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Journal d'une étudiante accueillie - Chapitre 128

 



Mardi 3 mars 2020

 

       Je profitai de la récréation du matin pour faire connaissance avec mes camarades de classe. En-dehors de ma cousine Adélaïde et de mon amie Magda, mes frère et sœurs et moi avions neuf camarades de classe :

-    Nicolas Brémont, que Mayeul appréciait déjà,

-   Killian et Kévan Garde, des jumeaux fouteurs de trouble avec lesquels j’avais terriblement envie de sympathiser,

-    Enora et Joséphine Le Jouy, que mes sœurs et moi appréciions déjà,

-  Olivia et Esteban Navarro, qui nous étaient tous les deux antipathiques au possible,

-    Et Diane et Raphaël Rioux. Si Raphaël était déjà un copain de Mayeul, je sentais en revanche que Diane ne serait pas du tout mon amie !

En parlant tous les quinze durant la récré, je découvris qu’il y avait une réunion collective des parents avec monsieur Loup jeudi soir.

-    Papa et maman ne doivent pas être au courant car ils ne nous ont rien dit ! dis-je à ma fratrie.

-    Si, ils sont au courant, réagit Louise. Maman m’en a parlé pas plus tard que ce matin. En plus, papa veut se présenter pour être représentant des parents d’élèves ! Puisque le système est totalement repensé sous forme d’école primaire, il y a de nouvelles élections chez les parents d’élèves…

-    Sérieusement ? s’étonna Ana. Papa, représentant des parents d’élèves ? C’est vraiment son truc, ça ?

-    En tout cas, il a envie de s’investir ! dit Loulou.

-  Encore faudrait-il qu’il soit élu ! dit Diane. Il n’a absolument aucune chance contre ma mère ! Elle est élue depuis le mois de septembre ; ça ne changera pas parce qu’il y a de nouvelles élections ! De plus, elle ne sera pas battue par le père de petits nouveaux qui viennent d’arriver !

-    Arrête de faire ta peste, Diane ! lui gronda son frère. De toute façon, ils vont élire deux parents par classe, alors boucle-la !

Je comprenais pourquoi Mayeul appréciait Raphaël. Il commençait à me plaire, à moi aussi !

       En discutant un peu avec ce fameux Raphaël, j’appris que Diane et lui faisaient partie d’une fratrie de six enfants. 

       En rentrant en classe, Raphaël ajouta :

-    Les Webber, ne vous formalisez pas de ce que Diane vous dira. C’est une pimbêche ! Elle ne vous aime pas beaucoup parce que notre mère regarde toutes les émissions sur les familles d’accueil, et qu’elle est tombée sous le charme de la vôtre durant son premier passage télé hier. Diane n’est qu’une jalouse, c’est tout ! Ne faîtes pas attention. De toute façon, je crois bien que notre mère est décidée à se lier d’amitié avec la vôtre, vous rencontrerez bientôt mes quatre autres frère et sœurs. Vous verrez, ils sont beaucoup plus sympas que Diane !

 

Raphaël avait raison : lorsque nous déjeunâmes à la maison, papa et maman nous annoncèrent que nous étions invités à boire l’apéritif chez les Rioux ce soir, à dix-huit heures.

 

Durant la récréation de l’après-midi, Louise et moi allâmes faire une pause pipi. Nous nous lavâmes ensuite les mains et sortîmes des toilettes afin de rejoindre la cour. C’est alors que, détournant le regard dans un recoin du couloir, je vis quelque chose que si surprenant que je me stoppai net, écarquillant les yeux. Je donnai une petite tape sur le bras de Louise pour qu’elle me confirme que je ne rêvais pas. Ma sœur, encore plus surprise que moi, s’écria :

-    Mayeul ?! Magda ?!

Les deux tourtereaux décollèrent immédiatement leurs lèvres les unes des autres.

-    Vous sortez ensemble ? demandai-je, enthousiaste. Depuis quand ?!

-    Putain mais foutez-moi la paix ! s’énerva Mayeul. Qu’est-ce que c’est énervant d’avoir des sœurs !

-    Continue de nous parler sur ce ton et je raconte à tout le monde que tu sors avec Magda ! menaça Louise.

-    Fais ça et je t’arrache les yeux !! gronda mon frère.

-    Je ne comprends pas pourquoi vous vous cachez, dis-je. C’est mignon, une petite amourette ! Je veux tout-sa-voir !

-    Punaise mais dégagez !! tonna Mayeul. J’ai droit à un peu d’intimité dans cette famille ou pas ?!

