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Journal d'une étudiante accueillie. - Chapitre 119

 


Vendredi 14 février 2020

 

-    Maman, tu peux nous laisser à la cantine encore aujourd’hui, s’il te plaît ? demanda Mayeul. C’est le moment où l’on se fait des potes !

-    Hier, c’était exceptionnel, rappela Scarlett. C’était votre journée d’intégration. Aujourd’hui vous reprenez votre rythme habituel.

-    Mais c’est le dernier jour avant les vacances ! insista mon frère. Laisse-nous à la cantine, s’il te plaît !

-    Oh non, en plus le vendredi, ils font du poisson ! râla Ana. C’est dégueu !

-    De toute façon, avec les soucis alimentaires de Marie, je ne peux pas la laisser à la cantine, dit maman. Puisque votre sœur mange à la maison, autant que je vous récupère tous les quatre !

-    Mais pourquoi on devrait s’adapter à elle si on a envie de manger à la cantine ?! protesta Mayeul.

-    On s’est bien adaptées à toi en changeant d’école, non ?! me défendit Louise.

Mayeul baissa la tête ; il n’avait rien à dire. J’étais bien contente que Louise l’ait mouché !

       Avant de partir à l’école, je pris soin d’imiter la signature de mes parents dans le carnet destiné à mes profs.

 

 

-    Marie et Adélaïde ! Carnets ! J’en ai assez de vos bavardages !

Ma cousine et moi amenâmes nos carnets à notre professeur de littérature française. Adélaïde faisait davantage la tête que moi : elle n’avait pas de double carnet, elle !

-    Punaise, chuchota-t-elle alors que nous revenions à nos places. Mon père m’en a déjà filé une hier soir, et j’ai de nouveau un mot aujourd’hui ! Il va me tuer !! 

-    Essaie de te taire, pour voir ! lui lança Louise de façon mesquine. Il paraît que ça fonctionne !

Si ma sœur et ma cousine avaient eu des mitraillettes à la place des yeux, elles se seraient immédiatement entretuées !

       Comme j’étais soulagée d’avoir pensé à doubler mon carnet ! Mes parents n’y verraient que du feu ! Je pourrais passer des vacances tranquilles !

 

       Adélaïde et moi nous prîmes un nouveau mot en histoire. Bavardages.

-    Marie, ça suffit ! me réprimanda Louise. Tiens-toi correctement ou papa et maman vont finir par le savoir !

-    Laisse-la tranquille, la rabroua Ana. Elle a eu une idée géniale avec ce double carnet ! Tu es jalouse parce que tu n’y as pas pensé avant !

-    Tout ce que je dis, c’est qu’un jour ou l’autre, papa et maman vont l’apprendre, ajouta Loulou. Et ce jour-là, Marie se fera autant démonter que Mayeul la dernière fois.

-    Je ne te le souhaite pas ! me lança mon frère.

Cette pensée me terrifia. Louise avait raison : je jouais avec le feu ! Seulement, il n’y avait pas de raison pour que papa et maman découvrent mon petit manège…

 

        Le déjeuner à la maison se passa bien, malgré le boudin de Mayeul. Le reste de l’après-midi à l’école se déroula bien également : pas de nouveau mot dans mon carnet.

 

 

      Puisque j'étais triste de ne pas pouvoir fêter la Saint-Valentin avec Mathieu (je devrais attendre demain !), papa et maman décidèrent également de décaler la célébration de cette fête d'une journée, et de passer la soirée avec nous.

Ils commandèrent des pizzas pour fêter le début des vacances, et pour profiter de notre dernière soirée avec Louise : ma sœur ne reviendrait à la maison que dans deux semaines.

       L’ambiance était détendue et conviviale, nous parlions de tout et de rien, rigolions ensemble… Puis, comme dans toute conversation, il y eut un blanc. Pour meubler, papa lança :

-    Au fait, nous avons eu des nouvelles de Tom et Dana ! Ça vous intéresse de savoir ce qu’ils deviennent ?

-    Qui sont Tom et Dana ? questionna Mayeul.

-    Nos précédents parents d’accueil, répondit Louise.

-    Vous n’êtes pas arrivées ici dès le début de la réforme ? s’étonna notre frère.

-    Non, nous sommes arrivées le 20 octobre, répondis-je précisément. Six semaines après le début de la réforme.

