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Journal d'une étudiante accueillie. - Chapitre 126 (2ème partie)

 


Samedi 22 février 2020

 

       Mathieu et moi passâmes la journée chez mes parents et profitâmes de passer du temps ensemble. Je pris quelques heures pour avancer sur mes devoirs, assise à table près du poêle à bois.

-    Je suis bien content d’être à l’armée ! se plaignit mon fiancé en jetant un œil à mes cours. Je n’y comprends rien du tout !

-    De toute façon, tu n’as jamais vraiment aimé la littérature, toi ! lui dis-je. Ton truc, c’étaient les sciences !

-    Oui c’est vrai. Avec la littérature, il y a toujours trente mille interprétations possibles alors qu’en maths, il n’y a qu’un seul résultat et c’est tout. Pas besoin de tergiverser.

-    Mathieu, dis-je en posant mon stylo et en me tournant vers lui. Ce qui s’est passé hier soir… J’aimerais que tu me promettes de ne jamais recommencer.

-    Si tu me promets de ne jamais plus me gifler.

-    Je le promets, dis-je.

-    Je le promets, répéta-t-il.

Nous nous embrassâmes.

 

Dimanche 23 février 2020

 

-    Marie ! m’appela ma mère. C’est Scarlett au téléphone !

L’un des inconvénients majeurs de ne plus avoir de téléphone portable est bien de devoir se déplacer pour prendre quelqu’un au téléphone ! Je me rendis au rez-de-chaussée et attrapai le combiné du téléphone fixe.

-    Allô ?

-    Bonjour Marie chérie !

-    Bonjour maman. Ça va ?

-    Très bien et toi ? Tu prends tes médicaments ? Tu dors correctement ? Tu fais tes devoirs ?

-    Oui, oui, oui et oui ! répondis-je, agacée.

-    Bon, je t’appelle pour te dire que tu as reçu une lettre hier de la part du ministère de l’éducation nationale. C’est marqué « urgent ». Est-ce que tu souhaites que je l’ouvre et te la lise ou est-ce que tu préfères passer à la maison ?

-    Je veux bien que tu l’ouvres, s’il te plaît.

Ma mère d’accueil s’exécuta puis lut :

« Mademoiselle Webber,

Par cette lettre, nous vous informons que, conformément à notre réforme continue de l’enseignement, votre formation (1ère année de licence en Lettres-Humanités) sera dorénavant assurée par un seul et unique professeur, Monsieur LOUP Maxime, que vous devrez appeler « Maître ». Ce nouvel instituteur assurera l’entièreté des enseignements et ce, au moins jusqu’à la fin de votre première année de formation. Vos journées se dérouleront de 8h30 à 11h30 et de 13h30 à 16h30, avec une pause de quinze minutes en milieu de chaque demi-journée.

Monsieur LOUP prendra ses fonctions le lundi 2 mars. Afin de pouvoir apprendre à vous connaître, vous êtes conviée à un entretien avec votre nouvel instituteur ce lundi 24 février à 14h30. Merci de vous présenter à votre établissement scolaire munie d’une pièce d’identité.

Nous vous prions, madame, d’agréer nos salutations distinguées. »

Je restai scotchée. La régression n’avait donc pas encore atteint son paroxysme dans ce pays !

-    C’est une blague ?! m’exclamai-je. Est-ce qu’ils ont vraiment le droit de changer le fonctionnement de l’école comme ça ?!

-    Puisque tes sœurs et ton frère ont reçu la même lettre, papa et moi avons appelé Tristan pour nous renseigner, me dit maman. Cette réforme concerne tout le pays ! Il n’existera plus, du moins pour les mineurs, de multiples professeurs, chacun spécialisé dans une matière. A partir de la semaine prochaine, l’intégralité de l’éducation du pays fonctionnera… comme une école élémentaire, c’est-à-dire avec un professeur unique.

-    Mais, que vont-ils faire des professeurs qui se retrouvent au chômage ?! m’inquiétai-je.