-    Tu n’as pas très bien choisi, Magda ! ajouta Louise. Non seulement il est colérique mais en plus les asiatiques ont la réputation d’avoir…

Et Loulou agita son auriculaire droit, ce qui nous fit pouffer de rire Magda et moi.

-    Je vais vous buter !!! cria Mayeul. Marie et Louise, je jure que je vais vous faire la peau !!

-    On le dira à papa ! rétorqua Louise.

Mayeul blêmit. Puis, son visage reprit les couleurs liées à la colère et mon frère prit sa petite amie par la main pour l’emmener ailleurs.

 

-    Vous êtes deux vraies pestouilles avec votre frère ! nous dit Magda en rentrant en classe. Je vais vous appeler Nellie et Nancy Oleson à partir de maintenant !!

Louise et moi rîmes. Néanmoins, j’allai tout de même m’excuser auprès de mon frère pour n’avoir pas été très gentille. Mayeul ne répondit pas. Bon, tant pis. Ça lui passera !

 

 

-    C’est la dernière fois que vous vous comportez de façon aussi méchante avec votre frère ! C’est compris ?!

-    Oui papa, répondîmes Louise et moi.

En rentrant à la maison, Mayeul avait décidé de prendre les devants et de filer dans le bureau de papa pour tout lui raconter.

-    Je n’ai pas bien entendu ! insista papa. Est-ce que c’est compris ?!

-    C’est compris papa, dit ma sœur.

-    Oui papa, enchaînai-je.

-    Allez au coin ! ordonna Michael. Vous allez réfléchir un peu à votre attitude !

-    Mais je me suis excusée, déjà ! protestai-je.

-    Au coin ! répéta papa. Si je dois le dire une nouvelle fois, tu iras avec une fessée, Marie !

Je rejoignis le coin dans la salle à manger en bougonnant, tandis que Louise rejoignait le coin se trouvant à mon extrême opposé. Mayeul jubilait de joie.

       Papa nous laissa un bon quart d’heure au coin avant de nous libérer et de nous faire promettre de ne plus être méchantes avec notre frère. Il nous fit aussi promettre de laisser sa relation avec Magda tranquille et de ne plus mettre notre grain de sel. Dommage. Ça aurait vraiment pu être fun !

 

-    Au fait, pourquoi on va chez des gens qu’on ne connaît pas ? demanda Ana dans la voiture allant chez Raphaël et Diane.

-    Parce qu’ils nous ont invités et qu’on est polis, répondit papa.

-    Et puis, deux de leurs enfants sont dans votre classe, ajouta maman. Je veux savoir si ce sont des gens bien.

-    Donc… C’est une sorte de test pour voir si on peut se fier à eux ? demandai-je.

-    Absolument, répondit Michael. Et si le feeling passe, ça nous fera de nouveaux amis !

 

      

       La maison des Rioux ressemblait à notre ancienne maison. De l’extérieur, elle paraissait grande et spacieuse tout en étant très moderne. Le jardin comportait également une piscine et un jacuzzi, comme chez nous. Il y avait également un cerisier : je me promis de réclamer des cerises à Raphaël à la fin du printemps !

Maman sonna à la porte pour dix-huit heures piles. Elle tenait une magnifique composition florale dans les mains tandis que papa portait une bouteille de grand cru.

-    Bonsoir ! s’exclama madame Rioux. C’est un plaisir de vous recevoir ! Entrez, je vous en prie !

-    Bonsoir Charlotte, répondit maman après être entrée.

Scarlett offrit les fleurs à la maîtresse de maison. Cette dernière était rousse aux yeux couleur noisette. Elle possédait des lunettes en écailles de tortue et était habillée comme les mères de famille américaines des années 50. Malgré ses rondeurs, madame Rioux portait une robe qui lui allait parfaitement bien.

-    Bonsoir ! dit monsieur Rioux en se joignant à nous.

Monsieur Rioux était un homme noir qui devait approcher la cinquantaine. Il était un peu plus grand que papa et devait donc mesurer dans les deux mètres ! Il avait les épaules larges et était rasé de près, que ce soit au niveau de ses cheveux ou de sa barbe. Il était habillé d’un pull bleu et d’un jean décontracté. Il remercia chaleureusement papa pour la bouteille.

Je vis dans les yeux de mes parents que le couple Rioux venait de leur faire bonne impression.

-    J’ai retenu que vos enfants s’appelaient Mayeul, Louise, Anaïs et Marie, dit la maîtresse de maison. Si j’ai peu de doutes sur Mayeul, en revanche j’aimerais situer Louise, Anaïs et Marie !

