Marie
Ayant
été forcée de me coucher très tôt hier soir, je me réveillai en pleine forme à
6h45 ce matin. Je descendis dans la cuisine et vis maman en train de faire des
pancakes tandis qu’Ombrage préparait nos traitements à Mayeul et moi.
- Bonjour Marie
chérie ! me dit Scarlett. Tu as bien dormi ?
- Oui, nickel !
répondis-je. Et toi, maman ?
- Oui, j’ai très bien
dormi. Prends ton médicament, ensuite tu pourras manger des pancakes tout
chauds !
Je m’installai à table et mordis dans mon
pancake. Mes sœurs et mon frère arrivèrent tous les trois ensemble dans la
cuisine. Louise fut ravie que maman cuisine : elle adooooore les
pancakes !
Papa nous rejoignit quelques minutes plus tard,
déjà douché et sentant bon le musc. Il nous embrassa tous les quatre sur le
front et s’assit à nos côtés pour déjeuner.
Je
ne savais dire pourquoi je trouvais l’ambiance bizarre. Nous ne vivions rien
d’autre qu’un petit déjeuner familial parfaitement normal ; pourtant,
quelque chose me chagrinait.
- J’espère que je vais
réussir l’interro de littérature française, aujourd’hui ! s’inquiéta
Louise. J’ai l’impression qu’elles sont de plus en plus compliquées !
- Evidemment que tu vas
réussir, la rabrouai-je. Comme toujours !
- Il n’y aura pas
d’interrogation de littérature française aujourd’hui, les filles, dit maman.
- Ah bon ? Tu as
reçu un mail ? demanda Louise, pleine d’espoir.
- Non, répondit Scarlett.
C’est plutôt nous qui en avons envoyé un. Nous vous avons désinscrites de
l’école des Sœurs. Aujourd’hui, nous allons nous rendre à Saint-Nicolas pour
visiter votre nouvelle école.
Je restai bouche bée. Je sentais bien que
quelque chose se tramait !!
- Ça va être la troisième
école en un an !! se plaignit Louise.
- Et ce sera la dernière,
assura papa. Je vous promets que vous terminerez votre scolarité à
Saint-Nicolas, que vous alliez jusqu’en fin de licence, de Master ou de
Doctorat.
- Mais… pourquoi ?!
demandai-je avec véhémence. Pourquoi est-ce qu’on change d’école ?! Tout
ça, c’est ta faute, Mayeul ! Il a fallu que tu fasses plein de
bêtises !!
- Marie, stop ! me
gronda papa. Ne commence pas !
- Il me semble que tu
n’es pas la dernière à faire des conneries ! me cracha mon frère. Alors
ferme ta grande…
- Mayeul ! gronda
papa. Va faire un tour au coin, ça te permettra de réfléchir à ton langage.
Aller, oust !
Mon frère me lança un regard noir et s’exécuta.
Quelle mouche l’avait piqué pour qu’il me parle ainsi ?!
- Aujourd’hui, nous
allons donc vous inscrire à Saint-Nicolas, visiter l’établissement et acheter
vos fournitures scolaires, expliqua maman. Nous espérons que vous pourrez aller
à l’école dès jeudi.
- Mais, et nos
amies ? demandai-je, atterrée par cette nouvelle.
- Vous vous en ferez
d’autres, dit papa. Vos cousins, les enfants de Caleb et Justine, sont à
Saint-Nicolas. D’ailleurs, la famille de Caleb vient dîner à la maison ce soir.
Ça vous permettra de les rencontrer.
- Mais je ne veux pas me
faire d’autres amies, moi ! protestai-je. Je veux garder les
miennes !
- C’est tout à fait
légitime, Marie chérie, me dit maman. D’ailleurs, votre père et moi avons
décidé de lever votre interdiction de sortie pour que vous puissiez voir vos
amis en-dehors des cours ; sous conditions !
Bon, mes parents fournissaient des efforts, il
fallait que j’en fournisse moi aussi. Mais Louise avait raison : trois
écoles en un an, ça faisait beaucoup ! Moi qui avais fait toute ma
scolarité dans le même établissement de la petite section à la terminale,
j’étais un peu déboussolée !!
A huit
heures et demie, maman emmena Ana à la clinique pour prendre rendez-vous afin
de faire retirer son tatouage. Je ne savais toujours pas ce que ce dernier
signifiait, mais puisque ma sœur voulait l’enlever, j’en conclus que ce ne
devait pas être quelque chose de très important.
