Lundi 17 février 2020
Onze
heures. Je me réveillai dans mon merveilleux lit suspendu. Je tâtai ma table de
chevet pour tenter d’y trouver mon téléphone : mais rien ! Je m’assis
d’un bond. Où était mon téléphone ?!
Tandis que je le cherchais, on frappa à la
porte de ma chambre.
- Entrez ! dis-je.
- Bonjour Marie, dit
Ombrage en entrant dans la pièce. J’espère que vous avez bien dormi ! Pour
aujourd’hui, je suggère que vous mettiez votre pull bleu marine avec un jean
slim…
- Où est mon
téléphone ?! l’agressai-je.
- Votre mère l’a
récupéré, comme ceux de vos frères et sœurs, me répondit Marie-Christine. Vous
n’y aurez plus accès avant cet été.
- C’est une
blague ?! m’emportai-je.
- Non Marie. Ce n’est pas
une blague. Je suis également chargée de surveiller votre temps d’écran, qui ne
doit pas excéder une heure par jour.
Sans mon téléphone, ça n’allait pas être très
compliqué de suivre cette règle !
- Non mais je rêve,
là ! tonnai-je.
- Calmez-vous Marie,
m’ordonna calmement ma nourrice. Donc pour votre tenue du jour, je suggérais…
Délire. Je nageais en plein délire.
Habillée
et coiffée par Marie-Christine, j’allai me brosser les dents puis descendis
dans la pièce à vivre. Louise lisait dans le canapé. Ana et Mayeul n’étaient
pas dans la pièce. Mes parents étaient en entretien avec deux personnes
habillées comme les Men In Blacks mais sans les lunettes de soleil. Un homme et
une femme.
- Bonjour ma princesse,
me dit Michael alors que je venais l’embrasser pour lui dire bonjour. Tu as
bien dormi ?
- Oui, répondis-je en
embrassant ensuite ma mère.
- Nous te présentons
monsieur Copfret et madame Ounour qui sont venus nous inspecter aujourd’hui, me
dit ma mère.
- Marie, je
présume ? me demanda madame Ounour en me tendant sa main pour que je la
serre.
En la serrant, j’hochai la tête. Alors que je
serrais également la main de monsieur Copfret, celui-ci déclara, en me regardant
de haut en bas :
- Parfaite ! Elle
est parfaite ! Vos enfants sont magnifiques,
monsieur et madame Webber ! Vous formez une très jolie famille !
- Euh… merci, dit maman,
un peu décontenancée.
- En revanche,
dîtes-moi : une perte de poids est-elle envisagée pour Anaïs ? se
renseigna l’inspectrice.
Louise et moi nous échangeâmes un regard.
Heureusement que notre sœur n’était pas dans la pièce !
- Nous ne le ferons que
si notre fille en fait la demande, répondit froidement papa. Nous l’aimons
comme elle est !
- Bien sûr, bien
sûr ! dit l’inspectrice d’un ton mielleux. En tout cas, vos quatre enfants
sont ma-gni-fi-ques !
En parlant ainsi, elle me fit penser à cette
présentatrice télé qui passait son temps à relooker les gens. Pathétique.
Voyant que je restais plantée là sans savoir
quoi faire, l’inspecteur me dit en riant :
- Je t'en prie Marie,
fais comme chez toi ! Fais comme si nous n’étions pas là !
C’était plus facile à dire qu’à faire, d’autant
plus que les inspecteurs mangèrent avec nous, et que maman avait préparé des
nuggets de poulet faits maison et des frites maison pour le repas.
- Marie, tu manges s’il
te plaît ! m’ordonna Scarlett.
- J’ai mangé !
répondis-je.
- Trois nuggets et une
frite ! comptabilisa ma mère. Ça suffit maintenant, tu manges !
- Mais ça fait grossir…
J’ai pris trois kilos !
