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Journal d'une étudiante accueillie - Chapitre 131 (1ère partie)

 


Scarlett

 

-    Elle ne va même pas vivre chez nous, chérie ! me dit mon mari.

-    J’ai bien compris qu’elle allait vivre chez ton frère, Mike ! Ce n’est pas ça le problème ! Le problème, c’est qu’elle va revenir dans nos vies ! Le problème, c’est qu’on va sûrement se taper des repas de famille tous les dimanches midis et qu’on va devoir faire du mamysitting quand Caleb et Justine ne seront pas là !

-    Pourquoi veux-tu qu’ils s’absentent ? rétorqua mon mari. Ils ont quatre enfants, eux aussi ! En plus de Noah et Nathan !

-    Justement, tu crois vraiment qu’avec tout ce qu’ils ont à gérer, ils vont en plus pouvoir gérer ta mère ? Ta mère qui a soixante-douze ans et qui est autoritaire au possible ? Mike, tu sais que j’aime bien ta mère… mais à petites doses !

-    Je sais, Scar. Qu’est-ce que tu veux que je fasse, hein ? Je ne vais tout de même pas l’empêcher de prendre l’avion !

-    Tu ne voudrais pas reprendre contact avec ta sœur ? Qu’elle pardonne à ta mère et qu’elles vivent heureuses, ensemble, jusqu’à la fin de leurs jours ?

-    Scar, tu sais très bien qu’Ashlynn n’a plus donné signe de vie depuis au moins vingt ans. Je n’ai même plus son numéro ! Si elle a coupé les ponts avec mes parents, c’est pour une bonne raison ! Déjà, ils ont été cruels avec elle durant toute la durée de son anorexie, à vouloir la gaver comme une oie… On n’a pas du tout eu les meilleurs parents du monde alors si tu veux mon avis, elle a eu raison de couper les ponts. Jamais je ne l’obligerai à reprendre contact avec une femme qui l’a fait tant souffrir !

Je m’assis sur le lit et tendis la main à mon homme pour qu’il vienne s’asseoir à côté de moi.

-    Tu as raison, dis-je doucement. Je suis désolée, mon cœur. L’idée que ta mère habite à quelques minutes de chez nous me fait perdre la raison. En quittant les Etats-Unis, nous avons aussi quitté tes parents. Nous avons fondé notre foyer, nous avons quatre merveilleux enfants… L’idée qu’elle vienne bousculer tout ça…

-    Je ne la laisserai pas faire ! me coupa Mike. Tu m’entends, Scar ? Jamais je ne la laisserai mettre la zizanie dans notre famille. Oui, nous allons devoir la supporter un peu plus que d’habitude… Mais ce sera à nous de lui mettre des stops et de faire en sorte de ne pas se voir trop souvent.

-    D’accord, m’adoucis-je. Je te fais confiance, mon amour.

-    J’aime ma mère de tout mon cœur mais je sais comment elle est. Elle ne s’est jamais interposée lorsque mon père attrapait les câbles électriques pour me frapper avec, ou qu’il m’attrapait par la gorge et me plaquait au mur. Il n’y a que Caleb qui osait intervenir, et il prenait les coups suivants à ma place. Et puis, il n’y avait pas que ça… La maltraitance psychologique est pire que la maltraitance physique.

-    Heureusement que tu t’es sorti de tout ça, dis-je en passant ma main dans ses cheveux.

-    Grâce à toi.

-    Et à toi aussi ! fis-je remarquer. Caleb et toi avez su vous en sortir seuls, bien avant de nous rencontrer Justine et moi ! Regarde-toi, Mike. Tu es devenu un homme merveilleux, un père génial… Et tu as un corps de rêve !

Mon regard enjôleur s’évanouit lorsque mon mari me répondit :

-    Tu sais bien pourquoi je suis musclé de la tête aux pieds. Le jour où j’ai décidé que mon père n’aurait plus le dessus sur moi, j’ai fait en sorte d’être de taille à l’affronter. Ça lui a fait tout drôle quand je l’ai couché en lui mettant mon poing dans la figure ! Après ça, il ne m’a plus jamais touché. Du moins, physiquement.

-    Tes parents t’ont prénommé en hommage à Michael Jackson, peut-être parce qu’ils savaient que tu aurais le même père que lui…

Mon mari haussa les épaules. Nous restâmes silencieux quelques instants avant qu’il me dise :

-    Tu sais, quand tu as voulu intervenir quand j’ai puni notre fils, ça m’a fait mal. J’ai cru que tu croyais que j’allais faire exactement comme mon père…

-    Je n’ai jamais cru ça, Mike ! J’ai juste pensé au fait que ta colère pourrait peut-être déborder, c’est tout !

-    Je ne suis pas comme mon père, Scar.

Je vis les larmes lui monter aux yeux. Je le pris immédiatement dans mes bras pour le serrer contre moi.