-    Je suis Marie, dis-je en levant la main.

-    Louise, dit ma sœur en m’imitant.

-    Ben… Anaïs, ajouta mon autre sœur.

-    Parfait ! s’exclama Charlotte. Ravie de vous rencontrer, les enfants !

-    Suivez-nous au salon, nous allons vous présenter les nôtres ! annonça monsieur Rioux.

-    Faut-il que nous nous déchaussions ? demanda maman.

-    Non, non ! dit madame Rioux. Gardez vos chaussures !

-    Vous êtes sûre ? s’étonna maman. Avec la neige qui est en train de fondre, nos chaussures sont humides…

-    Le ménage est fait chaque jour par nos deux excellentes employées, rétorqua la maîtresse de maison. Ne vous en faîtes pas ! Et je pense qu’on peut passer au tutoiement, non ?

-    Oui, tu as raison ! répondit maman.

Maman nous demanda quand même d’essuyer nos chaussures du mieux que nous pûmes sur le tapis, puis nous suivîmes le couple Rioux au salon. Pour y aller, nous dûmes emprunter un petit escalier et marcher le long d’un petit couloir. Pendant le trajet, les deux couples discutaient.

En arrivant dans la pièce, les six enfants Rioux (dont Diane et Raphaël) étaient assis dans le canapé à nous attendre.

-    Nous vous présentons nos enfants ! s’exclama fièrement Charlotte.

-    Six ! dit maman. Vous êtes courageux ! Nous avons déjà tant à faire avec quatre…

-    Nous souhaitions avoir une famille nombreuse, précisa le père de famille. Nous avons des triplés qui ont vingt-sept ans et qui sont tous les trois étudiants en médecine à Poitiers.

-    Des triplés ! s’exclama papa. Eh ben !

-    Oui ! reprit monsieur Rioux. Quand ils ont quitté le nid, ce fut très compliqué pour nous alors nous avons décidé d’être famille d’accueil et de remplir notre maison !

-    Vous avez bien raison ! dit papa.

-    Les enfants connaissent déjà Raphaël et Diane, poursuivit Charlotte en désignant ses enfants de la main. Nous avons aussi Berthille, Judith, Mathias et Mallory.

Nous saluâmes les enfants Rioux. Puis, nos hôtes nous invitèrent à nous asseoir dans leurs fauteuils ou dans leur immense canapé. Ils nous servirent à boire. Papa fut le dernier des Webber à être servi. Il prit sa bière en remerciant le père Rioux, l’appelant « Bertrand ». Ça ferait un prénom de plus à retenir ! Bertrand, Charlotte, Raphaël, Diane, Berthille, Judith, Mathias, Mallory… Piiou… ça en faisait du monde !

-    Et vous, qu’est-ce qui vous a conduits à être famille d’accueil ? demanda Bertrand une fois que tout le monde eut été servi.

-    Nous ne voulions pas d’enfant biologique car cela ne nous disait rien d’avoir un bébé ou un jeune enfant, dit papa. Nous avons beaucoup pensé à adopter un adolescent… Et puis la réforme est passée et nous avons postulé. Au départ, nous avions demandé deux enfants : c’est ainsi que Louise et Marie sont arrivées dans notre vie ! Et puis au fil du temps, Ana et Mayeul nous ont rejoint et maintenant, nous sommes plus heureux et unis que jamais, même si ça demande du travail !

-    Oui, Scarlett en parlait à la télé ! s’enthousiasma Charlotte. Je n’en reviens pas d’avoir une chroniqueuse de « Le bonheur en famille » dans mon salon !

-    C’est bon, c’est une personne comme tout le monde ! intervint Diane.

-    Tu es en train de parler à ta mère, là ?! la gronda immédiatement Bertrand. Parce que si c’est le cas, tu sais très bien que ton « C’est bon » est de trop ! Excuse-toi tout de suite !

-    Pardon maman, bredouilla Diane.

-    Je me fiche que tu aies déjà les fesses toutes rouges, Diane ! poursuivit le père de famille. S’il faut que je te donne une fessée devant tout le monde parce que tu ne te tiens pas correctement, je vais le faire ! Tu m’entends ?!

-    Oui papa, dit ma camarade de classe.

-    Alors tiens ta langue ! poursuivit Bertrand. Tu n’interviens pas dans la conversation si l’on ne t’a pas sonnée et tu parles correctement !

-    Oui papa, répéta Diane.

