Dimanche 17 novembre
2019
Je
me réveillai aux alentours de huit heures et demie. Je me rendis immédiatement
dans la salle de bains pour pouvoir faire ma toilette, m’habiller et me
coiffer. Lorsque je sortis de la pièce, je tombai sur Monsieur John.
- Bonjour Clémence, me
dit-il.
- Bonjour Monsieur,
répondis-je, déjà agacée par sa présence.
- Bien dormi ?
- Oui Monsieur.
- Prête à aller prendre
le petit déjeuner ?
- Oui Monsieur.
Nous nous rendîmes au réfectoire. Je m’assis à
la table du dortoir n°2, avec mes copines déjà réveillées ; mais lorsque
je vis Monsieur John s’asseoir à côté de moi, je lui demandai :
- Qu’est-ce que vous
faîtes ?! C’est là-bas, la table de la Direction !
- Je t’ai dit que je
n’allais pas te lâcher, Clémence.
- Mais c’est bon, vous
pouvez quand même vous tenir à cinq mètres ! dis-je, fortement agacée.
- Change de ton si tu ne
veux pas débuter la journée avec les fesses rouges, me menaça froidement
mon père-référent.
Je me tus, honteuse d’avoir été ainsi menacée
devant mes amies.
Forcément, avec la présence du Directeur-Adjoint
à notre table, ni mes amies ni moi n’osâmes ouvrir la bouche. Le petit déjeuner
se déroula dans un silence monastique à notre table. Cette présence était déjà
on ne pouvait plus compliquée à gérer !
Après
le petit déjeuner, je me joignis au groupe d’élèves qui se rendait à la messe
et forcément, Monsieur John vint avec moi. Au-delà du fait que mes camarades me
regardaient et que je devais expliquer à chacune d’entre elles que j’étais sous
le coup d’une « punition spéciale » qui consistait à avoir Monsieur
John sans arrêt sur le dos, je n’aimais vraiment pas cette proximité.
En
entrant dans l’église, Madame Valérie resta à mes côtés comme à son habitude.
Mais lorsqu’elle vit que Monsieur John me suivait de près, elle lui demanda :
- Monsieur ? Vous veillez
sur Clémence aujourd’hui ?
- Aujourd’hui, et pour toute
la semaine, répondit mon père-référent. Normalement, toute l’équipe a reçu un
mail du Directeur pas plus tard qu’hier soir.
- Je n’ai pas eu le temps
de consulter mes messages, s’excusa la Surveillante. J’ai pour habitude de m’asseoir
à côté de Clémence pendant la messe car elle a tendance à être dissipée durant
l’homélie du prêtre. Mais si vous êtes là, je vais pouvoir gérer les autres
pensionnaires !
- Je suis là, assura
Monsieur John.
Je soupirai et allai m’asseoir sur un des bancs,
attendant le début de la messe. Le Directeur-Adjoint s’assit à côté de moi.
Autant
j’aime assister à la messe, autant lorsque le prêtre commence à faire une
homélie interminablement ennuyeuse, il est vrai que je cherche à m’occuper. Ainsi,
Monsieur John me fila deux ou trois fois une petite tape sur le bras en me chuchotant :
« Tiens-toi correctement ! » ou bien « Reste tranquille ! ».
Cela m’agaça énormément, étant donné que l’homélie est vraiment le seul moment
de la messe où je ne suis pas d’une sagesse exemplaire !
Rentrée
au Pensionnat, il était onze heures, l’heure de mon cours de violon. Lorsque Madame
Eabha vit Monsieur John entrer derrière moi dans la pièce, ce dernier lui
demanda :
- Vous avez vu le mail du
Directeur ?
- Je l’ai lu, répondit ma
professeure de violon. Bienvenue, monsieur John.
Mon père-référent s’assit dans un coin et
assista à mon cours, ce qui m’obligea à me tenir correctement durant toute la leçon.
Au
moment du déjeuner au réfectoire, Monsieur Éric attendit que tout le monde soit
installé à table pour annoncer :
- Chères pensionnaires.
