- Manou… Je t’en prie,
dis quelque chose ! me supplia ma sœur.
- Comment ça se fait que
tu flippes seulement depuis quelques minutes alors qu’on est au courant de ce
rendez-vous depuis le début de la semaine ? la questionnai-je.
- Es-tu vraiment si
naïve ?! s’emporta ma sœur. Ou alors, c’est que tu ne me connais
finalement pas si bien que ça !
- Comment ça ?
- Tu n’as pas remarqué
que je portais un masque pour que papa et maman ne voient rien ? Cette
histoire de défis, c’était pour me changer les idées et passer à autre
chose ; je n’aurais jamais cru que ça nous conduirait tous les quatre sur
les genoux de maman…
- Ce ne sont pas les
défis qui nous ont conduits sur les genoux de maman, rectifiai-je. C’est notre
entêtement à vouloir lui cacher des choses.
- Peu importe. Toujours
est-il que je suis dans le mal depuis qu’on a appris ce rendez-vous ! J’ai
une diarrhée du tonnerre tellement j’ai peur !
- Oui bon, je peux me
passer de certains détails, Anou…
- Désolée.
Je laissai flotter quelques secondes de silence
durant lesquelles ma sœur m’observa avec appréhension.
- Dis-moi ce que tu
penses, Manou ! craqua-t-elle.
- Tu vas te faire démolir
comme jamais, répondis-je froidement. Voilà ce que je pense.
Anaïs fournit des efforts colossaux pour ne pas
éclater en sanglots.
Papa
et maman étaient les premiers à passer, dès 16h30. Cela tombait bien pour
monsieur Loup : il ferait la famille la plus nombreuse dès le départ, ce
qui le soulagerait pour la suite.
- Bonsoir monsieur
Webber, bonsoir madame Webber ! dit l’instit’ en serrant chaleureusement
la main de mes parents. Je vous en prie, installez-vous !
Michael et Scarlett prirent place sur les deux
chaises du milieu. Mayeul et moi étions assis à gauche de papa. A droite de
maman, se trouvaient Louise et Anaïs. Anou tremblait comme une feuille, ce qui
lui attira des regards intrigués et méfiants de la part de nos parents.
- Je vous propose d’aller
du meilleur bulletin au moins bon afin d’avoir plus de temps pour nous attarder
sur les points à améliorer pour chacun de vos enfants. Vous êtes
d’accords ?
Papa et maman hochèrent la tête.
- Super ! s’exclama
monsieur Loup. Alors, commençons par Louise.
Notre instit’ donna un exemplaire du bulletin à papa et maman, et un autre à ma sœur. Je n’étais même pas frustrée de ne pas pouvoir y jeter un œil : je savais que ma sœur devait encore avoir 24/20 de moyenne générale.
Monsieur Loup laissa passer quelques instants
de silence, le temps que les concernés prennent connaissance du document, avant
de commenter :
- C’est encore un
excellent mois pour Louise. Avec une moyenne générale de 16,81, elle est
dans le top 3 de la classe. Sa moyenne la plus basse est l’anglais – 13,10 –
mais c’est compréhensible puisqu’au premier trimestre, elle s’était inscrite en
espagnol il me semble.
- C’est exact, dit maman.
- Il est normal que quelques
lacunes soient présentes, dit monsieur Loup.
- Puisque notre langue
maternelle est l’anglais, nous allons vite remédier à cela, dit papa.
- Il est vrai que vos
enfants ont beaucoup de chance d’avoir des parents anglophones ! commenta
monsieur Loup en nous jetant un regard à tous les quatre.
Mouais. Je ne savais pas encore comment papa et
maman souhaitaient nous enseigner l’anglais mais j’étais presque déjà persuadée
de ne pas aimer ça.
- Concernant les autres
matières, les résultats de Louise sont excellents, poursuivit le prof. Il faut
qu’elle poursuive sur cette voie. Evidemment, son attitude est irréprochable.