- Je pense que tu les
as reperdus depuis mercredi que tu ne veux plus rien manger ! me gronda
Scarlett. Tu crois que je ne te vois pas ?! J’ai laissé passer jeudi et
vendredi, je n’ai rien dit hier parce que c’était le week-end mais là ce n’est
plus possible ! Tu manges, s’il te plaît !!
- Marie a des soucis de
nourriture ? s'enquit l’inspecteur.
- Elle se trouve trop
grosse, répondit papa, agacé. Mais nous sommes allés voir un médecin qui nous a bien
dit que ce n’était pas de l’anorexie mais un caprice pur et simple ! Alors
Marie, tu obéis à ta mère et tu manges !
Je fixai mon assiette. Pour moi, ces deux
aliments me feraient grossir. Je ne pouvais pas me résoudre à les avaler.
- Marie, tu ne vas quand
même pas te ramasser une fessée déculottée devant tout le monde, si ?! me
menaça Scarlett. Parce que c’est ce que tu vas récolter si tu continues de
t’entêter !! Je sais très bien que tu t’es couchée tard pour pouvoir te lever
tard et sauter le petit déjeuner ! Tu n’as rien mangé depuis hier soir
donc tu vas me faire le plaisir de terminer ton assiette !
- …
- Marie, je gère ton
régime alimentaire depuis plusieurs semaines, maintenant ! me rappela
maman. Tu peux me faire confiance !
- Apparemment non puisque
j’ai pris trois kilos ! râlai-je.
- Ces trois kilos peuvent
être dus à tes hormones, à ton cycle menstruel,
à tes émotions… Il y a plein de facteurs qui peuvent entrer en jeu et expliquer
cette très légère prise de poids !! expliqua ma mère qui peinait à garder
son calme. Tu t’es repesée depuis mercredi, au moins ?
- Non. J’avais peur
d’avoir repris du poids.
- On te pèsera demain
matin, à jeun, annonça Scarlett. Tu verras que tu n’auras pas pris de
poids ! Maintenant, tu manges !
- Non.
Mon « Non » fit vriller mon père qui
me réprimanda :
- Parfait ! Tu veux
jouer à ça ?! On va jouer !! Dans ton assiette, tu as exactement les
portions dont tu as besoin. Ni plus, ni moins. Donc tant que tu n’auras pas
terminé le contenu de ton assiette, tu resteras assise à table ! Et ne compte
pas sur nous pour réchauffer ton repas ! Si tu attends de trop, tu le
mangeras froid !
Je croisai les bras sur ma poitrine pour
montrer ma détermination. Mon père ajouta sur le même ton :
- Oh, et
j’oubliais : à partir du moment où nous aurons tous terminé notre repas,
je te donnerai une S.S.P. toutes les cinq minutes jusqu’à ce que tu termines
ton assiette !!
Ma détermination en prenait un sacré coup. Une
S.S.P. toutes les cinq minutes ?! Je n’y survivrai pas !
- Une S.S.P. ?
demanda l’inspectrice.
- Une fessée debout
déculottée, traduisit mon père. Je te garantis que tu vas terminer ton
assiette, Marie ! Ta mère et moi ne cèderons pas !
Je voulus pousser mon assiette pour pouvoir
mettre ma tête dans mes bras en boule sur la table. Mais je fus maladroite. Je
ne sais par quel coup du sort mon assiette se retrouva à terre, en mille
morceaux. De l’extérieur, on aurait vraiment dit que j’avais balancé mon
assiette par terre ! Mais non. J’avais juste voulu bouder ouvertement.
- Je n’ai pas fait
exprès ! paniquai-je. Pardon ! Pardon !
Mes parents ne m’entendirent pas. Peu leur
importait si je devais rester assise à table jusqu’à ce que j’aie fini de
manger. Peu leur importait si j’avais fini de digérer le peu d’aliments que
j’avais mangés ; mon père recula sa chaise, se leva et vint m’attraper
l’oreille pour me sortir de table.
- Papa, je suis
désolée ! Vraiment ! Pitié, papa !