Nous restâmes à la maison avec papa : je
décidai d’aller dans ma salle de bains pour prendre un bain chaud dans lequel
me prélasser. En pensant à ce changement d’école, j’avais quand même un gros
pincement au cœur. Magdalena et son caractère de cochon me manqueraient.
Marylou et ses petits yeux pétillants aussi. Et puis Clara et Alice !
Comment s’en sortiraient-elles face aux trois pestes ? Rose et Paloma et
leurs blagues à deux balles me manquaient déjà. Et puis, il y avait Angélique,
mon amie depuis la toute première journée de septembre. Elle nous avait suivie
dans l’école des Sœurs, avec sa sœur Marion qui était toujours à l’hôpital
depuis notre accident de vélo… Angélique et Marion me manqueraient énormément.
Se voir en-dehors de l’école n’est vraiment pas la même chose que de passer
toutes ses journées ensemble.
Je
pensai ensuite à mes nouveaux cousins : Justin, Océane, Benoît et
Adélaïde. Je devais bien avouer que j’avais hâte de savoir à quoi ils
ressemblaient et s’ils étaient gentils ou non. Je savais par les jumeaux
lorsqu’ils nous avaient gardés la semaine dernière, que Benoît était un petit
filou qui enchaînait autant les bêtises que les fessées d’oncle Caleb. Il
devait être sacrément résistant puisque les sanctions de mon oncle sont aussi
costaudes que celles de mon père !
A
dix heures et demie, nous nous rendîmes à l’école Saint-Nicolas. Cet
établissement n’avait rien à voir avec celui des Sœurs : il était très
moderne, grand, et surtout… mixte ! Cela voulait dire que mon frère, mes
sœurs et moi serions tous les quatre dans la même classe. L’idée me plut
beaucoup ! De plus, Saint-Nicolas ne disposait pas de système de couleur
ou de châtiments corporels. Non, il fonctionnait comme un établissement tout ce
qu’il y avait de plus classique, ainsi que nous l’expliqua monsieur Perrault, le
directeur :
- Les professeurs
débuteront par une réprimande verbale. Si la dérive se poursuit, un mot sera
mis dans le carnet de liaison. L’élève pourra ensuite écoper de devoirs
supplémentaires. Si cela n’est pas suffisant, une retenue sera donnée. Le
carnet de liaison devra être signé chaque soir par les parents et chaque
semaine par le professeur principal.
Le directeur était grand et très obèse. Il
avait une moustache recourbée à la Hercule Poirot qui lui donnait un petit air
malicieux.
Nous
passâmes un temps qui me parut une éternité dans le bureau du Directeur ;
le temps nécessaire pour que mes parents remplissent tous les dossiers
d’inscription. Lorsque le Directeur annonça les prix, j’en fus toute
retournée ; mais Michael et Scarlett restèrent totalement détendus en
écoutant le chef d’établissement :
- Les frais d’inscription
s’élèvent à 510,90€ par enfant. A cela, s’ajoute l’achat des uniformes. Le
trousseau est à 450€ pour les filles et 460€ pour les garçons. Pour les filles,
le trousseau comprend deux jupes, deux chemises, deux cravates, deux blazers,
quatre paires de chaussettes et une paire de souliers. Pour les garçons, le
trousseau comprend deux pantalons, deux chemises, deux cravates, deux blazers,
quatre paires de chaussettes et une paire de chaussures de ville. Vos enfants
mangeront-ils à la cantine ?
- Non, ils rentreront
manger à la maison, répondit maman.
- Dans ce cas, la
scolarité s’élève à 400,76€ par enfant et par mois. Souhaitez-vous un paiement
échelonné ou préférez-vous tout régler en une fois ?
- Nous préférons tout
régler en une fois, répondit papa en sortant son chéquier.
- Le mois de février est
entièrement dû car il est entamé, précisa le directeur en prenant sa
calculatrice. Cela nous fait un total de 8662 euros et 72 centimes.
- Nous allons arrondir à
10000, dit papa. Le surplus sera un don pour votre école.
- Merci beaucoup,
monsieur et madame Webber ! s’enthousiasma le directeur d’un ton mielleux.
Je vous donnerai l’attestation pour les impôts !
J’écarquillai les yeux en voyant mon père
remplir le chèque sans ciller.
- Bien, je crois que tout
est en ordre, annonça le dirlo en prenant le chèque. Je vais vous remettre les
carnets de liaison de vos enfants, leurs emplois du temps, ainsi que la liste
des fournitures scolaires. Louise, Marie, Anaïs et Mayeul pourront intégrer
l’école dès jeudi.