-    Les professeurs font partie des professions qui se sont le plus rebellées face à la réforme et au régime actuel, me répondit maman. La plupart d’entre eux vont juste être priés de choisir une autre activité professionnelle. Pour les autres, ils seront sûrement emprisonnés ou… ou exécutés.

-    C’est horrible ! m’exclamai-je.

-    Vraiment horrible, confirma maman.

Nous restâmes silencieuses quelques instants avant que Scarlett n’ajoute :

-    Ce n’est pas dit dans la lettre mais à partir de la reprise des vacances, les châtiments corporels à l’école seront légalisés. Ton instituteur aura le droit de te frapper.

-    Tu es ok avec ça ?! Et papa aussi ?!

-    Ce n’est pas la question, Marie. C’est la loi. Ton père et moi sommes obligés de nous y soumettre comme tous les citoyens français.

-    Mais…

-    Attends, je n’ai pas terminé ! me coupa ma mère. J’ai appelé le directeur de ton école et il m’a assuré que monsieur Loup n’était pas quelqu’un de violent ou d’impulsif. Il n’est pas du genre à donner des coups de poing ou quoique ce soit d’autre. Néanmoins, il se peut que tu reçoives une gifle de temps en temps ou bien une fessée si tu ne te tiens pas tranquille.

-    Pour l’amour du Ciel ! m’exclamai-je. Est-ce qu’il y aura un moment avant ma majorité où on laissera mes fesses tranquille ?! J’en ai marre de prendre la fessée !

-    Tu sais très bien ce que je vais te répondre, ma chérie, me dit ma mère. Ça ne dépend que de toi !

-    Je croyais que papa et toi étiez contre les châtiments corporels à l’école, poursuivis-je. Vous ne pouvez pas dire à l’instit de ne pas me frapper et de me laisser tranquille ?!

-    Nous allons surtout lui dire que s’il a besoin de te sanctionner de la sorte, c’est que tu as fait une bêtise ; par conséquent, tu auras un doublon à la maison ! affirma ma mère.

-    Quoi ?! tonnai-je, outrée. Mais maman…

-    Tu sais très bien que ton père et moi serons toujours du côté des enseignants si la punition est justifiée ! dit Scarlett.

-    Mais…

-    Je ne te demande pas de discuter, Marie. Je te demande de prendre note de ce que je viens de te dire.

-   

-    Autre chose : ton père et moi devons être présents au rendez-vous demain. Souhaites-tu que nous nous rejoignions directement à ton école ou bien que nous passions te chercher chez tes géniteurs ?

Ma mère avait pleinement adopté le langage gouvernemental…

-    Je veux bien que vous passiez me prendre, répondis-je. Comme ça, ça laissera Mathieu libre d’aller où il veut !

-    Très bien, on passera te chercher pour quatorze heures, ma puce.

-    D’accord. A demain, maman !

-    A demain, je t’aime très fort !

-    Je t’aime aussi maman.

 

Lundi 24 février 2020

 

       Michael et Scarlett vinrent me chercher à quatorze heures pétantes. Je leur sautai immédiatement dans les bras.

-    Salut ma princesse ! me dit papa en me soulevant du sol pour me faire tourner sur lui-même. Comment vas-tu ?

-    Ça va ! répondis-je. S’il n’y avait pas cette satanée réforme…

Mes parents saluèrent mes géniteurs. Ces derniers leur proposèrent de venir dîner à la maison ce soir.

-    C’est d’accord, acceptèrent Michael et Scarlett. En revanche, Mayeul et Anaïs seront avec nous.

-    Ce n’est pas un problème ! dit ma génitrice. Venez à quatre, ce sera parfait. Pour dix-neuf heures ?

-    Nous serons là, dit papa.

Ma mère biologique m’embrassa sur la joue en me disant : « Tu me raconteras ton entretien à l’école ! ». Je ne lui répondis pas. Je n’avais pas pour habitude de lui raconter quoique ce soit. Dans l’enfance, je me confiais beaucoup à mon père et… il est mort. J’avais perdu mon meilleur confident. J’essaie d’apprendre à me confier à Michael et Scarlett – et j’y arrive plutôt bien ! – mais avec ma mère biologique, cela reste très compliqué.

