Dimanche 16 février
2020
Me
réveiller dans les bras de Mathieu : cette action complètement banale
était devenue un luxe ! Alors que nous nous embrassions tendrement pour
nous dire bonjour, on frappa à la porte de ma chambre :
- Oui ? demandai-je.
Ma mère entra, l’air paniqué :
- Ma puce, ta famille
d’accueil arrive dans quinze minutes !
- Quoi ?!
m’exclamai-je. Mais quelle heure est-il ?!
- Midi quinze, répondit
ma mère.
Mathieu et moi prîmes une douche commune en
quatrième vitesse – pas le temps d’avoir un moment sensuel ! – puis
j’enfilai une robe d’hiver et une paire de collants chauds.
Mon
amoureux et moi eûmes le temps de nous dire au revoir – nous nous séparions à
nouveau mais uniquement pour une semaine ! – car après avoir passé ces
dernières vingt-quatre heures avec moi, il était temps pour Mathieu d’aller
retrouver sa famille biologique.
Michael,
Scarlett, Ana et Mayeul arrivèrent deux ou trois minutes après le départ de
Mathieu. Mes parents d’accueil avaient apporté un énorme et magnifique bouquet
de fleurs pour ma mère, et une bouteille de vin qui devait coûter une
fortune pour mon beau-père. Hélas, mon beau-père, étant musulman, ne boit
pas d’alcool ; mais il ne dit rien et accepta poliment la bouteille,
remerciant Michael et Scarlett.
Mes parents d’accueil avaient également pensé à
Paul : mon petit frère se vit offrir un ballon de football dernier cri
d’excellente qualité.
- J’aimerais être dans
votre famille quand j’aurai dix-huit ans ! s’exclama-t-il, ravi, avant
d’aller jouer avec son ballon.
- On en reparlera quand
ils t’auront flanqué ta première fessée, grommelai-je.
- Paul n’est pas toi,
Marie ! dit ma mère biologique. J’ai beaucoup moins de soucis avec
lui !
- Pourtant, ne dit-on pas
toujours que les deuxièmes de fratrie sont plus difficiles ? s’étonna
Michael.
- J’ai perdu un bébé
mort-né avant Marie, avoua tristement ma mère. Donc techniquement, Marie est la
deuxième.
- Je suis vraiment
désolé, s’excusa Michael.
- Tu as le chic pour
mettre les pieds dans le plat ! le gronda Scarlett.
- Ça ne fait rien, il ne
pouvait pas savoir, rassura ma mère. C’était juste pour confirmer
qu’effectivement, les deuxièmes de fratrie sont plus pénibles, même dans notre
famille !
- Hé ! râlai-je. On
ne se voit plus qu’une fois tous les deux mois et tu trouves quand même le
moyen de dire que je suis pénible ?!
- Mais tes parents
t’aiment tous les quatre, ma chérie ! me rassura ma mère biologique. Même
si, effectivement, tu es pénible !
Le « tous les quatre » me fit
bizarre. Pourtant, c’était réel. J’avais bien quatre parents !
- Et si on allait
s’asseoir pour prendre l’apéro ? proposa ma mère biologique. On ne va pas
rester debout dans l’entrée indéfiniment !
- Avec plaisir, répondit
Michael. On vous suit, Catherine !
Les invités nous suivirent dans la salle à
manger. Paul, lui, était déjà parti dans le jardin pour essayer son nouveau
ballon, nous laissant prendre l’apéritif sans lui.
Assis
à table, j’entrepris de piocher une poignée de noix de cajou. Ma mère
biologique me reprit :
- Bah, Marie ! Dis
donc ! Tu dois attendre que les invités se servent avant de te servir
toi-même !
- Depuis quand ? m’étonnai-je.
- C’est de la simple
politesse ! répondit ma mère biologique.
- Oh ça va ! râlai-je.
On est en famille, quoi ! C’est bon, lâche-moi la grappe avec tes manières
à deux balles ! Ne fais pas genre parce que ma famille d’accueil est là !
- Marie, tu parles
autrement à ta mère, me reprit Michael. Elle t’a mise au monde, tu lui dois le
respect !
- En quoi lui ai-je manqué
de respect, là ? m’emportai-je, très agacée. Tu peux me le dire ?!
- Change de ton ! me
gronda Scarlett.
Ma mère et mon beau-père n’intervinrent pas pour me défendre, ce
qui m’énervait encore plus !
- Mais je n’ai rien dit
de mal ! protestai-je.
- S.S., me chuchota Michael,
les dents serrées.
Je crois les bras sur ma poitrine et me reculai
sur le dossier de ma chaise en faisant la moue. Quatre parents. L'enfer.