Michael ne répondit pas. Il déboutonna mon jean
et le baissa en même temps que ma culotte. Puis, il me bloqua les deux mains
dans le dos et commença à me claquer les fesses.
Tandis que Grâce nettoyait les dégâts et que
Scarlett me préparait une autre assiette avec les mêmes quantités, je recevais
une fessée magistrale de la part de mon père. Même si j’avais fait un caprice,
je ne méritais pas de prendre une aussi grosse volée !
Cette fessée dura bien deux bonnes minutes puis mon père consentit à me lâcher.
- Tu te rhabilles, tu te
rassois à table et tu me finis le contenu de ton assiette ! Je ne veux pas
t’entendre, Marie !
- Et après le repas, tu
iras au lit, ajouta Scarlett.
Je mangeai l’intégralité de mon assiette en
pleurant silencieusement. Puis, lorsque j’eus avalé ma pomme en dessert, je me
lavai les mains et allai me coucher.
Je
sentis qu’on me caressait les cheveux. Mes parents étaient allongés sur mon
lit, chacun de part et d’autre de moi. C’était Scarlett qui me caressait les
cheveux.
- Il est l’heure de se
réveiller, mon cœur, me dit-elle.
- Il est quelle
heure ? chuchotai-je.
- Il est trois heures
moins le quart, répondit papa. Tu as dormi deux heures !
Je restai allongée dans mon lit en silence, me
faisant papouiller les cheveux par maman. J’appréciai que mes parents me
laissent émerger, restant silencieux eux aussi. Au bout de quelques minutes, ma
mère me demanda :
- Comment te
sens-tu ?
- Je suis vraiment désolée
pour l’assiette ! dis-je. Je n’ai vraiment pas fait exprès ! Je
voulais juste la décaler pour mettre mes bras sur la table…
- Eh bien la prochaine
fois, tu feras attention, me dit Michael. Tu vas peut-être dire que j’ai réagi
sévèrement, comme Tom l’aurait fait mais…
- Non, je ne dirai jamais
ça, le coupai-je. Avant même qu’Ana dise tout ce qu’elle avait besoin de dire
vendredi, je pensais déjà que vous n’étiez pas comme eux. Chez vous, on sait
que les instruments sont uniquement pour les bêtises monumentales et non pour
le quotidien. Vous ne nous frappez pas avec tout ce qui vous passe sous la
main. Vous êtes de bons parents.
Je vis Michael et Scarlett s’échanger un regard,
puis Michael m’embrassa sur le front.
- Je vais essayer de ne
plus faire de bêtises et de ne plus vous désobéir, annonçai-je solennellement.
- Pendant les cinq
prochaines minutes ? demanda ma mère en souriant.
- Elle peut peut-être
tenir dix minutes ! poursuivit mon père en riant.
- Ah bah merci de croire
en moi ! dis-je en croisant à nouveau mes bras sur ma poitrine en signe de
protestation.
- C’est juste qu’on
commence à te connaître, me dit Scarlett. Est-ce que tu te sens prête à te
lever, mon cœur ? Les inspecteurs voudraient vous parler à tes frère et
sœurs et toi, et ensuite on aimerait aller se balader un peu en forêt tous
ensemble.
Je me levai. Maman réajusta ma coiffure.
J’attrapai un chewing-gum dans le paquet placé sur une de mes étagères et
rejoignis ma fratrie dans la chambre de mon frère, dont la moitié était décorée
sur le thème de Star Wars et l’autre moitié sur le thème de Michael Jackson.
- Ah bah c’est pas trop
tôt, Marie ! râla Louise. On a failli t’attendre !
- Nous avions dit quinze
heures donc votre sœur est en avance de cinq minutes ! rectifia
l’inspecteur.
- Bon, commençons !
dit Ana. De quoi vouliez-vous nous parler ?