 

       En arrivant à l’école, je me sentais dépitée. J’étais en vacances, pardi ! En vacances ! Les vacances n’étaient pas faites pour revenir à l’école !

-    Au fait, où sont Mayeul et Ana ? demandai-je à mes parents en marchant vers le portail.

-    Ils sont sortis avec des amis, répondit papa. Ils passent l’après-midi au bowling.

J’eus un petit pincement au cœur à l’idée que ma fratrie sorte avec nos amis sans moi. Néanmoins, j’avais choisi de passer la semaine dans ma famille biologique, il fallait que j’assume mes choix.

-    Et quand sont leurs entretiens avec monsieur Loup ? questionnai-je.

-    Ceux de Louise et Mayeul étaient ce matin, celui d’Anaïs est jeudi matin, me répondit mon père.

-    Et ça s’est bien passé ? me renseignai-je.

-    Oui, très bien ! dit maman. Nous apprécions beaucoup ton instituteur !

Et merde ! S’ils s’entendaient bien, je ne donnais pas très cher de ma peau…

 

       Nous nous assîmes dans le couloir devant la classe où des chaises avaient été disposées. Déjà, une affiche ornait la porte avec marqué : « Mr Loup, classe de Lettres Humanités 1ère année. » Et la liste des élèves était affichée. Nous étions quinze. Nous étions seulement quinze élèves ! En ne comptant pas les enfants Webber, nous n’aurions que onze camarades dans notre classe. L’ennui total ! Le seul point positif était qu’Adélaïde était aussi dans notre classe !

En tournant la tête, je vis l’autre classe, celle de Mme Delorée, contenant également quinze élèves de Lettres Humanités 1ère année. Nous n’étions plus dans une faculté. L’école élémentaire était clairement de retour. Même les porte-manteaux sur les murs portaient des étiquettes avec nos prénoms. C’était tout bonnement horrible.

-    C’est vrai que c’est un peu exagéré… me dit papa en voyant ma tête.

Soudain, la porte de ma classe s’ouvrit, laissant sortir oncle Caleb, tante Justine et Adélaïde.

-    Tiens ! s’exclama oncle Caleb. Comment allez-vous les Webber 2 ?

-    Bien et vous, les Webber 1 ? répondit papa.

Tante Justine s’approcha de moi et me dit fermement, son index pointé sur moi :

-    Ecoute-moi bien jeune fille : premièrement, c’était la première et dernière fois que tu fouillais dans ma pharmacie ! Nous sommes bien d’accords ?!

-    Oui tante Justine, répondis-je.

-    Elle a pris une bonne fessée, j’espère ?! demanda-t-elle à mes parents, m’humiliant.

-    Bien sûr, répondit maman. Je ne comprends même pas que tu poses la question !

-    Deuxièmement, tu vas cesser tes bavardages en classe avec ma fille ! ajouta ma tante à mon égard. Adé et toi avez déjà pris deux mots, ça suffit comme ça !

-    Deux ? s’étonna maman. Marie n’en a eu qu’un !

Je commençai à paniquer.

-    Ah, donc il y a une fois où ma fille a été punie et pas Marie ! reprit Justine. De mieux en mieux !

Mes parents me lancèrent un regard suspicieux que j’évitai soigneusement. Punaise, si jamais mon secret était découvert…

-    Les bavardages s’arrêtent maintenant, les filles ! prévint tante Justine en nous regardant Adélaïde et moi. Si jamais votre instituteur doit vous sanctionner parce que vous n’avez pas été sages…

-    De toute façon, elles ne seront plus voisines en classe ! fit remarquer oncle Caleb. Donc il n’y aura plus de problème !

-    Marie ? appela le nouvel instit’ en sortant de la classe.

-    C’est à nous, s’excusa papa. A plus !

Nous entrâmes dans la classe, laissant les Webber 1 s’en aller.