Durant
l’apéro, je discutais activement avec Ana et Mayeul tout en jetant un œil à mes
parents d’accueil : je trouvais qu’ils n’étaient pas comme d’habitude. Ils
avaient l’air d’avoir du mal à se détendre.
- Qu’est-ce qui ne va pas ?
demandai-je à Michael, profitant d’un silence dans la conversation.
- Comment ça ?
feignit mon père.
- Je vois bien que maman
et toi n’êtes pas comme d’habitude, expliquai-je. Dîtes-moi ce qu’il y a.
- Rien de grave, dit
Scarlett. C’est juste que nous avons reçu un courrier du ministère des familles
d’accueil hier.
Oh non.
- On va être séparés, c’est
ça ?! paniquai-je.
- Ma princesse, ta mère t’a
dit qu’il n’y avait rien de grave ! me rassura Michael.
- Alors dîtes-moi !!
grondai-je.
- Nous allons être
inspectés demain, avoua Scarlett.
- Inspectés ?! m’étonnai-je.
Ça veut dire quoi « inspectés » ?!
- Ça veut dire que deux
agents vont venir passer la journée à la maison pour voir comment se passe
notre vie de famille, m’expliqua Ana. Ils vont évaluer nos conditions de vie,
nos relations familiales et voir si papa et maman remplissent correctement
leurs rôles de parents.
- Et ils peuvent voir
tout cela en seulement une journée ?! m’étonnai-je, suspicieuse.
- Apparemment oui,
répondit Michael.
- Et quelles seront les
conséquences de cette inspection ? se renseigna ma mère biologique. J’insiste
pour que Marie reste chez vous !
- Si le bilan est
négatif, cela ne changera pas grand-chose à notre vie, répondit Scarlett. Nous garderons
nos quatre enfants d’accueil. Il y aura juste un « éducateur » qui
passera à la maison trois fois par semaine pour nous réapprendre à être parent
d’accueil. C’est ce qui est arrivé à des amis à nous…
- Qui ça ? demandai-je
à la hâte.
- N’interromps pas ta
mère, Marie ! me gronda Michael.
- Pardon, formulai-je,
pressée. Alors, qui ça ?
- Le couple Chapeau,
répondit Scarlett. Avec les quatre cents coups qu’ont faits leurs fils, une
inspection a été demandée, et puisque cela s’est mal passé, ils ont un éducateur.
Je n’en revenais pas. Du coup, une autre
question me taraudait :
- Mais, qu’est-ce qui a
déclenché votre inspection ?!
- D’après Tristan, le
père de Magda, nous sommes classés dans les meilleures familles d’accueil du
pays, expliqua Michael. Ils veulent donc nous inspecter en vue de… tourner un
documentaire.
- Un documentaire ?!
nous exclamâmes Ana, Mayeul et moi.
- Ils aimeraient filmer
un an de vie avec nous et en faire une mini-série, précisa Scarlett. Bien
entendu, rien n’est encore fait. Et nous avons bien spécifié que nous ne ferions
rien sans l’avis de nos quatre enfants !
Oh bah ça, alors ! Si je m’attendais à une
telle nouvelle…
- Ça ne m’étonne pas, dit
mon beau-père. Vous êtes des parents d’accueil jeunes et très beaux. Vous
passerez parfaitement bien à l’écran. Vos quatre enfants sont loin d’être
moches. Et puis, vous gérez votre famille avec une efficacité redoutable. Et d’après
ce que nous raconte Marie, vous arrivez à transmettre à vos enfants beaucoup d’amour
et d’affection. Vous êtes l’exemple même de la réussite de cette réforme. Donc
je trouve cela tout à fait normal que vous ayez été choisis !
Mon beau-père parle peu mais lorsqu’il ouvre la
bouche, il est très pertinent. Il venait de le prouver encore une fois, même si Michael et Scarlett furent mal à l'aise de recevoir autant de compliments d'un coup !
- Et si l’inspection se
passe bien, ajouta Scarlett, au-delà du tournage, il serait probable que nous
accueillions un ou deux enfants supplémentaires.
- Oh non ! me lamentai-je.
On est vraiment bien, tous les six !
- Nous pensons la même
chose que toi, ma princesse, me répondit Michael. Nous allons essayer de faire jouer
nos relations afin que notre famille reste telle qu’elle est… Mais il faut
garder dans un coin de nos têtes qu’il est possible que notre famille s’agrandisse.
Et puis, accueillir Mayeul a été une bénédiction !
- Certes, mais il y a aussi
eu le fiasco de Manoé… rappela Ana.