- Nous voulions vous
poser des questions sur votre vie ici et sur vos relations avec vos parents,
répondit monsieur Copfret. Si vous deviez choisir un mot, un seul, qui décrirait
votre vie ici, lequel choisiriez-vous et pourquoi ?
- Bonheur, répondit
immédiatement Mayeul. Parce que je n’ai jamais été aussi heureux que depuis que
je suis un enfant Webber.
- Amour, dit Louise.
Parce qu’on ressent l’amour de nos parents chaque jour.
- Cadre, enchaînai-je.
Parce qu’il y a des règles à suivre et des limites qui sont imposées. Je
n’aurais jamais pensé que ce cadre me manquerait lorsque je suis dans ma
famille biologique !
- Sécurité, poursuivit
Ana. Parce que j’ai l’impression que tant Michael et Scarlett seront dans ma
vie, rien de grave ne pourra m’arriver.
- Pourtant, vous sortez
d’un centre de redressement, rappela monsieur Copfret.
- Et cela est arrivé
durant la seule fois où Michael et Scarlett étaient partis, expliqua Ana. Ils
nous ont promis qu’ils ne nous laisseraient plus seuls et ils tiennent toujours
leurs promesses. Je réitère que tant que mes parents sont là, rien de grave ne
peut m’arriver.
- Nous avons assisté à
une punition donnée à Marie ce midi, dit madame Ounour après avoir pris des
notes sur son calepin. Que pouvez-vous nous dire sur la façon dont vos parents
vous sanctionnent ? Leur est-il arrivé de vous battre grièvement ? De
vous punir autrement que par la fessée ?
- C’est déjà arrivé
qu’ils donnent une gifle mais c’est rare ! dit Louise. En général, ils ne
nous punissent que par la fessée pour éviter de nous blesser, justement !
- Moi, papa m’a déjà
giflé et plaqué au mur, dénonça Mayeul. Mais c’est parce que j’avais vraiment
déconné. Et après, j’ai reçu la pire fessée de ma vie !
- Vous donnent-ils la
fessée uniquement avec leurs mains, ou utilisent-ils des instruments ?
demanda l’inspectrice.
- Lorsqu’on fait
d’énormes bêtises, expliquai-je, papa peut sortir le martinet, et maman peut
sortir la brosse à cheveux en bois. Mais ça reste vraiment très
exceptionnel !
- Et si jamais on se fait
du mal entre frère et sœurs, on a droit au paddle, dit Louise. Ce
sont les seuls instruments dont ils se sont servis.
- Les seuls ?!
s’étonna madame Ounour. Pas de cuillère en bois ? Ou de badine ? Ou
de tapetapis ?
- Non, rien de tout ça !
répondit Ana. Pourquoi cela semble-t-il vous étonner ?
- C’est la première
famille d’accueil que nous inspectons et dans laquelle tout type d’instruments
ne sont pas utilisés quotidiennement, répondit monsieur Copfret. Et de fait,
les fessées à la main ont l’air d’être efficaces et de fonctionner !
- Vous avez vu la fessée
qu’a prise Marie, dit Mayeul. Vu les claques reçues, on est obligés de filer
droit ensuite !
- C’est clair que
j’aurais carrément préféré recevoir le martinet plutôt qu’une S.S.P. !
informai-je.
- Comment décririez-vous
vos parents, en quelques mots ? demanda l’inspecteur.
- Stricts et sévères,
répondit mon frère. Ça oui ! On n’a pas le droit de faire la moindre
bêtise ! En revanche, ils sont super affectueux et ils sont toujours là
pour nous !
- Pouvez-vous donner des
exemples ? demanda madame Ounour.
- Ils savent que je n’ai
pas du tout confiance en moi, répondit Louise. Alors chaque matin avant que je
me réveille, ils déposent un proverbe ou une parole d’encouragement sur ma
table de nuit.
- Moi j’ai peur du noir,
poursuivit Ana. Alors maman et papa ont acheté une veilleuse et l’un deux reste
près de moi jusqu’à ce que je m’endorme chaque soir.