-    Pourquoi avoir changé de famille ? questionna Mayeul. Je croyais que c’était impossible…

-    Ils ont déménagé et nous avons fait le choix de ne pas les suivre, expliqua Louise. Marie et moi avons eu la chance de rester ensemble et d’atterrir chez Michael et Scarlett ; mais Ana a connu une autre famille d’accueil, négligente, avant d’arriver ici.

-    Je ne savais pas, dit Mayeul. Vous aviez l’air tellement soudés quand je suis arrivé que j’avais l’impression que vous aviez toujours été ensemble !

-    Non, malheureusement ! intervint Ana. Et pour répondre à ta question, papa, je ne veux plus entendre parler de Tom et Dana.

-    Pourquoi es-tu aussi catégorique ? demanda Louise. Ils ont été nos parents d’accueil pendant six semaines, et ils nous ont aimés !

-    Ils nous ont aimés ?! s’emporta Ana. Ils nous ont aimés ?! Tu es sérieuse, là ?!

-    Pourquoi tu me cries dessus ?! s’énerva Louise à son tour.

-    Du calme, les filles ! intervint maman.

-    Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, on avait un putain de syndrome de Stockholm ! gronda Ana.

Je fus étonnée que papa et maman ne la reprennent pas sur son langage ; mais ils devaient se rendre compte qu’il valait mieux laisser parler ma sœur pour qu’elle vide son sac, même si c’était violent.

-    Un syndrome de Stockholm ?! s’étonna Louise.

-    Bien sûr que oui !! La psy du centre de redressement m’a bien aidée à faire la lumière sur ce couple ! C’était un couple de pervers !

-    Tu dis n’importe quoi ! protesta Louise.

Loulou me lança un regard pour que je prenne son parti, mais j’étais bien trop curieuse d’entendre l’argumentaire d’Ana pour intervenir.

-    Ah oui ?! reprit Anaïs. Observe les différences entre Tom et Dana, et nos parents actuels ! Tu verras que Tom et Dana étaient malsains au possible !

-    Bah vas-y, je t’écoute ! annonça Louise en croisant les bras sur sa poitrine.

-    Déjà, Tom donnait la fessée à Dana ! Il l’a menacée plusieurs fois devant nous et Marie a même été témoin d’un règlement de comptes.

-    Elle n’était pas censée voir ça, précisa Louise.

-    Il n’empêche que si Tom donnait la fessée à Dana, c’était parce qu’il y avait une sorte de discipline sexuelle entre eux ! Alors imagine ce qu’il ressentait quand il nous donnait la fessée à nous, hein ?! A ton avis, pourquoi Tom a-t-il expressément demandé à n’avoir que des filles ?! C’était un sadique ! Il prenait un plaisir malsain à nous frapper et à frapper sa femme !

Bon, Ana venait de me convaincre avec ce premier argument. Je voyais que Louise était un peu ébranlée ; mais elle tenta de tenir bon et dit :

-    Je ne suis pas certaine de ce que tu avances. Ce n’est pas parce qu’il donnait la fessée à sa femme qu’il sexualisait le fait de nous punir !

-    Ok, reprit Ana. Il n’empêche que Michael et Scarlett n’ont absolument pas ce côté pervers !

-    Je prends ça comme un compliment, dit papa à mi-voix, pour tenter de détendre l’atmosphère.

-    Ça ne prouve rien du tout ! ajouta Louise.

-    Et comment tu expliques qu’ils nous ont frappées avec toutes sortes d’objets ?! poursuivit Ana. Comment tu expliques que des parents censés être sains d’esprit frappent leurs filles avec une canne en rotin, une ceinture, un tapetapis, et j’en passe ?!

-    Michael et Scarlett ont déjà utilisé le paddle, la cuillère en bois et le martinet ! rétorqua Louise, qui parlait comme si papa et maman n’entendaient rien.

Je lançai un regard au couple Webber qui ne savait décidément pas où se mettre ni comment gérer la situation. Il optait donc pour le silence.

-    Le paddle a été utilisé une fois, Louise ! reprit Ana. On peut compter sur les doigts d’une main le nombre de fois où papa et maman ont utilisé un instrument pour nous punir !