- Ne mettons pas la
charrue avant les bœufs ! dit Scarlett. Pour l’instant, il faut qu’on
réalise une bonne inspection. Nous déciderons de la suite.
- Mais Louise est dans sa
famille biologique et papa part en séminaire ! dis-je. Ils peuvent
réaliser une inspection si la famille n’est pas au complet ?
- Non. C’est pour cela
que Louise reviendra ce soir et repartira mardi matin, répondit Scarlett. Et
ton père a pu décaler son séminaire : il partira mardi matin et rentrera
vendredi midi.
Nous attaquâmes le repas avec une salade
vitaminée. Alors que les adultes
poursuivaient leur discussion et que Paul faisait connaissance avec Ana et
Mayeul, je me taisais. Je voulais prendre le temps de digérer toutes ces
informations.
Passer à la télé ne me déplairait pas : j’aime
bien être au centre de l’attention ! Néanmoins, me prendre des roustes
devant la France entière ne me tentait vraiment pas… Et puis, je ne savais pas si
j’avais envie d’être filmée vingt-quatre heures sur vingt-quatre !
Le
repas se déroula plutôt bien. Mes parents firent part des prochaines lois qui
allaient passer à Michael et Scarlett : ils n’en furent pas du tout
surpris. Ils dirent même que, malheureusement, c’était la suite logique des
choses, vu comme le gouvernement menait cette réforme.
Mes
quatre parents s’entendaient vraiment bien ; tellement bien qu’ils
passèrent tout l’après-midi ensemble. Cela ne me déplaisait pas, jusqu’au
moment où ma mère biologique commença à sortir des dossiers sur moi.
- Marie était vraiment
terrible, narrait-elle. Elle m’insultait, me frappait, tapait des crises de
colère monumentales… Un jour, elle devait avoir sept ou huit ans, elle a inondé
la maison parce que je refusais de l’emmener à la piscine !
- Oh, ce n’est pas vrai !
s’exclama Scarlett.
- Si ! confirma ma
mère. Et un autre jour, elle m’a frappée avec des clés de voiture parce que je
ne voulais pas la laisser conduire. Elle avait six ans.
- Sans vouloir être irrespectueux
ou intrusif, dit Michael, je peux savoir pourquoi tu n’as pas réagi ?
Pourquoi ne lui as-tu pas donné une bonne fessée pour mettre un stop définitif
à ses bêtises ? Avec un enfant, il suffit d’une seule claque une seule
fois pour avoir la paix toute la vie !
- Oui, c’est ce qui s’est
passé avec ma sœur, Heather ! raconta Scarlett. Elle n’a pris qu’une seule
claque dans sa vie et ça a suffi !
- Marie était malade et
si fragile, se rappela ma mère. Je n’osais pas la contrarier. Elle avait déjà
la vie tellement dure avec sa maladie, puis la séparation de son père et
moi, puis le décès de son père… Je me disais qu’elle avait déjà assez d’ennuis
comme ça.
- Et maintenant, c’est nous
qui tentons de redresser la barre, dit Michael.
- Et je ne vous en remercierai
jamais assez, ajouta ma mère biologique.
Je vis Scarlett poser sa main sur la cuisse de son
mari. Michael tentait de contrôler sa colère. Il ne comprenait pas comment ma
mère avait pu laisser empirer les choses, puis s’en plaindre aujourd’hui. J’espérais
que cette colère contre ma mère biologique s’atténuerait un peu – après tout,
elle avait fait ce qu’elle avait pu ! – et jouerait en ma faveur.
Nous
passâmes chercher Louise pour dix-huit heures – Michael et Scarlett parlèrent
longtemps avec ses parents, ce qui nous ennuya beaucoup ! – puis rentrâmes
à la maison.
Louise, Mayeul, papa et moi jouâmes à la
console tandis qu’Ana cuisinait des pizzas maison avec maman dans la cuisine.
Nous avions bientôt terminé notre partie lorsque
le téléphone de papa sonna, nous obligeant à mettre le jeu sur pause. Michael sortit l’appareil de sa poche de jean et décrocha :
- Oui Caleb ? … Oui
ça va bien, et toi ? … Ben écoute, rien de spécial, un petit week-end sympa,
et chez vous ça va ? … Ah bon ? Non, je ne savais pas du tout !
Il écarta le micro du téléphone de sa bouche et
me demanda :
- Marie, tu as eu un mot
dans ton carnet parce que tu as bavardé avec Adélaïde ?!
La peur me submergea instantanément. Je ne
savais pas quoi répondre. Michael reprit son interlocuteur et dit :
- Ok, je vais gérer ça.
