Scarlett
- Elle ne va même pas
vivre chez nous, chérie ! me dit mon mari.
- J’ai bien compris
qu’elle allait vivre chez ton frère, Mike ! Ce n’est pas ça le
problème ! Le problème, c’est qu’elle va revenir dans nos vies ! Le
problème, c’est qu’on va sûrement se taper des repas de famille tous les
dimanches midis et qu’on va devoir faire du mamysitting quand Caleb et
Justine ne seront pas là !
- Pourquoi veux-tu qu’ils
s’absentent ? rétorqua mon mari. Ils ont quatre enfants, eux aussi !
En plus de Noah et Nathan !
- Justement, tu crois
vraiment qu’avec tout ce qu’ils ont à gérer, ils vont en plus pouvoir gérer ta
mère ? Ta mère qui a soixante-douze ans et qui est autoritaire au
possible ? Mike, tu sais que j’aime bien ta mère… mais à petites
doses !
- Je sais, Scar.
Qu’est-ce que tu veux que je fasse, hein ? Je ne vais tout de même pas
l’empêcher de prendre l’avion !
- Tu ne voudrais pas
reprendre contact avec ta sœur ? Qu’elle pardonne à ta mère et qu’elles
vivent heureuses, ensemble, jusqu’à la fin de leurs jours ?
- Scar, tu sais très bien
qu’Ashlynn n’a plus donné signe de vie depuis au moins vingt ans. Je n’ai même
plus son numéro ! Si elle a coupé les ponts avec mes parents, c’est pour
une bonne raison ! Déjà, ils ont été cruels avec elle durant toute la
durée de son anorexie, à vouloir la gaver comme une oie… On n’a pas du tout eu
les meilleurs parents du monde alors si tu veux mon avis, elle a eu raison de
couper les ponts. Jamais je ne l’obligerai à reprendre contact avec une femme
qui l’a fait tant souffrir !
Je m’assis sur le lit et tendis la main à mon
homme pour qu’il vienne s’asseoir à côté de moi.
- Tu as raison, dis-je
doucement. Je suis désolée, mon cœur. L’idée que ta mère habite à quelques
minutes de chez nous me fait perdre la raison. En quittant les Etats-Unis, nous
avons aussi quitté tes parents. Nous avons fondé notre foyer, nous avons quatre
merveilleux enfants… L’idée qu’elle vienne bousculer tout ça…
- Je ne la laisserai pas
faire ! me coupa Mike. Tu m’entends, Scar ? Jamais je ne la laisserai
mettre la zizanie dans notre famille. Oui, nous allons devoir la supporter un
peu plus que d’habitude… Mais ce sera à nous de lui mettre des stops et de
faire en sorte de ne pas se voir trop souvent.
- D’accord, m’adoucis-je.
Je te fais confiance, mon amour.
- J’aime ma mère de tout
mon cœur mais je sais comment elle est. Elle ne s’est jamais interposée lorsque
mon père attrapait les câbles électriques pour me frapper avec, ou qu’il
m’attrapait par la gorge et me plaquait au mur. Il n’y a que Caleb qui osait
intervenir, et il prenait les coups suivants à ma place. Et puis, il n’y avait
pas que ça… La maltraitance psychologique est pire que la maltraitance
physique.
- Heureusement que tu
t’es sorti de tout ça, dis-je en passant ma main dans ses cheveux.
- Grâce à toi.
- Et à toi aussi !
fis-je remarquer. Caleb et toi avez su vous en sortir seuls, bien avant de nous
rencontrer Justine et moi ! Regarde-toi, Mike. Tu es devenu un homme
merveilleux, un père génial… Et tu as un corps de rêve !
Mon regard enjôleur s’évanouit lorsque mon mari
me répondit :
- Tu sais bien pourquoi
je suis musclé de la tête aux pieds. Le jour où j’ai décidé que mon père
n’aurait plus le dessus sur moi, j’ai fait en sorte d’être de taille à
l’affronter. Ça lui a fait tout drôle quand je l’ai couché en lui mettant mon
poing dans la figure ! Après ça, il ne m’a plus jamais touché. Du moins,
physiquement.
- Tes parents t’ont
prénommé en hommage à Michael Jackson, peut-être parce qu’ils savaient que tu
aurais le même père que lui…
Mon mari haussa les épaules. Nous restâmes
silencieux quelques instants avant qu’il me dise :
- Tu sais, quand tu as
voulu intervenir quand j’ai puni notre fils, ça m’a fait mal. J’ai cru que tu
croyais que j’allais faire exactement comme mon père…
- Je n’ai jamais cru ça,
Mike ! J’ai juste pensé au fait que ta colère pourrait peut-être déborder,
c’est tout !
- Je ne suis pas comme
mon père, Scar.
Je vis les larmes lui monter aux yeux. Je le
pris immédiatement dans mes bras pour le serrer contre moi.
- Je sais que tu n’es pas
comme ton père. Sinon, je n’aurais jamais voulu avoir des enfants avec toi.