Vu la carrure de monsieur Rioux, ses fessées devaient être aussi douloureuses que celles de mon père ; je compris aisément pourquoi Diane ne se rebellait pas !

La tension redescendit et les adultes reprirent leur conversation :

-    Et à part être chroniqueuse pour « Le bonheur en famille », que fais-tu dans la vie, Scarlett ? se renseigna Charlotte.

-    J’ai longtemps été garde du corps aux Etats-Unis, puis j’ai intégré la police criminelle. Ensuite, je suis devenue PDG de plusieurs salons de beauté… Quand nous sommes devenus parents, j’ai un temps voulu reprendre une activité de policière avant de me décider à devenir mère au foyer. Mis à part les trois chroniques hebdomadaires dans l’émission, je m’occupe à plein temps de la maison et des enfants !

-    Tu as un passé palpitant ! s’exclama Bertrand. Et toi Michael ?

-    C’est beaucoup moins palpitant, ria papa. Je suis lead architecte en informatique. J’ai racheté ma boîte tout récemment pour devenir mon propre patron. J’ai réduit mes heures de travail pour être davantage présent pour ma famille ; mais je continue de travailler lorsque les enfants sont à l’école. Et moi aussi j'apparaîtrai dans l'émission une fois par semaine ! Et toi Bertrand ? Que fais-tu dans la vie ?

-    Je suis militaire, répondit le père de famille. Plus exactement, je suis Général d’armée.

-    Ah oui, quand même ! s’exclama papa. Armée de terre, donc ?

-    Exact, dit Bertrand. J’ai beaucoup de travail. Je suis chanceux que, comme Scarlett, ma femme ait fait le choix de rester à la maison pour s’occuper des enfants. Quand je rentre après une journée de travail, je suis content qu’elle ait tout géré ! Même si je dois encore faire le père fouettard de temps en temps…

Il lança un regard à Diane qui baissa les yeux.

 

       Le couple Rioux posa des questions sur mes parents, mais aussi sur ma fratrie et moi pour apprendre à nous connaître. Charlotte et Bertrand avaient l’air vraiment gentils, même s’ils étaient stricts avec leurs enfants ! Ils avaient l’air aussi stricts que papa et maman, ce qui, j’en étais persuadée, plut à Michael et Scarlett.

Aux alentours de dix-neuf heures, maman dit :

-    Nous vous remercions beaucoup pour votre accueil mais nous devons y aller : Marie doit manger à heures fixes.

-    Oh, mais restez manger, voyons ! dit Bertrand.

-    Oui, le repas est prêt, ajouta Charlotte. J’en fais toujours une quantité monstre ! Il y en aura bien assez pour quatorze ! C’est de la tartiflette, ça vous convient ?

-    Eh bien oui, merci, ce sera très bien ! répondit papa.

-    Berthille, Mallory et Mathias, allez mettre la table, ordonna Charlotte.

-    Oui maman, répondirent docilement les enfants.

Scarlett demanda à l’assemblée de l’excuser un petit instant ; puis elle se leva, m’attrapa la main et m’emmena avec elle dans le couloir. Je savais déjà ce qu’elle voulait me dire mais je l’écoutai quand même :

-    Marie chérie, pas de caprice, s’il te plaît !

-    Mais la tartiflette ça fait grossir, maman ! protestai-je.

-    Je t’ai déjà dit qu’aucun aliment ne faisait grossir à lui tout seul !

-    Mais maman, la tartiflette, ce sont plein d’aliments ultra-caloriques mélangés ensemble !

-    Marie, fais-moi confiance : je rééquilibrerai ton menu de la semaine et tout ira bien ! Je te le promets !

-    Mais…

-    Marie, je te promets que ça ira et que tu perdras même un peu de poids cette semaine, m’assura fermement maman. Néanmoins, puisque je te connais par cœur, je te préviens tout de suite : si jamais tu me fais un caprice malgré tout ce que je viens de te dire, je te mets sur mes genoux devant tout le monde ! Tu entends ? Le message est clair ?

-    Oui maman, dis-je, les larmes aux yeux.

Scarlett me prit dans ses bras et me chuchota dans l’oreille : « J’ai vraiment hâte que ces problèmes de nourriture soient derrière nous ! ». Puis, elle m’embrassa sur le front et me demanda de retourner au salon.

-    Pardonnez ce petit aparté, dit discrètement maman au couple Rioux. Marie a des troubles alimentaires et c’est la croix et la bannière pour la faire manger correctement !

-    Pas de problème, dit Bertrand. Ça ira pour le repas ?