- Parfait ! répondit
maman.
Monsieur Perrault tint à nous faire refaire un
tour du propriétaire avant de nous laisser partir.
En arrivant à la
voiture, papa et maman nous firent nous aligner devant le véhicule. Tandis que
maman croisait les bras, papa nous prévint :
- Ecoutez-moi bien, vous
quatre ! Vous changez d’établissement. Vous avez intérêt à être
irréprochables ! Irréprochables, vous m’entendez ?! Si vous récoltez
ne serait-ce qu’un seul mot dans votre carnet, je vous garantis que vous aurez
droit à une bonne fessée !! Un mot, les enfants !!
- Bien sûr, ne vous
avisez même pas d’être collés, ajouta maman.
- Cela va de soi !
continua Michael. C’est compris Mayeul ?
- Oui papa, répondit mon
frère.
- Marie ?!
- Oui papa, dis-je.
- Anaïs ?!
- Oui papa, répéta ma
sœur.
- Bien. Alors montez en
voiture.
Mayeul, Ana et moi lançâmes un regard noir à la
parfaite petite Louise avant de monter en voiture.
Michael et Scarlett nous emmenèrent au centre
commercial. Nous nous installâmes dans un restaurant pour y prendre le déjeuner
avant d’aller acheter les fournitures.
- La liste est super
longue ! s’exclama Louise en la consultant tandis que nous attendions nos
plats.
- Le point positif, c’est
qu’on n’a plus latin ! m’exclamai-je avec joie en regardant l’emploi du
temps.
- Et on n’a plus
anglais non plus ! s’enthousiasma Mayeul.
- Quoi ?! s’offusqua
maman en regardant l’emploi du temps de plus près. Pourquoi vous n’avez plus
anglais ?!
- Ben, on est en licence
de lettres, maman ! dit Mayeul en haussant les épaules.
- Ah non, non, non !
réagit Scarlett. Votre père et moi allons vous enseigner nous-mêmes l’anglais
s’il le faut, mais il est hors de question que vous cessiez les cours !
L’anglais est une langue internationale que tout le monde doit absolument maîtriser !
- Dit celle dont c’est la
langue maternelle ! bougonna mon frère qui n’aimait pas particulièrement
l’anglais.
- Il est plus facile
d’avoir le français comme langue maternelle et d’apprendre l’anglais, que
l’inverse ! se défendit maman. De toute façon, on va caler un créneau dans
la semaine pour que vous puissiez poursuivre l’étude de cette langue. Hors de
question que vous cessiez !
Mayeul se mit à bouder. Faisant fi de lui,
maman reprit :
- Vous aviez deux options
à choisir : une heure et demie chacune dans la semaine. Quelles options avez-vous
choisies ? Je vous ai laissés remplir cette partie-là de votre dossier
seuls.
- Géographie et musique,
répondis-je.
- Arts plastiques et
histoire de l’art, poursuivit Louise.
- Cinéma et théâtre, dit
Ana.
- Technologie et sport,
grommela Mayeul.
- C’est super, tout
ça ! dit papa. Vous allez passer une bonne fin d’année, mes loulous. Vous
vous plairez à Saint-Nicolas, j’en suis sûr !
- Et une fois les cours
terminés, continua Scarlett, puisque votre semestre se termine le 15 mai, votre
père et moi avons réservé des billets pour partir en vacances en Californie.
Nous irons rendre visite à mes parents et à mes sœurs.
- On ne rentrera pas dans
nos familles biologiques ? se renseigna Louise.
- Non ma chérie, répondit
maman. Vous êtes obligés de rester en famille d’accueil jusqu’à la fin
officielle de l’année scolaire, le 3 juillet. En parlant de ça, savez-vous ce
que vous ferez pendant ces vacances-ci ? A partir de vendredi, vous aurez
le droit de rentrer dans vos familles biologiques…
- Moi, je reste les deux
semaines avec vous ! annonça Ana. J’irai peut-être voir mes parents une
journée mais c’est tout.
- Pareil pour moi !
déclara Mayeul.
- Moi, je vais chez mes
parents la semaine prochaine, annonçai-je. Je resterai avec vous la deuxième
semaine.
- Euh… Moi je vais passer
les deux semaines chez mes parents biologiques parce qu’ils me manquent beaucoup…
dit Loulou, gênée.
- Tout va bien, ma
puce ! la rassura papa. On ne t’en veut pas du tout.