Ses anciens professeurs et moi-même sommes très fiers d’elle !
Scarlett prit Louise dans ses bras et
l’embrassa sur le front pour la féliciter. Papa la gratifia d’un :
« Je suis très fier de toi, ma princesse ! ». J’enviai un
instant ma sœur. Moi aussi, j’aimerais avoir les félicitations de mes parents !
- Nous sommes début mars
et nous devons également parler de l’orientation, ajouta monsieur Loup. Pour
Louise, je recommande une entrée à hypokhâgne dès le mois de septembre.
- Hypo quoi ?
s’étonna papa.
- C’est une prépa littéraire, expliqua l’instit’. La formation se
compose de deux ans ; ensuite, Louise pourra prétendre à intégrer l’Ecole
Normale Supérieure pour la suite de son cursus. Cependant, il faudra qu’elle
améliore ses résultats si elle veut être admise à hypokhâgne l’année prochaine.
- Où est cette
école ? demanda maman.
- Grâce à la réforme,
plusieurs écoles prestigieuses ouvrent leurs portes à travers tout le pays.
Louise pourrait être scolarisée à une demi-heure d’ici.
- Qu’est-ce que tu en
penses, ma puce ? lui demanda papa.
- Ça me paraît un peu
trop pour moi…
- Louise, tu peux aussi
terminer ta licence à Saint-Nicolas avec moi, et tenter d’intégrer l’ENS pour y
effectuer ton Master puis ton Doctorat.
- Oui, ça me plairait
mieux ! dit ma sœur, soulagée. L’ENS… ça fait rêver !
- Dans ce cas, je vais te
faire travailler ma grande, afin que tu puisses réaliser ce rêve ! s’engagea
monsieur Loup.
Louise sourit. J’étais contente pour elle, quoiqu’un peu jalouse.
- Passons à Marie,
poursuivit le prof.
Ah bon ?! J’avais un meilleur bulletin que
Mayeul et Ana ? Ah ben ça, alors ! Trop chouette ! Soit
j’avais vraiment bien travaillé, soit mon frère et ma sœur étaient au ras des
pâquerettes !
Monsieur Loup tendit mon bulletin à mes parents et fit de même avec moi. Je m’emparai de la feuille, ma main tremblant légèrement. Je lus.
Waouh ! Ma moyenne générale avait augmenté
de trois points ! J’étais passée de 11,43 à 14,5 ! Je n’en
attendais pas tant ! En même temps, à Saint-Nicolas, je ne suis plus
obligée d’étudier le latin, ce qui m’enlève une sacrée épine du pied (j’avais
4,3 de moyenne dans cette matière !). Il n’empêche que j’ai bien
progressé. En littérature française, j’ai augmenté ma moyenne de cinq points. J’ai
pris un demi-point en grammaire avancée. Un point de plus en histoire. 0,7
point de plus en géographie ! Trois points et demi de plus en culture
littéraire ! En revanche, j’ai perdu presque trois points en anglais. Aïe.
Comme Louise, j’aurais sûrement droit à des séances de rattrapage avec papa et
maman…
Avant même les commentaires de monsieur Loup,
Michael attrapa ma nuque et l’attira à lui pour déposer un énorme bisou sur mon
front. Ah ! Enfin ! Ça fait vraiment plaisir de voir la satisfaction
dans les yeux de mes parents !
- Marie a fait des
progrès fulgurants ce mois-ci ! s’exclama monsieur Loup. Toute l’équipe
enseignante est très fière d’elle !
- Merci beaucoup, dis-je.
Scarlett m’adressa un sourire radieux.
- Marie a fourni de beaux
efforts ce mois-ci, tant sur l’attitude que sur le travail. Même s’il y a eu
des bavardages et quelques petits écarts, Marie s’est tenue correctement et
cela s’est ressenti sur sa concentration en classe. De plus, les efforts
qu’elle a fournis au niveau de son travail en classe ont porté leurs fruits. Vraiment,
cette moyenne tout à fait satisfaisante est méritée !