-    Oui, dit Louise. Enfin, quand même…

-    Le paddle n’a été utilisé qu’une seule fois !! répéta Ana en coupant notre sœur. Et en ce qui concerne les très rares fois où ils ont utilisé la cuillère en bois ou le martinet, c’était toujours en cas d’énorme bêtise ! Et ces deux instruments restent des instruments acceptables, dans le sens où je les ai moi-même déjà reçus étant enfant !

-    Je vois, dit Louise.

-    Chez Tom et Dana, c’était quasiment tous les jours ! continua Anaïs. On pouvait recevoir trente coups de ceinture puis vingt coups de canne deux heures après ! C’était franchement inhumain ce qu’on subissait ! Et ce n’était clairement pas de l’éducation ! C’était du sadisme !!

Je vis papa et maman s’échanger un regard. Ils n’étaient pas au courant du quotidien chez Tom et Dana, et c’était bien normal.

-    N’exagère pas… conseilla Louise.

-    Tu te rappelles quand on est sorties en douce pour aller au bar étudiant, Jeanne, Marie et moi ?! demanda Ana. Ça faisait à peine trois jours qu’on était arrivées chez les Webber ! Tu te souviens comment on a été punies quand Tom et Dana ont appris notre bêtise ?! Même toi qui n’étais pas sortie, tu as été punie pour ne pas nous avoir dénoncées ! Tu te souviens de ce qu’on a reçu, hein ?! Tu t’en souviens ?!

-    Oui, avoua Louise.

-    Alors, raconte-le ! ordonna Ana.

-    Tom nous a donné une très longue fessée à la main sur ses genoux, dit Louise de façon automatique, son regard perdu dans le vide. Lorsque la longue fessée à la main a été terminée, nous avons atterri sur les genoux de Dana pour une très longue fessée à la brosse. Ensuite, nous avions été envoyées au coin. Puis, ils nous ont forcées à boire chacune tout un verre de whisky, tout en nous matraquant le derrière avec le martinet. J’ai eu mal aux fesses pendant cinq jours alors que je n’étais même pas sortie en douce.

-    Papa, maman, interpella Ana. Vous trouvez ça normal ? Qu’auriez-vous fait ?

-    Il y aurait eu une bonne déculottée à la main, répondit maman après s’être raclé la gorge. Ou peut-être à la brosse. Mais sûrement pas les deux !

-    Et nous nous serions arrêtés là, conclut papa. Et bien évidemment que Louise n’aurait pas été punie.

-    Tu prends conscience des choses, maintenant ?! demanda Ana à Loulou. Cet épisode de la sortie en douce n’en était qu’un parmi tant d’autres !! Nous avons été maltraitées et battues pendant six semaines !! Et le pire, c’est qu’ils ont réussi à nous faire croire que c’était pour notre bien ! Qu’ils faisaient ça parce qu’ils nous aimaient ! Tom a fait croire à Marie que s’il la frappait quasiment tous les jours, c’était parce qu’il l’aimait ! Plus il la frappait, plus il l’aimait ! Et comme nous n’avions aucune comparaison avec d’autres familles d’accueil, nous les croyions sans nous poser de questions !

-    Marie enchaînait les bêtises, justifia Louise.

-    Parce qu’elle a définitivement arrêté en arrivant chez les Webber ?! poursuivit Ana. Bien sûr que non ! Pourtant, tu l’as vue recevoir la canne ? Ou passer cinquante minutes sur les genoux de papa ? Bien sûr que non ! Il y a même eu des périodes de plusieurs semaines sans une seule claque reçue !! Ça, ça n’aurait jamais pu arriver chez les Johnson puisqu’ils avaient besoin de nous frapper ! Nous étions leurs punching-balls ! C’était pour ça que Tom aimait autant Marie : parce qu’elle enchaînait les conneries ! Comme ça, il pouvait encore plus la frapper !!

-    Je te trouve injuste, dit Louise néanmoins peu convaincue par ses propres propos.

-    Elle a raison, intervins-je. Rappelle-toi la fois où ils sont rentrés des Etats-Unis après que Kyle nous ait gardées une semaine. Oui, j’avais fait de grosses bêtises. Mais j’ai quand même morflé.

-    C’est-à-dire ? se renseigna Mayeul.

-    Tom s’est enfermé avec moi dans sa chambre. Il m’a filé une dizaine de claques énormes : chacune me laissait une marque violacée sur la peau. Et ensuite, j’ai pris cinquante coups de ceinture, puis cent coups de paddle en bois. Et ensuite, j’ai repris une fessée manuelle de quinze minutes sur les genoux de Tom.