       Mon nouveau professeur était un homme plutôt bien bâti. Il n’était pas aussi musclé que mon père mais il devait quand même être sportif. Ses cheveux bruns et bouclés coupés au carré lui donnaient un air sympathique ; en revanche, ses yeux noirs derrière ses lunettes de la même couleur posaient immédiatement un cadre. Il portait un costume comme les professeurs le faisaient en 1940. Ce retour dans le passé ne m’inspirait rien de bon… Cependant, je ne savais quoi penser de lui pour le moment…

-    Rebonjour monsieur et madame Webber, dit-il en leur serrant la main. Bonjour Marie.

Il m’adressa un sourire en me saluant, ce qui me parut engageant.

-    Bonjour monsieur, répondis-je avant de m’asseoir.

-    Vous avez un lien de parenté avec les parents d’Adélaïde ? demanda l’instituteur.

-    Oui, Caleb est mon frère, répondit Michael.

-    Je me disais bien qu’il y avait un air de famille ! sourit le professeur.

Nous nous installâmes. Je m’assis au milieu de mes parents. Monsieur Loup s’adressa ensuite à moi :

-    Bien. Cet entretien a pour but d’apprendre à te connaître un peu mieux, Marie. Est-ce que tu accepterais de me parler de toi ?

-    Je… je ne sais pas quoi dire… bégayai-je.

-    D’accord, sourit mon professeur. J’ai jeté un œil à ton dossier. Tes anciens bulletins ne sont pas catastrophiques ; ce qui en ressort est une attitude à améliorer et un manque de travail. Tu es d’accord avec ça ?

-    Oui monsieur, répondis-je en baissant les yeux.

-    Tu as l’air d’avoir de grandes capacités, Marie. Je me suis procuré certains de tes anciens devoirs et j’ai vu que tu avais de très bonnes aptitudes pour la littérature ! Tu as une bonne capacité de réflexion et tes raisonnements sont souvent corrects !

-    Merci monsieur, dis-je.

-    Avec moi, il va falloir que tu te mettes au travail, me prévint-il. Il y aura des devoirs à faire chaque jour et je serai intransigeant là-dessus. Comme sur l’attitude d’ailleurs. Il en faut beaucoup pour que je me fâche mais si je dois le faire, je le ferai. Si je dois te corriger devant toute la classe, je le ferai, Marie. J’attends de toi que tu sois sage et travailleuse, tu comprends ?

-    Oui monsieur, répétai-je.

-    Je vois qu’en seulement deux jours à Saint-Nicolas, tu as déjà eu deux mots pour bavardages avec Adélaïde…

-    Je n’en ai eu qu’un, monsieur ! mentis-je.

Je sentis une nouvelle fois le regard menaçant de mes parents. Punaise, comment allais-je me sortir de ce merdier ?!

-    Ah ? Alors tes professeurs ont dû faire une erreur, me sourit l’instit’. Quoiqu’il en soit, un mot en une semaine, c’est déjà trop.

-    Nous sommes d’accords ! commenta papa.

Je rivai mes yeux au sol.

-    Marie, est-ce que tu accepterais de passer un petit test ? me demanda monsieur Loup.

-    Euh… d’accord.

Il me tendit une feuille contenant dix questions auxquelles je répondis. Après correction, le professeur s’exclama :

-    Je t’avais bien cernée ! Tu as fait un sans-faute ! Tu seras dans le groupe Diamant, c’est-à-dire le groupe avec le niveau le plus élevé.

-    Ah bon ? m’étonnai-je.

-    Oui ! Maintenant, il va falloir assurer et te mettre au travail. Tu as du potentiel à exploiter !

-    Euh… C’est possible de me descendre d’un groupe ? demandai-je.

-    Marie, ne commence pas ! me gronda papa. Tu as les capacités pour être dans le groupe Diamant, tu restes dans le groupe Diamant ! Et tu vas travailler pour réussir ton année ! Nous sommes d’accords ?!

-   

-    Est-ce que nous sommes d’accords ?!

-    Oui papa… grommelai-je.

-    N’hésitez pas à nous dire s’il y a quoique ce soit avec Marie, dit maman à monsieur Loup. Nous redresserons immédiatement la barre.

-    Si vous signez le cahier de liaison chaque soir, vous serez au courant de tout, normalement ! dit l’instit’.

-    Parfait, alors ! déclara maman.