- Moi je suis fan de
Michael Jackson, comme vous pouvez le voir ! s’exclama Mayeul. Et papa
l’est aussi parce que c’est à lui qu’il doit son prénom. Alors quand il a du
temps, papa vient dans ma chambre et on écoute des chansons de Michael Jackson,
ou on regarde ses clips, ou on apprend ses pas de danse.
- Et moi, ils me chantent
souvent la chanson « You are my sunshine ». Et ils m’ont même offert
un bracelet pour que je me souvienne qu’ils m’aiment, même quand j’en
doute !
- C’est assez…
exceptionnel ! s’exclama madame Ounour en prenant des notes. C’est la
première fois que nous voyons cela !
- Vous arrive-t-il de
passer du temps tous les six, en dehors du quotidien ? demanda monsieur
Copfret.
- Nos parents nous ont
offert des Pass Annuels pour Disneyland Paris, alors nous allons régulièrement
y passer des journées ou des week-ends ! répondit Loulou. Et puis on fait
des sorties, on va au cinéma ou au restaurant…
- Pouvez-vous nous parler
de vos changements d’école ? questionna l’inspecteur. C’est tout de même
la deuxième fois en peu de temps que vous changez d’école !
- Nous avons changé à la
fin du premier semestre parce que papa et maman trouvaient que l’école n’était
pas assez exigeante et qu’ils voulaient qu’on soit scolarisés dans le privé,
expliqua Ana.
- Et on a rechangé la
semaine dernière parce que Mayeul a enchaîné les bêtises à l’école des Sœurs et
que les religieuses n’ont pas fait grand-chose, narrai-je. Alors que dans cette
nouvelle école, on a un carnet de liaison que l’on doit faire signer tous les
jours à nos parents. Si le carnet n’est pas signé, on est punis à
l’école ! Donc nos parents voient si on a fait des bêtises ou pas…
L’actrice en moi réussissait à rester
parfaitement naturelle devant l’évocation du carnet de liaison. Poker
face !
- Et concernant vos
domestiques, est-ce que cela se passe bien avec eux ? demanda
l’inspecteur.
- Nous avons un peu de
mal avec notre nourrice, nous devons le reconnaître ! répondit franchement
Ana. Mais tous les autres sont géniaux !
- Connaissez-vous vos
grands-parents ? se renseigna madame Ounour. Vos oncles et tantes ?
- Nos grands-parents
maternels sont venus séjourner à la maison, répondit Louise. Mais on ne connaît
pas encore les deux sœurs de maman : on va justement aux Etats-Unis au
moins de juin pour aller les rencontrer. Du côté de papa, notre grand-père est mort,
mais on va rencontrer notre grand-mère cet été également. Papa a un frère qui
vit à quelques minutes d’ici et qui est aussi famille d’accueil. On connaît
bien oncle Caleb, tante Justine, et nos cousins-cousines !
Oh que oui, on le connaît bien ! On
connaît surtout bien sa main puissante qui est tombée de nombreuses fois sur
nos postérieurs !!
Les
inspecteurs nous posèrent encore quelques questions, notamment sur nos
plannings : heures de repas, de lever, de coucher ; à quelle heure
nous faisions nos devoirs, etc… Ils posèrent également deux ou trois questions
sur Paillette, Toulouse et Berlioz. Puis, ils mirent fin à l’interrogatoire et
nous pûmes nous préparer pour aller en balade.
Puisque
j’avais peur de m’ennuyer, je proposai un concours de cabane : tout le
monde accepta, trouvant l’idée plutôt amusante. Nous fîmes deux équipes :
papa, Louise, madame Ounour et moi d’un côté ; maman, Ana, Mayeul et
monsieur Copfret de l’autre. Nous nous donnâmes une heure pour réaliser la
meilleure cabane possible !
