ?!
- Oui, répondis-je entre
deux spasmes.
- Je n’ai pas bien entendu !
insista Matthieu en m’assénant deux claques supplémentaires.
- Oui Monsieur,
rectifiai-je en pleurant.
Matthieu me lâcha. Je me relevai et me
rhabillai. Je tentai de me calmer et de sécher mes larmes. Puis, reprenant mon
calme, je me frottai les fesses et incriminai Matthieu :
- Tu as fait exprès de me
retrouver et d’écourter ma soirée alors que tu aurais très bien pu me laisser
faire jusqu’au bout ! Après t’être débarrassé de Philomène, tu aurais pu me
laisser partir avec Lucille et Mathilde !
- Tu as fait une grosse
bêtise, Clémence ! rétorqua-t-il. Et je te rappelle que je n’ai fait que
mon travail.
- Ouais, ben il pue la
merde, ton travail !! crachai-je.
- De toute évidence, tu n’es
pas calmée ! reprit mon aimé. Tu veux refaire un tour sur mes genoux ?!
- Non ! dis-je,
effrayée. Je suis désolée, je me laisse submerger par mes émotions…
Après un moment de silence, Matthieu soupira puis
déclara :
- J’oublie parfois que tu
n’es encore qu’une gamine immature.
- Et moi j’oublie parfois
que tu n’es qu’un vieux con égoïste ! répliquai-je, laissant une nouvelle
fois les émotions me guider.
- Je t’emmène dans le
bureau de ton père-référent.
- Et si je refuse ?!
provoquai-je.
- Clémence, vu comment tu
es en train de me parler malgré la fessée que je viens de te donner, j’espère
que tu te rends compte que je te fais une énorme fleur ! Ne m’oblige pas à
te donner une fessée encore plus sévère, surtout avant que Monsieur John te
tombe dessus ! Donc je t’emmène tout de suite dans le bureau de ton
père-référent !!
Je ne bougeai pas. Matthieu m’asséna quatre
claques puissantes – je ne savais même pas qu’il était capable de taper aussi
fort ! – qui me déséquilibrèrent. Puis, il attrapa mon déguisement au niveau
de l’épaule et me traîna ainsi à travers la forêt, puis à travers le parc, puis
à travers les locaux, jusqu’au bureau de mon père-référent. Une fois à
destination, il sortit son téléphone pour écrire un message à Monsieur John l’informant
de ma présence, puis m’envoya au coin.
Je restai
là, tournée vers le mur, pendant une bonne demi-heure. Matthieu me surveillait en
silence. Lorsque je me retournai pour voir ce qu’il faisait, je le vis installé
dans le fauteuil de Monsieur John et jouant sur son smartphone.
- Clémence ! me
gronda-t-il en me jetant un coup d’œil. Je t’interdis de te retourner !
Je me tournai de nouveau face au mur en
soupirant. J’entendis alors mon petit ami me foncer dessus : il dégrafa ma
jupe et me fit enlever ma culotte. Puis, il me colla une fessée debout d’une
dizaine de claques avant de me gronder :
- Tu es insolente, tu me
manques de respect et tu te permets en plus de te retourner et de
soupirer quand je te reprends ?! Eh bien tu vas rester cul nu, Clémence !
Au moins, ton derrière sera facilement accessible ! Continue de te comporter
ainsi et ta vie ici va se transformer en enfer !! Je t’aime comme un fou,
mais je ne te laisserai pas te saboter !! J’aurais vraiment dû te remettre
sur mes genoux dans la clairière, tout à l’heure !! A partir de
maintenant, je ne te laisserai plus rien passer ! Tu n’as plus intérêt à
me manquer de respect, ou à être insolente, ou quoique ce soit d’autre !!
Tu as compris ?!
Je ne répondis pas. Matthieu me flanqua dix
claques spatiales qui me firent couler les larmes. Il réitéra :
-
Est-ce que tu as compris ?!
- Oui Monsieur,
répondis-je en pleurant.
Je me massai les fesses et Matthieu me laissa faire. Je me doutais que celles-ci étaient déjà écarlates, vu la brûlure que je ressentais.
Soudain,
la porte du bureau s’ouvrit. Monsieur John entra.
- Eh bien ! l’entendis-je.
Je vois que tu as été sage, Clémence. Monsieur Matthieu n’a pas eu l’air d’avoir
besoin de te corriger, vu l’état de tes fesses !!
Je ne répondis pas. J’étais bien trop honteuse.
- Pourquoi l’as-tu fessée ?
demanda le Directeur-Adjoint à mon amoureux.
- Insolence et manque de
respect, répondit Matthieu sans hésitation.
- Je vois. En tout cas,
je te remercie de l’avoir amenée ici. Je vais m’occuper du reste. Merci beaucoup,
Mat’ !
- Je t’en prie, John.
Matthieu sortit de la pièce, refermant la porte
derrière lui. Je me retrouvai seule dans le bureau de mon père-référent, avec
mon père-référent. Et ce dernier semblait ultra-fâché.
- Viens ici, Clémence.
J’obéis et m’avançai vers lui, au milieu de la
pièce, tremblant de tout mon corps, les larmes coulant toujours sur mes joues.
A suivre…

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