-    Marie, est-ce que tu as des questions jusqu’à présent ? me demanda le professeur.

Je secouai la tête. Il me fit alors faire le tour de la classe tout en me présentant son fonctionnement. Il me remit également l’emploi du temps et les devoirs correspondant au groupe Diamant. J’étais déjà dépitée d’avoir autant de travail ; heureusement, les cours que j’avais rattrapés n’avaient pas servi à rien puisque monsieur Loup les reprendraient ; et nous n’avions pas besoin de racheter des fournitures scolaires. Notre nouveau professeur s’adaptait et c’était tant mieux !

 

       Nous sortîmes de l’école et nous dirigeâmes vers la voiture. Avant de monter dans le véhicule, mes parents me prirent entre quatre yeux. Papa me demanda :

-    Marie Webber, est-ce que tu nous as caché un mot ?!

-    Non papa ! mentis-je en prenant un air outré.

-    Tu es sûre de ça ?! insista maman.

-    Oui maman ! insistai-je.

-    Marie, si tu nous caches quelque chose, dis-le maintenant ! me somma Scarlett.

-    Si jamais nous l’apprenons par nous-mêmes, je peux te garantir que tu prendras une fessée déculottée mémorable ! me menaça Michael.

-    Je ne vous cache rien du tout ! tranchai-je.

A force de le répéter, je commençais à y croire. Seulement, mon subterfuge du double carnet était bel et bien en péril. En montant dans la voiture, je pensai à demander à mes parents de rentrer à la maison sous prétexte d’y récupérer quelques affaires ; en réalité, je voulais surtout m’assurer que mes deux carnets étaient bien cachés. Cependant, ma demande éveillerait les soupçons. Mes parents étaient déjà suspicieux, ce n’était pas du tout le moment d’en rajouter.

 

       Lorsque je racontai ma frayeur du jour à Mayeul et Ana, ceux-ci me conseillèrent de tout révéler à papa et maman ; mais je ne le pouvais pas. C’était au-dessus de mes forces. Et puis, j’étais allée trop loin pour reculer, maintenant !

 

       Heureusement, Michael et Scarlett n’abordèrent plus le sujet de toute la soirée.

 

       Du Mardi 25 février 2020 au Samedi 29 février 2020.


       Mes parents biologiques nous offrirent à Paul, Mathieu et moi un séjour en famille à Center Parcs. Ainsi, nous partîmes tous les cinq dans un magnifique cottage.

       Nous passâmes un séjour idyllique, rempli de joie et de bons moments passés en famille.

       Le dernier soir, Mathieu jouait à la console avec Paul, mon beau-père était sous la douche et ma mère fumait une cigarette sur la terrasse. Je choisis de la rejoindre et de m’asseoir à côté d’elle.

-    Comment vas-tu ma chérie ? me questionna-t-elle.

-    Ça va, répondis-je. Merci pour ce séjour !

-    Nous n’aurions rien pu faire sans l’argent que nous ont donné Michael et Scarlett, répondit maman.

-    Je croyais que vous aviez effectué des travaux à la maison avec ! dis-je.

-    Michael et Scarlett nous font un virement mensuel, chérie.

-    Quoi ?!

-    Oui. Je ne t’en ai pas parlé parce que j’étais beaucoup trop gênée. Au départ, nous avons refusé leurs virements ; mais ils nous ont expliqué que c’était important pour eux que les personnes qui ont mis leurs enfants au monde vivent décemment. Alors… pour ne pas les blesser, nous avons accepté. Voilà pourquoi nous avons pu nous offrir ce séjour. C’est grâce à tes parents d’accueil.

Je sentais une pointe de tristesse dans la voix de ma mère. Je lui demandai :

-    Maman, qu’est-ce qui ne va pas ?