Seulement,
nous dûmes nous arrêter avant le gong : la nuit commençait à tomber, tout
comme la neige. La météo ayant prévu une tempête de neige, nous rentrâmes par
précaution à la maison sans avoir déclaré de vainqueur.
Les
inspecteurs partirent immédiatement, par peur d'être bloqués par la tempête. Néanmoins, ils s’en allèrent avec un grand sourire, nous disant que nous
aurions leur rapport dans la soirée. Nous étions plutôt confiants, nous disant
que cette inspection avait été réussie.
Alors
que Mayeul et moi mettions la table, Michael et Scarlett cuisinaient. Papa me
lança :
- Marie, tu vas manger
l’intégralité du contenu de ton assiette ce soir ? Dis-le-moi maintenant,
car si tu n’es pas décidée, autant que je te mette une fessée tout de
suite !
- Je vais manger toute
mon assiette, papa, répondis-je.
J’avais encore bien mal aux fesses suite à la
volée de ce midi, inutile d’en rajouter !
- Sage décision !
commenta mon père. Aussi, j’espère que tu seras sage avec ta mère durant mon
absence et que tu ne feras aucun caprice à table !
- De toute façon, si elle
me fait ne serait-ce qu’un seul caprice à cause de la nourriture, elle prendra
une fessée à la brosse sur mes genoux ! annonça maman.
- A la brosse ?!
m’exclamai-je, trouvant la menace disproportionnée.
- J’aurai trois enfants à
gérer, Marie, se justifia Scarlett. Autant te dire que je n’aurai pas du tout
le temps pour tes caprices !
J’accusai la menace. Bon sang, à la brosse,
quoi !
- Tu ne vas quand même
pas faire comme Tom et Dana ?! demandai-je, souhaitant déstabiliser ma
mère pour qu’elle change d’avis.
- Ne confonds pas tout,
Marie chérie, rétorqua Scarlett. Tu sais bien que je n’utiliserai la brosse
qu’en cas de force majeure. Ta santé est un cas de force majeure.
- Mais…
- Le débat est clos,
Marie ! trancha maman en haussant le ton. Nous ferons en sorte que tu ne
prennes pas de poids, comme c’est le cas depuis plusieurs semaines ; mais
de ton côté, tu dois faire en sorte de ne pas faire de caprice. Sinon, tant pis
pour tes fesses !
La table mise, le repas n’était toujours pas
prêt. Ma fratrie et moi décidâmes d’allumer la console de jeux pour jouer à un
jeu de danse.
- Michael Jackson ! s’exclama Mayeul. On
joue à celui-là !
- On l’a déjà fait la
dernière fois ! râla Louise. On peut changer, pour une fois et jouer
à Just Dance ?!
- C’est nul, Just
Dance ! grommela mon frère. Je veux jouer à Michael Jackson !
- Au pire, on n’a qu’à
jouer à Mario Galaxy, proposai-je.
- Nan, j’ai envie de
danser ! dit Mayeul.
- Moi aussi ! dit
Louise.
- Et il n’y a pas un jeu
de Just Dance où il y a une chanson de Michael Jackson ? demanda
Ana. Comme ça, tout le monde sera content !
- Mais pour une fois,
vous pouvez me faire plaisir en jouant à Mickael Jackson !! râla
Mayeul.
- On ne fait que ça de te
faire plaisir, Mayeul ! gronda Louise. T’es vraiment pénible, à la
fin !
- On n’a qu’à faire un
vote à main levée, proposai-je.
- Moi je suis
pénible ?! s’énerva mon frère. Retire ce que tu viens de dire espèce de
grosse conne !
- Hé les enfants ! dit
la grosse voix de papa depuis la cuisine. On se calme, maintenant !
Mayeul, tu surveilles ton langage et tu t’excuses auprès de ta sœur !
Mes parents avaient tous les deux les mains
dans la farce pour cuisiner leurs tomates farcies et leurs courgettes farcies.
Ce n’était vraiment pas le moment d’être indisponibles…
- Qui est-ce que tu
traites de grosse conne ?! s’emporta Louise en poussant Mayeul, qui tomba
par terre.