-    Oui, ça ira ! répondit maman. Elle sait qu’elle ne doit pas faire de caprice !

Scarlett me lança un regard ferme pour appuyer son discours.

 

       Après le dessert, les parents poursuivirent leur discussion autour d’une boisson chaude ; Raphaël et sa fratrie décidèrent de nous faire visiter la maison.

J’adore cela. J’adore visiter les maisons des autres, voir comment ils vivent, comment ils ont aménagé leur espace de vie…

La maison Rioux était grande mais finalement pas aussi spacieuse que notre ancienne maison ; et bien moins que le manoir ! Il n’y avait pas de bibliothèque, pas de billard… Mallory et Berthille étaient même obligées de partager la même chambre !

Lorsque nous arrivâmes devant la porte de la chambre de Diane, celle-ci s’exclama :

-    Hors de question ! Je refuse que des inconnus entrent dans ma chambre !

-    Ce ne sont pas des inconnus, ce sont des copains de classe ! rétorqua Raphaël. Laisse-les voir ta chambre, où est le problème ?!

-    Je n’ai pas envie ! gronda Diane. C’est mon espace privé !

-    Oh mais qu’est-ce qu’elle est chiante, celle-là ! râla Anaïs.

-    Et encore, tu ne vis pas avec elle vingt-quatre heures sur vingt-quatre ! ajouta Mallory. C’est un vrai cauchemar !

Sans crier gare, Diane gifla Mallory. Immédiatement, Berthille s’éclipsa. Diane eut envie de gifler Ana à son tour mais contre toute attente, Mayeul s’interposa et lui dit :

-    Y’a que moi qui ai le droit de faire chier ma sœur ! Si tu la touches, t’es morte !

-    Sans compter que notre père va te démonter si tu touches à sa fille, ajouta Louise.

Au final, mon père n’avait même pas besoin d’intervenir : Berthille réapparut quelques minutes plus tard suivie du sien. Diane reçut dix très bonnes claques sur les fesses, un savon bien corsé, et fut sommée de s’excuser auprès de Mallory avant d’être envoyée à la douche puis au lit.

Quand je disais que les Rioux fonctionnaient un peu comme mes parents, je n’avais pas tort !

 

-    Quelle chance que les enfants n’aient pas d’école demain ! s’exclama Charlotte. Ça nous a permis de passer une superbe soirée !

-    Oui, la prochaine fois ce sera à la maison ! dit papa. Et puis, on pourrait aussi se faire une soirée à quatre : notre nounou est très performante, elle pourrait garder les dix enfants sans problème !

-    Nous avons également une super nounou, réagit Bertrand. Nous n’allons quand même pas infliger dix enfants à une seule personne !

Dix enfants qui, il y a encore un an, étaient majeurs et vaccinés ? Je ne pense pas que ce soit un calvaire ! Néanmoins, je me retins de dire quoique ce soit.

-    J’ai hâte de regarder ta chronique demain, Scarlett ! Je peux connaître le thème ?

-    Oui, c’est « comment installer et préserver son autorité » ! répondit maman.

-    J’ai hâte ! répéta Charlotte.

-    Comme si tu avais besoin de conseils, ma chérie ! lui dit Bertrand.

-    On a toujours besoin de conseils, rétorqua sa femme.

-    Bien, nous devons y aller pour ne pas décaler le sommeil de Mayeul, dit papa. Merci encore !

  

-    Verdict ? demanda Ana alors que nous étions dans la voiture en rentrant à la maison.

-    Je crois qu’avec le temps, ils vont devenir de très bons amis ! répondit maman.

-    Tout à fait d’accord ! rebondit papa. Je les apprécie beaucoup !

 

Alors que nous montions dans nos chambres, Louise lança à Mayeul :

-    C’est con que tu n’aies plus de téléphone ! Tu ne vas pas pouvoir envoyer des petits textos d’amour à Magda !

-    Papa !! cria Mayeul. Louise se moque de moi à cause de Magda !!

-    Louise, qu’est-ce que je t’ai dit ?! gronda papa depuis le hall.

Nous nous l’entendîmes monter les escaliers. Ana et moi regardâmes Louise se liquéfier et Mayeul jubiler une nouvelle fois. J’entrai dans ma chambre avant d’assister à la suite, ne voulant pas voir Louise pleurer.

 

       En me couchant, je pensai à Mathieu. Cela ne faisait que deux jours que je l’avais quitté et il me manquait déjà. Mayeul, lui, pourrait voir sa petite amie tous les jours… Il ne rendait même pas compte de la chance qu’il avait !!

 

A suivre…

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