Elle soupira, prit une taffe puis décida de vider son sac :

-    Tu es mon bébé, Marie. Je t’ai portée dans mon ventre pendant neuf mois et je t’ai mise au monde. Tu m’as donné le rôle de maman. Être ta maman est l’une des choses que je préfère au monde ! Je suis certaine que Michael et Scarlett t’aiment de façon incommensurable ; mais personne ne pourra jamais t’aimer autant que moi je t’aime ! Je sais que j’ai commis des erreurs dans ton éducation, j’aurais dû entrer en conflit avec toi, te poser des limites, t’apprendre la frustration… mais je t’aimais tellement que je n’arrivais pas à imaginer que tu puisses ressentir des émotions négatives à cause de moi. Alors je t’ai tout donné. Je sais que j’ai fait des erreurs…

-    Comme tous les parents, maman ! la rassurai-je. Tu sais, je n’aurais pas voulu une autre mère que toi !

-    Tu es gentille, mon amour. Avec cette réforme, j’ai l’impression que tu m’es enlevée ! Tu ne portes plus mon nom, je ne suis plus ta tutrice légale… Je suis réduite aux appellations de « mère biologique » ou maintenant de « génitrice », comme si je n’avais été qu’un utérus ! Alors que je suis ta maman ! Je suis ta vraie maman ! Et tu es mon bébé, Marie. Tu es MON bébé !

Je vis les larmes couler sur les joues de ma mère ; je ne pus m’empêcher de me lever et de la serrer dans mes bras en lui redisant tout mon amour. Puis, j’ajoutai :

-    Quand Paul est né, je t’ai dit que tu n’avais plus besoin de moi et que tu n’allais plus m’aimer parce que désormais, tu avais un autre bébé. Tu te souviens de ce que tu m’as répondu ?

-    Je t’ai dit que mon cœur s’agrandissait mais que ta place restait intacte, me dit ma mère.

-    Eh bien c’est la même chose pour moi ! dis-je.

Ma mère sourit. Elle reprit une taffe puis dit :

-    Je dois reconnaître encore une fois que Michael et Scarlett effectuent un travail merveilleux avec toi. Un travail que j’aurais dû faire. J’aurais dû t’envoyer au coin quand tu étais capricieuse, j’aurais dû te donner une tape sur le pantalon lorsque tu me manquais de respect, j’aurais dû te dire « non » lorsque je n’étais pas d’accord avec ce que tu faisais, j’aurais dû…

-    Maman, c’est du passé ! la coupai-je. Et à côté de ça, tu m’as appris l’amour ! Tu m’as appris à aimer les gens qui m’entourent de façon inconditionnelle. Ça, je le tiens de toi ! Tu m’as aussi appris à avoir de la compassion pour les autres et à être à l’écoute de leurs besoins. Même si je suis têtue, capricieuse et désobéissante, tu as fait de moi une belle personne. Enfin, je crois.

Ma mère me caressa tendrement la joue.

-    Toi et ton frère êtes ce que j’ai réussi de mieux dans ma vie. Vous êtes mes trésors. C’est tellement dur de t’entendre appeler une autre femme « maman » ! Et je suis sûre que ton père, paix à son âme, aurait eu le cœur brisé de t’entendre appeler un autre homme « papa »…

-    Tu crois que ça ne m’a pas fait mal au cœur lorsque Paul t’a appelée « maman » pour la première fois ? lui demandai-je. Tu étais MA maman, jusqu’à présent ! La mienne et uniquement la mienne ! Je m’y suis faite…

-    Paul et toi avez chacun vos places dans mon cœur, m’expliqua-t-elle. Vous êtes tous les deux irremplaçables !

-    C’est pareil pour moi, dis-je. Scarlett ne peut pas te remplacer, et tu ne peux pas remplacer Scarlett. Et si papa me regarde du Ciel, il sait déjà très bien que Michael ne prend pas du tout sa place ; et vice versa. Tu n’es plus ma maman unique, par contre tu resteras la seule femme au monde qui m’a portée dans son ventre et qui s’est occupée de moi non-stop pendant dix-huit ans. Et ça, personne ne pourra jamais nous l’enlever. Ce lien-là, je ne l’aurai jamais avec Scarlett.

Au fil de notre discussion, ma mère fut rassurée. Je pus rentrer chez les Webber le cœur apaisé.