- Tu vas me le
payer !! annonça Mayeul avant de se relever.
Ana prit le parti de Mayeul. Je pris le parti
de Louise. Avant même que papa et maman comprennent ce qui était en train de se
passer, nous étions tous les quatre en train de nous bagarrer.
Mes parents mirent un temps fou à intervenir et
à nous séparer ; je pense que c’était le temps qu’il leur avait fallu pour se laver les mains, les sécher et courir auprès de nous. La cuisine était
ouverte sur le living-room mais la pièce à vivre était quand même vachement
grande !
- Mais ça ne va pas la
tête ?! nous réprimanda maman.
Michael et Scarlett tenaient chacun un de leurs
enfants par l’oreille. Pour ma part, mon outil auditif était prisonnier de la
main gauche de ma mère.
-
Qu’est-ce
qu’on vous a dit sur les bagarres entre vous, hein ?! poursuivit Scarlett.
Qu’est-ce qu’on vous a dit ?!
- Que c’était interdit,
répondis-je à mi-voix.
- Exactement ! continua
ma mère. Baissez tous les quatre vos pantalons et vos sous-vêtements !
Vous avez gagné cinq coups de paddle chacun !
- Nan, maman ! pria
Louise. Pitié !
- Tu te tais,
Louise Pauline Huguette Webber ! S’il y a bien une chose que nous
ne tolérons pas, ce sont les bagarres entre frère et sœurs !
Papa alla décrocher le paddle en bois qui était
suspendu au mur dans un endroit discret de la pièce et s’en empara. Oh non. En
plus, c’était papa qui allait donner les coups. Misère !!! Pourquoi
avais-je participé à cette bagarre ?!
Mayeul fut le premier à être attrapé. Papa le
força à baisser lui-même son jean et son slip, et à se pencher sur l’accoudoir
du canapé.
- Après chaque coup, je
veux t’entendre dire : « Je ne dois pas me battre avec mes
sœurs ! », annonça papa. Tu as compris ?!
- Oui, dit mon frère, la
voix tremblotante.
Et papa asséna le premier coup. Mayeul gémit
puis dit la phrase.
Le deuxième coup tomba. A nouveau, Mayeul
gémit, puis dit la phrase.
Le troisième coup arriva. Mayeul lâcha
un : « Aïe ! », puis dit la phrase.
Quatrième coup. Mayeul lâcha à nouveau un léger
cri de douleur puis dit la phrase.
Cinquième coup. Mon frère lâcha une larme qui
accompagna son cri de douleur, puis prononça la phrase.
- Tu vas au coin !
ordonna maman. Je t’interdis de te rhabiller !
Mayeul s’exécuta, et Louise fut attrapée. Elle
encaissa ses cinq coups en pleurant et en gémissant, ayant bien du mal à dire à
cinq reprises la phrase : « Je ne dois pas me battre avec mon frère
ni mes sœurs. ». Elle fut elle aussi envoyée au coin sans avoir le droit
de se rhabiller.
Et ce fut mon tour de me retrouver les fesses à
l’air pour la deuxième fois de la journée, puis de devoir me pencher sur
l’accoudoir du canapé.
Avec la fessée que j’avais déjà reçue ce midi, j’étais
dépitée à l’idée d’être à nouveau punie. Le paddle en bois allait faire fondre
mes fesses !
Papa me donna le premier coup. La brûlure fut
instantanée.
- Aïe ! gémis-je.
Aïe, pitié, papa !
- Je n’ai pas
entendu ! me gronda ce dernier.
- Je ne dois pas me
battre avec mon frère ni mes sœurs, récitai-je presque qu’en chuchotant.
Le deuxième coup. Mes fesses meurtries eurent
bien du mal à encaisser cette frappe.
- Ça fait trop mal !
me plaignis-je, au bord des larmes.
- Je n’ai pas entendu,
Marie ! répéta Michael.