Merci de me l’avoir dit ! … Ouais, bisous à tout le monde ! … Ciao !
Il raccrocha et se tourna à nouveau vers moi.
- J’attends ta réponse,
Marie. Ne m’oblige pas à demander à tes frère et sœurs. Tu as eu un mot pour bavardages
ou pas ?!
- Oui papa, répondis-je,
la bouche sèche.
J’avais envie de fondre en larmes. Mon plan
entier tombait à l’eau. J’étais complètement cuite !
Michael lança vers la cuisine :
- Scar, tu as signé le
carnet de Marie vendredi soir ?
- Non, je n’ai signé
aucun carnet ! Je n’y ai pas pensé ! répondit ma mère.
- Va me chercher ton carnet,
m’ordonna froidement mon père. Dépêche-toi, Marie.
Je lâchai ma manette et montai dans ma chambre. J’attrapai alors le carnet destiné à mes parents et y recopiai le mot laissé par le prof dans mon autre carnet (celui qui était destiné à mes profs), en tentant au mieux d’imiter l'écriture du littéraire, tout en n’étant pas trop longue. Puis, je descendis au rez-de-chaussée avec le carnet à la main, priant pour que Michael ne reconnaisse pas mon écriture stylisée. J’avais une boule dans le ventre. J’avais presque tenu une semaine sans recevoir une seule fessée !
Lorsque j’arrivai dans le living-room, Michael demanda également à Louise, Mayeul et Ana de lui apporter leurs carnets respectifs pour qu’il puisse les signer. Puis, je lui tendis le mien. Il examina le mot : « Bavardages !! » puis dit :
- Tu comptais me le dire
quand ?
- Je ne comptais pas te
le dire, avouai-je à mi-voix.
Michael alla chercher un stylo sur le buffet
puis signa mon carnet en bas de la page « Vendredi 14 février » dans
l’encadré « Signature des parents ». Puis, il ferma mon carnet, posa
le stylo sur la table, m’attrapa par le bras et me colla trois puissantes
claques sur le derrière. Même avec mon collant épais et ma robe en maille, je
les avais bien senties passer : je priai immédiatement pour que mon père
me laisse mes vêtements si d'autres claques devaient tomber.
- Pourquoi est-ce que tu
bavardais avec Adélaïde ?! Pourquoi est-ce tu bavardais pendant le cours ?!
Tu n’as donc pas écouté ce que le prof racontait ?!
- Si papa, répondis-je
en me frottant les fesses.
- La preuve que non puisque
tu bavardais ! Donc tu n’écoutais pas !
Je baissai les yeux. Je ne pouvais rien dire.
Michael attrapa à nouveau mon bras et pour me
pencher sous le sien. Puis, il souleva ma robe et me donna dix claques bien
appuyées sur mon épais collant d’hiver. J’étais persuadée que mes fesses commençaient
à rougir.
Ensuite, Michael me lâcha et me gronda :
- C’est la première et dernière
fois que tu me ramènes un mot, Marie ! Tu entends ?! Si jamais tu oses
encore ramener un mot dans ton carnet à la maison, je te flanque une S.S.P. !
Nous sommes d’accords ?!
- Oui papa, dis-je d’une
voix tremblotante.
- Va au coin ! m’ordonna-t-il
en me filant une ultime claque pour me donner de l’élan. Mains dans le dos !
Tu y resteras jusqu’au dîner ! Je ne veux pas t’entendre, Marie, je te
préviens !
- Oui papa, répondis-je.
Heureusement, mis à part cette désagréable déconvenue – il allait falloir que je m’accorde avec Adélaïde pour que son père arrête de cafter ! – nous passâmes une soirée vraiment superbe tous ensemble, à visionner un film en mangeant de délicieux popcorns caramélisés.
Mon plan du double carnet n'était toujours pas découvert, je passerais des vacances on ne pouvait plus tranquilles. C'était parfait. Tout était parfait.
A suivre…

Oh là !!! Je n'ose pas imaginer la correction que Marie va prendre quand iMichael et Scarlett vont découvrir l'existence du double carnet, les signatures imitées et bien-sûr le premier mot ! J'espère pour elle que ce ne sera pas pendant l'inspection 🙏
RépondreSupprimerDécidément la famille Webber ne peut pas vivre ''tranquillement'' très longtemps ?!?!?!
Encore des enfants supplémentaires ??? Oh non 😒
Et avec les caméras qui risquent de débarquer, tout le monde va être sous pression ... et la vie de famille à nouveau chamboulée 😪
Je suis impatiente de lire le prochain
chapitre 🤔