 

Dimanche 1er mars 2020


       Je fis un énorme câlin à mes parents en pénétrant dans le hall du Manoir. Mes parents biologiques leur avaient apporté des présents pour les remercier de l’invitation à déjeuner.

Mathieu n’était pas là : il avait décidé de passer sa dernière journée de vacances dans sa famille. Nous nous étions dit aurevoir le matin même grâce à un merveilleux moment intime.

 

       Le déjeuner chez Michael et Scarlett se passa divinement bien. De plus, Louise était de retour. Que c’était bon de la retrouver, elle qui m’avait tant manqué ! Nous mangeâmes l’une à côté de l’autre et passâmes tout le repas à nous raconter nos vacances respectives dans les moindres détails.

 

       A dix-huit heures, ma mère biologique déclara :

-    Bon, nous allons rentrer à la maison : Paul a école demain. Merci beaucoup pour ce délicieux repas et cette superbe après-midi !

Nous avions en effet passé l’après-midi à faire des jeux de société.

-    Oui, Marie, Mayeul, Louise et Anaïs ont école aussi, demain ! dit Scarlett. Il va falloir que l’on vérifie les devoirs. Merci beaucoup d’être venus : c’était un plaisir pour nous, et pour Marie !

Je raccompagnai mes parents et mon petit frère jusqu’à la porte et les pris longuement dans mes bras. Les aurevoirs furent compliqués : je devrais attendre le mois d’avril pour les revoir ! Un mois et demi séparée d’eux !

Avant que ma mère biologique ne quitte la maison, je lui glissai dans la main un bracelet que j’avais spécialement fabriqué pour elle grâce aux perles-lettres de Louise. J’avais écrit : « Tu seras toujours ma maman numéro 1 ! ».

       Lorsque la porte se referma sur mon beau-père, ma mère et mon petit frère, j’eus envie de pleurer ; mais je me ressaisis vite : ma vie chez les Webber reprenait son cours. J’étais avec mes autres parents, mon autre frère et mes sœurs ; et le quotidien recommençait.

-    Marie, me dit ma mère, on va monter dans ta chambre ensemble.

-    Ensemble ? m’étonnai-je.

-    Papa, toi et moi, répondit Scarlett.

-    Pourquoi tous les trois ? demandai-je.

-    Tu verras, rétorqua maman. Monte.

Je montai les escaliers avec appréhension. Que me voulaient-ils ?! Cela faisait cinq jours que je n’avais plus aucune douleur aux fesses, j’espérais de tout cœur que cela continue !

Ça se trouve, ils voulaient juste me faire une surprise. Du moins, c’est ce dont j’essayais de me convaincre en montant les escaliers, suivie par mes parents.

       En ouvrant la porte de ma chambre, je balayai celle-ci du regard : Berlioz était endormi sur mon lit – le gros câlin que je lui avais fait en rentrant à la maison ce midi avait dû l’épuiser ! – mes affaires étaient telles que je les avais laissées. Je tournai la tête vers mon bureau et compris soudain le pourquoi de cette mise en scène. Une surprise m’attendait, effectivement. Mais cette surprise était loin d’être bonne !

Sur mon bureau, à côté de mon ordinateur portable, étaient posés mes deux carnets de liaison.

 

A suivre…

La suite !

Commentaires

  1. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  2. Merci pour ce nouveau chapitre plein de bonnes et de mauvaises nouvelles 🫠
    La maman biologique de Marie a enfin pu lui confier sa douleur et Marie a trouvé les mots pour la réconforter 🥰
    La bonne entente entre les deux familles adoucit certainement le chagrin.

    Décidément cette horrible réforme ne cesse de s'amplifier jusqu'à imposer aux étudiants un retour à l'école primaire 😒
    Le ministère prend et jette les enseignants, sans aucun scrupule ☹️
    Quelle honte ! !!!
    ...
    Marie va devoir rendre des comptes à ses parents 😭
    C'était sûr qu'ils allaient finir par découvrir son énorme bêtise 😡 et ses mensonges 😡😡

    Et mince 😪
    Il va falloir attendre pour découvrir comment ça va se passer ??? Mal c'est sûr !
    Le martinet diabolique va-t-il être de sortie ?
    J'ai hâte de lire la suite 🙏

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  3. Ohlalala, ça s'annonce très mal pour Marie effectivement !
    En même temps, c'était trop beau qu'elle ait réussi à passer entre les mailles du filet aussi longtemps 😋

    Quant à la réforme.... De pire en pire 😮‍💨

    Hâte de découvrir la suite.