Moi, je la trouvais gonflée quand même. Avec
tout ce que Michael et Scarlett font pour nous, elle pouvait bien leur accorder
une semaine de vacances !!
Après
le repas, nous nous rendîmes dans un immense magasin de plusieurs étages,
uniquement dédié aux fournitures scolaires. Cela me faisait de la peine que mes
parents achètent plein de choses juste pour trois mois, mais puisqu’ils avaient
de l’argent à dépenser…
En
rentrant à la maison, je goûtai à la joie de n’avoir aucun devoir à faire. Quel
bonheur ! Michael et Scarlett nous autorisèrent à sortir avec nos amis à
condition que nous soyons rentrés pour dix-neuf heures. Hélas, aucun de nos
amis n’avait le droit de sortir : tous étaient retenus à la maison par les
devoirs. Nous décidâmes alors d’aller nous balader tous les quatre. Cela nous
donna l’occasion de resserrer nos liens fraternels. Nous nous rendîmes au plan
d’eau et en fîmes le tour avant de rentrer à la maison.
Nous
franchîmes le seuil de la maison à 18h57. Oncle Caleb, tante Justine et leurs
enfants arrivèrent quelques minutes après nous. Avec leurs deux enfants
biologiques et leurs quatre enfants d’accueil, Caleb et Justine arrivaient à
huit. Ajoutés à nous six nous étions quatorze personnes autour de la
table ! Néanmoins, nous nous étions automatiquement placés selon nos
âges : je m’étais mise à un bout de la table avec mes frère et sœurs, nos
quatre cousins non loin de nous. Puis, au milieu de la table se trouvaient les
jumeaux, face à face. A l’autre bout de la table, nos parents s’étaient assis.
Pendant
l’apéritif, nous avions du mal à engager la conversation avec Océane, Adélaïde,
Justin et Benoît. Nous étions tous les huit un peu gênés par cette rencontre
forcée, et la proximité de nos parents faisait que nous n’osions pas parler.
Heureusement, papa le remarqua et
nous dit :
- Les enfants, et si vous
faisiez visiter la maison à vos cousins ?
Louise, Ana et Mayeul ne réagirent pas. Je fus
la seule à répondre :
- D’accord papa !
Vous venez ?
C’est ainsi que, quelques minutes plus tard,
nous nous retrouvâmes tous les huit à l’étage, dans les canapés cosy installés
sur le palier.
- Alors, comment se passe
votre vie chez Caleb et Justine ? demandai-je pour engager la
conversation. Vous pouvez parler, on ne vous jugera pas !
- Justine est une chieuse
née ! pesta Adélaïde. Mais Caleb est plutôt cool du moment qu’on se tient
correctement.
- Oui, c’est vrai !
approuva Benoît. Justine est une horrible bonne femme ! Elle nous balance
des gifles pour rien du tout et passe son temps à nous hurler dessus ! On
dirait un chihuahua enragé ! Alors que Caleb, lui, est beaucoup plus posé.
Il ne te tombe dessus que quand tu as vraiment fait une sacrée bêtise.
- On sait que Justine est
complètement tarée, avouai-je. Je la déteste. Heureusement que Caleb est là
pour la canaliser !
- Il ne la canalise pas
assez, malheureusement… se lamenta Justin.
- Et avec les
jumeaux ? demanda Louise. Comment ça se passe ?
- Ils sont cools,
répondit Océane. Ils nous ont bien accueillis et ne nous cherchent pas de
noises, ce n’est déjà pas si mal !
Un léger silence s’installa ; puis Ana,
n’en pouvant plus d’attendre, posa cette question qui lui brûlait les
lèvres :
- Comment ça se passe à
Saint-Nicolas ? Vous y êtes depuis longtemps ?
- Depuis quelques
semaines, répondit Benoît. C’est l’horreur, ils sont trop stricts !!
- N’importe quoi, le
rabroua Adélaïde. Tu dis ça parce que tu enchaînes les bêtises ! Donc
forcément, tu les trouves stricts ! Moi, je les trouve normaux, quoi…
Comme un collège lambda qu’on a tous connus il y a quatre ou cinq ans !
- Un peu plus, précisa
Océane. Je te rappelle que j’ai vingt-quatre ans !
- Tu as vingt-quatre
ans ?! m’exclamai-je.
- Ouais. Je suis majeure
depuis six ans. Enfin, j’étais majeure… Tout le monde parle de la difficulté de
redevenir mineure, mais quand ça fait des années que tu as ta propre voiture,
ton propre appartement et ton propre travail, devoir tout lâcher pour aller te
faire infantiliser en famille d’accueil et retourner sur les bancs de l’école,
c’est l’horreur !