Je lançai un regard à mes parents. Ils avaient tous deux les sourcils levés, outrés par ce que j’avais pu recevoir. Dire que nous avions reçu « juste » dix coups de paddle en bois pour nous être battus avec Manoé, et que Michael et Scarlett trouvaient déjà avoir fait preuve d’une grande sévérité…

Ana reprit :

-    Et pendant que Tom frappait Marie comme un malade, Jeanne, Louise et moi avons reçu le martinet et le tapetapis. Alors que nous n’avions commis que le quart des bêtises de Marie.

-    Seigneur ! s’exclama maman sans pouvoir se retenir.

-    Quand ils ont vu que les claques étaient plus fortes chez Michael et Scarlett, ils ont joué la surprise mais en réalité, je suis persuadée qu’ils se sont dit qu’ils auraient pu y aller plus fort avec nous aussi !

-    Dans ce cas, puisque papa et maman tapent plus fort, ce sont des sadiques, eux aussi ?! dit Louise sans se soucier encore une fois de la présence du couple Webber.

-    Les claques sont peut-être plus fortes mais elles sont quand même beaucoup moins nombreuses ! rétorqua Ana. Il n’y a rien de disproportionné, il n’y a aucun sadisme sexuel ou quoique ce soit d’autre ! Et quand on compare avec les parents de nos amis, tu vois bien que papa et maman ne sont pas des tortionnaires ! Oui, les fessées sont bonnes mais justifiées !! On ne pouvait pas en dire autant de Tom et Dana. Avec le recul, je suis bien contente d’avoir décidé de les quitter, même si ça m’a valu un passage dans une famille négligente !

Ana se tourna ensuite vers papa et dit :

-    Alors non. Je ne veux pas entendre parler de ces sadiques. Je veux qu’ils sortent définitivement de ma vie.

Ana se rassit.

       Grâce à elle, je venais d’avoir une énorme prise de conscience. Louise, Anaïs et moi avions été victimes du syndrome de Stockholm. Jeanne l’était sûrement toujours. J’avais profondément aimé des gens qui m’avaient fait la peau pendant six semaines.

 

       Au moment de se coucher, j’allai quand même voir Ana pour lui poser une question :

-    Est-ce que ta psy t’a dit que Michael et Scarlett étaient aussi des sadiques ? Ça se peut que tu n’aies pas osé le dire sur le moment parce qu’ils étaient là…

-    Non, ça n’a rien à voir, me répondit ma sœur en s’asseyant sur son lit, à côté de moi. Nos parents actuels ne s’acharnent pas sur nos fesses avec des instruments de la mort. Ils ne sont pas là à sortir le strap ou la canne à la moindre occasion. Michael et Scarlett sont stricts mais pas injustes ni cruels. Et avec eux, on arrive à parler d’autres choses que de punition. Ils ne nous menacent pas d’une fessée à chaque phrase prononcée. Non vraiment, tout est différent avec eux !

En retournant dans ma chambre, j’espérais vraiment qu’Ana disait la vérité. Je considérais Michael et Scarlett comme mes parents, au même titre que mes parents biologiques. J’étais beaucoup plus attachée à eux que je ne l’avais jamais été à Tom et Dana. Ça me ferait vraiment mal que mes parents d’accueil actuels soient des psychopathes.

       Puisque j’étais fatiguée, je décidai de me coucher et d’en parler avec eux demain matin.

 

A suivre…

La suite !

Commentaires

  1. Super moment en famille 🥰

    Avais a beaucoup évolué depuis son séjour au centre de redressement ...
    Sa parole se libère ... Michael et Scarlett l'y aident énormément grâce à leur amour inconditionnel et le cadre sécurisant qu'ils ont installé autour d'élle 😔 parlera-t-elle de sa famille biologique à laquelle elle a renoncé pour ces vacances ?.
    Marie pendant ce temps continue ses bêtises malgré les mises en garde de Louise !!!

    Comment va-t-elle aborder le sujet de Tom et Dana avec ses parents ? Avec les révélations d'Anaïs la colère de Marie va ressortir, les blessures se rouvrir ?
    Ça ne va pas être facile pour eux !!!

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    1. Que peut penser Ana de Caleb et Justine qui semble-t-il ont la même pratique que Tom et Dana ?

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