-    Je sais que tu n’es pas comme ton père. Sinon, je n’aurais jamais voulu avoir des enfants avec toi.

-    Tout ce que risqueront mes enfants avec moi, ce sont de bonnes fessées. Toutes justifiées. Jamais je ne lèverai la main sur l’un de nos enfants pour le plaisir de le frapper.

-    Je sais, mon cœur ! Je te fais entièrement confiance là-dessus ! Je sais que si tu te fâches c’est que tu as de bonnes raisons de le faire. Tout comme moi. Nos enfants prennent une gifle de temps en temps, et/ou quelques fessées, quand tout cela est mérité. Jamais nous ne reproduirons les erreurs de tes parents.

Mike soupira et s’allongea dans notre lit. Je m’allongeai avec lui. Il éteignit la lumière et m’embrassa. Avant de s’endormir, il me dit :

-    Fais-moi confiance pour ma mère. Elle ne viendra pas bousiller nos vies, ni celles de nos enfants. Je t’en fais la promesse.

-    D’accord. Je te fais confiance.

-    Je t’aime, Scar.

-    Moi aussi je t’aime Mike.



Vendredi 6 mars 2020


Marie


       La journée d’école se passa plutôt bien. De toute façon, avec la remise des bulletins, personne n’avait envie de faire de vagues ! Même les jumeaux Garde se sont tenus correctement tout au long de la journée, ce qui représentait un sacré exploit. Depuis lundi, ils sont sur la liste rouge de monsieur Loup et entretiennent cette place avec une admirable constance.

       Quelques minutes avant que la sonnerie retentisse pour signaler la fin des cours, Magdalena demanda des précisions à monsieur Loup :

-    Monsieur, vous avez vu avec nos anciens professeurs pour pouvoir établir nos bulletins, c’est bien ça ?

-    C’est bien ça, Magdalena.

-    Mais, avez-vous pris en compte tous les changements qu’il y a eu ces derniers temps, dans vos appréciations ? Certains d’entre nous ont changé d’école, et puis le système a été totalement remanié pendant les vacances ! Il ne faut pas oublier tout ça…

-    Tu t’inquiètes que nous ayons été sévères, Magdalena ?

Mon amie hocha la tête pour acquiescer. Monsieur Loup reprit :

-    Tous ces changements ont eu lieu avant les vacances, nous sommes bien d’accords ? Avant cela, vous aviez tous une scolarité parfaitement normale. Magda, tu étais dans ton école depuis le début de l’année avant d’atterrir ici. Donc cette petite déstabilisation que tu aurais subie ne s’applique pas, étant donné que le relevé s’arrête au 28 février.

-    Et nous, monsieur ? intervint mon frère.

-    Vous étiez dans votre ancienne école depuis presque deux mois également, les Webber ! répondit monsieur Loup. Si j’en crois mes sources, vous avez eu assez de temps pour de nombreuses frasques. Vous allez me dire qu’en parallèle de vos bêtises, vous n’avez pas eu le temps de travailler correctement ? Vous me pensez aussi crédule ?

-    Mais on a changé d’école quelques jours avant les vacances ! plaida Ana.

-    Effectivement, nous pourrions donc vous accorder de l’indulgence sur les deux dernières notes acquises ; mais tout le reste de votre bulletin est à l’image de votre travail du mois dernier.

Certes. Cependant, depuis le début de l’année, nous avons changé deux fois d’école et nous avons également déménagé. Je rappellerai cela à papa et maman avant qu’ils me tombent dessus. Peut-être réussirai-je à déclencher une once de clémence…

       Lorsque la sonnerie retentit, Mayeul et moi étions stressés comme des enfants lambdas qui attendent leur bulletin en ne sachant pas vraiment sur quel pied danser. Louise, elle, était toute guillerette : elle aurait sûrement une moyenne excellente, comme tous les mois. A sa place, je serais en train de mépriser tout le monde. Ana, quant à elle, m’inquiétait : elle tremblait, était dans un état de nervosité extrême et semblait au bord des larmes. Ou de l’évanouissement.

-    Anou, qu’est-ce que tu as ? lui demandai-je. Je ne t’ai jamais vue dans cet état-là…

-    Je… je ne pensais pas que monsieur Loup demanderait un rendez-vous pour la remise des bulletins ! me répondit Ana, toujours autant fébrile. Je pensais qu’on les ramènerait à la maison comme d’habitude !

-    Qu’est-ce que ça peut bien changer ? questionnai-je. Le bulletin reste le même…

-    Non, me répondit ma sœur.

-    Comment ça « non » ? m’étonnai-je.

-    Manou, il faut que je t’avoue un truc…

Les confidences d’Anou me figèrent sur place. Papa et maman allaient la pulvériser. Si elle survivait à cette journée, elle ne pourrait certainement plus s’asseoir avant un siècle ! Après Mayeul et moi, ce serait bientôt au tour de ma sœur d'être définitivement calmée !


A suivre...

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