- Merci, monsieur ! répétai-je
devant la satisfaction grandissante de mes parents.
- Cependant, il y a tout
de même une petite ombre au tableau.
Voilà. J’en étais sûre. Le rêve ne pouvait pas
durer. Je vais me prendre une fessée. Les regards de mes parents se durcirent
d’un coup. Ils froncèrent tous les deux les sourcils en même temps.
- Monsieur et madame
Webber, comme je vous l’ai déjà dit lors de notre entretien avec Marie pendant
les vacances, votre fille a de grandes capacités. C’est déjà très bien qu’elle
ait autant augmenté sa moyenne, nous sommes très contents ! Néanmoins, cette
moyenne générale de 14,5 est loin de représenter les capacités réelles de
Marie. Votre fille a largement les moyens d’atteindre les résultats de Louise,
voire de les surpasser.
- Pouvez-vous nous
expliquer ce qui vous fait penser cela ? demanda papa.
- Marie est souvent la
première à terminer ses exercices en classe, répondit monsieur Loup. Ceux-ci
sont toujours parfaitement réalisés. A l’instar de Louise, Marie travaille vite
et bien. Elle comprend tout de suite les nouvelles notions sans avoir besoin
d’explications secondaires. En classe, Marie est vraiment brillante !
- Mais alors, pourquoi
a-t-elle cette moyenne-là, et non pas 20/20 ? interrogea maman.
- Je ne vois rien d’autre
que le manque de travail à la maison, répondit monsieur Loup. S’il ne faut pas
oublier que nous sommes passés de « pas de travail du tout »
à « un minimum de travail », je me dois de préciser que c’est
largement insuffisant. Chacun de vos enfants devrait travailler entre deux et
trois heures par jour, en dehors des cours. Est-ce le cas ?
- Non, pour aucun des
quatre… répondit maman, tombant des nues. Nous ne savions pas qu’ils devaient
travailler autant ! Louise travaille environ une heure et demie, Anaïs et
Mayeul sont aux alentours d’une heure. Et Marie… Marie travaille environ une
demi-heure.
- Mais vous avez dit que
je travaillais plus vite que les autres ! protestai-je.
- Certes mais tu devrais
tout de même travailler au moins deux heures par jour, Marie ! me reprit
mon prof.
- Mais pourquoi faire
puisque j’ai fini tous les devoirs que vous avez donnés ? demandai-je.
- Après les devoirs
donnés, il faut réviser tes cours, Marie ! me répondit monsieur Loup. Il
faut faire des fiches révisions ! Je fais des interrogations
surprises : tu es sûre de te rétamer à chaque fois si tu ne relis pas tes
cours ! Tu dois les apprendre tous les jours !
- Mais je ne vais plus
avoir de vie, moi ! râlai-je.
- Tu veux réussir tes
études, oui ou non ?
- Bien sûr que je le
veux ! répondis-je, agacée qu’il me pose la question.
- Alors tu dois enlever
la touffe de poils que tu as dans chaque main et te mettre sérieusement au
travail !
- Je vois que le fait que
je sois sur ton dos depuis plusieurs semaines a servi puisque tu as
drastiquement amélioré tes résultats, me dit papa. Alors je ne vais pas te
lâcher et je t’interrogerai sur tes cours.
Je boudai.
- Concernant
l’orientation de Marie, vu son début d’année très médiocre, il est impossible
qu’elle intègre hypokhâgne, même si elle en a les capacités. C’est vraiment
dommage ! Néanmoins, si elle se ressaisit et qu’elle atteint au minimum
16,5 de moyenne tous les mois pour le reste de sa licence, il est possible
qu’elle puisse intégrer l’ENS à la fin de sa licence pour y effectuer son
Master et son Doctorat. Mais ça, c’est seulement si elle décide de se mettre au
travail !