Cette après-midi, une sortie au laser-Game est organisée. Mis à part Laëtitia,
Yéline, Hasna et Fatoumata qui sont punies, nous vous donnons rendez-vous à
quatorze heures dans le hall du Pensionnat. Bon appétit à toutes !
- Vous le saviez ? demandai-je
à Monsieur John, assis à côté de moi au milieu de mes amies.
- Je le savais, répondit
mon père-référent. Monsieur Lionel en est l’organisateur.
- C’est trop cool !
s’exclama Mathilde. Je suis ultra-douée au laser-Game !
- Moi aussi ! renchéris-je.
J’adore ça, en plus !
Soudain, je me tournai vers Monsieur John et
lui demandai :
- Rassurez-moi, vous n’allez
pas me coller aux basques même dans la salle du laser-Game, quand même ?!
- Si, répondit-il pour
mon plus grand malheur. Mais rassure-toi, nous serons dans la même équipe.
Saoulée par cette nouvelle, mon repas fut bien moins
joyeux que je l’avais prévu.
Monsieur
John alla même jusqu’à s’asseoir à côté de moi dans le bus. Il était en train
de briser ma vie sociale. Mes amies n’osaient plus me parler librement devant
lui et il m’était très compliqué de passer du temps avec elles. Même Mathilde n’osait
pas être naturelle !!
Les
dortoirs n°2 et 3 avaient leur propre salle. En entrant dans le sas pour
écouter les consignes, je me mis en tête d’essayer de semer Monsieur John. C’était
le moment où jamais d’avoir un semblant de liberté. Ma mission serait alors de
l’esquiver et non pas de tirer sur l’équipe adverse pour avoir le plus de points
possibles !
Lorsque
les portes de la salle s’ouvrirent, je m’engouffrai la première dans le jeu,
courant le plus vite possible. J’entendis un lointain : « Clémence !
Viens ici ! » ; mais je fus rapide et réussis à me cacher dans un
coin.
Lorsque Mathilde me trouva, ayant compris mon
plan, elle commença par me tirer dessus pour obtenir des points, puis elle
décida de m’aider à me cacher. Heureusement, pour moi, la salle était immense
et je n’eus aucun mal à me cacher de mon père-référent.
Lorsque
les trente minutes de session furent écoulées, nous dûmes sortir de la pièce.
Monsieur John, en nage d’avoir couru pour obtenir le plus de points possibles, sortit furieux de la pièce. Lorsque je le vis, je décidai de prendre les devants :
- Ah bah voilà ! Je vous
ai cherché partout !
Il m’attrapa par le bras et me gronda devant
tout le monde, y compris devant le personnel du laser-Game :
- Attends un peu qu’on
rentre au Pensionnat, Clémence ! Tu vas voir ! Je vais te faire passer
l’envie d’essayer de me semer !
- Ce n’est pas ma faute
si vous ne suivez pas le rythme ! rétorquai-je avec un sourire en coin,
fière de ma victoire.
Je crus que Monsieur John allait exploser de
fureur. Il me lança, ses mâchoires contractées par la colère :
- Tu ne perds rien pour attendre !
Malheureusement, il n’y
avait qu’une seule séance de trente minutes qui avait été prévue par Monsieur
Lionel : avec les trente minutes de trajet, la répartition de chacun dans
les salles, les explications de l’équipe du jeu, la session d’une demi-heure,
la récupération de tout le monde et les trente minutes de trajet retour, nous rentrâmes
au Pensionnat pour seize heures trente, heure de la collation de l’après-midi.
Certaines pensionnaires avaient des devoirs et pour ma part, j’avais ma leçon
de piano à dix-sept heures trente. Ce qui laissa, après le goûter, une demi-heure
à Monsieur John pour me pulvériser.
A peine avais-je fini d’avaler
ma compote que mon père-référent m’attrapa par le bras pour m’emmener dans son
bureau.
- Tu es fière de toi ?!
me gronda-t-il après avoir refermé la porte de son bureau derrière nous, nous
enfermant dans la pièce.
Je n’osai pas répondre que oui, j’étais assez
fière de moi. Je décidai de tenir mon cap et de mentir :
- Je ne vous ai pas semé :
c’est vous qui m’avez perdue !