- Tout ce que risqueront mes
enfants avec moi, ce sont de bonnes fessées. Toutes justifiées. Jamais je ne
lèverai la main sur l’un de nos enfants pour le plaisir de le frapper.
- Je sais, mon
cœur ! Je te fais entièrement confiance là-dessus ! Je sais que si tu
te fâches c’est que tu as de bonnes raisons de le faire. Tout comme moi. Nos
enfants prennent une gifle de temps en temps, et/ou quelques fessées, quand
tout cela est mérité. Jamais nous ne reproduirons les erreurs de tes parents.
Mike soupira et s’allongea dans notre lit. Je
m’allongeai avec lui. Il éteignit la lumière et m’embrassa. Avant de
s’endormir, il me dit :
- Fais-moi confiance pour
ma mère. Elle ne viendra pas bousiller nos vies, ni celles de nos enfants. Je
t’en fais la promesse.
- D’accord. Je te fais
confiance.
- Je t’aime, Scar.
- Moi aussi je t’aime
Mike.
Vendredi 6 mars 2020
Marie
La
journée d’école se passa plutôt bien. De toute façon, avec la remise des
bulletins, personne n’avait envie de faire de vagues ! Même les jumeaux
Garde se sont tenus correctement tout au long de la journée, ce qui
représentait un sacré exploit. Depuis lundi, ils sont sur la liste rouge de
monsieur Loup et entretiennent cette place avec une admirable constance.
Quelques
minutes avant que la sonnerie retentisse pour signaler la fin des cours,
Magdalena demanda des précisions à monsieur Loup :
- Monsieur, vous avez vu
avec nos anciens professeurs pour pouvoir établir nos bulletins, c’est bien
ça ?
- C’est bien ça,
Magdalena.
- Mais, avez-vous pris en
compte tous les changements qu’il y a eu ces derniers temps, dans vos
appréciations ? Certains d’entre nous ont changé d’école, et puis le
système a été totalement remanié pendant les vacances ! Il ne faut pas
oublier tout ça…
- Tu t’inquiètes que nous
ayons été sévères, Magdalena ?
Mon amie hocha la tête pour acquiescer.
Monsieur Loup reprit :
- Tous ces changements ont
eu lieu avant les vacances, nous sommes bien d’accords ? Avant cela, vous
aviez tous une scolarité parfaitement normale. Magda, tu étais dans ton école
depuis le début de l’année avant d’atterrir ici. Donc cette petite
déstabilisation que tu aurais subie ne s’applique pas, étant donné que le
relevé s’arrête au 28 février.
- Et nous,
monsieur ? intervint mon frère.
- Vous étiez dans votre
ancienne école depuis presque deux mois également, les Webber ! répondit
monsieur Loup. Si j’en crois mes sources, vous avez eu assez de temps pour de
nombreuses frasques. Vous allez me dire qu’en parallèle de vos bêtises, vous
n’avez pas eu le temps de travailler correctement ? Vous me pensez aussi
crédule ?
- Mais on a changé
d’école quelques jours avant les vacances ! plaida Ana.
- Effectivement, nous
pourrions donc vous accorder de l’indulgence sur les deux dernières notes
acquises ; mais tout le reste de votre bulletin est à l’image de votre
travail du mois dernier.
Certes. Cependant, depuis le début de l’année,
nous avons changé deux fois d’école et nous avons également déménagé. Je
rappellerai cela à papa et maman avant qu’ils me tombent dessus. Peut-être
réussirai-je à déclencher une once de clémence…
Lorsque
la sonnerie retentit, Mayeul et moi étions stressés comme des enfants lambdas
qui attendent leur bulletin en ne sachant pas vraiment sur quel pied danser.
Louise, elle, était toute guillerette : elle aurait sûrement une moyenne
excellente, comme tous les mois. A sa place, je serais en train de mépriser
tout le monde. Ana, quant à elle, m’inquiétait : elle tremblait, était
dans un état de nervosité extrême et semblait au bord des larmes. Ou de
l’évanouissement.
- Anou, qu’est-ce que tu
as ? lui demandai-je. Je ne t’ai jamais vue dans cet état-là…
- Je… je ne pensais pas
que monsieur Loup demanderait un rendez-vous pour la remise des
bulletins ! me répondit Ana, toujours autant fébrile. Je pensais qu’on les
ramènerait à la maison comme d’habitude !
- Qu’est-ce que ça peut
bien changer ? questionnai-je. Le bulletin reste le même…
- Non, me répondit ma
sœur.
- Comment ça
« non » ? m’étonnai-je.
- Manou, il faut que je
t’avoue un truc…
Les confidences d’Anou me figèrent sur place.
Papa et maman allaient la pulvériser. Si elle survivait à cette
journée, elle ne pourrait certainement plus s’asseoir avant un siècle ! Après Mayeul et moi, ce serait bientôt au tour de ma sœur d'être définitivement calmée !
A suivre...

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