Un silence pesant s’installa. Je le
brisai :
- J’ai quand même
augmenté ma moyenne de trois points !
- Et en cela, nous sommes
tous fiers de toi, dit maman.
- Est-ce que… Est-ce que
vous allez me donner une fessée parce que je n’ai pas assez travaillé ?
demandai-je pour en avoir le cœur net, occultant totalement la présence de mon
prof.
- Nous en reparlerons à
la maison, répondit Michael.
Je pris cela pour un « oui ». Oh, bon
sang, que fallait-il que je fasse pour éviter de prendre des claques aux
fesses ?! Décrocher la lune, peut-être ?!
- Passons à Mayeul.
Papa et maman semblèrent étonnés qu’Ana ne
passe pas après moi mais ils ne bronchèrent pas. Ma sœur leur fait croire
qu’elle a aux alentours de 14 de moyenne depuis le début du mois dernier. Peut-être
que Mayeul a plus de 14, lui aussi !
Monsieur Loup donna le bulletin de Mayeul à mes parents et à mon frère. Je me penchai sur le côté pour me rapprocher de lui et consulter la feuille.
Tout en consultant les résultats de leur fils,
Michael et Scarlett étaient sûrement en train de comprendre qu’Ana les avait
entubés.
- Mayeul a une assez
bonne moyenne, commenta monsieur Loup. Il excelle en grammaire avancée et se
maintient correctement en histoire. Cependant, toutes les autres moyennes
peuvent être améliorées, surtout l’anglais qui s’avère être catastrophique.
Décidément, papa et maman auraient du pain sur
la planche !
- Le problème est que
votre fils ne s’investit que dans les matières qu’il affectionne, d’où ces
résultats en dents de scie. Il est temps que Mayeul s’investisse dans la
totalité des matières et pas seulement dans celles qu’il aime bien !
- Tu entends ?! le
gronda Scarlett.
- Oui maman, répondit mon
frère.
- La culture littéraire
et l’anglais sont notamment à privilégier, poursuivit monsieur Loup.
- Pour ces deux
matières-là, sois sûr que tu vas prendre une bonne fessée en rentrant à la
maison ! lui annonça papa.
Mon frère rougit de honte et baissa la tête.
- En ce qui concerne
l’attitude de Mayeul, j’ai voulu balayer tout ce qui s’est passé avant son
conseil de discipline car je crois qu’il a été sanctionné pour cela.
- Vous croyez bien !
affirma Scarlett.
- Depuis son arrivée à
Saint-Nicolas, votre fils est irréprochable en classe. Si Mayeul s’investit
dans toutes les matières, tout devrait bien se passer pour lui. Il pourrait
même passer dans le groupe Emeraude d’ici peu de temps.
- Nous veillerons à ce
qu’il travaille assez, et surtout uniformément ! assura papa.
- Je vous remercie pour
lui, rétorqua monsieur Loup. En ce qui concerne l’avenir de Mayeul, je pense
qu’il a largement les capacités pour terminer sa licence puis effectuer un
Master. C’est ce que tu souhaites faire, Mayeul ?
- Oui monsieur, répondit
mon frère.
- Alors donne-toi les
moyens d’y arriver et tu le feras !
- Oui monsieur, répéta
Mayeul en ayant sûrement hâte que l’on passe à Ana.
- Terminons par Anaïs, annonça
monsieur Loup.
Lorsque le bulletin fut remis à mes parents et à ma sœur, Michael et Scarlett tombèrent des nues. Il ne pouvait évidemment pas en être autrement ! Anaïs rougit immédiatement, si bien qu’elle ressemblait à une tomate !
- Il doit y avoir un
problème, dit maman. Nous n’avons pas du tout les mêmes résultats sur notre
espace intranet.
- Ah bon ? s’étonna
monsieur Loup. Je peux me permettre de regarder ?