- Ne te plains pas, dit
Justin. Au moins, dans un an, tu seras à nouveau majeure et tu pourras
reprendre le cours de ta vie ! Nous, on a encore six ans à tirer…
- Ils parlent de faire
passer une loi pour obliger l’obtention d’au moins un diplôme universitaire
avant de retourner à « la vie normale », rétorqua Océane. Ça se
trouve, je vais devoir terminer ma licence avant d’être enfin libre…
- Ça voudrait dire que
j’ai quatre ans à tirer au lieu de trois ?! s’exclama Justin. Oh la
misère…
- Tu as vingt-deux
ans ? lui demandai-je.
- Ouais, répondit-il en
s’enfonçant un peu plus dans le canapé. J’étais boulanger. Mon patron me
cachait, mais il y a quelques mois, les flics ont fini par me chopper. J’ai
passé plusieurs longues semaines en centre de redressement et puis je suis
arrivé là. Ils me forcent à repasser un bac général et à faire une
licence !
- Il y a une classe de
terminale, à Saint-Nicolas ? demanda Mayeul.
- Oui, pour ceux d’entre
nous qui n’ont pas obtenu le bac, ou un bac jugé convenable par le
gouvernement ! répliqua Justin.
- Punaise, c’est vraiment
chaud, cette histoire ! dis-je. Si on avait su il y a un an que nous
vivrions dans une dictature…
- Ouais, dit Adélaïde.
Moi, j’aurais directement pris la fuite ! Je serai allée chez mes
grands-parents, au Portugal ! Jamais je n’aurais pensé que les choses
s’aggraveraient autant…
- Les enfants ! A
table !
Nous descendîmes dans la salle à manger et nous
réinstallâmes derrière nos assiettes. Assa servit l’entrée : une salade
vitaminée : concombres, kiwis, avocats et vinaigrette.
- Je te sers,
Océane ? demanda maman en s’emparant de la cuillère à servir.
- Je n’aime pas l’avocat,
tante Scarlett ! répondit ma cousine.
- Tu pourras trier, si tu
le souhaites, proposa maman.
- Quoi ?! s’exclama
Ana. Alors quand c’est nous, on doit tout manger mais elle a le droit de
trier !
- Non, elle n’en a pas le
droit, intervint tante Justine. Elle mangera tout, comme tout le monde, pour
respecter le travail d’Assa et de Scarlett.
- Je n’aime pas
l’avocat !! répéta Océane.
- Ça suffit, intervint
oncle Caleb. Ça ne va pas te boucher le trou des fesses. Tu manges, Océ.
- Mais…
- Tu manges !!
répéta mon oncle en haussant le ton.
Ma mère fit en sorte de trier discrètement en
servant Océane. Pourquoi les parents étaient-ils plus gentils avec les autres
enfants qu’avec les leurs ?!
- Marie, toi aussi tu
manges, me dit discrètement Scarlett en passant derrière moi pour récupérer la
corbeille de pain.
- J’ai pris deux kilos,
maman ! me plaignis-je.
- Viens avec moi,
dit-elle.
Elle demanda à tout le monde de nous excuser et
m'obligea à la suivre dans la bibliothèque. Après avoir refermé la porte
derrière moi, elle me dit :
- Bon, qu’est-ce qu’il y
a ?
- Je me suis pesée tout à
l’heure, répondis-je. J’ai pris deux kilos.
- Tout à l’heure ?
Quand ça ?
- En rentrant de la
balade. Avant qu’oncle Caleb et tante Justine arrivent.
- Marie, tu sais bien
qu’il faut se peser le matin au réveil, nue et à jeun ! me gronda maman.
Sinon, ça n’a aucune valeur !
- Mais j’ai quand même
pris deux kilos !
- Ton poids peut varier
au cours de la journée, m’expliqua Scarlett.
- Pas de deux
kilos !! protestai-je. Je ne veux pas manger ce soir. Je vais encore
prendre du poids.
- Oh que si tu vas
manger ! me prévint ma mère. Tu vas manger en quantité suffisante si tu ne
veux pas te ramasser une fessée devant tout le monde !
- Mais je vais
grossir ! me plaignis-je. Maman, je t’en supplie !
- Tu as peur de
grossir ? Très bien ! A partir de demain matin, et tous les matins
qui suivront, je te lèverai à six heures. Tu viendras courir avec moi.