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Le tutorat de Little Princess (séance 3)

Comme vous avez pu le voir, j'ai changé le titre de cette rubrique. D'abord parce que je le trouvais trop long, ensuite parce qu'il devenait mensonger : Thomas n'est plus mon "nouveau" tuteur mais mon tuteur, tout simplement !   Nous ne nous étions pas vus depuis le lundi 7 décembre. Du 7 décembre au 6 janvier : un mois de « mise à l’épreuve » après la rouste de la dernière fois.   A peine deux jours après ce recadrage musclé, j’avais de nouveau testé Thomas, mais cette fois-ci je m’étais bien assurée que ce soit à distance. Jusqu’ici, toutes mes tentatives de rébellion avaient purement et simplement échouées, et j’en avais payé les frais. Restait ma toute dernière carte et j’hésitais vraiment à la jouer. Et puis tant pis, je me lançai.                 Depuis le début du semestre, ça ne passe pas avec ma prof d’histoire : je ne vous referai pas ici le récit de mon altercation v...

Le tutorat de Little Princess - Partie 3 (Préambule (3) - Et m*rde...)

                  Il paraît que c’est cela que l’on appelle « avoir sacrément merdé »…                     Lorsque ma mère était enceinte de ma sœur et moi, ce fut une grossesse difficile : déni de grossesse les quatre premiers mois, puis perte de ma jumelle. A six mois et demi, s’ils voulaient me donner une chance de vivre, il fallait accoucher ma mère.                   L’une des grosses conséquences de cette naissance très prématurée : de nombreuses malformations dues au fait que mes organes n’ont pas eu le temps de se placer correctement. Si la plupart sont bénignes, en revanche ma malformation intestinale pose problème. J’ai ce qu’on appelle un « mésentère commun complet ». Une malformation inte...

Nouvelle rentrée, nouvelle vie ! (Chapitre 17)

 Ce chapitre a été écrit par Marie, une fan du blog. Malgré mes quelques commentaires et réécritures, elle a fait un excellent travail ! Bravo à elle ! Mardi 17 septembre 2019.   Lorsque Monsieur Éric toqua à la porte pour nous réveiller, j’étais très motivée pour me lever (ce qui est très rare !). Aujourd’hui sera une belle journée : d’abord parce que le mardi reste la meilleure journée de la semaine grâce à Madame Kelly, la prof la plus adorable du Pensionnat ; ensuite parce que j’ai réfléchi à un plan pour me venger de Monsieur Jean et de Monsieur Nicolas. Ce sera discret (enfin autant que faire se peut), rapide et efficace. Je sais bien que lorsque nous nous ferons attraper la punition sera salée ; mais je ne supporte pas l’idée de laisser croire à nos professeurs qu’ils ont tout le pouvoir (même si ce n’est peut-être pas tout à fait faux). Pour mener à bien mon plan, il me faudrait l’aide de mes amies. Je vais tout faire pour les convaincre de me...

Journal d'une étudiante accueillie (Chapitre 26)

  Mercredi 9 octobre 2019.                   Pas de grasse matinée ce matin : Héloïse nous réveilla à neuf heures pour que nous puissions travailler un peu sur nos cours. J’étais grognon au possible en me réveillant, comme cela m’arrive rarement. En m’asseyant à table au petit déjeuner, je fus agacée par Anaïs, toujours pleine d’énergie et en forme le matin. Je déteste les gens du matin. Ou les gens. Ou le matin.                   Après m’être préparée et habillée pour la journée, je remontai dans ma chambre et me sentis toujours aussi grognon. Je ne savais pas encore pourquoi mais j’avais l’impression que cette journée allait être désagréable au possible. Personne n’avait intérêt à me voler dans les plumes : je m’étais levée du pied gauche !          ...