Papa sortit son téléphone et tapota sur son
écran, puis il tendit son smartphone à mon instit’. Ana se décomposa.
- Effectivement, il y a
un problème, dit le prof. Le site sur lequel vous êtes n’est pas du tout celui
de Saint-Nicolas.
- Comment ça ?
demanda papa.
- C’est un site très bien
fait, je vous l’accorde ! dit monsieur Loup. N’importe qui pourrait se
laisser prendre, moi le premier ! Mais ce site a été créé de toutes
pièces.
L’instit’ sortit son téléphone et montra à papa
et maman le vrai site de l’école. Michael et Scarlett prirent quelques instants
pour accuser le coup.
- Puisqu’il n’y a pas de
différence concernant les bulletins de ton frère et tes sœurs, je suppose que
ce petit stratagème vient de toi, Anaïs Morgane Webber ?! la gronda maman.
- Donne-nous
immédiatement des explications ! ordonna papa sur le même ton.
Je vis dans le regard d’Ana qu’elle voulait
lutter et tout nier en bloc. Je lui fis « non » de la tête, lui
faisant comprendre que ce serait bien pire pour elle si elle n’avouait pas.
Elle soupira, laissa rouler quelques larmes sur ses joues, puis confessa :
- Mon… mon grand frère,
Kerwann, il… est très doué en informatique… Alors je lui ai demandé de... créer... un
site qui aurait l’air d’être celui de l’école... pour... éviter que vous voyiez mes
véritables notes…
- Et cela depuis combien
de temps ?! demanda maman qui se retenait visiblement d’exploser de
colère.
- Depuis que je suis
rentrée du centre, répondit Ana en sanglotant. Je voulais que vous croyiez que
j’étais bonne élève car j’étais démotivée par les études et je n’avais pas
envie d’être punie pour mes mauvaises notes…
Il se passa quelques secondes de silence durant
lesquelles papa et maman bouillonnaient. Puis, sans crier gare, papa se leva et
attrapa Ana. Il lui donna une impressionnante déculottée debout devant tout le
monde, puis lui annonça qu’elle prendrait la suite à la maison. Je crus que
personne n’aurait aimé être à la place d’Ana à ce moment précis. En plus d’être
furieux contre ma sœur, papa devait être vexé de rien avoir vu. Il est
architecte en informatique ! Il aurait dû s’en rendre compte !
- Anaïs, tu dis que tu es
démotivée par les études ? demanda monsieur Loup.
- Je l’étais, répondit ma
sœur en sanglotant. Quand je suis rentrée du centre. Mais depuis que je suis à
Saint-Nicolas, ça va beaucoup mieux ! J’ai repris goût à l’école.
- Bon, nous pouvons
espérer que ton bulletin du mois de mars sera bien meilleur, alors, poursuivit
monsieur Loup.
Ana hocha la tête.
- Pourquoi ne pas nous
avoir parlé de ta démotivation au lieu de monter tout ce stratagème de site
internet ?! gronda maman. Nous aurions compris que tu passes par une
mauvaise phase, Ana ! Comme pour l’histoire des défis, vous vous punissez
tout seuls à ne pas vouloir nous parler !
Monsieur Loup se râcla la gorge puis dit :
- Puisque tu es de nouveau
sur les bons rails, il va falloir mettre les bouchées doubles, Anaïs. Surtout concernant
l’histoire et l’anglais.
- Elle va mettre les
bouchées doubles en littérature et en grammaire aussi ! ajouta papa. Je suis
vraiment fâché contre toi, Ana !
- S’il te plaît, papa…
pleura ma sœur.
- S’il te plaît ? S’IL
TE PLAÎT ?! explosa Michael. Tu nous montes un stratagème de malade pour
pouvoir nous berner et au moment d’assumer cette connerie monumentale, tu me
dis « S’il te plaît » ?!
- Je suis désolée !