- Quoi ?!
- Tu veux maigrir ou
pas ?! Eh bien, on va faire en sorte que ce soit le cas ! Apparemment, le régime que je t'impose ne suffit pas. Donc tu vas
venir courir avec moi tous les matins. En attendant, tu vas manger
correctement ! Ce qui est prévu au dîner n’est pas très calorique, tu peux
manger en toute sécurité !
- Mais…
- Marie, je te préviens,
arrête tout de suite ton caprice ! Tu vas manger ! Tout de
suite !
Scarlett ouvrit la porte, m’asséna une bonne
claque sur les fesses et m’ordonna de retourner à table. J’obéis,
bougonne, ayant le sentiment d’être totalement incomprise !
Le
reste du repas se déroula correctement, et lorsque je sortis de table, ma mère
me surveilla comme le lait sur le feu pour être sûre que je n’aille pas me
faire vomir.
Au
moment d’aller se coucher, je dis bonne nuit à toute la famille et notamment à
Louise. Elle me répondit agressivement :
- Ah ! Tu en as
encore quelque chose à faire de moi ?!
- Pourquoi est-ce que tu…
- Tu crois que je ne t’ai
pas vue avec Adélaïde ?! me coupa-t-elle. Vous aviez l’air d’être les
meilleures amies du monde !!
- C’est vrai qu’on s’entend
très bien mais je la connais à peine ! me justifiai-je.
- De nos quatre cousins,
c’est la seule qui va être dans notre classe ! rappela Louise. Tu vas
avoir le temps d’apprendre à la connaître ; et d’apprendre à m’oublier.
- Comment pourrais-je t’oublier ?
demandai-je, la gorge nouée. Tu es ma sœur et ma meilleure amie et ce, depuis
le tout premier jour de cette maudite réforme ! Jamais personne ne pourra te
remplacer dans mon cœur, surtout pas une cousine qui vient d’arriver !
- Sûre ? me demanda
Louise d’une voix adoucie.
- Bien sûr que oui !
rétorquai-je. Et ça me fait vraiment mal que tu aies pu penser le contraire !
- Désolée, dit-elle. Je t’ai
déjà dit que j’étais très possessive ?
- Je viens de le
découvrir ! me lamentai-je.
- Allez au lit, les
filles ! dit Ombrage en arrivant à l’étage.
- Oh, lâche-nous la
grappe, bon sang ! râlai-je. On sait très bien qu’on doit aller dormir !
- Ne me répondez pas
ainsi, Marie ! me gronda la nourrice.
- Sinon tu vas faire quoi,
hein ?! provoquai-je.
- Nous passerons davantage
de temps ensemble lorsque votre père sera parti, annonça-t-elle. Il serait
temps que nos relations s’apaisent.
- Comment ça « lorsque
votre père sera parti » ?!
Voyant qu’elle avait commis un impair, elle
tenta de nous envoyer nous coucher à nouveau ; mais Louise et moi, voulant
absolument savoir de quoi il s’agissait, descendîmes en trombe dans la pièce à
vivre. Nos parents étaient en train d’aider les domestiques à débarrasser la
table.
- Papa va partir ?! s’exclama
Louise. Il va partir où ?! C’est quoi cette histoire ?!
- Comment vous…
- C’est Marie-Christine
qui nous l’a dit ! coupai-je ma mère.
Scarlett regarda ailleurs et lâcha discrètement
un juron. Puis, papa nous expliqua :
- Je vais malheureusement
devoir m’absenter la semaine prochaine, les filles. J’ai un séminaire. Même si
j’ai beaucoup ralenti mon activité professionnelle, je ne peux pas échapper aux
obligations qui m’incombent.
- Il va durer combien de
temps, ton séminaire ? demanda Louise.
- Je partirai lundi matin
et rentrerai jeudi soir, répondit Michael. C’est juste l’histoire de quelques
jours, c’est tout.
- Ça veut dire que je
vais devoir me gérer toute seule pendant quatre jours ? demandai-je.
- Non, ça veut dire que
je prendrai le relais de ton père et que c’est moi qui serai sur ton dos, Marie !
précisa ma mère.
- Mais tu gères déjà Ana !
dis-je. Et Louise et Mayeul !
- Je suis une maman,
rétorqua Scarlett. Je suis multifonctions. Et comme tu te tiendras bien
évidemment à carreaux en l’absence de ton père, tout ira bien !
Je n’avais pas envie que papa parte. Je n’en
avais pas la moindre envie.
A suivre…

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