- Ne joue pas à ça avec
moi, Clémence ! Je t’ai demandé de m’attendre !
- Avec la musique et le
monde, je ne vous ai pas entendu, poursuivis-je sur ma lancée.
Sans que je ne m’y attendre, il me fila une
énorme claque sur la jupe avant de me gronder :
- Et ça, tu l’as entendu ?!
Il m’en donna une autre avant d’ajouter :
- Et ça ?!
- Oui Monsieur, répondis-je
en me frottant les fesses et en rivant les yeux au sol.
Recevoir une volée après tout ce que j’avais
pris hier n’était pas du tout un bon plan. Il fallait absolument que Monsieur John
croie à ma version !
- Monsieur, vraiment, je
n’ai pas fait exprès de vous semer ! La pièce était tellement grande que
je n’ai pas réussi à vous retrouver, surtout que nous étions plongés dans l’obscurité.
Je m’excuse que vous ayez cru que je cherchais à vous éviter.
Je sortais mon meilleur jeu de comédienne. Il
fallait que ça fonctionne !!
Monsieur John me jeta un regard suspicieux puis
dit :
- Je t’accorde le bénéfice
du doute, Clémence. Mais la prochaine fois que tu ne me voies pas, attends-moi !
- Oui, Monsieur.
J’avais envie de sauter de joie. Ma pirouette
était parfaitement réalisée !!
Monsieur
John assista à mon cours de piano avec Monsieur Alexandre. En sortant, il me
confia qu’il était impressionné par mon talent. Gênée, je ne répondis pas.
Le
reste de la journée se passa plutôt bien, d’autant que mon père-référent m’accorda
trente minutes de tranquillité, durant lesquelles je pus me détendre avec mes amies.
Je me fis plaindre pendant toute la demi-heure, ce qui ne fut pas pour me déplaire !
Au
moment du coucher, Monsieur John me prévint :
- J’ai la réunion de cohésion
d’équipe dans quelques minutes donc c’est Madame Martine qui va venir te
surveiller. Si jamais tu sors de ton lit, je te flanque une fessée ! Et si
tu dors quand je rentre, la première chose qui tombera demain matin ce sont
des claques aux fesses ! Compris ?!
- Compris, Monsieur.
Heureusement, après ma
prière, je n’eus pas trop de mal à m’endormir.
Monsieur John
Après la réunion de
cohésion, Matthieu m’invita à boire un verre dans ses appartements, ce que j’acceptai
volontiers. Après m’avoir servi un whisky, il me demanda :
- Alors ? Cette première
journée à être l’ombre de Clémence ? Raconte !
A la fin de mon récit, Matthieu me regarda fixement.
- Quoi ? lui
demandai-je.
Il explosa littéralement de rire.
- Qu’est-ce qu’il y a de
si drôle ? m’agaçai-je.
- Tu as beau jouir d’une
sacrée réputation et être redouté de toutes les pensionnaires, tu réussis
encore à te faire avoir comme un bleu !! me répondit-il avant de rire une
nouvelle fois.
- Comment ça ?!
- Clémence a fait exprès
de te semer, voyons ! Je dois néanmoins avouer qu’elle est extrêmement
douée pour jouer la comédie. Il faut bien la connaître pour déceler son langage
corporel.
- Je vais lui flanquer
une fessée à la tawse dès demain matin !!! m’énervai-je, furieux de m’être
fait berner.
- Tu sais tout comme moi que
ça ne servirait à rien, me raisonna mon collègue. Tu t’es fait avoir, point
barre. Ce n’est pas la première fois, ce ne sera pas la dernière. Ce qui
compte, c’est ce que tu vas tirer de cette expérience malheureuse !
- Je n’en reviens pas qu’elle
m’ait fait un coup pareil !! dis-je.
- Même les meilleurs ne
sont pas infaillibles, me rassura Matthieu. Dorénavant, tu ne te feras plus avoir !
- Mais comment ?!
questionnai-je. Comment puis-je être sûr de ne plus me faire avoir ?!