- Ouais, ben t’as pas
fini d’être désolée, ma fille ! reprit papa. Avec
le très long moment que tu vas passer sur mes genoux en rentrant à la maison, t’as
pas fini d’être désolée ! J’te l’dis moi !
- Mike…
- Non, Scar ! N’essaie
pas de m’en dissuader ! Ne me dis surtout pas que tu n’es pas d’accord
avec moi !
- Si, je suis d’accord
avec toi, Mike.
- Bien ! Profite de
pouvoir t’asseoir Anaïs Morgane Webber, parce que ça va chauffer !!
Papa était vraiment furieux. A la place de ma sœur,
je me ferais pipi dessus !
- Pardonnez-nous pour
tout ça, s’excusa Scarlett auprès de mon instit’.
- Ce n’est rien. Je me
suis également fâché contre mon fils à l’école pas plus tard que mardi. Donc
tout va bien. Concernant l’orientation d’Anaïs, je préconise une fin de licence
ici, puis un possible master ici aussi, à Saint-Nicolas. Tu serais d’accord,
Ana ?
Ma sœur hocha la tête.
- En revanche, il faut
que tes notes augmentent, car si tu restes avec une moyenne aussi basse, je ne
te garantis pas que tu puisses passer en deuxième année. Il va falloir te
ressaisir.
- Je vais me ressaisir,
monsieur, dit ma sœur.
- Je compte sur toi, ma
grande ! l’encouragea le prof.
Il laissa à nouveau passer un instant de
silence, regarda vite fait sa montre puis dit :
- Les bulletins ne
contiennent pas les options choisies par vos enfants car ils n’ont pas eu le temps d’avoir des notes. De plus, la professeure de
culture générale n’était pas disponible pour établir le bulletin donc cette
matière n’y figure pas non plus. Le bulletin du mois de mars contiendra trois
matières de plus que celui-ci. Je vous demande donc, Anaïs, Marie, Mayeul et
Louise de vous atteler à bien travailler dans toutes les matières et à être
exigeants avec vous-mêmes en termes de travail.
- Monsieur Loup, dîtes-nous
la vérité : aucun de nos enfants n’a de difficultés scolaires ?
demanda maman.
- Aucun, répondit notre
instit’. Du moins, de ce que j’ai pu voir cette semaine. Si j’avais remarqué la
moindre lacune, je vous aurais d’office alertés.
- Donc les mauvaises
notes qu’ils ont sont toutes liées au manque de travail, nous sommes bien d’accord ?
insista Scarlett.
- Nous sommes d’accord,
répondit monsieur Loup.
- Bien, c’est ce que je
voulais savoir, dit maman avant de nous regarder chacun notre tour.
- Avant de vous libérer,
je voulais savoir si vous comptiez inscrire vos enfants à la classe découverte qui
aura lieu le mois prochain ? se renseigna monsieur Loup.
- Oui, nous les
inscrivons tous les quatre, répondit papa en sortant son chéquier. Combien vous
devons-nous ?
- Oh, euh, je vais d’abord
vous donner les dossiers à remplir pour chacun de vos enfants, informa le prof.
Vous pourrez nous donner le règlement en même temps que les dossiers.
- Très bien, dit papa en
rangeant son chéquier.
- Bien, c’est la fin de
cet entretien. Avez-vous des questions ? s’enquit monsieur Loup.
Papa et maman secouèrent la tête.
- Dans ce cas, ma femme
et moi vous attendons pour dix-neuf heures à la maison. J’ai noté l’adresse
dans le groupe WhatsApp.
Papa et maman serrèrent la main de monsieur Loup
et nous sortîmes de la classe, saluant la famille Navarro qui attendait son
tour dans le couloir.
Le
retour en voiture fut tendu. Très tendu, même. Depuis que monsieur Loup a
confirmé à maman que nous ne travaillions pas assez, nous avions peur d’être punis. Même Louise n’était pas aussi fière que d’habitude.
Cette histoire ne sentait vraiment pas bon !
A suivre…





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