- Je…. Je ne dois pas me
battre avec mon frère ni mes sœurs, dis-je.
Et le paddle tomba une troisième fois. Je pliai
les jambes devant la douleur. Les pleurs se déclenchèrent sans que je les
contrôle.
- Je… ne… dois pas… me
bat…tre avec m…on frère ni… ni m…es sœurs…
Quatrième coup. Je pliai une nouvelle fois les
jambes et lâchai un cri de douleur. Ma main alla automatiquement masser mes
fesses.
- Enlève-moi cette
main ! me gronda Michael en me filant une tape sur les doigts. Non
seulement c’est dangereux car le paddle peut te briser les doigts, mais en plus
cette fessée est tout à fait méritée ! Tiens—toi tranquille et dit la
phrase !
- Je ne dois pas me
battre avec mon frère ni mes sœurs, pleurai-je d’une traitre.
Le dernier coup tomba. Mes fesses me brûlèrent
atrocement. Cette douleur était insupportable !
- Aïïïïïïïïïïïïïe !!
Je ne dois pas me battre avec mon frère ni mes sœurs, dis-je, les larmes
coulant sur mes joues.
- Au coin, Marie !
Tandis que j’entendais
Ana se faire punir, je pensais à Tom et Dana. Ce couple me revenait
régulièrement en tête depuis les propos de ma sœur vendredi soir. Chez eux,
prendre cinquante coups de paddle en bois pouvait relever du quotidien.
Pourtant, ici, je venais de recevoir cinq coups et j’étais déjà en
larmes !
Pour Michael et
Scarlett, cinq coups de paddle en bois représentaient déjà une bien grosse
punition. Le décalage avec mes précédents parents d’accueil était effectivement
énorme.
Nous n’eûmes le droit
de nous rhabiller et de venir à table uniquement lorsque le dîner fut prêt.
- Vous êtes tous les
quatre privés de console de jeux pendant deux semaines, annonça maman.
- Deux semaines ?!
s’exclama Mayeul.
- Deux semaines, appuya
maman. Et si, pour X ou Y raison, cette console fait à nouveau l’objet de
discorde entre vous, elle sera définitivement retirée. Alors je vous conseille
de vous comporter correctement !
Malgré la punition et le savon de papa et
maman, Louise et moi faisions toujours la tête à Ana et Mayeul. Après tout,
c’était Mayeul qui avait commencé ! Comment Ana avait-elle pu prendre son
parti ?!
Nous
débarrassions la table lorsque tandis que papa checkait son téléphone. Soudain,
il eut un hoquet de surprise qui faillit me faire lâcher l’assiette sale que
j’avais entre les mains. Une deuxième assiette cassée en si peu de temps, je
n’aurais pas donné cher de ma peau !
- Qu’est-ce qui se
passe ? demanda maman.
- Ça y est, on a le
rapport ! répondit papa.
- Fais voir !
ordonna maman d’un ton excité.
- Attends, je vais
l’afficher sur ordinateur, ce sera plus simple à lire !
- Niveau 5 !!
s’exclama maman. C’est le niveau qualitatif le plus élevé !
Incroyable !!
- Dans le mail, ils
disent que vous serez peut-être recontactés pour devenir conseillers d’autres
familles d’accueil ! lut Loulou.
- Ça y est ? demanda
papa à sa femme. Tu vas arrêter de penser que tu es une mauvaise mère,
maintenant ?
Scarlett rougit. Elle tenta de tous nous serrer
dans ses bras, ce qu’elle peina à faire. Papa finit par se lever et par l’aider :
le câlin collectif à six dura une bonne vingtaine de secondes !
- On vous aime les
enfants ! dit papa.
- Et vous avez vu ?
demanda maman. Pas de changement de la structure familiale ! Pour
l’instant, on reste à six ! C’est une première petite victoire, non ?
Ma mère avait raison : c’était une
première petite victoire.
A suivre…


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