- Premièrement, elle joue
avec la bague qu’elle a au pouce quand elle ment, dit Matthieu. Ou alors, elle triture
le pendentif qu’elle a au cou. Deuxièmement, son regard dévie : elle a du
mal à te regarder dans les yeux. Troisièmement : fais confiance à ton instinct,
John ! Tu avais des doutes ! Tu as assez discipliné de demoiselles
dans ta vie pour savoir reconnaître les chipies !
- Tu as raison.
- En tant que
pensionnaire, Clémence a une tête d’ange mais le diable au corps, me dit
Matthieu. Prends bien garde à tout ce qu’elle peut te raconter. Vérifie
systématiquement ses dires. Et si tu as des doutes : appelle-moi !
- Ça a peut-être du bon
que tu sortes avec elle, finalement ! admis-je.
- N’oublie pas de garder
le secret ! A part Éric et toi, personne n’est au courant.
- Je garderai le secret,
à condition que tu sois mon indic’.
- Un indic fidèle, je te
le garantis ! affirma Matthieu. J’ai bien l’intention de me marier avec
Clémence et de construire ma vie avec elle. J’aimerais ne pas avoir à discipliner
ma femme tous les soirs ! Autant qu’elle apprenne maintenant à s’assagir.
- Tu as bien raison !
- Merci, mon p’tit Johnny !
dit Matthieu en me donnant une tape sur l’épaule.
- Arrête, il n’y a que
mon père, et parfois ma mère, qui m’appellent ainsi !
- Ah oui ? Papa et
maman te donnent un petit surnom ? se moqua mon collègue.
- Pas toi, peut-être ?
m’enquis-je. Tes parents ne t’ont jamais appelé autrement que par ton prénom ?
- Quand j’étais petit,
si. Il arrivait à ma mère de me dire : « Je vous aime, mon petit
lapin ! ». Mais pas depuis que j’ai grandi !
- Ta mère te vouvoie ?!
m’étonnai-je.
- Je suis issu d’une très
vieille famille française, avoua Matthieu. Mes parents sont des bourgeois conservateurs.
Pour eux, il n’y a rien de mieux que les vieilles traditions. L’homme au
travail, la femme au foyer. L’éducation des enfants à l’ancienne. Leurs idées politiques
sont de la même trempe… Donc oui, je vouvoie mes parents et en retour, ils me
vouvoient.
- Clémence le sait ?
- Je lui dirai lorsqu’elle
les rencontrera, répondit Matthieu. Mais il me semble que toi aussi tu es d’une
famille aisée !
- Pourquoi dis-tu cela ?
demandai-je, espérant qu’il n’avait pas percé mon secret.
- Tu as les mêmes codes
que moi. Tu te tiens correctement, et quand tu maîtrises tes émotions, tu as un langage
soutenu. Tu es de confession catholique et tu es pratiquant. Tu boutonnes ta
veste quand tu te lèves et la déboutonnes quand tu t’assois. A table, tu tiens
ton verre par le pied et tu t’essuies la bouche avant de boire. Tu ne poses
jamais tes couverts sur la nappe. Tu ne poses pas tes coudes sur la table…
- Ok, ok, ok ! l’interrompis-je.
Effectivement, je viens d’une famille aisée.
- Tu ne vouvoies pas tes
parents ? me demanda Matthieu.
- Ma langue maternelle
est l’anglais…
- Je vois.
- Bon, il faut que j’aille
libérer la Surveillante qui surveille ta future femme, annonçai-je en terminant
mon whisky.
Je serrai la main du Surveillant Général.
- A demain !
- A demain, John. Et ne
te fais plus avoir !
- Aucun risque ! répondis-je avant de sortir de la pièce.
En rentrant dans mes appartements, je jetai un oeil à Clémence, endormie. Cette chipie avait gagné une bataille, mais elle ne gagnerait clairement pas la guerre ! Clémence 1, moi 0. Demain, ce serait à moi de jouer !
A suivre…

Finalement Clémence s'est bien amusée 🙃 Mr John s'est fait avoir comme un bleu 👍
RépondreSupprimerMalheureusement l'alliance Mr John/Mathieu ne va pas être à son avantage 🤔
Mais Clémence a plus d'un tour dans son sac 😉